OBSERVATOIRE DES CONFLITS AU SUD-KIVU : Conflits observés aux mois de janvier-février 2003.
CONSEIL POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION
COPARE
Tél : (00243) 98674420
E-mail : coparec@yahoo.fr
B.P. 124 Cyangugu. Rwanda
B.P. 2567 BUKAVU, RD CONGO
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OBSERVATOIRE DES CONFLITS AU SUD-KIVU
Rapport de janvier – février 2003.
COPARE / Bureau de Coordination
Réalisé grâce à l'appui financier de la Commission Européenne.
L'observatoire des conflits est un projet du COPARE (Conseil pour la Paix et la Réconciliation) qui s'intéresse à assurer le suivi et l'analyse scrupuleux des conflits qui sévissent dans la province du Sud-Kivu, à l'Est de la République Démocratique du Congo.
La finalité de cet observatoire est de prévenir les conflits et d'encourager les efforts de paix dans les coins et recoins de la province du Sud-Kivu.
Y parvenir nécessite l'atteinte des objectifs ci-après :
- recueillir les données et les informations sur les conflits ;
- analyser ces éléments (données et informations) sur les conflits;
- vulgariser et alerter l'opinion sur les conflits en vue de leur transformation constructive.
Cet observatoire étend ses activités sur l'ensemble de la province du Sud-Kivu et dans les territoires qui lui sont périphériques, à savoir la sous région des Grands Lacs de l'Est africain.
Quant à son fonctionnement, le COPARE abrite le bureau central et les micro-observatoires correspondent aux associations de paix ciblées dans la province, qualifiées de "Foyers de paix".
Les micro-observatoires facilitent la collecte des données sur le terrain qu'ils transmettent au bureau central de l'observatoire pour traitement, analyse et diffusion sous forme de rapport. L'observatoire doit, en plus s'occuper d'un lobbying éventuel.
REMERCIEMENTS
Nous remercions vivement la Commission Européenne, via le Conseil pour la Solidarité Internationale (COSI) avec l'Afrique basé à Lyon en France, pour l'appui financier qui a permis de rendre visible cette utopie.
Les mêmes sentiments sont adressés aux associations et organisations qui ont contribué à la réalisation de ce premier rapport de l'observatoire. Nous citons :
- Vision Teqoa (Walungu/Kabare),
- Arche d'alliance (Uvira),
- Sous section de la Croix Rouge (Kaziba),
- IPP (Kalehe),
- PAC/Mumosho (Kabare),
- MESEP (Walungu),
- ADEPAE (Kalehe),
- ADIP (Mwenga),
- APDR (Mwenga),
- ORASA (Mwenga),
- ADIF (Kalehe),
- AVREO (Uvira),
- 19ème CEEBECO (Shabunda),
- ACADOSHA (Sahbunda).
SIGLES ET ABBREVIATIONS
- AFDL : Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Kin)
- RCD : Rassemblement Congolais pour la Démocratie.
- AMACO : Association des Mamans Commerçantes.
- IPMEA : Industries, Petites, Moyennes Entreprises et Artisanat.
- ASCOAT : Association des Armateurs d'Uvira.
- DICO : Dialogue Intercongolais
- ACPN : Action Communautaire pour la Protection de la Nature.
- ICCN : Institut Congolais pour la Conservation de la Nature.
- BUCONGD : Bureau de Concertation des ONG de Développement d'Uvira.
- PPGL : Paix pour les Grands Lacs.
- ANC : Armée Nationale Congolaise/RCD.
- FAC : Forces Armées Congolaises/Mai-Mai.
- APR : Armée Patriotique Rwandaise/Rwanda.
- MCC: Mennonite Central Committee.
- RTNC : Radio Télévision Nationale Congolaise
PREAMBULE
C'est à partir du 2 décembre 2002 que le COPARE a mis sur pied l'observatoire des conflits au Sud Kivu. La pertinence de cette action tient au fait que le Sud Kivu demeure l'épicentre des différents conflits qui ont ensanglanté le pays après l'indépendance.
Malheureusement, c'est une situation qui n'épargne personne. Dans cette optique, les artisans de paix du Sud Kivu regroupé autour du COPARE ont bien voulu s'investir dans l'identification et l'observation des conflits à la base afin d'en assurer le suivi (en vue de leur prévention) et d'inciter l'opinion à agir.
Le présent rapport, premier de notre observatoire porte sur certains conflits communautaires saillants et sur quelque autre découlant de la crise actuelle en RD Congo et vécus au jour le jour.
A première vue, les conflits observés à travers la Province ont tendance à se cristalliser et glissent vers la complication suite à l'accumulation et à l'apparition des nouvelles donnes socio politiques dictées par les enjeux du moment.
Ce rapport est le résultat d'analyse d'hommes de terrain. Il porte moins les marques d'un travail à caractère scientifique. Par conséquent, l'amélioration de son contenu résultera de l'apport de tout un chacun à la construction de cet édifice.
Le COPARE
INTRODUCTION
1. Contexte général.
L'observatoire des conflits initié par le COPARE a lancé ses activités dans une période où la RD Congo préparait sa sortie définitive du cycle de violence dans lequel de 1996 et de 1998. Le dialogue inter congolais de Sun City et les accords de paix de Pretoria e RSA y découlait en ont constitué le fil déclencheur.
L'espoir ainsi suscité ne devrait éclipser les brouilles au quotidien et les conflits entre communautés vivant tant sur l'ensemble de la RD Congo que dans la province du Sud-Kivu. Leur surveillance ouvre une piste droite à la paix véritable à petite échelle que les Congolais appellent de tout leur vœu car permettant une prévention et/ou une transformation à temps voulu de certains de ces conflits.
