Petit Samy brûle d'envie d'aller à l'école !

Petit Samy n’est toujours pas rentré à l'école, à qui doit-il s’en prendre ?

La rentrée scolaire a déjà eu lieu. C’était le lundi 1er Septembre. Mais, hélas ! Jusqu’à ce mois de novembre Petit Samy, fils d’un ex-Mangeur de Cuivre, n’est toujours pas rentré à son école.

A qui doit-il s’en prendre ? Contre qui doit-il diriger sa rébellion ? Vers qui doit-il diriger son petit doigt accusateur ? Où déposer plainte ? Contre qui ?

Contre ses parents ? Contre son Ecole ? Contre l’ex-Employeur de son Papa, l’Entreprise des Mangeurs de Cuivre ? Contre l’Etat ?...

Oui, les parents doivent envoyer chaque année leurs enfants à l’école. Et ce, dès l’ouverture de la nouvelle année scolaire. Les parents ont l’obligation civile et civique, morale et parentale de chercher, de trouver à chaque nouvelle rentrée scolaire, les moyens pouvant leur permettre de liquider toutes leurs vielles dettes scolaires et d’affronter vaillamment tous les nouveaux frais scolaires.

C’est en effet, sur leurs épaules que repose la lourde responsabilité de la réussite du démarrage effectif d’une nouvelle année scolaire. C’est sur leurs épaules que repose la lourde responsabilité de l’avenir et du devenir de la Nation.

Vrai ! Tout cela est vrai. Mais s’agissant d’un pays trois fois « PPTE » c’est-à-dire
Un « Pays lui-même Pauvre et Très Endetté », pays dans lequel les « Parents sont eux-mêmes Pauvres et Très Endettés », et les « Populations sont elles aussi, Pauvres et Très Endettées » ; dans un tel pays, comment les choses peuvent être agencées pour que le train de la nouvelle année scolaire démarre effectivement le « jour J » avec toute sa population scolaire à son bord ?

Doit-on dans un tel pays abandonner la lourde charge de l’éducation aux pauvres Parents, lesquels ont des dettes partout ? Dettes envers leurs enfants, dettes envers les Ecoles de leurs enfants, dettes envers le Pharmacien, envers l’Hôpital, envers le Bailleur ou la Bailleresse, dettes envers le Boulanger, dettes envers la Régie de l’Eau potable et buvable, dettes envers la Régie de l’Hydro-électricité, dettes envers le Fournisseur de la thermoélectricité.

Et pour finir, dettes envers l’Etat.

Et tout cela, au moment précis où ces « Pauvres parents » ont - eux aussi - des créances à encaisser, qui hélas ! tardent à leur tomber entre les mains.

Oui, dans cet impitoyable monde capitaliste, certains Puissants Créanciers appliquent le principe suivant :

« Une dette, il faut tout faire pour la décaisser le plus tard possible. Par contre, une créance, il faut tout faire pour l’encaisser le plus tôt possible ».

Voilà le drame du « Pauvre papa » de Petit Samy.

En effet, il est dans la catégorie assez spéciale de « Pauvres parents » ni riches, ni pauvres. C’est-à-dire des parents qui sont pauvres aujourd’hui, mais qui peuvent du jour au lendemain devenir riches, car ils sont dans l’attente du dernier centime qui leur est dû au titre de décompte final que leur ex-Employeur tarde à décaisser selon le fameux principe évoqué toute à l’heure.

Attendant depuis de longs mois son dernier centime qu’un ex-Employeur tarde à lui remettre, le « Pauvre papa » de petit Samy n’est pas en mesure d’apurer les vielles dettes scolaires, et d’affronter les nouveaux frais scolaires de Petit Samy. (Les autres dettes, n’en parlons pas encore. Il s’agit aujourd’hui des dettes scolaires qui empêchent à Samy d’aller à l’école). Et cette situation dure jusqu’à ce mois de novembre. Voilà pourquoi, jusqu’au moment où vous lisez cette littérature, le Petit Samy n’a toujours pas re-gagné le train de la rentrée scolaire.

A qui doit-il s’en prendre ? Contre qui doit-il diriger sa rébellion ? A qui doit-il exprimer son ras-le-bol ? Vers qui doit-il diriger son petit doigt accusateur ?

Vers ses parents ? Vers son Ecole ? Vers l’ex-Employeur de son papa ? Vers l’Etat ?...

Evidemment, Samy ne comprend rien à cet imbroglio superbe, à ce drame paradoxal. Il ne voit que la sphère familiale. Il ne comprend que ce qui se passe dans le cocon familial. Il ne faut pas non plus chercher à le faire asseoir pour engager avec lui un débat philosophique ou théologique, mythologique ou cosmogonique, juridique ou sociologique, idéologique ou autre, sur la question de savoir pourquoi
Lui, l’enfant dont les parents ne sont ni riches ni pauvres
Lui, l’enfant d’un Etat ni riche ni pauvre
Lui, l’enfant dont le Papa voyait ses impôts retenus à la source par son ex-Employeur,et intégralement versés au Trésor Public
Lui, l’enfant dont le Papa voyait ses cotisations sociales retenues à la source par son ex-Employeur, et intégralement versées à la Sécurité sociale
Pourquoi, lui, l’enfant qui a réussi - oui, il a bien réussi - à passer en 2e année primaire peut - malgré tout cela- se retrouver, jusqu’en octobre, en dehors du train scolaire qui depuis le 1er Septembre a embarqué à son bord toute la population scolaire de sa ville ?

