La situation sécuritaire à Bukavu
il s'agit de donner le point de vu de l'ACAT Sud Kivu sur les évenements qui ont survenu à Bukavu avec la découverte d'armes
ACAT/SUD – KIVU a.s.b.l.
Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (Sud – Kivu)
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LA SITUATION SECURITAIRE A BUKAVU: Affaire « Major KASONGO ».
La situation actuelle d’insécurité à Bukavu est consécutive à la découverte des caches d’armes et munitions aux domiciles du colonel Bahati et du major Kasongo par les militaires de la dixième région militaire commandés par le général Prosper Nyabyolwa en date du 21 février 2004.
Signalons au passage qu’en date du 03 février 2004, des armes à feux avaient été saisies dans la parcelle du gouverneur CIRIBANYA. En effet pour le sanctionner le gouvernement de Kinshasa avait ordonné sa suspension aux fonctions de gouverneur de province du Sud Kivu.
Revenons à l’affaire Kasongo pour dire que sur ordre de la haute hiérarchie militaire du pays, le général Prosper a accepté de transférer le major Kasongo à Kinshasa en date de 23 février 2004. En apprenant cette nouvelle, les autres membres du conseil provincial de sécurité, membres du RCD ( Rassemblement congolais pour la Démocratie) ainsi que les représentants de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) se sont indignés prétendant que le général ne les avait pas consulté avant de prendre une telle décision de transférer Kasongo dans la capitale de son pays. Ils soutiennent que ce dernier devait être jugé à Bukavu et non à Kinshasa.
Dans la nuit du 23 février 2004, les militaires fidèles au RCD, ex-rébellion appuyés par leurs traditionnels alliés de l’Armée Patriotique Rwandaise(APR), sous le commandement du Colonel Jules MUTEBUTSI, commandant second de la dixième Région militaire, ont attaqué la résidence du général Prosper Nyabyolwa. Suite à cette attaque nocturne du reste, trois militaires de la garde rapprochée du général sont tués par les assaillants. La maison est mise à sac, complètement pillée, même les vitres ont été emportées.
Le matin du mardi 24 février 2004, la population de Bukavu qui appréciait le travail abattu par le général se regroupe à la Place Mulamba à côté de la Résidence du Général Prosper restée sous le contrôle des militaires à la morphologie tutsi, supçonnés d’être de l’APR. Des jeunes en effervescence, ne se sont pas empêchés d’exprimer leurs émotions en adressant des paroles méchantes à ces militaires inconnus. La route de Nguba est barricadée par les jeunes et les soldats tirent de balles en l’air pour les disperser.
La même date, le RCD a annoncé au cours d’une conférence de presse qu’il suspendait sa participation à l’action gouvernementale et dans toutes les institutions de la transition si son major n’est pas immédiatement mis en liberté et ré- acheminé à Bukavu.
Dans la même conférence de presse, le RCD à travers ses plénipotentiaires adressent sans ambages des propos injurieux à la personne du chef de l’Etat, le traitant entre autre de sanguinaire, de dictateur et de président d’un Etat voyou.
Le 25 février 2004, le major Kasongo est retourné à Bukavu dans la matinée. Le RCD déclare qu’il serait mis à la disposition de l’auditorat militaire pour être jugé de ces actes. Disons que le même jour, au matin, les soldats du RCD ( 3 rwandais et 2 congolais selon les déclarations des sœurs ) se sont introduit dans le couvent des religieuses de Saint Joseph de Turin, sur Avenue de la Poste en Commune d’Ibanda. Ils procèdent à une perquisition arguant qu’ils étaient à la recherche du général Nyabyolwa. Ces militaires sont allés jusqu’à fouiller les lits des pauvres sœurs.
Comme si cela ne suffisait pas et comme si le général était devenu un religieux, un autre groupe des militaires est descendu à la Procure de l’Economat général de l’Archidiocèse de Bukavu pour la même mission, malheureusement pour eux, ils n’ont pas réussi à pénétrer les enceintes de ce couvent suite au refus catégorique des prêtres trouvés sur le lieu.
Le 26 avril 2004 consécutivement à cette situation d’insécurité grandissante à Bukavu, le gouvernement de la République a décidé d’envoyer une délégation conduite par le général Sylvain Mbuki, chef d’Etat major de l’armée terrestre pour enquêter sur la situation et faire rapport. Arrivé à Bukavu, le général a tenu une réunion à la quelle ont participé, le colonel MUTEBUTSI, le représentant de la MONUC, le gouverneur de province ad interim, etc., le général Nyabyolwa n’a pas participé à cette réunion, il demeure introuvable jusqu’à ce jour.
La même date, le ministre Vital Kamere en tant que leader du Kivu, s’est exprimé. Il fustige énergiquement le comportement malhonnête du RCD. En effet, selon lui le RCD ne peut sans violer l’accord global et inclusif et la Constitution de la transition, se réclamer l’appartenance d’un officier militaire étant entendu qu’il est devenu un mouvement politique. Aussi, les injures adressées au chef de l’Etat par les représentants du RCD ne relèvent aucunement de la culture d’un Etat de droit. Le ministre menace de démissionner si le RCD continu dans sa politique de la terre brûlée, il demande en outre au gouvernement de punir les instigateurs de la mutinerie de l’armée à Bukavu.
Le 27 février 2004, le Président de la République promet une punition exemplaire aux auteurs de ces troubles survenus à Bukavu.
La société civile du Sud Kivu, réagissant au comportement de Mutebutsi, exige que les coupables des actes attentatoires à la vie du général Prosper Nyabyolwa soient punis conformément à la loi en vigueur en RDC.
