l'engagement des jeunes dans l'education civique fora de l'Unesco

02/01/2013 - 16:54
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Introduction
Dans bien des cas, le progrès social ne vient pas d’en haut, là où les gouvernements décident des changements d’orientation. Il émane de la base, là où les communautés, les familles et les individus résolument tendus vers l’action bâtissent eux-mêmes la société de demain, mus par la seule volonté ou le seul instinct de faire le bien. Il naît de l’engagement civique. —Sa Majesté la Reine Rania Al Abdullah de Jordanie
Le présent document constitue un support en vue du Forum 2012 sur les politiques éducatives, intitulé Les jeunes, acteurs du changement social : Ensemble, planifions l’éducation, qui est organisé par l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE) en collaboration avec plusieurs partenaires, parmi lesquels la Chaire UNESCO sur l’enfance, la jeunesse et l’engagement civique (Université nationale d’Irlande, Galway). L’engagement civique se situe au coeur du débat lors de ce Forum sur les politiques éducatives qui réunit des jeunes délégués, des chercheurs et des décideurs : il est un levier puissant pour les jeunes en leur permettant de renforcer leurs capacités, d’effectuer la transition vers l’emploi et la vie publique et de contribuer au développement de la communauté et de la société dans laquelle ils vivent. Le Forum s’appuie sur les discussions qui se sont déroulées en 2011 pendant le 7e Forum des jeunes de l’UNESCO et sur les recommandations que les jeunes délégués ont formulées à cette occasion. L’accent a été mis notamment sur la prise en compte, à l’échelle mondiale, du rôle important joué par les jeunes pour faire évoluer la société de manière positive, en particulier grâce à leur participation à la vie publique et politique en vue d’instaurer une société plus inclusive et plus démocratique. Plus précisément, s’agissant de l’éducation, les délégués ont exhorté les États membres à garantir l’accès à « une éducation … non formelle de qualité, y compris l’éducation informelle, l’éducation interculturelle, l’éducation fondée sur les valeurs et l’éducation civique, en tant que composantes à parts égales de l’éducation en général » (UNESCO, 2011, p. 3). Cette recommandation relative à l’engagement civique des jeunes forme la trame centrale de ce document.
Dans ce document, les auteurs situent le Forum sur les politiques éducatives dans le contexte des publications et des théories relatives à l’engagement civique des jeunes. Ils introduisent le sujet à l’adresse d’un auditoire diversifié de parties prenantes (décideurs, prestataires de services et participants, y compris les jeunes) dans l’optique de les sensibiliser à la richesse des possibilités qu’offre l’engagement civique en tant qu’expression d’une manière de travailler avec les jeunes fondée sur les points forts, et aux retombées positives qu’il produit autant pour les jeunes eux-mêmes que pour la société.
1.1. Définition de l’engagement civique
Se pose tout d’abord une question, incontournable dans ce genre d’exercice, de savoir ce que l’on entend par engagement civique. La notion d’engagement civique est étroitement liée à celle de citoyenneté active et a été définie dans les termes suivants : « individual or collective actions in which people participate to improve the well-being of communities or society in general, and which provide opportunities for reflection » (« des actions individuelles ou collectives auxquelles des personnes participent dans le but d’améliorer le bien-être d’une communauté ou de la société en général et qui fournissent des opportunités de réfléchir ») (Innovations in Civic Participation, 2010, p. vi). Prises au sens large, cette définition des
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formes d’engagement civique des jeunes et d’autres définitions opérationnelles utilisées pour mesurer l’engagement civique au niveau international sous-entendent qu’elles revêtent une fonction politique, sociale, économique et morale et qu’elles ouvrent de vastes perspectives à la jeunesse. À titre d’exemple, si, au lieu de considérer l’engagement comme fondé sur une cause (politique), sur des besoins (social), sur des droits (emploi et économie) ou sur la morale (empathie et tolérance), on en regroupe toutes les formes, on peut contribuer à créer dans la vie des jeunes des facteurs de protection susceptibles d’améliorer la situation des jeunes, de leur famille et de la société.