Dans cette perspective, l'observatoire a eu à dégager les conflits vécus au niveau des communautés, des groupes d'intérêt, des individus et des institutions qui ont marqué les mois de janvier et de février 2003 au Sud-Kivu. Les conflits saillants décrits par les micro-observatoires actifs au courant de deux mois sévissent tant en milieu rural qu'urbain, tiennent soit à la conjoncture, soit à la dynamique sociale. Ils connaissent également un important chevauchement qui rend leur compréhension et interprétation complexe.
2. Méthodologie d'approche
La connaissance et la compréhension des conflits-phare a été rendue possible grâce à une démarche méthodologique simple qui a consisté à :
- l'identification des conflits sur le terrain par les observateurs avisés formés par le COPARE, chacun là où il œuvre au quotidien;
- enrichir les données primaires par les sources secondaires parmi lesquelles les entretiens ou interviews et les informations documentaires (tirés des rapports, études et autres publications).
La théorie de Chris MITCHEL a permis d'analyser les différents confits observés suivant l'approche de 3P (Problème-Personne-Processus). Elle a rendu facile leur catégorisation selon le contexte et selon l'origine, et leur interprétation.
I. LES CONFLITS OBSERVES
Les principaux conflits observés en janvier et en février 2003, dégagent deux tendances :
- nombreux sont à caractère latent et impliquent beaucoup d'acteurs (allant du pouvoir aux communautés villageoises, ethniques ou groupes armés);
- un petit nombre est à caractère ouvert et concerne surtout les groupes armés (grands acteurs) implantés dans la province.
La fréquence et l'intensité des conflits notés poussent à les classer dans les catégories suivantes :
Selon le contexte Selon l'origine
Fréquence
○ Conflits politiques
■ Conflits du pouvoir 5
■ Conflit idéologique 1
○ Conflits sociaux
■ Conflit de leadership 1
■ Conflit culturel 1
■ Conflit ethnique 1
○ Conflits économiques
■ Conflits fonciers 2
Les conflits politiques présentent un chevauchement complexe de façon qu'il apparaît moins aisé de marquer une distinction nette entre le conflit idéologique du conflit administratif, le conflit administratif et le conflit de leadership, …
Toutes ces considérations vont clairement transparaître à travers les pages qui suivent.
1.1. LES CONFLITS POLITIQUES
Les conflits politiques observés au cours de ces deux premiers mois de l'an
2003 tiennent à la gestion à la création des entités polito-administratives, à la manipulation de la population par certains leaders, et la divergence d'opinions.
1.1.1. LES CONFLITS DE POUVOIR
Ils ont été signalés dans cinq entités différentes : Kalehe, Uvira, Shabunda, Mumosho /Nyangezi et Mwenga.
1°) Conflit entre les Bahavu et les Batembo autour de l'érection des chefferies et groupements des Batembo en territoire de Bunyakiri
a) Contexte
Depuis l'époque coloniale, les Bahavu et les Batembo partageaient une même entité politico administrative : le territoire de Kalehe qui comprenait les collectivités chefferies de Buhavu et Bunyakiri.
Les Batembo s'étaient toujours plaints de l'attribution et de la gestion des postes politiques et administratifs stratégiques de leur territoire. Pour eux, ces postes étaient occupés par les Bahavu et autres non originaires du territoire à leur détriment. Cette situation va perdurer durant toute la deuxième République jusqu'à l'avènement de l'AFDL, les Batembo réclament à cor et à cri leur autonomie, un territoire à part entière. - La collectivité des Bahavu comprend 11 groupements dont 8 appartiennent aux Batembo. Logiquement, ces derniers devraient avoir une grande représentativité (responsabilité) dans la gestion publique de la collectivité
- La même source soutien que démographiquement, communauté Batembo a une importance numérique comparativement aux Bahavu. Par conséquent, il est injuste qu’une minorité règne sur la majorité
- Du point de vue politique, le territoire de Kalehe a toujours été représenté à l’Assemblée Nationale comme au sénat par des délégués issus de la communauté Havu qui dit-on canalise à cette instance gouvernementales les seules aspirations du peuple Havu et non celles de Batembo (1)
Quand aux Bahavu, l’érection du territoire de Bunyakiri est mal perçue
parce que au point de vue spatial, c’est un morcellement de leur Chef de collectivité et au point de vue économique, cette opération revoit à la baisse les recettes de la collectivité. Ensuite, l’annexion du groupement de Ziralo au nouveau territoire crée constitue un grand manque à gagner pour la collectivité de Buhavu, Ziralo disposant des grandes fermes et regorgeant des riches gisements miniers (2).
Le conflit va connaître son point culminant avec la création du territoire de Bunyakiri en septembre 1999 par le RCD (voir arrêté n° 001/MJ/DAT/MB/ROUTE/99 du 9 septembre 1999 du chef de département de l'intérieur). Le territoire ainsi créé couvre 85,6% de l'étendue de l'ancien territoire de Kalehe. Seul 13,4% revient aux Bahavu et correspond à l'actuel territoire de Kalehe.
b) Manifestations du conflit.
- désordres administratifs,
- détérioration des relations traditionnelles entre les chefs Bahavu et Batembo issus de la souche Ntale et surtout entre les bami Sangara et Chabangwa.
- Désintégration du pouvoir coutumier du Buhavu par l'érection de certains groupements et localités en collectivité chefferie
- Désintégration de l'appareil administratif et judiciaire du territoire et de la chefferie des Bahavu,
- Différends frontaliers (disputes fréquentes autour des limites entre entités).
c) Acteurs au conflit.
