LE RJMP INVITE A PARLER DE LA CONTRIBUTION DE LA SOCIETE CIVILE POUR DES ELECTIONS APAISEES

« Personne ne naît bon citoyen ; aucune nation ne naît démocratique. Dans les deux cas, il s’agit plutôt d’un processus qui continue à évoluer au cours de la vie et auquel les jeunes doivent être associés dès leur naissance. Une société qui se coupe de ses jeunes rompt son lien vital ; elle est condamnée à être saignée à blanc. Vous êtes les gardiens de ce lien vital. Nourrissez-le, développez-le, fortifiez-le. »
(Kofi Annan, ancien Secrétaire des Nations Unies, cité par Centre Culturel Américain). (1) Centre Américain, Guide de l’Education Civique, Conakry, 2004, 74 p.)

Le Coordonnateur National du RJMP et Premier Point Focal Adjoint du Cadre de Concertation de la Société Civile du Kasaï Occidental, Monsieur Edel Martin KABUTAKAPUA, a été invité par la Section des Affaires Politiques de la MONUSCO/Kananga afin de donner sa contribution au Colloque organisé par cette dernière en vue des élections apaisées au Kasaï Occidental. Il faut rappeler que l'atmosphère politique dans cette partie du pays n'est pas favorable aux élections apaisées et qu'à ce sujet, le RJMP avait déjà lancé un message d'alerte précoce afin de prévenir le danger.
Nous donnons ci-dessous, la communication de Monsieur Kabutakapua Edel adressée aux participants et aux organisateurs.
Bonne lecture et merci pour votre intérêt et tout appui que apporterez aux actions du RJMP
Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix Young Network in the World for Peace

ONG des Droits de l’Homme – « RJMP » - Human Rights NGO
Personnalité Juridique : Arrêté Ministériel N° 042/CAB/MIN/J/2006 du 15 mars 2006
COORDINATION NATIONALE

« CONTRIBUTION DE LA SOCIETE CIVILE POUR DES ELECTIONS APAISEES »
Monsieur le Chef du Bureau de la MONUSCO/Kananga a.i.
Auguste Assemblée réunie dans cette Salle
Ce qui nous réunit, ce qui nous unit ici et en ce moment est plus fort que ce qui nous divise.
Le pouvoir organisateur des élections (CENI) et la Communauté internationale, le pouvoir législatif et judiciaire, la Société Civile et les Partis politiques, le pouvoir et l’opposition, les hommes et les femmes, les journalistes et les activistes des Droits de l’Homme, sont invités à ce colloques pour réfléchir, donner leurs contributions respectives afin que les élections de 2011 soient paisibles et apaisées et ce, dans l’intérêt supérieur de la Nation congolaise en général et du peuple ouest-Kasaien en particulier. Ce dernier constitue donc notre dominateur commun.
Tout le monde, tous les pays ont intérêt à privilégier la paix, la sécurité, la tolérance et la cohésion entre les citoyens.
En effet, comme le disait M. Kofi Annan, ancien Secrétaire des Nations Unies, je cite :
« Personne ne naît bon citoyen ; aucune nation ne naît démocratique. Dans les deux cas, il s’agit plutôt d’un processus qui continue à évoluer au cours de la vie et auquel les jeunes doivent être associés dès leur naissance. Une société qui se coupe de ses jeunes rompt son lien vital ; elle est condamnée à être saignée à blanc. Vous êtes les gardiens de ce lien vital. Nourrissez-le, développez-le, fortifiez-le. »
(Cité par Centre Culturel Américain). (1)
Devant des signes précurseurs des violences dans certains coins de notre Province avec risque d’embrasement dans d’autres lors des élections à venir, devant la déportation des électeurs de la Ville de Kananga vers certains coins de la Province, devant la cohabitation difficile entre certains acteurs des partis politiques, devant le comportement ambigu de la population qui se caractérise par l’adhésion à plusieurs partis, devant tout ceci qui a déjà été signalé et dénoncé par la Société Civile, le présent colloque est le bienvenu et la Société Civile qui avait recommandé l’organisation d’une Table ronde au profit des acteurs politiques et sociaux félicite ses organisateurs. Et la Société Civile du Kasaï Occidental profite de l’occasion pour demander aux organisateurs d’intensifier ce genre d’activités et inviter les autres acteurs à emboîter le pas aux organisateurs.
Vous allez me permettre, sur ce point, de présenter à la MONUSCO-PAS et au Secrétariat Exécutif Provincial de la CNI (Commission Nationale Indépendante), les sincères remerciements du Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix » (RJMP/ASBL) pour l’invitation lui lancée et pour l’occasion offerte à son Coordonnateur National en vue de prendre part à ce débat respectivement comme participant et comme intervenant.
