A Kisangani le Rassemblement Congolais pour la Démocratie continue à régenter la vie publique comme un Parti Etat

Le Groupe Justice et Libération, une association chrétienne de défense des droits de l’homme basée à Kisangani, dénonce l’utilisation abusive et exclusive des services publics de l’Etat par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) devenu parti politique depuis la mise en œuvre de l’accord global inclusif relatif à la gestion de la transition au Congo.
Les Faits :

  1. Les émissions de propagande du RCD à la radio et à la Télévision nationale (RTNC) continuent comme par le passé à être produites sans accorder le même temps d’antenne à d’autres sensibilités politiques et encore moins contre un quelconque payement.
  2. Pour avoir supprimé, sur le programme de la RTNC, les émissions de propagande du RCD en vue de se conformer au nouveau paysage politique, le chef de service de programme à la radio et à la télévision nationales à Kisangani, monsieur Etienne Bwande Bwana Puwa, vient d’être suspendu de ses fonctions pour une durée indéterminée. La décision de la suspension a été signée par le Directeur provincial de la RTNC, monsieur Richard Alimasi, sur injonction du gouverneur de province et président provincial du RCD pour la province orientale, le professeur Jean Pierre Bilusa. Le directeur Alimasi avait reçu auparavant une lettre de demande d’explication du gouverneur dans laquelle ce dernier s’indignait que les émissions du RCD aient été supprimées de la grille de programme « au mépris de l’article 11 de la constitution de la transition. » Un autre militant du RCD répondant au nom de Alex Kimanuka, proche de la hiérarchie de Goma, avait aussi transmis au directeur Alimasi les injonctions des autorités du RCD pour sévir contre la suppression de leurs émissions. Notons que monsieur Alex Kimanuka, propagandiste attitré, est connu à Kisangani pour avoir, au plus fort de la tension entre les armées rwandaise et ougandaise à Kisangani en 1999 et 2000, attisé le feu sur le déclenchement des affrontements sanglants entre ces deux parrains des rebellions congolaises par des émissions radiodiffusées de haine ethnique.
  3. Le RCD pour la province orientale a installé sa permanence dans un bâtiment public qui abrite la division provinciale de la jeunesse. C’est dans ce même bâtiment qu’avait été installé l’office de l’Alliance pour la sauvegarde du dialogue inter congolais(ASD) qui a lié le RCD et l’UDPS au lendemain de l’accord partiel de Sun City.
  4. A l’occasion de la commémoration de son cinquième anniversaire le 2 août, le RCD a non seulement décrété la journée chômée mais a aussi contraint les fonctionnaires et agents de l’Etat ainsi que les opérateurs économiques à défiler. Les responsables des entreprises publiques ont été « invités » à mobiliser leurs agents et ont été encouragés à remettre des contributions matérielles ou financières pour l’organisation de la manifestation. Les militaires, quant à eux, ont été soumis à un entraînement intensif durant toute la semaine qui a précédé cette date et ont été alignés pour le défilé avant d’être, in extremis, appelés à l’Etat major officiellement pour recevoir une nouvelle tenue. Plus tard on apprendra que l’ordre de soustraire les militaires de cette manifestation privée est venu de Kinshasa pour donner un signal fort de la démarcation entre le RCD, fait privé, et les militaires devenus soldats du Congo unifié. Sur le chemin de retour dans leurs casernes, les militaires dont beaucoup avaient boudé leur participation au défilé bien avant ce mot d’ordre de Kinshasa ont chanté, à gorge déployée, que le RCD est mort.
  5. Le maire de la ville continue à réunir les bourgmestres des communes dans la rencontre hebdomadaire dénommée « le mercredi du parti » au cours de laquelle un thème politique ayant trait à la propagande de ce parti est étudié et soumis aux bourgmestres pour le répercuter auprès de leurs administrés. C'est surtout dans les marchés que les vendeurs subissent cet endoctrinement bien malgré eux car l’exercice de leur petit commerce en dépend.

ANALYSE
A la lumière des faits décrits ci-dessus, il importe de souligner que le RCD, ancienne rébellion en charge de la province orientale, continue à régenter la vie publique comme par le passé au mépris du nouveau paysage politique du pays qui s’inscrit sous le signe du multipartisme aussi bien politique, syndical, économique, sociale que culturel.
Certes, l’impératif de la construction d’une transition consensuelle et la difficulté de quitter les habitudes acquises postulent pour les acteurs politiques de considérer les actes du RDC comme des « ratés » mais il n’empêche qu ‘ils soient constitutifs d’abus de pouvoir et d’atteinte aux libertés fondamentales de la démocratie, à savoir, la liberté de presse, d’opinion et d’association.
RECOMMANDATION
C’est pourquoi le Groupe Justice et Libération recommande ce qui suit :
Au leadership du RCD :

  • Tracer une nette démarcation entre le RCD, ancien pouvoir politico-militaire et le RCD parti politique
  • Respecter les règles de la transition pour l’avènement d’un véritable Etat de droit

Au Gouvernement d’union nationale :

  • Accélérer la mise en place de toutes les institutions.
  • Proclamer la liberté des activités des partis politiques dans l’ensemble du territoire national

Au Gouverneur de la province orientale :

  • Cesser de s ingérer dans la gestion de la presse publique
  • S’interdire de considérer les fonctionnaires et agents de l’Etat comme des membres de son parti
  • Faire une nette différence entre le patrimoine de l’Etat et celui de son parti

A la presse de Kisangani :
Ne pas céder aux pressions politiques d’où qu’elles viennent pour garantir à la transition un espace de débat constructif

  • Etre solidaire dans le cadre de la confrerie

Fait à Kisangani, le 6 août 2003

Pour le Groupe Justice et Libération
François zoka
Président

Pierre Kibaka
Secrétaire