Rapport sur les massacres des enfants de la rue à Mbujimayi/RDC

Rapport sur les massacres des enfants de la rue à
Mbujimayi / RDC par les creuseurs des Diamants,
du 17 au 25 Septembre 2004

PLAN DU RAPPORT

0. Introduction
I.Les causes du conflit
II.Les incidents précurseurs
III.L’escalade de la violence
IV.Tableau synoptique des enfants de la rue tués et identifiés
V.Tableau synoptique des enfants de la rue tués (sans identité précise)
VI.Tableau synoptique des enfants de la rue blessés et internés à l’hôpital de Dipumba
VII.Avis et considérations du COJESKI / Kasaï Oriental.

O. INTRODUCTION

Partant d’une enquête réalisée par la Division provinciale des affaires sociales en 2003 avec l’appui de l’ONG Britannique « Save The Children » il existe 5.012 enfants de la rue « SHEGUES » à MBUJI MAYI.
Comme tous les autres enfants de la rue en République Démocratique du Congo, ils vivent dans les marchés et dans les endroits d’activités commerciales. La crise multiforme que traverse la RDC et la perte par la famille de son rôle de premier encadreur social font que le nombre d’enfants de la rue ne fait qu’augmenter chaque année tandis que les rares infrastructures sociales ne font que se détériorer suite à la désarticulation du tissu social ainsi que la mauvaise répartition par habitat du revenu national.

I. LES CAUSES DU CONFLIT

Les enfants de la rue n’ont connu ni amour ni affection parentale, encore moins communautaire. Ils vivent en marge des normes sociales et de la loi. A MBUJI MAYI, ils commettent impunément des actes répréhensibles tels que vols, viols, tueries et agressivités, touchent à des parties intimes des femmes et des filles. C’est un véritable fléau social.
La drogue est leur passe-temps. Ils constituent se qu’ils appellent « Armée Rouge ». Ces enfants sont de temps en temps instrumentalisés par les autorités, les partis politiques, les agents de l’ordre et même par certaines personnes. Les uns et les autres les utilisent pour régler des comptes à leurs adversaires ou pour qu’ils obtiennent par eux ce qu’ils ne peuvent pas oser prendre eux-mêmes ouvertement. Cette utilisation abusive a fait que les enfants de la rue à Mbuji Mayi se sont constitués en une communauté à part entière. Ils ont un Président répondant au nom de KANDA, ils arrêtent, jugent, condamnent et mettent au cachot des personnes qui ne sont pas de leur communauté.

Les creuseurs de diamant artisanal sont pour la plus part des jeunes. Ils constituent eux aussi un monde à part, avec des réactions et des comportements qui heurtent des normes sociales. Ce sont des gens habitués aux affrontements avec des gardes miniers, des policiers et des militaires qui les harcèlent sans cesse dans les mines ou quand ils pénètrent dans le polygone minier de la MIBA.

II. LES INCIDENTS PRECURSEURS

On peut donc dire que le conflit existait depuis longtemps à l’état latent, entre les enfants de la rue dit SHEGUES et le reste de la population de Mbuji Mayi.
En 2003, l’Autorité Provinciale et l’opposition politique s’étaient affrontés par deux groupes d’enfants de la rue interposées pour une marche de soutien organisée à la place de la poste par le PPRD. La pluie de pierres avait fait fuir les autorités et faire avorter la marche. Les Autorités de la ville et de la police nationale avaient été suspendues par le Ministre de l’Intérieur, témoins de l’incident.
Au cours de la même année, il y a eu la révolte des enfants de la rue dans certains quartiers de la ville. Ils avaient été arrêtés par centaines puis relâchés.