C’est trop compliqué, trop cérébral pour lui. Samy lui, ne veut qu’une chose : Que son papa le fasse rentrer à l’école.

Payez ! Payez, papa ! Payez seulement, et je vais aller à l’école ! M’envoyer à l’école, c’est votre « devoir », non !...
Voilà ce que, de sa petite voix de cristal, Samy répète naïvement à son pauvre et insolvable Papa

Et, nous y voilà ! Si Samy n’est pas encore rentré à l’école, le fautif c’est Papa. Le défaillant, c’est Papa. L’incapable, c’est Papa. Celui qui ne sait pas chercher et trouver l’argent nécessaire, c’est encore et toujours Papa.

Finalement, la personne contre qui Petit Samy dirige, son ras-le-bol, sa rébellion, ses plaintes, ou son petit doigt accusateur, c’est son Papa.

Que faire ?
Que doit faire le Papa de Samy pour calmer ce petit Rebelle ?
Hausser le ton à la maison, rappeler Samy à l’ordre, et à l’obéissance, sous peine de sanction ?
Interdire à Samy de fréquenter les enfants qui sont dans la rue ?
Arrêter de philosopher, et vite aller frapper à la porte des emprunteurs aux taux exorbitants du marché noir qu’on appelle ici « Banque Lambert » ?
Fuir le pays pour amener sa progéniture là où les enfants sont vaccinés non seulement contre la polio et la variole mais aussi contre l’ignorance, l’analphabétisme, l’illettrisme et contre l’ « école de la rue » à la moindre « crise financière » ou la moindre « faillite conjoncturelle » des parents ?

Que faire ?
Vendre les menus trésors de la maison ?
Aller voir l’un ou l’autre Député National ? Voir un Ministre non partant ? Lancer un cri vibrant, un tract, un appel sur Internet dans le Portail de la Société civile ?
Que faire ? Que doit faire le Papa de Samy ?

Confiant aux promesses de son ex-Employeur - l’Entreprise des Mangeurs de Cuivre - le Papa de Samy ne sait comment empêcher son fils de gonfler les rangs déjà pléthoriques des enfants de la rue. Le Papa attend. Il attend tout bonnement que l’Entreprise des Mangeurs de Cuivre – Oh ! Une Grosse Société d’Etat ! - veuille bien décaisser le dernier centime qu’elle lui doit au titre de décompte final.

Lorsque le Papa de Samy recevra son dernier centime, il est évident qu’il ira rembourser les vieilles dettes scolaires, et payer les nouveaux frais scolaires permettant ainsi à son Petit de gagner à son tour le train scolaire déjà en marche depuis le 1er Septembre.

Ce jour-là,

Le Papa de Samy se fera l’impérieux devoir de signaler à l’humanité toute entière ceux qui - d’une façon ou d’une autre - auront contribué à l’heureux événement culturel du retour effectif quoique tardif d’un fils sur le banc de son école
Retour d’un fils qui allait s’ajouter à la longue liste des enfants de la rue de sa ville.
Retour d’un fils qui allait gonfler les rangs déjà pléthoriques des enfants perdus, enfants égarés, abandonnés, négligés et oubliés.
Retour d’un fils qui allait se perdre dans les broussailles de l’ignorance, de l’analphabétisme, de l’illettrisme et de la délinquance.
Retour d’un fils qui vient – enfin - de rejoindre les rangs des enfants, ces espoirs de demain
Et, de monter à bord d’un train spécial
Un train déjà en marche vers l’avenir et le devenir d’une Nation
Le train de la rentrée scolaire.

Dido Dinganga
Ex-Président Mangeur de Cuivre/Commission « Aménagements »
Père de Petit Samy
didodinganga@yahoo.fr

Lire : Petit Samy brûle d'envie d'aller à l'école (A paraître)
Oui, Petit Samy – Fils d’un ex-Mangeur de cuivre – brûle d’envie d’aller à l’école. Mais, pour cause de dettes scolaires non apurées, et de nouveaux frais scolaires non encore payés, il a raté le train scolaire qui vient de quitter la Gare ! Son Papa lui demande de prendre patience, car d’un moment à l’autre, il recevra les derniers centimes de ses longues années passées dans l’Entreprise des « Mangeurs de Cuivre ».Ces derniers centimes sont encore bloqués là-bas. A qui Petit Samy doit-il s’en prendre ? Vers qui Petit Samy doit-il diriger son petit doigt accusateur ?
Où peut-il déposer plainte ?
Quelles sont ses chances de rattraper un train déjà en marche ?