Auguste Auditoire, nos ancêtres enseignent, je répète :
« Tuamonangana bonso, tuamonangana tuamba » (Nous nous retrouvons tous, nous nous retrouvons nous disons).
Le RJMP, Structure membre de la Société Civile de la RDC spécialisée dans les domaines de paix, des conflits et des Droits de l’Homme, a été invité pour donner une communication sur un thème « Contribution de la Société Civile pour des élections apaisées ».
Pour bien aborder ce thème qui nous a été confié, nous avons trouvé utile de le subdiviser, en dehors de cette introduction et de la conclusion qui le clôturera, en deux principaux points qui sont :
1) Définition et compréhension des concepts clefs et connexes ;
2) Contribution et rôle de la Société Civile du Kasaï Occidental pour la consolidation de la démocratie et pour les élections apaisées.
I. De la définition et de la compréhension des concepts : société civile, élections, élections apaisées.
Chercher à définir et à comprendre d’abord les concepts clefs c’est chercher un consensus et éviter tout conflit de compréhension ou d’interprétation éventuel. C’est ce que recommande un homme célèbre, philosophe chinois, préoccupé par la morale et la politique, du nom de CONFICIUS, je cite « pour éviter la guerre, il faut commencer par définir le sens des mots », fin de citation. Et tout près de nous dans la Ville de Kananga, un Africaniste intelligent, le Professeur Abbé Lambert MUSEKA Ntumba, cité par Léonard Ivon NDAMBUAMUNU, renchérit cet auteur lorsqu’il déclare : « … que de dialogues de sourds et même de guerres ouvertes ne rencontre-t-on pas dans certains forums, faute de consensus sur le vocabulaire ». (2)
Quant à nous, nous n’avons jamais cessé de faire remarquer que lorsqu’on est mal informé, on ne peut que mal réagir. Beaucoup de conflits sont dus soit au manque de dialogue soit au manque de la bonne information ou la même compréhension. Il y a lieu de noter aussi que la meilleure compréhension d’un mot ne peut être retirée que du contexte où il est placé et qu’on peut avoir autant de définitions qu’il y a des auteurs.
En insistant sur ce point non seulement je préviens de conflits inutiles de compréhension mais aussi je vais y aborder d’une façon ou d’une autre l’essence du sujet qui m’a été confié. Je vous prie de me prêter une attention particulière.
Quid de la Société Civile ?
I.1. Société Civile
Le Révérend Père Rigobert MINANI Bihuzo s.j., chercheur et écrivain Congolais, membre actif de la Société Civile de la République Démocratique du Congo affirme que le vocable « Société Civile » est entré dans le discours politique ordinaire au lendemain de la fin de la guerre froide et que la réalité qu’il représente est multiforme, plus ancien et difficilement saisissable.
La Société Civile en RDC, au regard de sa composition, de ses activités et des valeurs qu’elle défend, pourrait être considérée comme un réseau de citoyens organisé en associations en dehors du pouvoir gouvernemental et institutionnel de l’Etat, intéressé à l’amélioration de la qualité de vie de la population, connaissant ses devoirs et obligations, et engagé à défendre ses droits et libertés. (3)
De son côté, Benjamin R. Barber abonde dans le même sens et complète la compréhension en déclarant que la Société Civile, ou l’espace civique, occupe l’intervalle situé entre le gouvernement et le secteur privé. Il ne s’agit pas du lieu où l’on vote, ni de celui où l’on achète et vend ; il s’agit de l’endroit où l’on parle à ses voisins de l’agent qui fait traverser la rue aux enfants, où l’on organise la fête de l’école, où l’on étudie les moyens dont l’église ou la synagogue du quartier disposera pour accueillir les sans-abri [ …]. L’auteur ajoute que la Société Civile est publique sans être coercitive et fondée sur le volontariat sans être privatisée. C’est de ce domaine que relèvent donc les institutions civiles traditionnelles –fondations, écoles, églises, associations civiques et autres sociétés bénévoles. (4)
Quant à l’Accord de Cotonou, signé le 23 juin 2000 au Bénin dans le cadre de la coopération Union Européenne –ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) la société civile est classée dans les Acteurs Non Etatiques (ANE en sigle). Terme qui englobe aussi le secteur privé par opposition aux acteurs étatiques.
Nous résumerons toutes ces définitions relatives à la Société Civile en disant qu’elle est une sphère située entre le secteur étatique et le secteur privé. C’est l’ensemble des Associations Sans But Lucratif par opposition aux Entreprises congolaises regroupées dans la Fédération des Entreprises Congolaises (FEC) et lesdites associations sont apolitiques par opposition aux Partis politiques et au pouvoir. Les ASBL parlent politique mais ne font pas la politique active. Elles sont régies aujourd’hui par la Loi OO4/2001 du 20 juillet 2001 et la Société Civile est reconnue par l’Etat congolais à travers certains articles de sa Constitution de la République Démocratique du Congo (articles 27, 37, ..).