Il convient également de noter que la notion d’engagement civique est largement approuvée et citée dans les milieux des universités, des gouvernements et des programmes. Mais cet enthousiasme a un prix, en l’occurrence la multitude des définitions qui sont utilisées et le risque d’incohérences et de critiques qui s’ensuit (Berger, 2009). Le Forum 2012 sur les politiques économiques peut être l’occasion de proposer, pour adoption par l’UNESCO, une définition opérationnelle de l’engagement civique des jeunes. En rédigeant ce document, les auteurs ont pu constater que l’engagement civique est un terme flou et contesté au niveau du concept et qu’il ne relève pas du cadre de ce document d’en discuter. Ceci explique les nombreuses références à des publications dans lesquelles des termes comme ‘participation’ des jeunes, ‘citoyenneté active’ et ‘leadership’ sont employés pour désigner des manières de travailler avec des jeunes. La position adoptée par les auteurs dans ce document est que l’engagement civique des jeunes doit être considéré comme ‘fondé sur des valeurs’ par les jeunes, les adultes et les responsables de la société civile. Dans des études récentes, les programmes d’engagement civique des jeunes sont décrits comme ayant pour finalité ultime une ouverture vers l’extérieur, ainsi qu’une orientation vers les valeurs qui met l’accent sur l’empathie et la réciprocité entre concitoyens. Il est intéressant de citer Amná (2012, p. 613) : « Generally civic engagement deals with values, beliefs, attitudes, feelings, knowledge, skills and behaviours concerned with conditions outside of the immediate environment of family and friends » (« D’une manière générale, l’engagement civique touche aux valeurs, croyances, attitudes, sentiments, connaissances, compétences et comportements en rapport avec des conditions extérieures à l’environnement familial et amical immédiat »). Pour cet auteur, l’engagement civique s’exprime dans différentes sphères, par exemple la sphère publique, commerciale, civile et personnelle, et permet ainsi d’observer un large spectre d’activités civiques sous différents angles.
1.2. Engagement civique : éduquer en dehors de la salle de classe
Au niveau mondial, les jeunes ont un rôle capital à jouer dans le changement social, pas seulement dans leur vie future d’adultes, mais dès maintenant dans leur vie de citoyens actifs. Par leur participation active à l’éducation, c’est-à-dire en allant à l’école, en y étant assidus, en y restant et en achevant leur scolarité, les jeunes construisent le socle de leur bien-être et de leur développement. L’accès à l’éducation est, malheureusement, est un luxe dont est privée une grande partie de la jeunesse dans le monde. Ce constat fait ressortir l’importance cruciale de l’éducation civique, largement inexploitée, en particulier comme forme d’éducation non formelle. En outre, pour tout jeune – scolarisé ou non – l’engagement civique est un mécanisme qui permet d’affiner les connaissances, compétences, relations et engagements utiles pour devenir un individu et un citoyen à part entière réellement efficace.
L’engagement civique en tant qu’éducation non formelle comporte plusieurs avantages majeurs. De nombreux jeunes dans le monde quittent, ou sont contraints de quitter, le système éducatif formel. Pour les jeunes qui sont en marge de l’éducation formelle, qui
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risquent d’abandonner prématurément l’école ou qui ne sont purement et simplement pas scolarisés, l’éducation non formelle peut ouvrir une voie vers l’acquisition des compétences et de l’expérience indispensables à l’employabilité. Elle leur trace un chemin vers un rôle possible à tenir dans la société, qui, sans cela, leur serait inaccessible. Mais il est clair que la salle de classe n’est pas le seul et unique lieu d’apprentissage. Il est nécessaire d’offrir aux jeunes, en complément d’une éducation formelle, des possibilités d’apprentissage expérientiel et de pratique réflexive. Celles-ci sont, pour les jeunes, le moyen de passer du stade de la théorie et de la recherche à la pratique. Au travers de l’engagement civique, l’éducation non formelle des jeunes renferme un potentiel énorme pour développer le leadership et la citoyenneté.
Ce potentiel est reconnu dans l’article 12 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (UNCRC), qui proclame explicitement le droit humain fondamental que détiennent les enfants et les jeunes de prendre part aux décisions les concernant. Les orientations en faveur de l’engagement civique des jeunes qui sont axées sur leur participation se fondent sur une vision positive des jeunes comme acteurs de la société, lesquels possèdent les capacités et la volonté – autant que le droit – d’oeuvrer pour informer, réformer et bâtir une société propice à leur bien-être et à celui de leur communauté, ainsi qu’à l’édification et au maintien d’une société équitable et inclusive. Ces orientations s’appuient sur un ensemble de convictions relatives à la valeur de la démocratie participative et sur une approche des droits de l’homme qui reconnaît l’existence d’un socle de droits fondamentaux des jeunes en tant que jeunes – c’est-à-dire des acteurs engagés et à part entière de la société d’aujourd’hui, et pas seulement des citoyens en devenir qui pourront exercer ces droits une fois parvenus à l’âge adulte. Elles reconnaissent que ces jeunes sont d’une part ancrés dans un contexte économique, social et politique, d’autre part capables de le faire évoluer via l’action individuelle et l’action collective (Brennan, 2008 ; Ginwright, Noguera et Cammorata, 2006). La tâche qui incombe à la société est de mettre à profit les mécanismes que sont l’éducation non formelle et l’engagement civique qui y est associé pour que les jeunes puissent participer à leur développement, leur apprentissage et leur interaction sociale. L’engagement civique des jeunes via l’éducation non formelle mérite attention : mais c’est aussi, et surtout, un choix politique capital à l’échelle du monde.
