DECLARATION DE LA SOCIETE CIVILE / FORCES VIVES SUR LA SITUATION DE KAHEMBA ET LES VIOLENCES ARMEES DU 22-23 MARS 2007

Le samedi 31 mars 2007, la Société Civile / Forces Vives s’est réunit en la salle de réunion du GAT, en vue d’échanger sur les questions brûlantes d’actualité à savoir la situation de KAHEMBA ainsi que les derniers affrontements sanglants du 22-23 mars dernier ayant opposé la garde de Mr. Jean- Pierre BEMBA et les éléments des FARDC.

Apres examen de la situation générale, les constats ci-après ont été faits :

I. Situation KAHEMBA :
A. CONSTATS :

- 13 localités du territoire de Kahemba sont occupées par la Police Nationale angolaise ;

- L’existence des propos contradictoires entre ministres d’Etat en charge de l’Intérieur et son homologue des Affaires Etrangères ;

- Une commission d’enquête parlementaire a été dépêchée sur place et continue son travail après plusieurs tractations menées auprès des autorités angolaises ;

- Des témoignages pertinents sont ressortis de la rencontre tripartite : médias privés (TKM, Top- Congo et l’ACP), Agence Nationale de Renseignement (ANR) de Kahemba et population locale. A propos ; il sied de rappeler un précédent historique remontant vers les années 50’ (premières incursions angolaises en 1956);

- Il est possible de faire appel à l’expertise belge et portugaise en vue d’éclairer les parties ;

- Le travail technique fait par l’Institut Géographique n’est pas convainquant à ce jour ;

- les borne 20-21 posent problème ;

- Le travail de la Société civile a besoin d’être plus documenté ;

B. RECOMMANDATIONS et ACTIONS À MENER
1. vis- à vis du gouvernement

Au regard de ce qui précède, la Société Civile / Forces Vives :

• Condamne avec fermeté la prise de position de l’Angola et l’irresponsabilité de membres du gouvernement qui ont fait des déclarations contradictoire ;

• Exige une enquête indépendante prenant en compte les avis de la population locale ;

• Recommande au gouvernement d’affirmer l’intangibilité des nos frontières héritées de la colonisation ;

• Exhorte le gouvernement à diminuer sa dépendance politico-militaire et sécuritaire vis-à-vis des pays voisins ;

• Demande la démission du Général KALUME du gouvernement pour réaction précipitée (prise de position sur le dossier avec beaucoup de légèreté) ;

• Recommande la mise sur pied par la Société Civile d’une commission sur le dossier KAHEMBA et autres similaires ;

• A Dépêché une délégation de la Société Civile de Kikwit à KAHEMBA pour s’informer davantage sur le dossier.

• Recommande au gouvernement de diminuer la dépendance sécuritaire et politico-militaire vis-à-vis de pays voisins en instituant en urgence une police frontalière bien encadrée et équipée.

II. Bataille de Kinshasa
A. Constats
• La bataille part de l’ultimatum lancé le 6 mars par le Chef d’Etat Major Général et arrivé à maturation le 15 mars. Par la suite, les hostilités sont déclenchées pendant deux jours et deux nuits, soit du jeudi 22 au vendredi 23 mars 2007 ;

• La communication radio- télévisée de Jean –Pierre BEMBA faisant état de détournements des deniers publics à travers la solde des militaires et les frais de fonctionnement de l’Armée serait la goutte d’eau qui a fait débordé le vase ;

• Le jeudi 22 mars, les enfants de Jean-Pierre BEMBA sont retrouvés à l’Ecole belge ;

• Le vendredi 23 mars dans la matinée, le Premier Ministre belge fait une déclaration soutenant la position de l’Etat Major Général de l’Armée et du gouvernement de la RDC;

• Le samedi 24 mars, le gouvernement, par la bouche du ministre de l’Information, dresse un bilan provisoire d’une soixantaine de morts ;

• Une source hospitalière avance quant à elle –seule le chiffre 338 morts ;

• Plusieurs corps flottent sur le fleuve (le bourgmestre de Ngaliema a été tenu informé de la situation) ;

• Le pillage s’en est suivi dans certains coins de la Capitale ;

• Trois Ambassades ont été canardées ;

• La résidence privée de Jean-Pierre BEMBA est complètement calcinée ;

• L’église de la Gombe et la résidence de Théodore NGOY sont complètement saccagées,

• Les installations de l’ONG WOPPA et le bureau de l’expertise comptable du jeune frère de Mr. PAY-PAY complètement pillés ;

• La Société Civile a condamné le recours à la violence institutionnelle et la tendance réfractaire aux accords entre parties ;

• Le Président de la République a animé une conférence de presse le mardi 27 mars 2007 ; il s’en est suivi une prise de position de la Communauté Européenne, le 28 mars, condamnant les affrontements et surtout l’attaque prématurée et disproportionnée par l’Etat Major Général de l’Armée. Ce qui a défrayé la chronique nationale et internationale ;

• Le camp de la majorité s’est insurgé contre les propos tenus par les diplomates occidentaux en les invitant au respect des dispositions de la Convention de Vienne ;

• L’occupation des installations de Canal - Kin TV et CCTV par les éléments de la Garde Présidentielle. Des journalistes de ces deux organes de presse sont traqués et menacés en longueur de journées ;

• Le gouvernement a empiété sur l’indépendance de la Magistrature en annonçant un mandat d’Arrêt contre Jean-Pierre BEMBA : il s’agit d’une pression politique exercée sur le Parquet Général de la République.

• Les chantiers de la transition n’ont pas été vidés ;

• L’existence d’une politique de deux poids, deux mesures entre la situation de Jean Pierre BEMBA et celle de Laurent NKUNDA ;

B. RECOMMANDATIONS ET ACTIONS À MENER
Sur ce cas précis, la Société Civile/ Forces Vives :

• Recommande la tenue d’une concertation nationale impliquant la société civile et la classe politique en vue de vider les chantiers non -finalisés de la transition (brassage de l’Armée, indépendance de la magistrature…);

• Demande au gouvernement de retirer les éléments de la Garde Présidentielle qui assiègent les installations de Canal Kin TV et CCTV ;

• Interpelle le gouvernement afin que cesse les tracasseries et menaces qui pèsent sur les membres de l’opposition politique, en particulier les collaborateurs de Mr. Jean-Pierre BEMBA ;

• Recommande la sécurisation des journalistes mis en état de clandestinité et le respect de l’indépendance des médias ;

• Recommande au gouvernement l’indemnisation des opérateurs économiques pillés par les éléments armés de la FARDC, après qu’une enquête l’ait prouvé;

• Exige la libération des tous les innocents arrêtés ;

• Demande au Gouverneur de la Ville de Kinshasa de s’adresser à l’Assemblée Provinciale de la Ville –Province de Kinshasa pour règlementer la situation de Shégués (enfants de la rue) dans le cadre d’une stratégie de récupération et d’insertion, sans violer les prescrits de droits fondamentaux de ces derniers.;

• Demande la démission de M. Toussaint TSHILOMBO du gouvernement pour légèreté dans ses déclarations faites pendant les hostilités ;

• Recommande au gouvernement de garantir l’indépendance des médias ;

• Exhorte le gouvernement à plus d’équité et de justice concernant le traitement des anciens belligérants ;

• Condamne l’utilisation des armes lourdes en pleine ville.

Fait à Kinshasa, le 31 MARS 2007

KIBISWA KWABENE NAUPESS

Secrétaire Exécutif National