La réfection d’un pont en Bois en milieu rural Congolais un ouvrage pénible : cas du « Pont Bolombo I » reliant la Localité de Mbotolongo et la cité de Djolu

La République Démocratique du Congo, ce géant au pieds d’argile ne cesse de susciter la curiosité des personnes intéressées lire ou à écrire l’histoire de ce pays. La puissance publique belge qui administrait le territoire national sentant la chaleur l’accession du Congo – Belge à la souveraineté internationale n’avait pas fini la construction des infrastructures routières et portuaires et aéroportuaire dans certaine partie de cette jeune nation.

I. Présentation du territoire de Djolu

Le cas qui nous intéresse aujourd’hui est celui du territoire de Djolu dans le district de la Tshuapa, province de l’Equateur. Cette entité administrative vaste de 17.974 km² avec ses 207.000 âmes environs est limitée au nord par
le territoire de Bongandanga (District de Mongala)
à l’est par le territoire de Yahuma (province Orientale) à l’ouest par les territoires de Befale et Bokungu et au sud par le territoire d’Ikela tous dans le district de la Tshuapa, province de l’Equateur. Il est subdivisé en quatre secteurs avec une cité au chef-lieu du territoire :
1. secteur de Luo : chef-lieu : Bokondo,
2. Secteur Djolu chef-lieu : Botoku,
3. secteur de Lingomo chef-lieu : Lingomo,
4. secteur de Yala, chef-lieu : Wanga.
Djolu compte 30 groupements et 270 villages (1) les groupes ethniques qui le composent sont : Bongando, Mongo, Bambesa. Ce sont des peuples qui s’adonnent à l’agriculture des vastes étendues de terre.
Il est à :
- 300km de Boende , chef-lieu du District de la Tshuapa,
- 300 Km de Lisala chef-lieu du District de la Mongala,
- 500 Km de Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale,
- 700 Km de Mbandaka, chef-lieu de la Province de l’Equateur,
- 1500Km de Kinshasa, capitale de la RDC.

II. le réseau routier du territoire de Djolu

Le réseau routier de cette entité administrative est caractérisé :
- des routes d’intérêt régional : concerne essentiellement la partie nord-ouest, c’est tronçon Djolu - lingomo - lilenga : 120km
- des routes d’intérêt local ou de dessertes agricoles ; c’est ici où on trouve plus de 1.000km de voies dans les principaux axes sont :
1. Bokondo – Befori - Djolu : 90km,
2. Bokondo -Yenga -Yakili - Yoseki -Djolu : 209km
3. Bokondo - Yakili : 25km
4. Djolu - Bokakata – Bolafa : 125 km
5. Djolu – Yoseki : 54km
6. Djolu – Yambenza ? Km
7. Bokakata – Lilenga : 12km
8. Wanga – Bosenge – Lokelenge – Botoku – Yoseki, :
9. etc.
L’importance de ces axes n’est pas à démontrer car ils facilitent l’évacuation des produits vers principaux ports fluviaux qui sont :
1. Befori sur la rivière Maringa (port Terminus Onatra)
2. Bongila et Bolafa sur la rivière Lopori (Terminus Onatra)
3. Lilenga sur la rivière Bolombo (Terminus Onatra)

III. le potentiel agricole(2)

Djolu est réputé le grenier du district de la Tshuapa à cause de son potentiel agricole dans la production du caoutchouc par la société CKE (compagnie du Kasaï et de l’Equateur dans ses installations de Lilenga et Bolafa), le café par les entreprises (Socolo Nlle, Nocafex, agripro, Ets Imbele Losala Bosongu (Eacil), Mboliaka, Nlle Oasis, etc. toutes ces unités de production étaient opérationnelles avant le conflit armé. les deux guerres dites de « libération » qui ont endeuillé le pays avec son lot de pertes matériels et vies humaines est à la base de la récession économique actuelle .

Le café qui est produit à Djolu est reputé de bonne qualité par les acheteurs locaux ainsi que les exportateurs. Outre les produits précités, il faudrait ajouter le cacao, l’huile de palme, les courges, le maïs, le riz, le manioc la banane, la canne à sucre, etc.

La Main d’œuvre pour réaliser les travaux champêtres est constituée essentiellement des paysans et paysannes qui travaillent à la sueur de leur front.
Cependant, après la récolte, il faut penser au transport des produits agricoles vers les ports d’évacuation. C’est ici qu’intervient le rôle du pont et la route. Le pont qui relie les deux extrémités d’une rivière, d’un ruisseau dans la contrée est d’une importance capitale. La longueur de ces ouvrages varie généralement entre 10 à 15 m voire 30 m pour les ponts de Bolombo et Boila,
La totalité du réseau routier qui est composée essentiellement des routes de dessertes agricoles hormis la partie Djolu - Lingomo–lilenga (route d’intérêt régional 120km).