- Le RCD,
- Les chefs des collectivités chefferies de Bunyakiri et de Kalehe,
- Les cadres intellectuels des dits territoires.
d) Perspectives
Le conflit Bahavu - Batembo poursuit son bonhomme de chemin. Il continue à se cultiver tant au niveau local qu'au niveau national. Au niveau local, les Bami Sangara et Chabangwa chacun appuyé par sa population se disputent encore. Même chose à Kinshasa ou les leaders de ces deux communautés continuent à se disputer. Certains estiment qu'il faut supprimer ce territoire, tel est le point de vue des Bahavu, d'autres soutiennent cette initiative. Il y a encore de Zones d'ombres dans ces dossiers, et c'est pourquoi la poursuite de son observation s'impose qu'il explose en conflit violent entre ces 2 communautés.
2°) Conflit entre originaires et non originaires sur la gestion du pouvoir à Uvira.
a) Contexte
Après l'accession de la RD Congo à l'indépendance en 1960, Uvira était le chef-lieu du territoire du même nom, avec trois collectivités sous son contrôle : la collectivité des Bafuliru (Chef-lieu Uvira), la collectivité Plaine de la Ruzizi (chef-lieu Luberizi).
De 1973 à 1988, la cité d'Uvira est devenue le Chef-lieu de la sous-région du Sud-Kivu qui contrôlait et supervisait les zones (territoires) ci-après : Uvira, Fizi, Idjwi, Mwenga, Walungu, Shabunda, Kabare et Kalehe.
Pendant cette période, tous les habitants du Congo en général et particulièrement les originaires des territoires précités se sentaient en sécurité et accédaient à des postes de responsabilité sans arrière pensée à Uvira, chef-lieu de leur sous-région.
En 1988, Uvira est redevenu un territoire rural au même titre que les territoires susmentionnés, suite au découpage de la Province du Kivu en trois provinces test décidé par le Comité Central du MPR. A ce moment là, la population hétérogène et la plupart des services qui étaient liés à la sous-région restent opérationnels dans la cité d'Uvira, cité à caractère extra coutumier et cosmopolite.
A titre d'exemple, le tribunal de grande instance, le service des contributions, le service des cadastres et des titres fonciers, le service de tourisme, le service de transport,…demeurent en place et à leur tête des citoyens congolais venus de toute part.
Devenu territoire rural, les originaires de ce territoire (d'Uvira) veulent eux aussi jouir des privilèges de leur entité comme ceux d'autres territoires ruraux, en voulant occuper tous les postes de responsabilité au détriment des non originaires. Or, selon bien des sources, leur faible représentation est consécutive à :
- l'insuffisance des cadres Vira et Fuliru suite au retard en formation accumulée depuis l'époque coloniale. Cet état résulterait aussi de leur préférence à la pêche et au commerce, au détriment de la fonction publique et de la politique.
- réflexe de soumission qui caractérise ces deux peuples (Vira et Fuliru).
Quelques cas créant le mécontentement parmi la population non originaire d'Uvira illustrant mieux l'existence des conflits caractérisant les rapports sociaux entre autochtones et non autochtones dans cette entité. Cependant, les conflits à caractère tribalo-régional ont dépassé le stade de latence pour se hisser actuellement au niveau de la confrontation, avec tendance à l'étape de la crise.
b) Les manifestations du conflit.
Elles sont ressenties à travers les différentes nominations à des postes de responsabilité opérées en territoire d'Uvira.
- Les originaires seulement sont nommés aux postes élevés de l'administration territoriale, de l'armée, de la police, le chef de poste spécial de la sécurité, le commandant de le 9ème brigade infanterie, le chef de cité et les responsables des services sont tous d'Uvira. La cité leur appartient disent-ils.
- Tous les préfets des écoles catholiques du centre d'Uvira sont originaires de ce territoire.
- Le remplacement à certains postes de responsabilité des non originaires par les originaires : Ex. Au service de l'IPMEA l'inspecteur KASONGO un murega de Mwenga remplacé par Augustin KINGUNYA originaire du territoire d'Uvira. Mme NTAKWINDJA, présidente de l'AMACO (Association des Mamans Commerçantes) une mushi de Walungu a été remplacée par Monsieur NGANGA originaire d'Uvira. Monsieur MATESO KILONDA, conservateur des titres immobiliers, non originaire a été déstabilisé et sommé de quitter ce poste suite à la pression qu'il a subie de la part des originaires Bavira soutenus par l'autorité publique à ;la tête du territoire. Il a dû chômer pendant longtemps. L'objectif était de le faire remplacer par un originaire, monsieur LUMUMBA, un simple agent en plus, une unité nouvellement recrutée. Un autre conflit est survenu au sein de l'ASCOAT une organisation qui regroupe les armateurs d'Uvira; il a consisté l'année passée à faire partir le président Monsieur MWENEMALONGO RULINDA, originaire de Fizi, pour le faire remplacer par un originaire d'Uvira.
- Dans le conseil chargé de la pacification du territoire d'Uvira, à part quelques Bembe, tous les autres membres sont originaires d'Uvira. Or, la recherche de la paix à Uvira ne doit pas seulement être l'œuvre des originaires d'Uvira.
Voilà autant de faits qui attestent l'existence d'un torchon brûlant entre groupes à Uvira.
c) Acteurs
Les principaux acteurs identifiés dans ce conflit sont :
· l'élite intellectuelle originaire du territoire d'Uvira agissant en réseau.
· Les autorités politico- administratives issues des deux tendances (originaires et non originaires),
· Quelques responsables scolaires et des Eglises locales originaires,
· Les autorités coutumières locales,
· Le conseil des sages des tribus originaires du Territoire d'Uvira.
d) Perspectives
Il n'y a pas risque d'"iturisation" de la cité d'Uvira puisque la tendance globale est au recul. Mais un fait curieux incite à agir, le clivage entre groupes semble gagné les alliés d'hier, les Bavira et les Bafuliru. Il y a lieu de s'y investir afin de transformer positivement et au projet de tous les positions divergentes.