Pour le quartier BINZA qui est dans la commune de DIBINDI. Les creuseurs qui organise les entrées nocturnes dans les polygone miniers de la MIBA ou qui pratiquent l’exploitation artisanale du diamant dans les mines environnantes sont victimes vers 1heure et 5 heures du matin des attaques organisées par des policiers armés et auxquelles et associées les enfants de la rue portant des armes blanches (machettes, couteaux, ressorts de véhicules…) qui confisquent leurs sacs des graviers quand ils vont les tamiser au bord de la rivière LUBILANJI.
Ce quartier n’étant pas alimenté en eau potable, les femmes et les filles sont obligées d’aller puiser de l’eau à la rivière LUBILANJI où il y a les enfants de la rue qui se cachent dans les herbes et surgissent pour les arrêter et exiger ces qu’ils appellent « mot de passe » c’est à dire pour qu’une femme ou une fille passe pour aller puiser de l’eau, elle doit se déshabiller complètement et montrer sa nudité si non elle est battue et déshabillée par la force. Ils pratiquent des viols sur les filles et les femmes d’autrui. Il faut noter que ces enfants de la rue dits SHEGUE sont ceux qui se trouvent dans le marché MISESA situé à une centaine de mettre du Rond Point de l’étoile, sur la route Mbuji Mayi – MWENE DITU et d’autres qui étaient hébergés chez un certain Monsieur MFWAMBA Policier de son Etat (Un ex-FAZ, actuellement à la Police Spéciale de Roulage, propriétaire du Nganda Hôtel 3X3, situé derrière le comptoir du Pont).

III. l’ESCALADE DE LA VIOLENCE

Selon les informations à notre possession, les premiers affrontements ont eu lieu le vendredi 17 septembre 2004. Ce jour là, un groupe des creuseurs qui tamisaient des graviers au bord de la rivière LUBILANJI verra surgir des enfants de la rue portant des couteaux pour les attaquer et ravir les graviers. Certains creuseurs prendrons la fuite laissant les graviers, d’autres resteront, décidés à se battre. A en croire les témoins, dans cet affrontement les enfants de la rue blesseront deux creuseurs au couteau, ces derniers blesseront à leur tour un enfant de la rue. Face à la détermination des creuseurs qui ne voulaient plus céder, les enfants de la rue prendront la fuite, mais pour aller chercher du renfort. Ils reviendront quelques heures après pour trouver les creuseurs déjà parti avec leurs graviers. Fâchés, ils entrèrent dans le quartier situé autour du marché POTO, semant la terreur, confisquant des habits, chaussures et passant à tabac des personnes innocentes.

Le samedi 18 septembre2004, les creuseurs se rendirent à la police criminelle du quartier pour se plaindre et demander d’être autorisés à se venger. Leur demande fut rejetée. Ils iront alors se réfugier sur la colline STEVERING. Là, ils seront attaqués à coup des pierres par les enfants de la rue. Les deux groupes finiront par se disperser mais, pas pour longtemps. Car les enfants de la rue reviendront pour la deuxième attaque en compagnie de leur chef KANDA et d’une vingtaine de policiers armés pour arrêter les creuseurs. Ces derniers se défendront par des jets de pierres nourris et les policiers se retireront en tirant en l’air. Un creuseur connu sous le nom de BABA DEBABA a été touché par une balle au niveau de la cheville et un policier blessé à la tête.

C’est le deuxième groupe de policiers conduit par le Bourgmestre de la commune de DIBINDI qui viendra calmer la situation.
Le dimanche 19 septembre et le lundi 20 septembre 2004, il s’est observé une accalmie relative. Il était apparut que les creuseurs ne voulaient plus s’arrêter.
Le 21 septembre 2004, les creuseurs, pour en finir une fois pour toute avec les shegués (enfants de la rue), iront les déloger au marché BAKWA DIANGA qui est considéré comme leur Quartier Général tout en lançant par les médias un ultimatum de 72 heures aux autorités, leur enjoignant d’obliger les enfants de la rue à retourner dans leurs familles respectives. Cet ultimatum allait de mardi 21 septembre au vendredi 24 septembre 2004. Ils disaient que passait ce délai ils allaient eux même en finir avec les shegués.

Le samedi 25 septembre2004, des centaines des creuseurs ont déferlé sur la ville de Mbuji Mayi à la recherche des enfants de la rue. Ils étaient armés des pioches, pelles, barres de fer (barre des mines), bâtons, cailloux…. Avec une agressivité et une cruauté rarissime, ils ont frappé, tué et brûlé les corps des enfants de la rue. Les rescapés se sont enfuit hors de la ville et d’autres ont réussi à se cacher en Mbuji Mayi même. Pendant la chasse aux Shegués, il est apparut que les creuseurs n’étaient pas les seuls à se livrer à la sale besogne. Les non-creuseurs aussi se sont mêlés à la tuerie. Le décompte macabre de ce massacre se présente de la manière suivante :

