L’arnaque au crédit : une nouvelle forme de cybercrime au Congo

La Cybercriminalité n’arrête pas de faire des ravages et chaque jour qui passe charrie ses lots de constats préjudiciables de ce fléau qui peu à peu redéfinit et modifie la notion du crime. Les crimes commis par les canaux des technologies nouvelles deviennent de plus en plus à la mode et ont fait émerger de nouveaux types de criminels, plus efficace, plus discrets et qu’il est très difficile pour des services de police ne s’étant pas mis à la page de ces techniques de traquer et d’appréhender.
Les Techniques de haut vol comme le piratage de cartes de crédit, le détournement d’informations confidentielles ou tout autre acte de sabotage ayant ces technologies comme moyen de perpétration, sont en continuelle expansion et ne laisse pas en reste même les pays semblant être dépourvus d’infrastructures technologiques suffisantes.

Dans ce lot de pays, semblant être à l’écart de ces effets du fait de leurs carences, se trouve la RD Congo et bon nombres de pays d’Afrique Subsaharienne, où les questions liées à la sécurité informatique en général et les délits impliquant les autres services des Technologies de l’Information et de la Communication en particulier, sont minimisés par les pouvoirs publics et ne bénéficient que d’une faible attention de l’opinion publique.

Ces deux derniers mois ont pourtant été parsemés de faits révélateurs d’une nouvelle forme de cybercriminalité qui ne cesse de s’étendre et de se généraliser sur l’ensemble du territoire.
Ces faits sont des simples arnaques réalisées à travers les téléphones portables et dans lesquels les victimes en lieu et place d’argents ou d’informations confidentielles, se voient subtilisées des crédits de communication.

Ces arnaques se déroulent suivant un scénario assez simple. Le tenancier d’une Cabine publique ou un simple abonné reçoit un appel provenant du service clientèle d’une société de télécommunication quelconque. Ces derniers expliquent à l’abonné qu’il est le gagnant d’un jeu concours et que son numéro a été sélectionné pour recevoir un prix. Dans l’un des cas analysé, les arnaqueurs affirment même appeler en direct à partir d’une émission radio.
Pour mieux le berner, les arnaqueurs commencent par s’enquérir au préalable de l’opinion de l’abonné sur le réseau dont ils se font passer pour les représentants.
Ensuite, pour confirmer son prix, l’abonné se voit demandé de procéder à une authentification de son statut. Pour se faire, après avoir pris ses coordonnées personnelles (noms, adresse, etc.), il lui est dicté une série de combinaisons de chiffres et de symboles à opérer sur son téléphone afin de finaliser l’authentification de son numéro.

Ce qui est arrivé dans ces cas est qu’après avoir procédé à ces combinaisons, tout le compte de crédits de communication se voit vidé et transféré vers un autre portable. Ce n’est qu’après avoir raccroché et dans l’attente de sa récompense illusoire que l’abonné ne se rend compte que bien trop tard qu’il a été victime d’une arnaque.

Dans un autre cas, les arnaqueurs, exigent même pour finaliser l’identification que l’abonné puisse disposer d’un seuil minimal d’unités de recharge, différent en fonction des réseaux.

La deuxième situation est celle des associations recrutant des travailleurs. Dans ce scénario, un communiqué est lu dans les médias ou la Presse faisant état du recrutement opéré par des Ong recrutant des personnes issues de toutes les conditions.

La dernière en date est celle de l’Ong CEVIC Asbl. Cette ONG a diffusé il y’a près de trois semaines sur plusieurs médias à Kinshasa, une annonce analogue et laisser un numéro de contact pour les candidats désireux d’obtenir de plus amples informations.

Les personnes ayant pris contact avec cet organisme se sont vu relatées qu’il existait des postes vacants dans plusieurs sociétés de la place pour lesquels CEVIC était l’Agence de recrutement désignée pour procéder aux embauches.

Cependant, les candidats désireux d’être engagé, sans aucune interview ni test préalable, se voyaient demandé de transférer 500 Unités de crédit vers leur numéro pour se voir engagé dans l’heure qui suivrait.

Bien évidemment, plusieurs personnes sans emplois et dans l’euphorie de décrocher en quelques minutes un contrat de travail bien rémunéré juste pour avoir eu à envoyer promptement 500 unités, se sont vite empressés de s’exécuter, et attendirent longuement le rappel de cette fictive Agence d’embauche en ligne, qui ne vint jamais.

A ce jour, près des médias, ayant diffusé le message de cette Ong, il n’existe aucune trace de l’adresse physique de ladite Ong, et le nombre de personnes ayant connu cette mésaventure avoisine la centaine rien qu’à Kinshasa.

Tous ces deux scénarios nous font découvrir une nouvelle forme de cybercriminalité qui peu à peu commence à prendre corps dans notre Pays. Des arnaqueurs usent désormais de ce stratagème pour soutirer des unités d’appels à des abonnés sans que cela ne puisse émouvoir les services spécialisés.
Ces derniers ayant été saisis de ces types de cas, n’arrivent pas jusqu’à présent à déjouer ces escrocs.
Exiger une collaboration des sociétés de télécommunication reviendrait à soulever l’éternel débat sur le processus d’identification des abonnés actuellement en cours et censé prévenir selon certains analystes ce types d’abus.

Cette solution est malheureusement la plus inefficace et la plus inadaptée pour répondre à cette nouvelle forme de criminalité.

L’on se rappellera qu’en 2008, les Autorités des PTT motivaient leurs décisions par les rumeurs faisant état de la mort présumée du Président KABILA, véhiculées à travers des numéros non identifiés pour appuyer leurs décisions de rendre obligatoire l’identification des abonnés de tout les réseaux de télécommunication.
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Aujourd’hui, deux ans après les faits, l’opération d’identification piétine, l’anonymat des utilisateurs des réseaux criminels usant de la téléphonie cellulaire s’est vu conforté et les même Autorités ne disposent plus d’autres moyens pour annihiler la menace d’hier qui aujourd’hui s’amplifie davantage.

A la lumière de ces faits, il me parait judicieux de redéfinir la mission du Ministère des PTT en matière de gestion du secteur des TIC et de ses corollaires. La Journée mondiale des Télécommunication en 2006, voyait l’Autorité de tutelle clamait haut et fort que la sécurité du cyberespace constituerait l’une de ses missions primordiales. Depuis, il semblerait de plus en plus qu’il s’agissait d’un discours s’étant juxtaposé aux circonstances de l’époque, où la sécurité du cyberespace constituait le thème international choisi par l’Union International des Télécommunications, et que depuis le Ministère des PTT n’a jamais mis en pratique une seule action concrète .

KALONJI BILOLO Trésor Dieudonné
Assistant à la Recherche en Informatique et TIC
tresorkalonji@yahoo.fr