LA TRANSITION POLITIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO : THEORIE OU PROCESSUS ?

L’environnement politique congolais de l’heure affiche à la fois scepticisme, suspicion et réticence mutuels dans le chef des acteurs politiques en présence. Ce climat suscite beaucoup d’interrogations sur ,d’une part la portée réelle des termes « transition politique » et ses corollaires que sont « la théorie et le processus » dans le contexte congolais ;et d’autre part, sur les chances de sa réussite en république démocratique du congo.
En effet, la transition s’entend de la manière de lier entre elles les idées qu’on exprime et cela en terme de période (dictionnaire hachette,2003,p…). Elle est politique lorsqu’elle traduit une phase préparatoire à une autre à venir et dont le fonctionnement est assis sur un ordonnancement dont le fondement est politique .Celle (notion) de processus s’analyse en développement temporel des phénomènes marquant chacun une étape (……).Ainsi, le processus se caractérise souvent par un développement ou mieux une certaine évolution .
Il en découle logiquement que les deux notions sont dans la plupart des cas corrélativement liées . Et dans ce cas , leur impact sur le plan social est bien différent de la simple théorie qui dans le contexte d’une transition politique, s’entend d’un système conceptuel abstrait et spéculatif sur lequel est fondée l’explication d’un ordre des phénomènes .Ce qui suppose par la suite une certaine pratique pour son efficacité .
Par un semblant d’élan patriotique, la classe politique congolaise, en observance d’une certaine coutume constitutionnelle (Luc Rondeleux , Droit constitutionnel,…2003) devenue aujourd’hui inévitable , s’est accordée à Sun City (Afrique du Sud ) pour faire accoucher l’accord global et inclusif sur base duquel a vu le jour la constitution de la transition dont la promulgation a été faite en date du 04 avril 2003.
Il résulte de l’économie globale de ce texte qu’il y a été consacré nettement et clairement certains principes fondamentaux notamment :

  • celui du droit à la vie et à l’intégrité physique de la personne humaine;
  • celui de la répartition des pouvoirs et compétences respectifs à chacune des institutions de la transition ;
  • celui de l’indépendance de la magistrature et de l’autorité des cours et tribunaux ;
  • celui de la sauvegarde des droits civils ,politiques et libertés publiques etc.