3°). Le conflit entre les Batembo et les Balega de Shabunda
a) Contexte
Le territoire de Shabunda est le plus vaste de la province du Sud Kivu, il s'étend sur 25.216 Km² pour une population de 476.000 habitants (recensement de 1986). Cette population est composée en majorité de Balega et d'une très infime minorité des Bakwame, de Batembo et des Bashi. La présence des Batembo à Shabunda est liée à la dispersion de ce peuple sur quatre territoires à savoir Kalehe, Walikale, Masisi et Shabunda.
Avec la guerre de 1998, le mouvement de résistance mai-mai s'est installé à Shabunda sous le commandement de Padiri Kalendu. Ce mouvement venu de Bunyakiri comprenait en majorité les Batembo qui du reste l'animent. Au fil des années, ce mouvement sera perçu par les autochtones Lega comme une imposition des Batembo sur les Balega et comme une structure à la solde des intérêts des Batembo. Cette remise en cause se voit accentuée par le fait que les postes de commandement du mouvement sont assurés par les Batembo seuls dont le Général Padiri assisté par ses cousins Dominique alias DOM'S commandant des opérations basé à Shabunda centre et Anselme délégué des mai-mai au DICO, présentement à Kinshasa.
b) Manifestations du conflit.
- Méfiance de la population lega et des combattants vis-à-vis de Padiri et des Batembo en général supposés jouir de tous les avantages que confère le mouvement,
- Retrait d'un grand nombre des combattants lega des troupes de Padiri qui se regroupent autour des commandants NGANDU et TCHADIEN les plus gradés parmi eux. Ces derniers installent leur état major à Nzovu et de ce fait le Général Padiri déplace son état major de Nzovu pour Lulingu à 200 km environs.
- Des alliances se font et se refont entre groupes armés :
· le général Padiri coalise avec les combattants mai-mai de Masisi et ceux de Lambert Kanapé au Maniema.
· Le groupe nouvellement créé autour de Ngandu coalise avec les mudundu 40 du commandant Odilon allié du Rwanda pour chasser Padiri et les siens de Shabunda.
· Le RCD/Goma avec l'appui de la notabilité de Shabunda installée à Bukavu et à Goma restructure les éléments de la local défense du groupement Baliga en territoire de Shabunda, déplacés à Kamituga en territoire de Mwenga afin de mener des actions de grande envergure contre Padiri à Lulingu.
- Les mécontentements de la population locale contre l'hégémonie des Batembo.
c) Acteurs au conflit.
- la population lega de Shabunda,
- les combattants mai-mai Batembo,
- les combattants Balega,
- Padiri,
- Ngandu et Tchadien,
- Les mudundu 40
- Les notables de Shabunda présents à Bukavu et à Goma,
- Le RCD,
- Le Rwanda
d) Perspectives
Ce conflit n'augure pas des perspectives heureuses. En fait, il a exhumé les différends fonciers et frontaliers qui opposent depuis des décennies les deux communautés (ethniques) dans la partie Nord-est du territoire de Shabunda. Il y a lieu de jouer à l'apaisement, le conflit ayant pris une autre tournure et se trouvant à un stade avancé. En plus, il s'avère impérieux d'en faire le suivi, au vu de la dynamique politique actuelle et des acteurs.
4°). Conflit entre la population de Mumosho / Nyangezi et la chefferie de Kabare à Kabare.
a) Contexte
Tout est parti de la destitution de Monsieur BAHAYA CIRUZA à la tête de la localité d'Ihemba en juillet 2002 par la population autochtone de la dite localité suite à son règne qualifié de dictatorial et caractérisé par des actes d'extorsion et des traitements inhumains. Il se considérait comme un intouchable parce qu'étant "MULUZI" , descendant de la famille du "Mwami" (chef coutumier). Il a été remplacé par Gustave MAGINGIRI, chef du village Cibundubundu, un mushi.
Pour la population, c'est Gustave qui convient parce qu'étant autochtone. Cependant la chefferie de Kabare oppose un non catégorique à ce choix de la population d'Ihemba et cherche à tout prix à rétablir CIRUZA dans ses fonctions ; ce à quoi la population s'oppose farouchement.
b) Manifestations
- En date du 7 octobre 2002, à 5 heures du matin, Monsieur BAHAYA a tenté de faire enlever Gustave MAGINGIRI, grâce à l'appui des combattants de Mudundu 40. Cette tentative n'a pas réussi suite à l'intervention musclée de la population qui a réussi à désarmer et à tabasser les combattants de mudundu 40.
- A 13 h 30' de la même journée, les combattants de mudundu 40, venus de Mudusa à la rescousse de leurs collègues en déroute ont plutôt procédé à un pillage systématique de certaines maisons et à l'incendie de deux maisons.
- Les populations se déplacent en masse vers les localités voisines et au Rwanda où on a identifié 140 familles après avoir incendié 5 maisons appartenant à CIRUZA et à ses collaborateurs.
- Le chef de localité s'était réfugié à Bukavu.
c) Acteurs au conflit.
- Monsieur BAHAYA CIRUZA, ancien chef de localité d'Ihemba.
- Monsieur Gustave MAGINGIRI, actuel chef de localité,
- La population d'Ihemba,
- La collectivité chefferie de Kabare,
- Les combattants de mudundu 40.
d) Perspectives
Pour ce conflit, il est nécessaire qu'on fasse une analyse minutieuse afin d'éviter le tiraillement entre le Mwami et ses sujets.
