Huit questions au lendemain du 2è tour des élections Présidentielles en RDC

23.11.06 : Le carnet de C. Braeckman :
Huit questions au lendemain des élections

Alors que l’actualité est toujours trouble et incertaine, il nous a paru utile de tenter de répoindre à quelques questions de bon sens…

1. Quelles sont les prochaines échéances ?
La Cour Suprême de Justice, après avoir examiné les requêtes déposées par le candidat Bemba, aurait du rendre son arrêt d’ici samedi et proclamer, de manière définitive, le vainqueur des élections présidentielles. Mais L’’incendie de ses locaux et la destruction des dossiers hypothéquera peut-être cet agenda. Le 6 décembre prochain, le nouveau président élu devrait être investi dans ses fonctions en présence de nombreux invités étrangers dont, pour la Belgique, Guy Verhofstadt et plusieurs ministres du gouvernement fédéral ainsi que, du côté francophone, Marie Arena, Dominique Simonet et Elio di Rupo.

2. Les résultats annoncés correspondent-ils au verdict des urnes ? De l’avis de toutes les missions d’observation internationales, les irrégularités constatées et l’usage parfois abusif, dans toutes les provinces, des listes spéciales et des registres de dérogation n’ont pas été de nature à modifier le résultat final. L’écart entre les deux candidats (2.600.000 voix) dépasse de toutes manières la somme des cas spéciaux ou litigieux. Grâce au travail remarquable de la Commission électorale indépendante, ces élections ont pu être qualifiées de libres et transparentes et, fait exceptionnel en Afrique, leur issue n’était pas acquise d’avance.

3. Quel sera l’avenir du vaincu, Jean-Pierre Bemba ?
Peut-on parler de défaite avec un score de 42,5% et la majorité dans six provinces ? Bemba, en réalité, a été la surprise de ces élections. Sa victoire n’est pas due uniquement à une campagne xénophobe fondée sur la « congolité » et sur le ralliement des anciens mobutistes : l’ex homme d’affaires et ancien chef de guerre s’est révélé pugnace, organisé, doué d’un réel charisme. Il a su faire preuve de talent oratoire et de nombreux électeurs ont jugé que sur le plan intellectuel son programme était crédible. Autrement dit, « mwana mboka », l’ « enfant du pays » a tout pour devenir un chef de l’opposition efficace. A condition que le futur règlement intérieur de l’Assemblée nationale, dominée par l’alliance pro-Kabila, prévoie un réel statut pour l’opposition et que Bemba, qui ne sera pas député mais qui pourrait être coopté comme sénateur accepte de jouer ce rôle. De toutes façons, la Constitution ne prévoit pas de statut spécial (avec indemnités et immunité) pour le chef de l’opposition. S’il accepte le verdict de la Cour Suprême , Bemba pourrait aussi négocier un accord particulier avec le chef de l’Etat et obtenir un poste honorable.
Mais les chances de règlement à l’amiable sont actuellement hypothéquées par le comportement de provocateurs parmi les militants de l’UN (Union pour la nation) qui optent pour un scenario de contestation violent. S’il se solidarise avec ces extrémistes, M. Bemba risque de se placer lui-même dans le collimateur de la justice nationale et internationale. Alors que les « membres historiques » de son parti prêchent pour une opposition légaliste et responsable, le chef de l’UN (Union pour la nation) risque d’être pris en otage par ses nouveaux alliés, les déçus du premier tour des présidentielles (Joseph Olenghankhoy, Wivine N’Landu, Justine Kasa Vubu, d’autant plus radicaux qu’ils n’ont plus rien à perdre), les mobutistes qui voient s’estomper leur dernière chance de revenir au pouvoir, sinon ses propres miliciens, un millier d’hommes à Kinshasa, déçus ou fanatisés.
A ce sujet, avec l’aide de la Monuc, une opération de neutralisation était en cours : les combattants de Bemba commençaient à recevoir leur paie (200 dollars) à condition d’accepter soit d’être brassés dans la nouvelle armée soit d’être démobilisés, afin de les écarter progressivement de Kinshasa.
Il faut dire aussi que Bemba, malgré son score électoral, apparaît à ses interlocuteurs comme un homme qui a peur : peur d’être éliminé par la garde de Kabila, peur d’être éliminé par ses propres extrémistes, peur d’être traduit devant la justice internationale. La peur étant mauvaise conseillère, il est donc urgent de rassurer Bemba, afin qu’il mette au point une stratégie construite sur cinq ans, d’ici la prochaine échéance…Mais au lendemain de l’incendie de la Cour Suprème de Justice, en est-il encore temps ?