IV. TABLEAU SYNOPTIQUE DES ENFANTS DE LA RUE
TUES ET IDENTIFIES

TABLEAU I : Les Enfants de la rue tués dont on a la précision sur l’identité et
le lieu exact de leurs morts

N° NOM SEXE AGE LIEU DU CRIME CIRCONSTANCE DE LA MORT
1 MUSENGA BIAYI BENOIT (DJERBA) M 22 ans Terrain Don Bosco à BIPEMBA Battu à mort et brûlé
2 MUKENDI ZACHARIE M 18 ans Antenne Vodacom à BIPEMBA Idem
3 KATOTOLO MPOYI M 30 ans Devant l’hôtel Nkumbi nkumbi Idem
4 MBIYA KATAMURU M 32 ans Place BONZOLA Idem
5 MWANZA (Leader) M 20 ans À DIULU Idem
6 KAJINGULU M 18 ans Au niveau de KEMEC à MUYA Idem
7 BIJIKA F 15 ans À la pépinière MIBA à KANSHI Idem
8 MBUYI NESTOR M - Idem Idem
9 KANYINDA ILUNGA M 18 ans Q/ Tshikama à MUYA Idem
10 BIJANU F 22 ans Binza à DIBINDI Idem
11 MAZAMBA M 11 ans Stade Tshikisha Idem
12 TSHAMALA TSHAMALA M - A la pépinière MIBA à KANSHI Idem
13 MUBENGA NESTOR M 20 ans Idem Idem
14 KABUYA TSHAMALA M 30 ans Idem Idem
15 LUKUMUENA TSHITSHI M 20 ans Crémerie NYONGA à DIBINDI Idem
16 KABAMBA NYAMA WA TSHABU M - R.P. petrombu à BIPEMBA Idem

V. TABLEAU SYNOPTIQUE DES ENFANTS DE LA RUE TUES
(SANS IDENTITE PRECISE)

TABLEAU II : les morts sans identité précise

NOMBRE DE MORT SITE (lieu du crime) Circonstance de la mort

2 Au niveau de l’antenne VODACOM cellule DITALALA à BIPEMBA Battus à mort puis brûlé

1 À 200m de l’antenne VODACOM vers Tshibombo à BIPEMBA
Idem
2 A 400 m de la même antenne Idem

3 Au croisement des avenue KIKWIT et INKISI à BIPEMBA
Idem
2 Au niveau du petit marché TSOMBELA à BIPEMBA Idem
1 Terrain Don Bosco à BIPEMBA Idem
2 Au niveau du marché ODIA David à BIPEMBA Idem

N.B :

Il découle de ces deux tableaux que le nombre des enfants de la rue tués s’élève à 29 morts, mais ce chiffre doit être revu à la hausse étant donné que certaines victimes ont été attrapées, ligotées, escortées et jetées dans rivière LUBILANJI. Ceci s’expliquerait aussi par le fait que ce phénomène était général, sur toute la ville de Mbuji Mayi avec la participation des certaines personnes autres que des creuseurs et le consentement tacite du reste de la population.