5°). Un conflit des intérimaires du Mwami dans la collectivité Basile.
a) Contexte
En 1999, le vieux Mwami KALENGA LWANGO se déplace à Bukavu pour des raisons de santé. Selon la loi, à l'absence du chef, c'est son secrétaire administratif qui tient l'intérim. Ainsi, en septembre 1999, Monsieur MAMBOLEO KALENGA, l'un des fils du Mwami et secrétaire administratif de la Chefferie, jouera ce rôle.
Les mauvais rapports que le vieux recevait sur le comportement de son fils et sur sa gestion malsaine de la chefferie, l'ont amené à le destituer en le remplaçant par monsieur KANGUBANGUBA KATAMBALA en mai 2002.
Pour MAMBOLEO, cette destitution n'est qu'une machination de la part de ses détracteurs ayant bénéficié d'un appui matériel considérable de la part de son rival, KANGUBANGUBA
La population de son côté, n'est pas d'accord avec la décision du Mwami de céder le trône quoi que momentanément à un non membre de la famille royale de Bashimwenda.
b) Manifestations du conflit.
- Dès sa nomination en qualité d'intérimaire après MAMBOLEO, Monsieur KANGUBANGUBA va gérer de manière autocratique et le pouvoir et les intérêts. Ce qui mettra mal à l'aise MAMBOLEO. Ce malaise va l'amener à se rapprocher des combattants mai-mai pour qu'ils lui assurent garde, protection et soutien.
- KANGUBANGUBA trouve dans la présence des mai-mai aux côtés de son rival, une agression pure et simple contre sa personne et son pouvoir. Il prend à son tour contact avec les miliciens rwandais "interahamwe" établis à Kitamba, à 7 km de Mwenga pour sa sécurité et son soutien.
- En octobre 2002, menace d'affrontement entre ces deux groupes armés, cela à deux reprises, amenant la population à se retrouver dans la brousse.
c) Acteurs au conflit.
- Le Mwami KALENGA LWANGO
- Monsieur MAMBOLEO KALENGA, fils du Mwami
- Monsieur KANGUBANGUBA KATAMBALA,
- La population de Mwenga-centre (Bashimwenda),
- Les combattants mai-mai,
- Les miliciens rwandais "interhamwe".
d) Perspectives
Ce conflit est conjoncturel et très passager. Son issue transparaît à travers le retour du MWAMI dans son fief et cela dès la cessation de la guerre.
6°) Conflit entre les Mudundu 40 et les mai-mai de Padiri et au sein même de Mudundu 40.
a) Contexte
Alors que les rapprochements se faisaient de plus en plus sentir entre les combattants mudundu 40 et les mai-mai, un climat de méfiance et de suspicion a resurgi dès le début du mois de janvier 2003. Le fil déclencheur demeure le passage autorisé sur le territoire contrôlé par mudundu 40 des troupes de l'ANC (RCD) opposées aux FAC mai-mai pour qu'ils atteignent le territoire de Mwenga dont la majeure partie est sous contrôle des mai-mai.
De plus, une division en trois factions s'observe au sein du groupe mudundu 40 : celle d'Odilon, fidèle au Rwanda, celle de Foker Mike partisan des mai-mai et celle de Lungwe qui se veut défendre l'autorité du Mwami bafouée par Odilon et ses hommes.
b) Manifestations
- La tête de Foker Mike est mise à prix par la faction d'Odilon.
- Les affrontements à Mushenyi le 25 février 2003 entre les hommes de Foker Mike appuyés par les mai-mai de Lubarika en territoire d'Uvira et ceux d'Odilon appuyé par l'APR et l'ANC (RCD).
c) Acteurs
- Les mudundu 40 (Odilon, Foker Mike, Lungwe)
- Les mai-mai (Padiri et Abdou,)
- L'APR et l'ANC (RCD).
d) Perspectives
C'est un conflit idéologique et d'intérêt, à caractère purement conjoncturel et à la merci de la dynamique politique en cours dans le pays.
1.1.2. LES CONFLITS SOCIAUX
Il s'agit surtout des conflits à caractère communautaire mettant aux prises les leaders au sein d'un groupe ou entre groupes et/ou entités géographico-administratifs, et les ethnies.
1°) Le conflit de leadership au sein de la Société Civile à Uvira.
a) Contexte
La société civile d'Uvira chemine vers sa constitution en une sous- coordination du Bureau de coordination Provinciale. Ce cheminement semble difficile et complexe suite aux divergences de vues et positionnement des membres du BUCONGD (Bureau de Concertation des ONG de Développement du territoire d'Uvira) plate-forme considérée comme noyau devant sensibiliser toutes les composantes civiles vers une structuration dynamique définitive. En plus, entre les membres des autres composantes, les violons ne s'accordent pas.
b) Manifestations du conflit.
- Echange de correspondance entre Ferdinand BITAHWA administrateur au BUCONGD et Jacques MBALE membre du BUCONGD d'une part, et MAJALIWA KANAZI vice-président du BUCONGD d'autre part.
- Insécurité de certains acteurs de la Société civile d'Uvira,
- Concertation rompue entre acteurs de la Société civile. (Mouvements associatifs).
c) Acteurs au conflit
- Certains dirigeants du BUCONGD dont BITAHWA, MBALE et MAJALIWA,
- Certains dirigeants des autres composantes de la Société civile non membre du BUCONGD.
d) Perspectives
Ce conflit quoi que conjoncturel demande que soit organisé un suivi permanent afin d'éviter le démembrement de la société civile. Ce suivi devra s'accompagner des séances d'écoute des parties impliquées ainsi que de celles de réconciliation.
2°) Le conflit ethnique à Kaziba
a) Contexte
La collectivité- chefferie de Kaziba est située dans le territoire de Walungu. Elle est peuplé à 95 % par les Bazibaziba, le reste étant partagé entre les autres tribus à savoir : les Banyamulenge, les Bawinjawinja et les Barhinyirhinyi.