4. Quelle a été l’ampleur de la victoire de Joseph Kabila ? Les place fortes de l’Est (Nord et Sud Kivu, Maniéma), les plus peuplées, avec le taux d’enrôlement le plus élevé, ont maintenu leur soutien au président sortant et ont assuré sa victoire. Les reports de voix de ses nouveaux alliés ont été variables : dans certaines circonscriptions du Bandundu et dans les communes populaires de Kinshasa, les électeurs de Gizenga ont voté pour Kabila, mais ce dernier n’a pas engrangé la totalité des voix du « patriarche ». Dans l’Equateur, les électeurs qui avaient choisi Nzanga Mobutu au premier tour se sont reportés sur Bemba au deuxième et non sur Kabila. Mais pour Kabila, l’alliance avec Gizenga et Nzanga Mobutu a une valeur symbolique plus importante que les voix récoltées : elle dément l’hypothèse d’une fracture Est Ouest qui avait été avancée au premier tour. A Kinshasa, Kabila double ses voix au deuxième tour, mais s’incline devant les 68,14% de Bemba tandis que dans le Bas Congo, même s’il double son score il n’atteint jamais que 25%. Dans les deux provinces, les électeurs se sont montrés sensibles à la propagande effrénée menée sur le thème de la congolité. Mais aussi, dans la capitale surtout, ils ont sanctionné le chef de l’Etat pour son absence de visibilité et de charisme, son refus de participer à un débat télévisé, les difficultés sociales et la corruption d’un entourage plus familier des couloirs du Grand Hôtel que des rues inondées de Matete.
Pour beaucoup, le choix de Bemba a d’abord été une sanction infligée à Kabila, sévère mais pas nécessairement irréversible. (Il suffit de se rappeler la méfiance qui avait entouré l’arrivée à Kinshasa de Mzee Laurent Désiré Kabila entouré de ses alliés rwandais, et la popularité dont il avait fini, un an plus tard, par jouir dans les quartiers populaires qui se mobilisèrent pour endiguer l’invasion rwandaise de 1998 et pleurer son assassinat en 2001) Même au Katanga, Kabila a été critiqué pour les accords miniers qui avaient été approuvés par son entourage et c’est lui qui a été accusé d’avoir « vendu le pays aux étrangers » c’est-à-dire aux compagnies minières occidentales. Au centre du pays, les deux Kasaï auraient pu faire pencher la balance, mais le taux de participation ayant été très faible (51,42 et 42,67%) à cause des consignes de boycott de l’enrôlement lancées par Tshisekedi, l’occasion a été manquée et ceux des électeurs de l’UDPS qui s’étaient tout de même enrôlés ont fini par choisir Jean-Pierre Bemba, mobilisés par le thème de la « congolité ». Cependant le Sankuru (Kasaï Oriental) a choisi Kabila et dans l’Equateur aussi, le chef de l’Etat a recueilli des voix.

6. La source du pouvoir a-t-elle changé ?
Stanley avait recruté le long du fleuve soldats et porteurs, la colonisation belge avait créé la Force publique avec des Bangala originaires de l’Equateur, formé des fonctionnaires au départ du Bas Congo et du Bandundu et confié aux Kasaïens des tâches intellectuelles. Durant le règne de Mobutu aussi, la source du pouvoir se trouvait à l’Ouest (Equateur et Kinshasa) tandis que le Kasaï alimentait l’opposition mais fournissait aussi des cadres au régime. Cette fois, ce sont les provinces de l’Est ont porté Kabila au pouvoir, en raison de leur forte densité démographique et de leur détermination, car la population de l’Est voit en Kabila l’artisan de la paix et de la réunification. Ce basculement de la source du pouvoir apparaît comme une révolution pour le reste du pays, et la capitale l’accepte difficilement.

