Accord de Mbudi : les négociations de la dernière chance

Un mois après la rentrée officielle des classes, les enseignants sont toujours en grève. Et les élèves à la maison. Signe que les violons ne s'accordent pas encore entre les syndicats et le gouvernement. La relecture de l'Accord de Mbudi est inéluctable. C'est la voie que l'Etat semble emprunter sans vraiment convaincre ses partenaires.
Des négociations entamées récemment entre les syndicats de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel (Epsp) et le gouvernement avaient abouti, dans un premier temps, à l'établissement d'une enveloppe salariale qui allouait à l'huissier environ 50 Usd et 100 Usd au secrétaire général. Malgré l'octroi de cette enveloppe, la tension était loin de baisser dans les rangs des enseignants. Ils ont estimé « que le gouvernement est loin de satisfaire leurs revendications» conformément au «Contrat social de l'innovation», communément appelé Accord de Mbudi.
Signé le 12 février 2004 entre le gouvernement, représenté par le vice-président de la République Z'Ahidi Arthur Ngoma, et les syndicats de l'Administration publique et interprofessionnels, cet accord alloue, on le sait, 208 Usd à l'huissier et 2.080 Usd au secrétaire général de l'Administration publique. Insatisfaits de résultats des négociations menées autour du vice-président de la République en charge de la Commission socioculturelle, les enseignants s'en sont remis au chef de l'Etat, Joseph Kabila.
Forts du mandat accordé par la base, les leaders du Syndicat national des enseignants des écoles conventionnées catholiques (Synecat) et ceux du Syndicat des enseignants du Congo (Syeco) ont rencontré le chef de l'Etat le samedi 1er octobre à la demande de ce dernier.

Contacts informels
Joseph Kabila, content d'avoir en face de lui les leaders des syndicats les plus représentatifs dans les milieux de l'enseignement, c'est-à-dire les interlocuteurs valables, a informé ces derniers d'un supplément de 1.172.468.800 francs congolais à l'enveloppe salariale. Cet argument financier, véritable opération de charme, était destiné à convaincre les enseignants de reprendre les enseignements dans le plus bref délai.
Au lendemain de cette rencontre au sommet, les deux syndicats ont convoqué une assemblée générale afin d'examiner la question. Elle s'est terminée dans la confusion. Les enseignants ayant réservé à la démarche du président de la République un rejet catégorique. Plus grave, ils ont brutalisé le secrétaire général du Synecat pour avoir osé soutenir le souhait du président. Et depuis, c'est l'impasse totale. La grève se poursuit.
La position tranchée des enseignants a, dans l'entre-temps, donné libre cours à des spéculations. Celles-ci tournent autour de «l'interruption des négociations» entre les deux parties. Joint au téléphone le jeudi 6 octobre, le secrétaire général du Synecat, Jean-Bosco Puna Tsasa, a déclaré au Potentiel «que malgré la décision prise le 3 octobre par l'assemblée générale des enseignants de poursuivre la grève, les négociations avec le gouvernement ne sont pas rompues». Il a ajouté que celles-ci se poursuivaient de manière informelle.
J.B. Puna Tsasa a fait valoir l'opportunité de voir ces négociations se poursuivre «dans l'intérêt et du gouvernement et celui également des enseignants, car le secteur de l'enseignement est important dans la mesure où la jeunesse demeure l'avenir de la Rdc». Le secrétaire général du Synecat a conclu par cet avertissement : «les enseignements ne vont pas reprendre tant que le gouvernement ne montrera pas de signe de bonne volonté en leur accordant un salaire qui réponde à leurs aspirations et qui soit conforme à l'Accord de Mbudi».
Pour sa part, le secrétaire général du Syeco, Jean-Pierre Kimbuya, a déclaré au Potentiel qu'«il y a rupture de négociations avec le gouvernement depuis la dernière assemblée générale des enseignants convoquée le lundi 3 octobre dernier. Cependant, a-t-il nuancé, les syndicats attendent l'invitation du gouvernement qui a décidé de relancer le dialogue». Il a affirmé, au passage, que le Syeco agit toujours de commun accord avec le Synecat dans le traitement de ce dossier.

Le comité de suivi se réunit
Les responsables de deux syndicats des enseignants à l'origine de la grève - le Syeco et le Synecat - continuent à avoir des contacts avec leurs bases à différents niveaux. Il s'agit, d'après un délégué cité par Radio Okapi, d'un travail de sensibilisation de la base. La démarche vise à dégager une identité de vues sur les différents scénarios soumis à discussion par les différents partenaires de l'éducation, à savoir les parents, les enseignants et le gouvernement. Les délégués syndicaux annoncent par ailleurs la diffusion d'un communiqué dans ce sens avant lundi prochain.
De son côté, le cardinal Frédéric Etsou Bamongwabi, qui vient de rentrer au pays au terme d'un long séjour européen, a conféré le mercredi 5 octobre 2005 dans la soirée avec le vice-président de la République Z'Ahidi Ngoma. Abordés par la presse, les deux interlocuteurs ont reconnu avoir abordé, entre autres, la préoccupante question de la grève des enseignants. L' archevêque de Kinshasa a déclaré qu'il fallait que les élèves reprennent le chemin de l'école car ils représentent l'avenir du pays. Aussi a-t-il souhaité que les négociations se poursuivent pour sauver l'année scolaire 2005-2006.
La démarche du vice-président auprès du prélat ne peut surprendre outre mesure tant le poids l'Eglise catholique dans l'enseignement en Rdc est indéniable. Et il ne fait l'ombre d'aucun doute que l'archevêque de Kinshasa a un rôle important à jouer pour dénouer la présente crise du fait de son autorité morale. Toutefois, à en croire certaines indiscrétions, les milieux catholiques auraient rejeté l'idée d'une éventuelle pression à exercer sur eux pour amener les enseignants à accepter automatiquement la proposition du gouvernement. Une éclaircie, peut-être. Ce samedi 8 octobre 2005, le comité de suivi de l'Accord de Mbudi tiendra sa première réunion depuis sa création le 12 février 2004. C'était à l'issue des travaux qui avaient dégagé un consensus entre le gouvernement et les syndicats de l'Administration publique et interprofessionnels.
Dans les couloirs des organisateurs de la rencontre du samedi, on laisse entendre que la revisitation de l'Accord de Mbudi concernera plus les doléances des fonctionnaires que celles des enseignants. Il est estimé que ceux-ci auraient obtenu le maximum que le gouvernement pouvait leur accorder. Ainsi les négociations de samedi prochain plancheront sur les pistes à dégager pour l'application de l'Accord de Mbudi dans le cadre du budget 2006. En attendant, la grève se poursuit. Au gouvernement d'appuyer sur le déclic pour sauver l'année scolaire et éviter une radicalisation de la grève dans tous les services publics.
Le Potentiel, Kinshasa
Publié sur le web le 7 Octobre 2005


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