Kinshasa, est-il sous eaux ou sans eau ?

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2007, Dame La pluie a déversé ses eaux sur les collines du Mont Ngaliema, de Binza, et du Mont Ngafula.
Ce déversement s’est déroulé de minuit jusqu’aux petites heures du matin.
Elle a duré au total quatre bonnes heures. Après cela ;
Sur les collines du Mont Ngafula, de Binza et du Mont Ngaliema, la pluviométrie affichait le chiffre exceptionnel de 221,5 mm .
Sur le plateau de l’Aéroport International de Ndjili, elle affichait 17 mm
Sur les plaines de l’aérodrome de Ndolo, elle s’est arrêtée à 10 mm .

Après les frappes massives et intensives des gouttes de pluie sur ses collines
Le paysage environnemental de Kinshasa était abîmé.
Son visage, défiguré.
Et son urbanité, fortement dégradée.

Ponts, passerelles, traversées de routes engloutis, submergés.
Routes cassées, effondrées.
Routes ensablées, embourbées.
Terrains éboulés, ravinés, érodés, cassés.
Quartiers sous eaux, inondés, transformés en îlots encerclés par des bassins méditerranéens.
Rivières paresseuses en saisons sèches, furieuses et tumultueuses en saisons humides.
Constructions légales écroulées, ensablées, embourbées, emportées.
Vies humaines et animales englouties, fauchées.
Familles sans-abri, sinistrées, secouées par l’émotion, frappées par le deuil….

Sur les différents lieux du sinistre, Kinshasa offrait l’aspect d’un archipel de l’Asie des moussons, ou alors d’une ville des Pays-bas d'avant la maîtrise des eaux.
De leur coté, les trous béants des sites érodés de Binza faisaient ressembler Kinshasa à la ville de Kolwezi dont les « Carrières à ciel ouvert » offrent le spectacle d’un environnement dévasté et abandonné après les extractions, les excavations et autres exploitations minières.

De toute évidence, la pluie du 26 octobre a révélé
A quel point Kinshasa est en retard d’urbanisation, ou d'aménagement urbain par rapport aux espaces occupés
Elle a révélé à quel point les déficits urbains et urbanistiques sont criants
A quel point les ouvrages d’assainissement existants sont vétustes, bouchés, inadaptés, sous-dimensionnés et donc inopérants.

Vrai ! Il est vrai en effet qu’on ne peut pas dimensionner les ouvrages d’assainissement sur base d’une pluviométrie exceptionnelle .N’empêche qu’il faut reconnaître que cette pluie par sa violence et l’ampleur de ses dégâts, a fourni avec précision les « Etats des lieux » des lieux sinistrés, et donc les « Chantiers prioritaires » à inscrire dans les agendas pour une évacuation efficace des volumes d’eaux dans les hypothèses les plus pessimistes.

« Etats des lieux » des différents quartiers, et communes sinistrés de Kinshasa suite à la faillite, à la défaillance, ou l’inexistence des ouvrages adaptés à la collecte et à l’évacuation des eaux de pluie, dans la meilleure comme dans la pire des hypothèses.

« Etats des lieux » en amont des lieux sinistrés. Mais aussi, sur les inclinés, les flancs des collines, les seuils versants, les abords des rivières et cours d’eaux, les environs immédiats.
Et aussi, en aval de ceux-ci.

Car les questions cruciales sont celles-ci.

Si une pluie de quatre heures a fait tant de dégâts, quelle allait être l’ampleur du désastre dans l’hypothèse d’une pluie de même intensité, ou d’intensité supérieure, et de durée plus longue ? …

Comment Kinshasa peut-il être en même temps une ville sous eaux et sans eau malgré son hydrologie et ses pluviométries ?

Faut-il désespérer pour autant ?

Non, bien sûr que non, puisqu’on a vu défiler des Ministres sur les lieux du sinistre. Ils étaient comme toujours sous bonne escorte. Leurs cortèges impressionnants exhibaient la puissance économique du pays et ses immenses possibilités de financement malgré le contraste avec la pauvreté, et la misère des sinistrés. Ils étaient comme toujours entourés des cameramen, des journalistes et des photographes qui ont filmé leurs beaux gestes, leurs empathies et leur sympathies. Ils on noté leurs belles paroles, et vont suivre la concrétisation de belles promesses faites aussi bien aux « Sinistrés hydrauliques » de la pluie du 26 octobre qu’aux rescapés et survivants de Kinshasa.

Non,il n'y a pas place au désespoir, puisque certains lieux sinistrés sont devenus de vrais petits chantiers où se meuvent des engins et des équipes débouchant les drains collecteurs, exécutant des petits travaux de sauvegarde ou de défense des cours d’eau, curant les rivières, dégageant les routes et ponts ensablés ou embourbés…

Oui, ces chantiers volontaires et salutaires ont bien l’air d’être sommaire, provisoire et dérisoire. Mais c’est déjà une volonté que nous devons applaudir et soutenir.

Mais,face aux véritables défis naturels et environnementaux lancés sur Kinshasa par cette pluviométrie d’apocalypse ;
Face aux déficits urbains et urbanistiques observés en amont, comme en aval des différents lieux du sinistre ;
Face à la répétition monotone des bilans macabres dûs à la colère de l’un des 4 éléments de la Nature que sont : Le Feu, l’Eau, l’Air et la Terre.
Face aux changements climatiques signalés au niveau planétaire dont les conséquences logiques sont vécues au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest de notre Planète
(Kinshasa se situe à 4°20’ latitude Sud, et 15°20’ longitude Est).
Changements climatiques dûs au rétrécissement du bouclier d’ozone qui protège notre planète contre les rayons UV, rétrécissement provoqué par l’émission des gaz à effets de serre
Face à l'éternel recommencement des saisons de pluie qui amènent chaque fois leurs cortèges de misères et de deuils
Face à tout ceci, quelles solutions proposer ?

Quelles solutions proposer pour faire échec à la prochaine grosse colère de cette Dame orageuse et querelleuse qu’est « La pluie »
Quelles solutions proposer pour qu’après une grosse pluie, vienne effectivement le beau temps dans cette Mégapole africaine sinistrée qui a pour nom : Kinshasa

Face à tout cela, il serait bon que les plans des grands chantiers audacieux et ambitieux qui doivent notamment doter Kinshasa des ouvrages d’assainissement pouvant combler ses déficits urbains et le mettre à l’abri de futures grosses colères de Dame La pluie, il serait bon que ces plans-là soient déjà apprêtés dans les Secrétariats Techniques non seulement des Ministères mais aussi des Communes pour être présentés, commentés, expliqués et ré-expliqués au public à l’occasion des « Journées Portes Ouvertes » de façon à permettre sa réalisation après débat public.

Ce n'est pas tout !

Ajoutons à cela le Plan d'Action National pour l'Habitat consécutif à la Déclaration d'Istambul de 1996.Cette Déclaration demandait aux Etats signataires de faire la promotion du droit au logement décent et aussi à un "environnement sain ou assaini".

Kinshasa est bel et bien signataire de cette Déclaration. Et Kinshasa, en son Conseil du 08 mars 2002 a, après débats et délibérations, et de façon unanime, adopté le Plan d'Action National pour l'Habitat. Reste sa vulgarisation, et sa réalisation sur site.

Voilà encore un Plan qui sauvera Kinshasa et qui fera que après la pluie, vienne le beau temps dans cette Mégapole africaine.

Le débat ne fait que commencer, et nous tenons à y apporter notre modeste contribution.