Synthèse de la journée de réflexion sur le financement extérieur de la RDC

Introduction
Dans le cadre du Groupe Consultatif de la Banque Mondiale, dont les travaux de Paris ont débouché sur l’accord de financement de 4 milliards de dollars pour la RDC, le Conseil National des Organisations Non Gouvernementales de Développement de la R.D.C.- CNONGD a organisé le mardi 13 janvier 2004 une journée de réflexion, pour permettre aux ONGD et à d’autres associations de comprendre la portée de ces actions et de chercher les voies et moyens d’une implication de la société civile.
Près de 150 organisations membres du CRONGD Kin et des autres composantes de la société civile ont pris part à cette journée, dont le thème principal était
« Reprise de la coopération financière avec la RDC : Intervention des Multibailleurs. Regard de la société civile ».

Déroulement
La journée a porté sur cinq exposés dont les auteurs respectifs se sont recrutés parmi les dirigeants politiques, les personnalités du monde scientifique et les experts de notre pays en présence d’un auditoire aussi sélectif que diversifié.
Ils ont développé respectivement les sujets suivants :
-Nature et finalité de récentes interventions financières des Multibailleurs (Ministre des finances, représenté par le Directeur Technique du BCECO, M.MATONDO);
-Bilan de la coopération financière de la R.D.Congo avec ses principaux partenaires(Prof MUBAKE, prof d’économie à l’Unikin) ;
-Problématique de gestion de la dette extérieure en R.D. Congo(Prof. KABEYA TSHIKUKU, prof d’économie à l’UNIKIN)
-Mémorandum de la Société Civile à l’égard de récentes interventions des Multibailleurs : Politiques économiques et Exigence de bonne gouvernance(NSOMUE, expert).
-Société Civile DSRP et Accord de Cotonou(par TSHONZA MATA, du SERACOB )
Les participants ont été conviés à deux thèses, l’une soutenant totalement l’esprit et la lettre de ces financements extérieurs, l’autre un peu plus critique, remontant dans l’histoire et interrogeant l’efficacité et l’efficience des financements actuels. La première thèse, celle du gouvernement soutient que les performances économiques réalisées par le gouvernement ont motivé les bailleurs de fonds à octroyer des ressources importantes, pour promouvoir la reconstruction du pays, à travers dix projets importants. Cette thèse soutient certainement la vision de la Banque Mondiale et des Institutions financières internationales. La deuxième thèse, soutenue par le monde scientifique et les experts de la société civile est très critique. Elle pose le problème du paradoxe entre les performances économiques réalisées et l’appauvrissement continu de nos populations. Le peuple ne sent pas les retombées des mesures économiques. En plus, il a été démontré que la RDC ne dispose pas d’un programme économique à proprement parler. Les programmes qui ont été financés ont été montés à Washington. La problématique de l’endettement de notre pays a été posée, alors qu’il dispose d’énormes potentialités, qui malheureusement ne profite qu’aux multinationales. A cet égard, le Prof MUBAKE établit simplement que la R D C ne dispose pas de politique économique. Ce point de vue est atténué par Monsieur NSOMUE qui révèle plutôt la responsabilité de l’inadéquation de la politique monétaire, considérant que la dette comme les investissements sont du domaine de la monnaie. Il a plus particulièrement stigmatisé l’inexistence d’une infrastructure financière du Congo, qui soit capable de gérer efficacement les flux d’aides étrangères.
On n’a pas cessé de se demander si l’importance des projets engagés ou programmés saura contribuer à l’amélioration des capacités des populations défavorisées pour leur permettre de jouer un rôle plus accru dans le développement.
Des propositions ont été faites pour que l’Etat tienne compte des vrais besoins de promotion et de développement de nos populations. Aussi, il a été démontré que la RDC n’a pas contribué au montage du Programme Indicatif National, dans le cadre de la coopération avec l’Union Européenne. L’Accord de Cotonou, qui est en marche dans d’autres pays, n’est pas encore d’application en RDC, alors que bientôt nous passerons dans la revue à mi-parcours. Le manque de coordination de la coopération financière est un frein terrible. La société civile, à cause de ses turpitudes n’a pas pu participer au montage et probablement à l’exécution du P.I.N. Une interpellation a été faite en direction de la société civile.
Tous les sujets, après les exposés, ont fait l’objet d’un débat approfondi, à travers le jeu de questions – réponses.
Au cours des débats, il a été démontré que la stabilité macro économique réalisée n’a pas pu conduire à une augmentation de la consommation des ménages. Et donc, la politique déflationniste a réduit, de manière drastique, le niveau de vie, augmentant ainsi l’indice de pauvreté.
Compte tenu du temps, un groupe de travail a été constitué, composé de huit personnes, en vue de l’élaboration du Cahier de charge de la Société civile, définissant les mécanismes à mettre en place pour la gestion transparente et efficace de la nouvelle coopération. Parmi ces mécanismes, il y a lieu d’anticiper déjà la pertinence de la mise en œuvre d’un projet de l’Observatoire national des questions économiques et financières en vue de s’assurer en tout temps du réalisme, de l’efficience et du respect des règles de bonne gouvernance. Ce mécanisme permettra à la société civile de participer, avec efficacité à la conception et au suivi d’application des mesures de politiques économiques, financières et monétaires eu égard à l’impératif de la sauvegarde des intérêts de la population congolaise.
Ce groupe de travail, placé sous la direction du CNONGD, devra s’atteler à l’élaboration d’un cahier des charges de la société civile, qui sera présenté aux différentes autorités du pays et aux bailleurs de fonds. Un lobbying sera déployé, en vue d’obtenir l’implication de la société civile dans le processus de la gestion de la coopération financière.
Le groupe de travail présentera le cahier de charges(qui reflète toutes les discussions qui sont ressorties lors des débats)à l’ensemble de la société civile, le mercredi 21 janvier 2004, pour validation.
Dès que la validation est obtenue, les démarches seront amorcées pour présenter ce cahier des charges auprès des autorités suivantes :
-Ministre du Plan ;
-Ministre des Finances ;
-Vice-Président chargé des questions économiques et financières ;
-Vice-Président chargé des questions de la reconstruction et développement.
Dans le cadre de l’expansion de l’animation à la base, le CNONGD se propose de travailler avec les CRONGDS, pour que des synergies des ONG et de la société civile s’engagent au niveau des différents quartiers, en vue de rendre effective l’implication de la société civile dans le processus de reconstruction du pays.
En conclusion, la participation de la population a été identifiée comme la condition essentielle du développement économique. Il y a nécessité que l’Etat puisse préparer les conditions d’une participation populaire dans la vie publique. C’est ici l’occasion de souligner la pertinence d’un cadre législatif permettant conduisant à une politique de décentralisation et de déconcentration, visant une gestion proche du citoyen. La problématique de l’examen de la proposition de la loi sur la décentralisation pourrait être un chantier susceptible d’être ouvert, de manière à ce qu’elle puisse permettre le renforcement de l’implication des collectivités locales dans le développement économique et surtout social.
Fait à Kinshasa ce mercredi 14 janvier 2004.
Félicien MALANDA NSUMBU
Secrétaire Exécutif du CNONGD