"Depuis plus d'une décennie, la communauté congolaise de l'ethnie Tutsi est contestée par leurs compatriotes congolais qui qualifient ses composantes d'étrangers. Cela sera pris pour réalité par les contestataires et une insulte pour les contestés. Le climat de méfiance et de conflit politico-ethnique naît et s'installe. Les événements vont aller de mal en pis avec les crises de la région des Grands Lacs entre 1990 et 1996 : guerre au Rwanda, conflits ethniques au Burundi, fuite des Hutus burundais, installations des interhamwe à l'Est du Zaïre. La guerre de libération au Zaïre en 1996 est née dans un climat où les Banyamulenge vont être expulsés vers leurs soit disant pays d'origine (Burundi et Rwanda). Depuis octobre 1996, les deux communautés à savoir, les Banyamulenge de Rurambo et les Bazibaziba qui vivaient jadis en commun se sont complètement exclues à cause des effets néfastes de la guerre qui an entraîné des pertes en vies humaines et matérielles. Pourtant, le deux peuples étaient parmi les rares communautés qui étaient unies par des interchanges culturels et économiques fructueux et très solides tels le pacte de sang contracté en 1930 entre SHENDO, le chef traditionnel Munyamulenge et le Mwami NAKAZIBA MAJIRI, le partage des mêmes pâturages et échanges des dons et cadeaux en vaches, etc."
Lors de la guerre de 1996, dite guerre des Banyamulenge, l'hôpital de Kaziba a été pillé et 80 personnes tuées, certaines d'entre elles ayant été brûlées vives. Depuis ce temps là et en dépit de quelques tentatives de réconciliation menées par l'association PPGL (Paix Pour les Grands Lacs), les Bazibaziba n'ont jamais effacé de leur mémoire les traces de cette tragédie dont, semble-t-il le fil déclencheur seraient les propos tenus par LWABANJI, alors vice-gouverneur à l'époque et Muzibaziba, à l'égard des Banyamulenge. Ces derniers furent envahis de peur qui les incita à agir.
b) Manifestations
En septembre 2002, six élèves Banyamulenge ont pris leur inscription à l'Institut de Kaziba. Le premier jour que ces élèves sont présentés en classe, tous les autres élèves, Bazibaziba de surcroît, ont chahuté et quitté les salles de classe, exigeant le départ des autres. Depuis ce jour là, les élèves Banyamulenge sont rentrés chez eux.
c) Acteurs
- Les Banyamulenge
- Les Bazibaziba.
d) Perspectives
Ce conflit nécessite une observation continue puisque il constitue une bombe à retardement au vue des attitudes hypocrites qu'affichent les communautés concernées.
3°) Le conflit entre Ngweshe et Kabare au Bushi.
a) Contexte
Ngweshe et Kabare sont des collectivités-chefferies contiguës situées respectivement dans les territoires de Walungu et de Kabare. Leurs populations appartiennent à une même ethnie : les Bashi. Elles partagent ainsi les mêmes us et coutumes et partant la même culture.
En novembre 2002, un matin, une terre fraîchement remuée sur les tombes des Bami (Mafundwe et Muhigirwa respectivement grand-père et père de l'actuel Mwami de Ngweshe Pierre NDATABAYE WEZA III) à Ciruza-kabare attire de curieux passants. A leur approche, ils trouvent à la surface des restes des corps humains et du linceul, des os défaits et mélangés à la terre. A Ngweshe comme à Kabare, on se rejette la responsabilité de cette profanation.
b) Manifestations
Elles s'observent au niveau de l'interprétation de l'acte qui constitue par ailleurs une tâche considérable dans les relations entre Kabare et Ngweshe.
Pour les populations de Ngweshe;
- les gens de Kabare veulent venger les exactions et les rançonnements commis sur eux par les mudundu 40 en détruisant le lieu de sacrifice de ces derniers.
- A Kabare, l'on est mécontent que les Bangweshe (mudundu 40) ne soient pas en mesure de les protéger eux aussi des attaques meurtrières des interhamwe. Alors, ils ne veulent plus qu'ils aient l'habitude de fréquenter leur Bwami,
- La présence des mudundu 40 au Bwami de Kabare déplaît aux gens de Kabare qui ont voulu déterrer ces personnages qui attirent ces intimidateurs mudundu 40 à Kabare
- Les Bashi de Kabare veulent eux-aussi, à travers les restes des bami, créer une milice avec une force surnaturelle comme mudundu 40. Cela explique la prétendue vente aux jeunes volontaires de certaines parties de ces os.
- Ndatabaye a abandonné son bwami. Qu'il vienne aussi récupérer son père et son grand-père pour les cacher avec lui là où il se terre.
Dans tous les cas, à Ngweshe on incrimine la population de Kabare et l'on se demande ce qui les empêche de protéger ces tombes contre qui que ce soit.
Pour les gens de KABARE :
- les mudundu 40 veulent se servir de ces restes pour leur force comme ils ne comptent que sur les morts.
- Ce sont les interhamwe qui sont venus saboter la force mudundu 40 et les morts qu'ils vénèrent.
- Les mudundu 40 veulent montrer aux Bami qu'ils ne valent rien,
- Les gens de Ngweshe nous cherchent noise.
c) Acteurs
· les gens de Ngweshe,
· les gens de Kabare,
· les mudundu 40,
· les interhamwe (miliciens rwandais).
1.1.3 LES SOCIAUX ECONOMIQUES
Les conflits identifiés tournent autour de la gestion des terres et de l'espace.