Cette armature juridique pourtant bien conçue ,semble rencontrer malheureusement une certaine pesanteur dans son applicabilité . En effet, si pour les uns , le déchirement de la république démocratique du Congo constitue un paramètres d’attraction et de positionnement sur la scène politique(…..),pour les autres ,l ‘application sélective du texte sus évoqué constitue un facteur de consolidation de leur position et d’exclusion indirecte des autres(……..).
Aussi ,si a priori le moindre élan d’effort et de patriotisme aux fins d’un bon redémarrage du Congo n’est que théorique ; à l’analyse, il est tout de même curieux de constater des penchants communs vers lesquels les différents acteurs politiques semblent et risquent (peut-être inconsciemment) de s’orienter .Ce sont ceux relatifs au climat de suspicion , méfiance et réticence réciproques qui les caractérise . Phénomènes du reste analogiques dans leurs apparitions et manifestations.
Cette situation remonte à l’histoire politique de la République Démocratique du Congo et aux implications de la communauté internationale dans la résolution des crises dans ce pays.
En effet, d’une part :
-peu après l’accession du Congo à l’indépendance, la scène politique congolaise de l’époque, sous la main mise étrangère était divisée entre les fédéralistes et les unitaristes .Cette situation conduisit aux sécessions et à la déstabilisation du sommet de l’Etat par la révocation et la contre révocation historique entre LUMUMBA et KASA-VUBU. Lequel climat fit place au coup d’état par lequel le colonel Mobutu accéda au pouvoir ; -à son avènement au pouvoir, ce dernier, instituant le système du parti unique fondé sur le recours à l’authenticité comme expression de la concentration du pouvoir et de la parentalisation de la gestion, fut oblige d’instituer le multipartisme comme une des expressions du courant démocratique (dont la revendication remonte aux treize parlementaires). Cependant, il foula aux pieds tous les forums susceptibles de conduire à la bonne marche du pays en opprimant tant la population que les acteurs et personnalités autres que ceux de sa famille politique. Cette asphyxie servit d’opportunité à l’action de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo(AFDL) par laquelle Monsieur Laurent Désiré KABILA accéda au pouvoir ; -celui-ci commença au 17 mai 1997 avec des élans communisants dans son système de gestion (D.SESHIE,J.A.éco. n° 239,14 avril 1997,p.59) en s’attaquant aux libertés publiques et au pluralisme politique au mépris de la réalité de l’environnement politique international. Un an plu tard, une rébellion soutenue par ses anciens alliés(Ruanda et Ouganda) se retourna contre lui et envahit l’est de la République Démocratique du Congo avec des tentatives d’incursion à l’ouest. Ce climat occasionna son assassinat auquel s’en est suivi l’accession au pouvoir du Général-Major Joseph KABILA, par coup d’état ; - « certains faisaient les calculs que J.KABILA, une fois suffisamment bien conseillé et drillé, pourrait devenir aussi utile aux intérêts étrangers qu’un Mobutu lors de ses premières années au pouvoir au Congo (C.BRAEKMAN, Bruxelles, le 29 septembre 2002) ». En effet, par ses discours et points de presse, il sembla s’orienter sur une voie quasiment contraire à celle de son prédécesseur, à l’exception des certains domaines dont les libertés publiques, le social etc. Encadré par une sorte de conseil de régence (P.LEYMARIE, Monde diplomatique, 2003), il ne parvient pas encore à contrôler et à maîtriser les paramètres tant politique, économique que social dans la gestion du pays .
Ainsi, il est à constater que dans ce bref parcours historique n’apparaît que la léthargie sur la scène politique congolaise dont les causes, partant de l’insuffisance d’instruction quant à la gestion de la chose publique en son temps, ont engendré la concentration du pouvoir et la parentalisation continuelle dans la gestion du pays anéantissant ainsi le mécanisme institutionnel de contrôle et débouchant au tâtonnement actuel dans la direction du pays ;
D’autre part :
Le rôle de la communauté internationale en général, et des nations-unies en particulier s’avère parfois inefficace quant aux opportunités de ses interventions en République démocratique du Congo. Sans même se rapporter sur les données historiques relatives à la résolution des crises en R.D.C, l’on constatera soit une lenteur soit une passivité lorsqu’elles interviennent au point que l’on se demande si la fraction puissante de la communauté internationale n’est-elle pas souvent impliquée ou à l’origine de toutes les situations de crise en RDC ? l’exemple le plus frappant est celui qui remonte à l’an 2000 où deux armées étrangères( ruandaise et ougandaise) se sont livrées aux hostilités sur le territoire congolais (Kisangani) sous les yeux passifs de la communauté internationale en général et des nations-unies en particulier. Tout se passait « comme si l’ONU était en passe d’être congédiée d’une ville d’où Dieu et les hommes de bonne volonté auraient depuis longtemps détourné le regard (C.BRAEKMAN, le soir, Bruxelles, 08 juin 2000) ». Or, en réalité, le rôle des nations-unies ( tel que cela ressort de sa charte ), aurait du être opportunément actif et préventif ( en vue d’éviter le drame humain ) comme cela semble être le cas avec l’institution récente de la force multinationale intérimaire d’urgence ( qui connaît déjà l’irruption des troupes françaises ). L’objectif poursuivi étant de contribuer à stabiliser les conditions de sécurité et à améliorer la situation humanitaire sur le lieu( résolution 1484, N.U/2003), la mission de ladite force est assortie du caractère temporaire avec obligation pour les Etats membres de la sous-région du grand lac de coopérer avec les nations-unies en vue de sa réussite .
Sommes toutes, la complexité de la situation politique en République démocratique du Congo fera subsister tout de même d’énormes inquiétudes si l’on ne prend pas en compte( dans le chef des acteurs politiques ) la nécessite de distinguer les désirs ardents de positionnement et de monopolisation dans l’exercice du pouvoir et ceux, pourtant majeurs, inhérents à la solution politique résultant de la volonté commune de respecter les engagements pris par consensus et coulés sous forme de texte juridique. Et cela, tant il est vrai que les raisons essentielles des atermoiements continuels, dans la plupart des cas si non en réalité, demeurent l’alternance au pouvoir, la démocratisation de la vie politique, la transparence dans la gestion de l’Etat, le respect du cadre juridique ainsi défini et l’inefficacité de la diplomatie au regard de la réalité de l’environnement politique international de l’heure. Le débat reste ouvert quant à ce.

Diogène KILAPI KITENE
Adrien DIMBI TSHUNGINI

Reçu de Congo sécours, le 10/06/2003.