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2. Façonner l’individu et la société : théories et débats
Comme indiqué dans l’Introduction, les différentes définitions de l’engagement civique partent de l’idée implicite qu’il peut apporter des avantages significatifs et substantiels pour l’individu comme pour la société. Les paragraphes qui suivent tracent, dans leurs grandes lignes, quelques-uns des grands principes qui constituent le fondement de ces arguments. Ces principes peuvent s’exercer au niveau de l’individu et de la communauté et ils concernent le rôle central du soutien social, de la résilience, de l’interaction sociale et du développement positif des jeunes pour préserver et assurer le bien-être des jeunes, parallèlement à une connaissance des types d’activité (ou de comportement) qui encouragent la citoyenneté, la participation sociale et l’action civique.
2.1. Le rôle central du soutien social
Pour un jeune, le fait de pouvoir obtenir un soutien social est fondamental pour qu’il puisse s’intégrer dans la société, s’y épanouir et y jouer un rôle utile. La rencontre avec autrui dans le cadre d’un réseau social de jeunes – y compris famille nucléaire et élargie, relations d’amitié entre pairs, contacts positifs lors des activités scolaires et des loisirs, responsables adultes exerçant une influence positive – peut fournir un soutien social solide, d’une importance cruciale pour garantir le développement positif d’un jeune, atténuer le stress et favoriser l’autonomie et le bien-être (Tracy et Whittaker, 1990 ; Cutrona, 2000 ; Dolan et Brady, 2012). Parmi les divers types de soutien dont peuvent généralement disposer les jeunes, l’aide concrète, le soutien moral, le respect et les conseils peuvent tous être générés et dispensés régulièrement au travers d’activités d’engagement civique dans le domaine politique et social avec des jeunes (Dolan, 2012).
Deux aspects particuliers de la théorie du soutien social ont une résonance particulièrement forte en relation avec l’engagement des jeunes. Le premier est que la réciprocité est un attribut essentiel du soutien social et suppose que le sentiment que peut avoir un jeune d’être un fardeau ou de se sentir redevable envers autrui (envers des adultes, notamment) peut être allégé par le jeu du soutien donné et reçu (Dolan et Brady, 2012). Via des échanges réguliers et équitables de soutien avec des contacts sociaux, les jeunes parviennent à créer et entretenir des relations véritablement positives. Les activités d’engagement civique à tous les niveaux encouragent les jeunes à aller plus loin qu’une simple implication active dans la société civile ou participation à la vie publique, c’est-à-dire à y jouer un rôle utile en apportant un soutien aux autres. Des éléments de plus en plus nombreux montrent également que le ‘soutien caché’ ou l’aide discrète est une forme plus efficace de soutien social pour les enfants et les jeunes (Bolger et Amarel, 2007). Ainsi, aide réciproque et aide cachée sont des fonctions de l’engagement positif des jeunes dont les décideurs devraient tenir compte dans la formulation des programmes et des pratiques.
2.2. L’engagement, un ressort puissant pour la résilience
La résilience est souvent qualifiée par des termes tels que la capacité de ‘se rétablir’, de ‘se relever des effets de l’adversité’ ou de ‘faire mieux que prévu’, et l’on trouve dans la littérature de plus en plus d’études qui évoquent l’importance de la résilience dans la vie des jeunes (Ungar, 2012). Bien qu’elle soit décrite comme une fonction permettant de survivre à des circonstances adverses ou une capacité à surmonter le stress, la résilience chez les jeunes est en général mesurée en termes de circonstances extrêmes de la vie (par opposition aux petites tracasseries du quotidien) et observée uniquement en présence d’un mécanisme
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prolongé et avéré d’adaptation (Masten, 2004). D’abondantes recherches démontrent que la résilience des jeunes réside dans leur capacité à recueillir un soutien et à résoudre les problèmes qu’ils rencontrent jour après jour (Clarke et Clarke, 2003), permettant aux facteurs de protection de l’emporter sur l’impact des facteurs de risque dans leur vie (Gilligan, 2008).
Alors que, par le passé, on a décrit et mesuré la résilience comme une situation concernant des jeunes à l’échelon d’un individu (Rutter, Giller et Hagal, 1998), il est de plus en plus admis que la capacité de surmonter des difficultés fait intervenir une multitude d’acteurs à l’échelon de la famille, de l’école, de la communauté et de la société (Ungar, 2012). Dans un tel contexte, les jeunes qui s’engagent dans des actions civiques en tirent des avantages connus (sentiment d’appartenance, maîtrise, indépendance et générosité par exemple) et bénéficient d’un plus grand soutien social, ce qui a pour effet