Au total, Djolu compte quatre vingt ponts, tous en état rudimentaire. Sans compter une cinquantaine de digues à travers les secteurs. Parmi les plus dangereuses il i faut cité la digue Lokangi situé à 12km du centre Djolu sur la route qui mène vers le Port de Befori dans le secteur de Luo avec une longueur de 4km.

A la fin de chaque saison de pluie, la population doit penser au renouvellement de l’ouvrage sans l’appui matériel ou financier des pouvoirs publics. Si cet appui existait, il a été suspendu à la veille du processus de démocratisation de l’ex- Zaïre en 1990, à l’époque où le café, l’or vert de la région était recherché par les principaux acheteurs.

IV. Les travaux proprement dits (3)

Nous illustrons aujourd’hui, les travaux de réfection du Pont Bolombo I , ouvrage situé à 1Km du chef –lieu du territoire et qui reliant la cité de Djolu ave la piste de secours de Mbotolongo, ainsi que le Port terminus Onatra de Befori à 90 Km. Ce pont joue un rôle inestimable pendant la campagne d’achat des produits agricoles et le déplacement des populations qui se rendent au chef-lieu du territoire pour diverses raisons notamment, les soins primaires à l’Hôpital Général de Référence, les élèves du primaire et secondaire, les paysans et paysannes qui vont au marché pour la vente des produits agricoles, etc..
Voire pendant la guerre, l’équipe d’observateurs de la Monuc (Missions de l’Organisation des Nations Unies) en 2001 a été témoins des difficultés liées à l’impraticabilité de ce pont qui les obligeait de prendre une voie détournée pour atteindre Bokondo localité situé à 49km . il fallait emprunter une voie détournée , la ligne Djolu - Yapere -Yakili –Bokondo ; environ 84km.

Pour réaliser cet ouvrage : il faut disposer environs 100 grumes répartis en longerons, pilotis, traverses avec 250 planches madriers et plus 100 Kg de clous de 12cm et plus de 200 personnes adultes bien battus et capable de fournir la force musculaire adéquate pour y faire aux troncs d’arbres.

Pour disposer des grumes de bonnes qualités capables de résister aux intempéries, il faut aller les chercher à une distance de plus 5km voire 15 km par rapport à l’endroit où se trouve l’ouvrage. Les paysans coupeurs et tireurs des grumes viennent des villages lointains d’environs 40 à 50 km sous contrainte de l’autorité territoriale, sinon des poursuites judiciaires selon lancées à l’endroit des récalcitrants.

Dans la plupart des cas certains paysans prennent fuite dans la forêt à cause de la précarité des conditions de travail. Les équipes de paysans qui viennent de loin se trouvent parfois épuiser en tirant des gros arbres de 100 à 150kg sous le soleil ardent sans motivation ni une assistance en ration alimentaire quelconque.

L’ouvrage prend en principe quatre à huit semaines partant de l’abattage, le tirage des grumes jusqu’au montage. Il y a lieu de souligner que tout le monde n’est pas habilité à y faire la chose. Pour réaliser un pont qui dure longtemps, on recourt à l’expertise des anciens spécialistes de l’Office des Routes, du SNDRA (Service National des Routes de Dessertes Agricoles ainsi que des agents des Ets Imbele, un des anciens attributaires dans la région.
Une fois le matériel arrivé sur le chantier, les étapes suivantes doivent être réalisées :
1. le nettoyage du chantier. ici on dégage les vieilles grumes pourries, on nettoie les emplacements qui seront posés les pilotis (Bakondji), les traverses . c’est l’affaire des nageurs et guides. il s’ensuit l’amenuisement des grumes qui serviront de longerons (Betondo). Les longerons facilitent le passage des véhicules et autres engins lourds. c’est sur eux que les roues des véhicules y passent. Les traverses par contre servent de supports aux longerons
2. vient ensuite la pose des différentes parties énumérées ci haut.
3. les derniers participants sont les menuisiers qui placent les planches et clous pour rendre l’ouvrage agréable au passage.
Au cours de la réalisation du pont, chacun joue son rôle. Les uns sont là uniquement pour la garde des effets (habits, des rations alimentaires, des outils ainsi que d’autres instruments nécessaires au travail), d’autres sont des vrais chanteurs. Ils ont pour rôle d’entonner des chants et de jouer au flûte. Leurs danses et chansons facilitent l’accélération des travaux. L’absence d’un interprète, nous oblige de ne pas inclure quelques passages de ces chansons ancestrales combien agréables pendant la journée. Ils sont là pour invoquer les ancêtres et ne touchent pas aux grumes.