VI. TABLEAU SYNOPTIQUE DES ENFANTS DE LA RUE BLESSES ET
INTERNES à l’HOPITAL DE DIMPUMBA

N° NOM SEXE AGE Bilans lésionnels Moyens utilisés
1 KALOJI KABEYA M 30 ans Traumatisme fermé Bâton et coup de poing
2 YOMBO KABONGO M 19 ans Blessures à la tête et à l’omoplate gauche Machette, couteau, barre de mine
3 NGANDU MUTEBA M 30 ans Blessure au niveau de la gorge et à la jambe gauche Machette
4 KANYINDA KAMANGA M 15 ans Blessure au dos Machette, couteau
5 MUYA PAUL M 14 ans Blessures à la tête et au dos Machette et pierres
6 NTUMBA KANZENGU M 12 ans Brûlure à la tête et au cou Feu
7 NTUMBA DONA M 12 ans Brûlure au cou Feu
8 MUYA MUKENDI M 10 ans Traumatisme fermé Bâton et pierres
9 NGANDU MUSHITA M 15 ans Blessure à la tête et sur tout le corps Machette
10 BAMUILA MULAJA M 23 ans Blessures à la tête, au cou, aux mains Machette
11 NGOYI NGOYI M 15 ans Blessure au cou, aux épaules et aux mains Machette
12 KABUAYA FABRICE M 15 ans Blessures aux dos, aux yeux Lame de rasoir
13 MUKEBA MARCEL M 17 ans Blessures à la tête Pierres
14 KABONGO LENGE M 21 ans Traumatisme thoracique fermé Des coups
15 BUKASA BUKASA M 15 ans Blessure à la tête et aux épaules contusion de l’œil Machette
16 KABENGELE NTUMBA M 16 ans Blessure à la tête, au membre supérieur gauche Machette, bâtons, pierres
17 TSHIMANGA TSHIMANGA M 23 ans Blessures aux épaules à la lèvre supérieur Couteau et pierre
18 TSHIYOMBO TSHAMALA M 22 ans Blessures à la tête et aux épaules Couteaux, machette et bâton
19 KAZADI ZA M 22 ans Blessures à la tête,au cou, et aux épaules Machette et couteau
20 KABULU MUBIKAYI M 20 ans Blessure à tête et sur tout le corps Machette
21 ILUNGA NTAMBUE M 20 ans Blessure à la tête et aux pieds Couteau
22 KABAMBA M 10 ans Contusion des lèvres et tuméfaction de la jambe gauche Pierres et bâtons
23 MULUMBA KAZADI M 20 ans Blessure à la tête avec tuméfaction de la face Machette, Bâtons et des coups
24 NTUMBA KALENGAYI M 15 ans Blessure à la tête Bâton
25 NTAMBUA NYEMBUE M 10 ans Blessures à tête et au dos Couteau, Bâton et Barre de mine
26 KALOMBO MUKENDI M 16 ans Idem Bâton et couteau
27 BUKASA KALONJI M 29 ans Idem Bâton et machette
28 SAMUELA NKASA M 14 ans Blessure à la tête Machette
29 ILUNGA MWAMBA M 17 ans Idem Barre de mine
30 KAPINGA M 20 ans Idem Machette

NB :

Il découle de ce tableau qu’il y a eu 30 blessés internés à l’hôpital général de DIPUMBA. Pour ce cas aussi, le nombre exact des blessés ne peut pas être donné avec précision parce que certains rescapés ont fuit vers les villages environnants probablement avec leurs blessures.

VII. AVIS ET CONSIDERATION DU COJESKI / KASAI ORIENTAL :

A la lumière des événements qui se sont produit dans la ville de Mbuji Mayi du 17 au 25 septembre 2004, nous les organisations des jeunes réunies au sein du collectif des organisations des jeunes solidaires du Congo Kinshasa (COJESKI-RDC) Coordination provinciale du Kasaï Oriental, recommandons ce qui suit :

1. Que l’Etat congolais en général et l’Autorité provinciale en particulier prennent désormais leurs responsabilités en faisant respecter les lois de la République et en assurant la sécurité des personnes et de leurs biens ;

2. Que le Gouvernement de la République respecte ses obligations internationales, notamment la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant ;

2. Que l’Autorité provinciale du Kasaï Oriental et certains membres des services de sécurité cessent de recourir aux services des enfants de la rue pour régler les comptes à leurs adversaires politiques ou extorquer les biens des paisibles citoyens ;

3. Que les pouvoirs publics identifient et rassemblent les enfants de la rue pour assurer leur encadrement afin de les rendre utile à la société ;

4. Que les pouvoirs publics prennent des mesures punitives à l’égard des parents irresponsables ainsi qu’à l’égard des auteurs directs et indirects de ces massacres.

 Aux Associations de la société civile :

5. Que les Organisations de la Société Civile participent activement à la sensibilisation des communautés de base sur la paix, la sécurité, la prévention et la résolution pacifique des conflits ainsi que la vulgarisation de la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme et de la Convention Internationale relative aux droits de l’enfant ;

6. Que les églises de réveil s’emploient à semer l’amour entre parents et enfants et cessent de semer la division par des fausses prophéties notamment sur la sorcellerie.

Fait à Mbuji Mayi, le 06 octobre 2004

Le COJESKI / Kasaï Oriental


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Brève description du lien

Site internet de la jeunesse Congolaise