7. Quel fut le rôle de l’Eglise catholique ?
Malgré son engagement constant dans la lutte pour la démocratisation du pays (en particulier depuis la conférence nationale souveraine) et son accompagnement de la population sur le plan spirituel et social, l’Eglise catholique risque d’être une des victimes collatérales de ces élections.
En effet, le fossé s’est approfondi entre le clergé de base, qui soutient l’abbé Malu Malu à la direction de la Commission électorale indépendante et certains membres de la hiérarchie. Pour rappel, à la veille du premier tour, Mgr Monsengwo, président de la Conférence épiscopale, avait critiqué un processus « dirigé par des étrangers » et, à la veille de la proclamation des résultats, Mgr Etsou, l’archevêque de Kinshasa, avait failli mettre le feu aux poudres en assurant que d’après ses informations (qui lui avaient été fournies par son cousin Honoré N’Gbanda) les résultats annoncés par la CEI « ne correspondaient pas à la vérité des urnes ». Plusieurs notes diplomatiques adressées au Vatican avaient alors assuré que l’Eglise pourrait être tenue pour responsable d’éventuelles violences !

7. L’argument de la congolité est il de nature à réellement diviser les Congolais? Il apparaît plus comme un argument électoral que comme un mouvement de fond. En effet, deux élus à l’Assemblée national (Chalupa et Jean Bamanisa) sont considérés comme des « Blancs », les métis sont nombreux, l’ascendance « congolaise » de Jean-Pierre Bemba est aussi hypothétique que celle de Joseph Kabila, et dans la diaspora, les chantres les plus virulents de la « congolité » ont souvent pris la nationalité de leur pays d’accueil. Ce qui est certain par contre, c’est que les deux guerres traversées par le Congo, les invasions étrangères, les humiliations, la quasi tutelle exercée par l’Occident durant la transition, la conclusion de contrats miniers léonins, l’arrogance de certaines ambassades et le gaspillage ostentatoire pratiqué par certaines agences prônant par ailleurs la bonne gouvernance, ont renforcé le nationalisme des Congolais. Tous désormais aspirent à récupérer leur souveraineté pleine et entière, au risque de passer, très vite, pour des ingrats…

8. Qui a vraiment gagné les élections ?

Ni Bemba, malgré ses 42%, ni Kabila avec sa majorité de 58%. Les deux prétendants à la magistrature suprême sont souvent apparus comme des «deuxième choix», «le moindre mal » ont dit beaucoup d’électeurs : le vote pour Bemba a souvent été un vote sanction plus qu’une adhésion personnelle et enthousiaste. Le cas de Kabila est quelque peu différent : la population de l’Est du pays lui est réellement reconnaissante d’avoir ramené la paix, malgré de nombreuses arrière pensées. En effet, en dépit des promesses sécuritaires, les miliciens hutus terrorisent toujours les populations civiles à Walungu, Kaniola et tant d’autres localités du Kivu, les femmes sont toujours enlevées et violées, le trafic de matières précieuses se poursuit et dans le Nord Kivu, Nkunda n’a pas été désarmé et terrorise toujours les populations du Masisi, même s’il ne les a pas empêché de voter , en recommandant cependant…Bemba. A Kinshasa, on affirme sans rire que Nkunda «est contrôlé » mais tel n’est certainement pas l’avis des populations locales…Le Katanga, certes, a voté Kabila, mais on tient son entourage pour responsable du bradage du patrimoine minier, même si les contrats léonins conclus durant la transition avaient aussi été ratifiés par la Commission économie et finances dirigée par Bemba. Bref, au-delà des deux rivaux, c’est bien le peuple congolais qui a gagné ces élections : il a soutenu la Commission électorale indépendante, qui mériterait un Prix Nobel de la paix, il s’est engagé à respecter les bureaux de vote, à aider à leur mise en place, les témoins se sont proposés en grand nombre (parfois pour de l’argent mais pas toujours), les discussions, à tous les étages de la société, ont été nombreuses, argumentées. Bref les Congolais ont voté en connaissance de cause, en leur âme et conscience.
Puisse leur volonté être respectée. Par leurs nouveaux dirigeants. Par la communauté internationale qui a efficacement parrainé le processus…


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