1°) Le conflit de terre entre Mr BUGEME et Mr CHIREBEKA à MUKUNGWE/WALUNGU
a) Contexte
Depuis 1993, Monsieur Bugeme est opposé à Cirhebeka autour d'un lopin de terre à usage agricole dans la localité de Mukungwe à Mushinga. Ce différend les a amenés plusieurs fois au tribunal coutumier mais Bugeme n'a jamais eu gain de cause. Il fut maintes fois emprisonné et fini par fuir en trouvant refuge à Burhinyi.
b) Manifestations
- les matinées du 28 et 29 janvier 2003, la localité de Mukungwe est investi par un groupe d'interhamwe bien armé et accompagné de 20 jeunes Bashi en provenance de Chibindye (Burhinyi). Parmi les jeunes gens, qui servaient d'éclaireurs figurait Monsieur MWERA, fils de Bugeme et allié aux miliciens rwandais interahamwe. Celui-ci était animé d'un sentiment de vengeance contre le tort subi par son père.
- Il s'en est suivi l'incendie de 47 maisons sur un parcours de 12 Km allant du village Kababa au village Nambo.
- Déplacement des populations vers les localités voisines où d'autres sont encore en refuge jusqu'à présent.
c) Acteurs
- Monsieur Bugeme,
- Le fils de monsieur Bugeme,
- Les quelques jeunes gens de Burhinyi,
- La population de Mukungwe.
-
d) Perspectives
C'est un vieux conflit qui refait surface avec la guerre. Il y a risque si aucune mesure préventive ne soit envisagée de le voir prendre des allures inquiétantes au vu de l'évolution politique en cours dans le pays.
2°) Le conflit entre la population et les chefs coutumiers des Wamuzimu, Basile et Lwindi autour de la création de la réserve naturelle d'ITOMBWE-MWENGA.
a) Contexte
Le projet de création de la réserve naturelle, remonte à l'an 2001. se référant à ce que dans le Bulega il n y a ni parc ni réserve et compte tenu des efforts fournis par les Congolais dans un cadre privé, notamment la création des réserves communautaires dont celles des gorilles de Tayina et de Masisi, de véritables initiatives locales pour la sauvegarde de la nature, un groupe des jeunes "Balega" (Akumbi, Ir Kakisingi et Basubi Jules) appuyés par le conservateur Kakule et conduit par le Rév. Ushindi KYALONDAWA, en collaboration et en accord avec les Bami : Kalenga, Longangi, Mubeza et le Représentant de Mwami Kisali, ont pris l'initiative de créer une association dénommée : "Action Communautaire pour la Protection de la Nature d'Itombwe-Mwenga".
Les statuts de la dite association ont été signés le 24 septembre 2001. la réserve d'Itombwe-Mwenga s'étend sur 4 collectivités : Wamuzimu, Basile, Lwindi et Itombwe sur une superficie d'environ 10.000km² correspondant à l'espace situé sur le côté gauche de l'axe routier Bukavu-Kalole. ( Cfr. Bulletin de l'ACPN Itomwe-Mwenga du 15/11/2001 page 3-6).
b) Manifestations
Tensions de la population et des intellectuels de la diaspora contre le projet et ses initiateurs parce que n'ayant pas été consultés au départ.
- la population qui s'insurge contre les chefs coutumiers qui ont adhéré à ce projet sans son consentement. Elle les traite des corrompus et des spoliateurs.
- Des lettres de contestation de tous bords sont adressées aux chefs, aux initiateurs, à l'ICCN et au pouvoir en place pour empêcher/freiner l'exécution du projet,
c) Acteurs
- Les initiateurs du projet ; (Akumbi, Kakisingi, Basubi Jules, Rév. Kyalondawa),
- Les chefs coutumiers (Longangi, Kalenga, Mubeza et Kisali),
- Les populations locales.
d) Perspectives
Ce conflit risque de créer le même problème que celui observé déjà autour de la création du parc national de Kahuzi-Biega. Le pouvoir public devra intervenir en vue de garantir des lendemains meilleurs à la population qui vit des ressources de la forêt d'Itombwe.
II. PERSPECTIVES ET STRATEGIES
Les deux premiers mois de l'année 2003 ont été caractérisés par un climat social marqué par des conflits moins violents mais aux allures inquiétantes s'ils demeurent sur cette lancée.
En effet, beaucoup de conflits identifiés, notamment ceux de pouvoir, de leadership et idéologiques peuvent servir de tremplin aux pêcheurs en eau trouble pour ouvrir de nouvelles brèches et de voie à des troubles communautaires sanglants. Les événements qui sont vécus dans les territoires d'Uvira, de Kalehe, de Shabunda et l'imbroglio au Bushi en disent long. Les autres conflits, quoi que de second rang comme ceux fonciers ou culturels nécessitent bien des égards puisqu'ils occasionnent des blessures chez les acteurs impliqués et font des victimes, minimes soient-elles, au sein des communautés ou groupes engagés. Les cas de la localité de Mukungwe/Ngweshe, ou du Parc en gestation dans le territoire de Mwenga sont très éloquents.
L'on serait dupe de prétendre que les questions ethniques appartiennent désormais au siècle dernier au sud Kivu. Le fait décrit sur Kaziba montre combien le fossé demeure grand entre certaines communautés, notamment les "Banyamulenge" et les autres tribus/ethnies de la Province.
Au vue de cette carte postale des conflits ainsi identifiés et observés, COPARE suggère :
· aux artisans de paix
-d'assurer le suivi des conflits déjà notés avec plus d'attention, de doigté et objectivité possible
-multiplier et encourager les initiatives de paix dans leurs milieux respectifs.
-assurer une éducation permanente à la paix et aux mécanismes non violents de transformation des conflits.
· aux communautés impliqués ou concernés
-se dépasser pour transcender leurs différends afin d'une cohabitation pacifique.
-privilégier le dialogue chaque fois qu'un différend surgit pour déboucher au pardon et à la réconciliation.