Mais, à voir ce contrat social appliqué sur terrain aujourd’hui, nous remarquerons avec indignation que certains acteurs de la société civile ne font pas la différence entre politique et civile. Ils vont occuper des postes politiques, entrer dans des partis politiques et revenir dans la société civile lorsqu’ils échouent là où ils sont partis et ce, sans le signaler ni rendre compte de leur comportement. De leur côté, certains acteurs politiques créent et animent des ASBL tout en exerçant des fonctions politiques ! Cette confusion entretenue de part et d’autre nous pousse à en appeler à la nécessité qu’il y a de redéfinir la société civile, de recadrer les choses. Sinon la société civile va être infectée par le politique avec tous les risques et vice versa !
I.2. Elections
Le mot « élection » vient du latin ‘electio, de eligere’ et signifie choisir. Il s’agit d’un choix qu’on exprime par l’intermédiaire d’un vote.
Il est reconnu que parmi les droits revendiqués par les peuples en quête de leur liberté et de la justice et parmi les devoirs à assumer figurent en bonne place le droit et le devoir de vote. Le vote permet à chaque citoyen de participer directement (candidats élus) ou indirectement (électeurs ou peuple souverain) à la prise de décisions concernant la vie de sa nation ou de sa collectivité. Il donne la possibilité à chaque citoyen de choisir le candidat ou la candidate qu’il considère comme le ou la plus apte à satisfaire l’intérêt général. Bien voter ou voter bien préserve la démocratie. (1)
I.3. Elections apaisées
Nous entendrons par élections apaisées celles issues du climat de paix et engendrant le climat de paix. Des élections calmes, douces ou radoucies, des élections sans violences.
Voilà les élections recherchées non seulement par les organisateurs de ce colloque mais que nous tous aussi nous voulons et appelons de tous nos vœux. Pour que les élections de 2011 soient apaisées il faut toujours un dialogue franc et inclusif entre tous les acteurs de la République, il faut de la tolérance et l’écoute mutuels. Il faut surtout que les acteurs politiques évitent d’intoxiquer et de clochardiser leurs électeurs. Qu’ils respectent le souverain primaire qui est le peuple en lui proposant sans pression aucune les projets de société de leurs partis politiques et leurs programmes respectifs au lieu de le ridiculiser avec des présents-poissons et des promesses fallacieuses.
Il faudra que ceux qui ont reçu le mandat du peuple prennent l’habitude de rendre compte à leur employeur. Que les élus du peuple restent en contact permanent avec celui-ci pour écouter ses désidératas ; qu’ils le représentent et le défendent valablement dans la Société politique en légiférant des bonnes lois, en éliminant des mauvaises lois qui peuvent trahir la nation au lieu de venir toujours pleurnicher et se disputer le rôle de représentant du peuple dans et avec la société civile comme s’ils étaient en dehors de l’appareil étatique.
Il faudra que le souverain primaire soit préparé, sensibilisé et informé de la façon neutre que possible pour se choisir le meilleur des candidats en course, le meilleur des projets de société et le meilleur des programmes pragmatiques de développement de la République Démocratique du Congo.
La Société Civile s’est battue et se battra toujours pour que le peuple soit respecté dans ses dimensions intégrales et se choisisse un jour l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.
II. De la contribution et du rôle de la société civile du Kasaï Occidental
EDMUND BURKE déclare « La seule chose nécessaire au triomphe du mal est l’inaction des hommes bons ». (4)
Lorsque le 30 mai 2011, le RJMP ouvrait son atelier dans cette salle, sur la formation des formateurs des médiateurs et bâtisseurs de paix, le Chef de Bureau de la MONUSCO recommandait, je cite « Le processus électoral, étape fondamentale pour la consolidation de la démocratie, est parfois sources de tension et de conflits. Il vous appartiendra d’anticiper ces crises en participant à l’éducation des acteurs politiques et des populations à la culture de la paix. Chers participants, c’est juste pour dire que votre implication en tant que médiateurs dans la quête de la paix, aux côtés des structures étatiques et de la société civile existante, devrait permettre d’éliminer les conflits dans notre société». Fin de citation. La société civile s’attèle, depuis longtemps, à cette recommandation du partenaire onusien.