L’ouvrage en soi ne peut se terminer sans victime. Des cas de blessures au dos au front, de fracture des jambes et même des morsures des serpents ou des araignées sont toujours monnaie courante. Ce qui a suscité notre curiosité pendant les travaux, c’est qu’on ne peut pas abandonner une grume au cours de route sans que cela n’arrive au lieu de l’ouvrage. Selon un vieux sage qui nous avait raconté l’anecdote. Abandonner une grume au cours de route c’est exposer les tireurs à des risques mortels. Car pendant la nuit, certaines forces maléfiques peuvent ensorceler l’arbre et le rendre beaucoup plus lourd. Cela se justifie parfois par des coupures incessantes des lianes et autres sortes de cordes solides utilisées par les tireurs pour la circonstance.

Certaines personnes averties procèdent souvent par des rites en jetant des branches d’arbres et feuilles qu’on doit cueillir pour la circonstance. Nous avons personnellement vécu l’événement à Yanyangombula un des villages du Groupement Lindja II en avril 2000. Lorsque le chef de secteur de luo,
Mr Pascal Isoombo - Bahayele était en mission de réfection route à Kokolopori où il fallait réparer le Pont sur la rivière Lufo long de 25 m. la population du groupement précité étant moins nombreuse, on a fait recourir aux villages Yalokole et Yofenya du groupement Mpombi voisin pour accélérer les travaux. L’ouvrage dans sa totalité exigeait 50 grumes réparties comme décrit ci - haut. Les travaux se sont bien passés dans les quatre premiers jours. Au cinquième jour, il fallait tiré une grume à deux km. Vers 11h30’ une grande pluie s’est abattue ce qui nécessitait l’arrêt les travaux. Le jour suivant, la population est venue recommencer le travail. Plus de 50 personnes se sont affluées sur le tronc d’arbre à la matinée, mais en vain. Il fallait attendre l’arrivée d’un vieillard pour faire ses incantations en évoquant les ancêtres afin que la grume se déplace. Ce qui fut fait.

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V. Conclusion
Au début du troisième millénaire, peut –on rêver un quelconque développement avec des ponts en bois qui nécessitent l’utilisation de la force musculaire ?. ces populations qui souffrent des plusieurs sortes de maladies dans leurs corps et ne bénéficiant pas des soins appropriés, affaiblient par des travaux rudes de ce genre si bien qu’elles contribuent à la reconstruction dan nation tant prônée par les politiciens
« quiconque connaît ce pays sait que les besoins y sont immenses en termes d’aides humanitaire, tout comme l’est la détresse de millions des congolais qui n’en finissent plus de subir guerre et pauvreté d’autant plus inacceptables que ce pays a tout pour réussir, un sol fertile et des ressources t humaines autant que naturelles en nombre……nous avons investi sans compter d’importants efforts pour sensibiliser la communauté internationale au scandale quotidien des populations ignorées : de l’enquête scientifique au séminaire en passant par des expositions des photos, des conférences de presse, des livres ou des rapports exhaustifs » (4)

On ne peut pas rêver un développement sans les infrastructures de base. Les politiciens d’hier se sont accaparés des fonds destinés aux routes de dessertes agricoles à travers la structure SNDRA (Service National des Routes de Dessertes Agricoles) Ils sont à la base de l’état de délabrement total de nos routes, écoles, hôpitaux, etc. qu’ils se sont accaparés hier. Il est impérieux d’associer la société civile « la vraie société civile » dans la gestion des fonds destinés à la réhabilitation des infrastructures de base. Que les organisations humanitaires, les ongs internationales interviennent dans la réfection de ces ouvrages de concert avec les ongs locales qui connaissent les vrais problèmes du coin. Que l’Etat, accorde des facilités à ces acteurs de développement de jouer pleinement leur rôle, tout en sécurisant auprès des populations vulnérables. La pauvreté a dépassé le seuil du tolérable. Les paysans ont l’envie de relancer les activités agricoles et se heurtent à de sérieux problèmes d’intrants. Le renforcement des capacités des populations locales est une des priorités pour leurs permettre de mieux de prendre en charge.

Jean Marie Bolika
Coordonnateur national ILDI-ONGD
Tél. : (243).81.68.67.321
(Ancien administrateur assistant/territoire de Djolu)

(1) Rapport annuel territoires de Djolu, exercice 1999,
(2) Diagnostic de la situation socio-économique du territoire de Djolu et pistes de solutions ILDI-ONGD avril 2004
(3) Rapport d’activité Poste d’Etat de Bokondo, mars 2000
(4) « Silence on meurt », Editorial du Bonobo, la lettre trimestrielle de Médecins Sans Frontières en RDC, avril –mai –juin 2003,