EN ITURI, COCKTAIL EXPLOSIF ENTRE HAINE INTERETHNIQUE ET RICHESSE DU SOUS-SOL

En l’espace de quatre ans, le district de l’Ituri, est progressivement devenu une des régions les plus troublées d’Afrique, en raison d’un cocktail explosif entre haine interethnique et richesse du sous-sol.
Région reculée de l’immense République démocratique du Congo (RDC), l’Ituri regorge d’or, de pétrole, de bois et d’uranium. Ces richesses suscitent de nombreuses convoitises, notamment des pays frontaliers.
La région, qui fait partie de la vaste Province orientale, est d’une taille comparable à la superficie du Rwanda et du Burundi réunis.
Sa population est estimée entre 4.5 et 6 millions de personnes. Les conflits constants et le mouvement des populations déplacées par ces violences rendent difficile toute estimation plus précise.
Selon plusieurs estimations d’organisations de défense des droits de l’Homme, quelque 50.000 personnes ont été tuées et 500.000 déplacées depuis
En plus des convoitises liées à ces richesses, l’Ituri a été pris dans la spirale de la guerre qui déchire la RDC depuis 1998.
Les changements constants d’administration rebelle et l’intervention d’acteurs extérieurs ont miné la capacité des chefs traditionnels à régler les conflits interethniques.
Il existe de nombreuses ethnies en Ituri, mais toutes, sauf les Alur, se rangent soit du côté des Hema (minoritaires), soit du côté des Lendu (majoritaires).
Certains rapprochent la composition ethnique de l’Ituri de celle du Rwanda et du Burundi, avec les Hutu majoritaires et les Tutsi minoritaires.
Un chercheur de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), Suliman Baldoa, avait ainsi estimé dès 2001 que les Hema de l’Ituri ont tendance à s’identifier aux Tutsi et les Lendu aux Hutu.
«Les Lendu se considèrent comme étant apparentés aux Hutu tandis que les Hema s’identifient aux Tutsi. Les deux groupes se disputent le contrôle des terres depuis longtemps, mais ce phénomène de l’identification, avec sa référence au génocide, fait que la lutte pourrait se transformer en quelque chose de bien plus dévastateur», écrit M. Baldoa dans son rapport.
A l’origine des disputes interethniques en Ituri, figurait la question des terres. Les deux groupes vivent de l’agriculture, mais les Hema possèdent aussi du bétail et sont souvent plus riches et mieux éduqués que les Lendu, ayant été favorisés par les Belges à l’époque coloniale.
Traditionnellement, les milices étaient armées de flèches et de lances, mais depuis la fin des années 80, divers groupes armés ont vendu leurs armes à la population de l’Ituri.
En plus de l’abondance d’armes à feu dans la région qui n’a rien arrangé, la présence d’acteurs étrangers, et notamment celle des militaires ougandais, a également exacerbé les conflits ethniques.
Human Rights Watch, dans un rapport publié en 2001, a accusé les troupes ougandaises en Ituri de jouer à la fois le rôle des pompiers et celui des pyromanes.
Ainsi, selon ce rapport, l’attitude de l’Ouganda en Ituri a varié selon les positions des différents commandants des opérations ougandais en place dans la région. James Kazini était proche des Hema tandis qu’un de ses successeurs, Peter Kerim, favorisait les Lendu, d’après des sources concordantes.
Ainsi aujourd’hui, en Ituri, les membres d’une milice hema qui affrontent ceux d’une milice lendu, peuvent chacun avoir été équipées et entraînées, à des moments différents, par des officiers ougandais.

Envoyé par l'Agence Presse Associée, "APA", le 15 mai 2003.