C’est dire que les structures de la société civile sont déjà engagées pour des élections apaisées. Certaines ont même, avec la Division des Affaires Civiles de la MONUSCO, un plan dans ce sens pour éduquer et sensibiliser la population non seulement à la culture de la paix au sens large mais aussi et particulièrement à la prévention et résolution des conflits. Mais, pour faire plus et renforcer ce travail amorcé dans les conditions difficiles (la plupart des bailleurs de fonds écartent la Province du Kasaï Occidental) la Société Civile du Kasaï Occidental a besoin des moyens financiers conséquents.
La contribution de la société civile pour des élections apaisées c’est aussi le travail qu’elle mène jour et nuit comme chien de garde qui aboie lorsqu’approche un danger. C’est ce travail qui est, malheureusement, mal perçu et mal compris par certains acteurs étatiques pour leurs propres intérêts égoïstes et lorsqu’ils sont en position de force. Le rôle salvateur joué par la société civile est paradoxalement reconnu par les mêmes acteurs lorsqu’ils sont en position de faiblesse, comme qui dirait, « On reconnaît l’importance de fesses quand vient le moment de s’asseoir ».
Vous savez qu’aujourd’hui, la Société Civile de la RDC, à travers les activistes des Droits de l’Homme ont pris en main le dossier de l’injustice que subit l’ancien Directeur Général de la Banque Congolaise. Et l’on sait que s’il y a des services qui se préoccupent moins ou pas du tout de la Société Civile les institutions bancaires en sont un.
Nous sommes partenaires de notre Etat que nous accompagnons et complétons là où nous pouvons. Et nous sommes partenaires de la Communauté Internationale.
CONCLUSION
« Si l’Homme a été capable d’inventer la guerre, il doit l’être aussi de concevoir la paix » (5)
(UNESCO, Déclaration de Séville sur la violence citée par Pax Christi International)
Les menaces des violences prenant naissance dans les esprits des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent provenir les alternatives à la paix.
Imaginons-nous un monde où les citoyens éliraient de façon véritablement libre, transparente et paisible des candidats compétents et crédibles. Imaginons une République où les citoyens participeraient à la prise des décisions gouvernementales pour lutter contre la pauvreté ! Une société où les citoyens contrôleraient les avancées gouvernementales et l’efficacité des politiques mises en œuvre ! (6)
Imaginons une nation où les élus savent anticiper les inquiétudes du peuple et inviter les gouvernants pour leur demander des explications sur la façon dont les investisseurs comme les Chinois dans la Ville de Kananga, exécutent les travaux de modernisation de route en détruisant même les fondations et en ne se préoccupant pas de la poussière qui peut provoquer certaines maladies et des accidents de circulation !
Imaginons, pour terminer, une société où l’Etat et les citoyens dialogueraient constamment, en connaissance de cause, en vue d’élaborer des politiques plus complètes, plus justes et plus efficaces dans l’intérieur supérieur du peuple.
Auguste assemblée
C’est de cette façon que je pense être à la fois comme projet et réalité la contribution de la société civile pour les élections apaisées. Je vous remercie.
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
1) Centre Américain, Guide de l’Education Civique, Conakry, 2004, 74 p.
2) Léonard Ivon NDAMBUAMUNU, le Problème de la discipline en catéchèse des groupes (cas de la Paroisse Saint Gabriel Yenga, Diocèse de Tshumbe de 2003 à 2008), Travail de Fin d’Etudes, ISSR/Kananga, 2011, 53 p.
3) Cordaid-Congo, Enjeux actuels de la Société Civile de la RDC et perspectives de coopération, Cepas, Kinshasa, 2003, 136 p.
4) Benjamin R. Barber, »Djihad contre McWorld » dans La démocratie est une discussion. L’engagement civique dans les démocraties nouvelles et anciennes, Connecticut College, Paris, 1997, 60 p.
5) Pax Christi International, Avec la Jeunesse, Développer une culture de paix pour tous, sde, Bruxelles, 8 p.
6) CAFOD, La surveillance des politiques gouvernementales. Une boîte à outils pour les organisations de la société civile en Afrique, sde, Londres SW9 9TY, 100 p.
Fait à Kananga, le 12 juillet 2011
=/= Edel Martin KABUTAKAPUA =/=
Coordonnateur National du RJMP

Nos adresses de contact (RJMP/ONGDH) :
Coordination Nationale: 23, avenue SHABUNDA -ex Macar- (Référence Immeuble Tshiebue Mulomba/croisement des Avenues Noëla de Roover –ex de la Mission- et Shabunda , C. de Kananga/Province du Kasaï occidental en RDC
Email : rjmp_3269@yahoo.fr, edm_kanatshi@hotmail.com; Téléphones : +243 997 406 289/+243 818 831 743
Web : www.societecivile.cd/node.php?id=1257, www.paxchristi.net; Skype : edel.martin