Le 29 février les partis politiques, installés à Bukavu, hormis le RCD, condamnent unanimement l’acte posé par le RCD à travers ses officiers militaires et exige que les coupables soient déférés devant la justice pour leur condamnation.
Du 1er au 02 mars 2004, journée ville morte à Bukavu décrétée par la société civile, forces vives du Sud-Kivu. Les marchés, les écoles, les magasins, les boutiques, les services publics et privés sont restés fermés pendant les deux jours.
Les jeunes ont organisé des marches de protestation dans toutes les rues de Bukavu ; ils barrent les routes aux véhicules, même à ceux de la Monuc, jugée complice dans les désordres qui ont conduit à la fuite de Nyabyolwa, commandant de la dixième région militaire.
Il convient de préciser à ce niveau que le jour de l’attaque contre la résidence au général Nyabyolwa, alors qu’ils étaient avisés, les militaires de la Monuc n’ont rien fait pour venir calmer la situation, le représentant de la Monuc/Bukavu, monsieur CHAROUH CHARIF s’est expliqué le lendemain à la presse pour dire qu’ils ne pouvaient pas intervenir d’autant plus que non seulement il y avait de l’obscurité dans la ville cette nuit-là, mais aussi que la situation était confuse et dangereuse.
Parlons toujours de cette deuxième journée ville morte pour dire que les militaires au lieu d’encadrer les manifestants pour éviter des éventuels débordements, se sont mis à tirer des balles réelles et la population a répondu par des jets de pierre. Ce jour là les jeunes gens ont détruit la tombe attribuée à feu Masasu Nindaga, au niveau de la grand Poste de Bukavu.
Pendant la journée du 02 mars 2004, 4 personnes ont été blessées par balles. Il s’agit d’un étudiant de l’Université Simon Kimbangu, d’un jeune de BuholoV en commune de Kadutu, d’un jeune de Cimpunda et d’un étudiant de l’ISP connu sous le nom de SODA Safari de G2 Français, qui est tombé du 3ème étage du bâtiment central de la même institution alors qu’il fouillait les assaillants qui avaient assiégé le campus. Toutes ces victimes sont à ce jour internées à l’Hôpital général de Référence de Bukavu.
En commune de Bagira, la manifestation a été également dispersée par les militaires de MUTEBUTSI au niveau de Bwindi, sur la route de Kavumu.
Dans leur fuite, deux garçons ont été grièvement blessés et sont à ce jour internés au Centre hospitalier de Bagira.
A Nyangezi, les élèves des instituts WEZA, Kamina et Nyangezi ont organisé une marche de colère contre les agissements du colonel Mutebutsi, ils ont réclamé à cette occasion le retour du général Nyabyolwa à la tête de la 10ème région militaire. Pour les dispersés, les militaires ont tiré des balles en l’air. Signalons que ces manifestants avant de se diriger à Mumosho ont pris soin de saccager la résidence d’un officier militaire du RCD basé à Munya/Nyangezi.
Le 03 mars 2004, le président de la République, anime une conférence de presse à Kinshasa. Au cours de cette conférence, le chef de l’Etat déclare qu’il est régulièrement en contact avec le général Nyabyolwa et que ce dernier est en bonne santé. Il ajoute que ce dernier reste le commandant de la dixième région militaire et qu’il va bientôt regagner son poste. Le chef de l’Etat a dit qu’il attend le rapport de la mission militaire dépêchée à Bukavu pour mener une enquête autour du dossier Major Kasongo. Il a appelé la population de Bukavu au calme avant de réitérer sa promesse de visiter à la fin du mois de mars la province du Sud -Kivu si toutes les conditions sécuritaires sont réunies.
Le 3 mars 2004 au soir, le Comité International d’Accompagnement à la Transition (C.I.A.T) menace de revenir à sa logique de mettre la RDC sous protectorat de l’ONU ou de nommer un Premier ministre pour organiser les élections démocratiques en RDC.
Nous ne pouvons pas clore ce point relatif à la situation sécuritaire à Bukavu sans dire que la population reproche à la communauté Banyamulenge d’être parmi les acteurs d’insécurité sur terrain. La communauté banyamulenge quant à elle rejette pareilles allégations en disant que l’affaire de certains individus ne peut pas engager toute la communauté. Par ailleurs ils ont adressé une lettre à la société civile et à l’Eglise catholique, à travers laquelle, ils expriment leur crainte d’être menacés par les autres communautés, qui vont jusqu’à refuser de leur vendre des denrées au marché… A ce jour des concertations se font entre les représentants de cette communauté, l’Eglise Catholique locale, la Monuc ainsi que les autres mutuelles tribales pour tenter de ramener l’harmonie perdue entre les communautés de la Province du Sud Kivu.
Quelque chose est tout de même marrant. Voilà ce que l’on constate chaque fois que le Sud Kivu(Bukavu) est attaqué ou lorsqu’il y a des troubles : les militaires banyamulenge du RCD sont déployés en masse dans la rue et se mettent à tirer sur la foule. Aussi certains étudiants et élèves banyamulenge (ISGEA, UEA, ISECOF, Institut d’IBANDA, Université Simon KIMBANGU,…) quittent rapidement les salles de classe et on les retrouve subitement en tenue militaire et arme à la main. On a vu lors des ces incidents de Bukavu (lundi et mardi) que tous les soldats congolais avaient des bâtons à la main comme s’ils étaient devenus des bergers tandis que les banyamulenge (rwandais confondus) étaient lourdement armés.
Fait à Bukavu, le 05 Mars 2004
Article 5 de la DUDH : « Nul ne sera soumis à la torture ni à des traitements cruels, inhumains ou dégradants »
