LES CONFLITS CHAMPETRES AYANT ENGENDRE L’INSECURITE ET LES TROUBLES DANS LE SECTEUR DE MASHALA

Société Civile de la République Démocratique du Congo
-SOCICO-
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DU KASAI OCCIDENTAL
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DOSSIER CONFLITS CHAMPETRES AYANT ENGENDRE L’INSECURITE ET LES TROUBLES DANS LE SECTEUR DE MASHALA

La Coordination Provinciale de la Société Civile du Congo (SOCICO/Kasaï Occidental) a été informée de l’aggravation des conflits champêtres qui ont opposé, le jeudi 20 mai 2010, la localité de Bena Kayenga/Bakua Tshianji dans le Groupement de Bakua Ngula, à la localité de Bena Kasaya dans le Groupement de Bakua Indu, en Secteur de Mashala, Territoire de Dimbelenge. Le bilan est lourd : plusieurs blessés du côté Bena Kayenga, dont l’un est décédé à l’Hôpital de la Mission Catholique Mashala un jour après. Par la suite, la situation s’est aggravée avec un mort du côté Bakua Indu (fusillé à bout portant). Des pillages des biens et incendie systématique des maisons ont été enregistrés deux jours durant (plus de 400 maisons au total ont été brulées de part et d’autre de deux groupements).
Très préoccupée par cette recrudescence des conflits champêtres et coutumiers à travers la province du Kasaï Occidental en général et de la cruauté et des conséquences desdits conflits dans le Secteur de Mashala en particulier, la SOCICO/Kasaï Occidental s’est réunie le jeudi 27 mai 2010 pour réfléchir sur les causes profondes de la situation et faire des propositions à l’Autorité Gouvernementale Provinciale en vue des solutions durables au problème. La SOCICO/Kasaï Occidental espère ainsi contribuer à la restauration de la paix et de la sécurité, un des programmes prioritaires du Gouvernement Provincial.
La méthodologie adoptée a reposé sur la recherche des causes, la description des conséquences (preuves à l’appui) avant de terminer par quelques suggestions à l’Autorité Provinciale.

I. RECHERCHE DES CAUSES
CAUSE 1. : LA DEMISSION/L’INEXISTENCE DES AGENTS DE L’AGRICULTURE
(Agronome et Moniteur)
Dans le temps, les paysans étaient encadrés par un agent appelé « moniteur agricole». Il n’y avait autant de conflits champêtres comme c’est le cas aujourd’hui!
Selon les témoignages recueillis auprès des paysans par les délégués de la SOCICO descendus pour la cause à Mashala en octobre 2009, le moniteur agricole mesurait les champs, les bornait et remettait à chaque cultivateur son espace à cultiver (il faisait le piquetage). Mais aujourd’hui, par manque de cet encadrement chacun se choisit lui-même l’espace à cultiver en prenant autant d’hectares qu’il veut et en poursuivant la percée de terre de ses ascendants.
Etant donné que les héritiers d’un village sont devenus nombreux et l’espace légué par les aïeux étant resté presque le même, les conflits naissent avec la tendance à l’expansion qui hante tous les paysans.
Autre phénomène étant la forme circulaire de la terre qui ne permet pas que chacun, en suivant plus loin avec la percée, reste dans les limites. Ceci crée des conflits dont le dénouement est difficile étant donné la conviction par chaque village d’être dans ses droits et d’avoir raison!
Par ailleurs, la situation se complique d’une part avec l’esprit de lucre des agents locaux de l’administration publique appelés pourtant à arbitrer les conflits mais qui considèrent malheureusement ceux-ci comme une bonne occasion de remplir les poches et d’autre part avec la mauvaise foi de certains héritiers qui refusent de respecter les limites naturelles (rivières et ruisseaux) tel que tracées impartialement par les administrateurs de la période coloniale.
L’inexistence et/ ou la démission du moniteur agricole a pour conséquences :
• La persistance des conflits champêtres ;
• La disparition lente de la forêt ;
• La rareté ou la disparition de l’espèce animale dans nos villages.

