Plus de dix millions de dollars issus du trafic de coltan congolais sont bloqués

Une franche collaboration s'est installée entre les autorités judiciaires belges et helvétiques dans le cadre de l'affaire sur le trafic international de coltan, un minerai précieux, sur laquelle enquête le juge d'instruction bruxellois, Michel Claise. A tel point que, comme le confirmait, mercredi, le parquet de Bruxelles, lundi, le procureur fédéral de Berne, M. Holzkamp-Brentz, en charge, notamment, du blanchiment d'argent, est venu en personne en commission rogatoire à Bruxelles. Il y a rencontré le juge d'instruction et lui a apporté nombre d'informations et de documents intéressants ainsi que de relevés de comptes bancaires. Phénomène exceptionnel : cette rencontre s'est faite sans avoir à passer par les traditionnelles valises diplomatiques. Un échange de fax, et le rendez-vous était pris.

Il se confirme ainsi que plusieurs comptes ont été bloqués en Suisse. Des comptes ouverts aux noms de Aziza Kulsum et de Jacques Van den Abeele. La première détient le monopole du commerce du coltan, un minerai très prisé, dans le Sud-Kivu. Elle aurait obtenu, selon des rapports de l'ONU, ce monopole grâce à ces relations avec la rébellion rwandaise active au Congo. Une rébellion qui a déjà fait trois millions de victimes et qu'Aziza Kulsum est suspectée de financer via son commerce de coltan. Le second nommé est un intermédiaire de Kulsum en Belgique. Via sa société Cogecom, il est suspecté de blanchir l'argent du trafic. Il a été arrêté pour blanchiment d'argent par le juge Claise, voici trois semaines.

Mercredi, le parquet a annoncé que l'argent bloqué sur les comptes suisses représentait plus de dix millions de dollars. Une somme qui est venue s'ajouter aux quatre millions de dollars déjà bloqués en Belgique sur divers comptes non-résidents ouverts par les intervenants au dossier auprès de la BBL.

Rappelons, en outre, que, le 19 novembre dernier, un « passeur », M. Panju a également été arrêté par le juge Claise dans le cadre de ce dossier. L'homme convoyait 51 kilos d'or, d'une valeur de 500.000 dollars, qu'il comptait aller faire fondre à Anvers. Il devait ensuite revendre cet or en vue de blanchir le fruit de cette opération. L'argent devait ensuite repartir vers le Rwanda en vue de financer la rébellion congolaise. L'homme, dont le mandat d'arrêt a été confirmé pour un mois ce lundi, se livrait à la même opération deux fois par mois depuis deux ans.

L'affaire ne manque pas de provoquer des remous, tant au Congo qu'au Rwanda. Le procureur général de Kinshasa a d'ailleurs signalé au juge d'instruction qu'il comptait s'entretenir avec lui de la situation dans les prochains jours.

Plusieurs sources font également état d'une certaine nervosité au sein de la rébellion du RDC Goma car l'une de leurs principales sources de financement de la guérilla est bloquée. Leur trésor de guerre, ajoute une autre source.

Les derniers rebondissements de l'affaire ne devraient pas rester sans conséquences. Ainsi, Jacques Van den Abeele a, à nouveau, été auditionné ce mercredi afin de justifier certaines pratiques comptables.

En outre, le parquet avait laissé entendre que le juge d'instruction Claise lancerait prochainement un mandat d'arrêt international contre la principale suspecte du trafic de coltan et d'or, Aziza Kulsum. Les choses auraient évolué car ce serait désormais l'ensemble de la famille Kulsum qui devrait être signalée à rechercher.

L'affaire a éclaté voici plusieurs semaines suite à une plainte de la CTIF (cellule de traitement des informations financières). Elle avait, elle-même, été alertée par la BBL qui avait constaté des transactions suspectes sur des comptes non-résidents.

FRÉDÉRIC DELEPIERRE
Le Soir en ligne - 28 novembre 2002