-s'attaquer aux causes du mal qu'aux individus.
· au pouvoir
-être prévoyant dans la prise de certaines décisions qui à la longue finissent par opposer les communautés.
-faire participer les communautés dans la prise de certaines décisions susceptibles d'engendrer des conflits à long terme.
-décourager les acteurs des conflits par des mesures coercitives.
· à la communauté internationale
-appuyer les efforts des artisans de paix dans leur travail d'observation des conflits.
-faciliter les actions de plaidoyerie, de lobbying et d'advocacy en faveur de l'observatoire des conflits.
PRESENTATION DU COPARE
Le COPARE a été crée le 09 mars 1996 par 7 organisations non gouvernementales impliquées dans la recherche de la Paix. Parmi elles figuraient des associations et des Eglises. Aujourd’hui, le COPARE compte 34 Associations et organisations membres et reste ouvert à l’adhésion de toute autre organisation ou association impliquée dans la recherche de la paix.
Il poursuit entre autres les objectifs suivants :
* servir de cadre d’échange et d’expérience entre les intervenants en matières de paix, de réconciliation et de cohabitation pacifique ;
* faciliter la conjugaison des efforts des membres ;
* harmoniser les vues sur la paix et la réconciliation selon les contextes.
Pour son fonctionnement, le COPARE comprend 3 organes, à savoir :
* L’Assemblée Générale ;
* Le Conseil d’Administration composé de 7 membres ;
* Le Bureau de Coordination ayant deux animateurs.
I. ACTIVITES DE PAIX MENEES PAR LE COPARE
Depuis sa création et en vue de faire bien aboutir ses stratégies d’action, COPARE a mis un accent particulier sur la formation des artisans de paix. Cela dans le souci de disposer des animateurs capables de prêcher la paix, d’assurer la médiation et de faciliter le dialogue entre communautés ou individus. Dans cette perspective, COPARE a eu à organiser des sessions de formation à l’intention des animateurs - artisans de Paix - des associations membres ; sur :
* la transformation des conflits et la détraumatisation en 1996 avec l’appui de MCC / Grands-Lacs ;
* le rôle des rumeurs dans la gestion des conflits en 1997 avec l’appui, de la Mairie de Bukavu ;
* les techniques de médiation et de gestion des conflits en 1997 avec l’appui de MCC / Grands-Lacs ;
* les techniques de négociation en mai 2002 avec l’appui de MCC/ Grands-
Lacs.
* les techniques d'observation et d'analyse sociale avec l'appui de la Commission Européenne.
Toujours dans le cadre d’assurer une formation adéquate aux artisans de paix de la Société Civile, le réseau a eu à organiser / fournir :
* deux voyage d’études respectivement au Kenya en décembre 1997 et à
Brazzaville (Congo) en 1998 ;
* un voyage d’échange des artisans de paix du Sud-Kivu (15 au total) au
Kenya en 1997 ;
* une expertise en formant les Assistants sociaux de Save the Children / UK-
Bukavu sur la paix et la détraumatisation en mai 2000 à Bukavu ;
* l’entraînement à la paix des animateurs des associations - membres dans leurs milieux respectifs (Bideka, Nyangezi et Walungu), en vue de la création des noyaux de paix, en l’an 2000.
* la facilitation des formations aux animateurs du Bureau de coordination sur la transformation des conflits à Cyangugu au Rwanda du 3 au 10 août 2002 et à Mindolo à L'eocumenical Institute of Peace en Zambie.
Le COPARE publie un bulletin d'information sur la paix "MPATANISHI".
Aussi dans le souci de promouvoir la culture de la paix, la réconciliation et la cohabitation harmonieuse entre et au sein des communautés au Sud-Kivu, COPARE avait entrepris une série d’activités de sensibilisation populaire à travers :
* la production et diffusion de deux spots promotionnels sur la paix, sur les ondes de la RTNC / Bukavu - la Voix du Peuple - pendant six mois (Janvier à
Juin 2000) ;
* la production et la distribution de 1.500 autocollants « PAS DEDEVELOPPMENT SANS PAIX », en l’an 2000 ;
* l’impression et la distribution de 150 T-Shirt « NINAPENDA AMANI ».
* Organisation d’un séminaire sur les initiatives de paix au Sud-Kivu en Août
2001 avec l’appui de Life and Peace Institute.
Enfin, dans le cadre de canalisation, d’information et de communication des actions de promotion de la paix au Sud-Kivu et dans les Grands - Lacs, COPARE initie des activités d’études et de recherche sur la paix.
Ainsi, il a eu à :
* réaliser une collecte des données sur les initiatives de paix au Sud-Kivu, en collaboration avec Life and Peace Insitute / Suède en juin 2001 ;
* Il appuie aussi les travaux de recherche (des indépendants et des étudiants) sur les questions de paix et des conflits.
* Elaborer un programme provincial de paix pour lequel nous sommes dans l’étape de préparation des ressources humaines à impliquer et dans la mobilisation des ressources financières ;
* ouvrir un centre de documentation (bibliothèque) de plus d’une centaine d’ouvrages et comptant beaucoup de revues, bulletins et rapports spécialisés sur la paix, la démocratie et les droits humains au bénéfice du public, surtout les chercheurs, les universitaires et le mouvement associatif.
II DES PARTENAIRES :
A l’heure qu’il est le COPARE entretient le partenariat avec le réseau MCC( Mennomite Central Committee) ainsi qu’avec LPI (Life and Peace Institute) organisation œcuménique dont le siège est basée en Suède et la Commission Européenne à travers COSI.
Personne de contact : Laurent MIKALANO M.
Coordinateur du COPARE
Tél. (+243) 98674420
Email : coparec@yahoo.fr