CAUSE 2 : IMPUNITE DES COUPABLES
Les conflits sont signalés presque partout sur le sol du Territoire de Dimbelenge. Des auteurs de ces conflits sont souvent reconnus. Mais souvent ils demeurent impunis. Cette attitude ne favorise pas la paix surtout dans les villages où les gens se disputent en se référant aux conflits passés.
Malheureusement, parmi les semeurs des troubles et les initiateurs des barrières clandestines à Bakua Indu (cf. en annexe la liste des inciviques établie en date du 25 avril 2010 par le Chef de Groupement de Bakua Indu et déposée auprès des autorités policières du Territoire de Dimbelenge et du P2) figurent trois personnes ayant le dossier judiciaire au PGI de Kananga pour meurtre, mais qui avaient obtenu la liberté provisoire devenue finalement une liberté définitive ou un acquittement.
Dans les conflits sanglants d’octobre 2007 (opposant les Bena Kalombo à Bakua Ngula), de 2009 (opposant les Bena Kalombo à Bakua Ngula) et de mai 20010 (opposant les Bakua Ngula à Bakua Indu) sans oublier la situation des barrières clandestines érigées à Bakua Indu, il est fait mention de la présence et de l’implication des auteurs intellectuels aux intérêts cachés. Parmi eux revient chaque fois le nom de Monsieur TSHIYOYO Wabudia, ancien Chef du Secteur de Mashala et présentement Secrétaire du Poste d’Encadrement Administratif. L’impunité de ces auteurs va gêner le retour de la paix durable à Mashala.
Conséquences : L’impunité favorise la recrudescence des conflits de tout genre et l’imitation aveugle chez les paysans (on entend des mots comme « Tu n’as pas vu X rentrer ici … je vais te tuer, j’irai à Kananga et je retournerai, … »)

CAUSE 3 : LA CRISE D’AUTORITE DES TERRITORIAUX LOCAUX
L’ingérence, l’incapacité, la lenteur, la corruption, la complicité et la partialité des agents de l’Administration territoriale locale dans la gestion quotidienne du Secteur de Mashala (Chef de Secteur, Chef de Poste d’Encadrement Administratif, Agronome, ANR, PNC, AT, …) est aussi à la base de la recrudescence des conflits et de la cruauté des actes commis par les paysans.
Pour parler des affrontements récents, au lieu de déléguer un agent du Secteur au Territoire pour besoin d’information et de prendre des mesures sécuritaires de protection, le Chef du Secteur de Mashala se rend lui-même à Dimbelenge le vendredi le 21/05/10 pour informer l’AT qui ne descendra à Mashala que dimanche le 23/05/10.
De mercredi 19 à dimanche 23/05/2010 il n y a eu aucune présence de l’Etat à Mashala et la population a réglé à sa façon le dossier ! Ce qui a alourdi la situation : du décès d’un blessé au niveau de l’Hôpital de la Mission au meurtre d’un vieillard fusillé à bout portant en passant par des incendies réciproques de plus de 400 maisons, des déplacements ou fuites des populations innocentes dans la foret, la situation n’allait pas être si dramatique. Si les autorités locales étaient compétentes et sages, si l’autorité locale était compétente, attentive et existante, on allait éviter ce qui est arrivé (les bruits, les menaces précèdent toujours les actes).

CAUSE 4 : L’AFFAIBLISSEMENT DE L’AUTORITE COUTUMIERE PAR LE POUVOIR PUBLIC
La création de conflits de pouvoir (distribution abusive des documents, invitations double, …), l’existence de deux autorités coutumières dans un groupement ou village et le manque de reconnaissance officielle (5, 8, 10 ans voire plus) de l’autorité coutumière après son élection ou sa désignation par la famille régnante figurent parmi les causes de la prolifération de conflits.
Dans ses lettres du 25 avril et du 14 mai 2010 adressées respectivement à la Révérende Sœur Alphonsine BIUMA et au Chef du Secteur de Mashala avec copies aux autorités provinciales (cf. copies en annexe), le Chef du Groupement de Bakua Indu signalait et dénoncait l’insécurité, les tracasseries et les barrières clandestines érigées dans son groupement par des inciviques qu’il cite nommément. Malheureusement, cette information n’a reçu aucune réaction de l’administration locale pourtant dotée de la police et d’autres services de sécurité auxquels elle peut récourir.
II. QUELQUES SUGGESTIONS
• Descente d’une délégation provinciale mixte (Parquet, PNC, ANR, Société Civile, Gouvernorat, …) en vue d’enquêter, d’établir des responsabilités et de sanctionner, de façon exemplaire, tous les coupables et leurs complices en vue de décourager les imitateurs aveugles et de restaurer l’autorité de l’Etat ;
• Redynamisation du travail de l’agronome/l’agriculture et d‘exiger aux paysans le retour et le respect des jachères de 5 à 10 ans (ceci a aussi de l’avantage de protéger la forêt qui est surexploitée et qui est devenue objet de conflits champêtres)
• Changer l’équipe dirigeante locale et sanctionner toutes celles qui sont, de près ou de loin, impliquées dans les conflits à répétition ;
• Exiger des Commissaires de District et des Administrateurs de Territoire de faire périodiquement le suivi et l’évaluation de ces deux appels prioritaires du Gouverneur de Province : la cohabitation pacifique des communautés et le retour des populations au travail pour le développement de la Province ;
• Reconnaissance officielle par l’Etat d’une seule autorité coutumière désignée selon la coutume dans chaque groupement et village.

Fait à Kananga, le 27 mai 2010

Pour la SOCICO/Kasaï Occidental
Par Ordre

=/=Frère Adolphe BOPE Bope Kwete =/=
Secrétaire Général Adjoint