S.O.S « LA LANGUE KIKONGO EN DEPERDITION» L’AUTORITE PROVINCIALE DU BAS-CONGO EMBOITE LE PAS.

Le gouvernorat de la province du Bas-congo ,dans la république démocratique du Congo s’inquiète du sort de la langue kikongo.
En effet ,dans un article d’actualité du 26 mai 2003,sous-titrant :SAUVETAGE DE LA CULTURE ET DE LA LANGUE KONGO,publié sur le site internent de cette circonscription administrative ,l’autorité provinciale venait de lancer un cri d’alarme sur la déperdition ou mieux la disparition lente mais sûre, tant en ville que dans les villages de la langue kikongo au profit du lingala.
Dans ses tentatives d’élargir les pistes des solutions susceptibles de remédier à ce fléau culturel qui frappe déjà le peuple mukongo ,l’autorité fait appel aux réactions et suggestions de ce même peuple ,en prévision d’une éventuelle conférence culturelle du Bas-congo, en l’instar d’une conférence économique provinciale .
La préoccupation du gouverneur de la province face à ce danger qu’il estime prévisible et la lutte dans laquelle il prétend engager son peuple, ne constituent-elles pas, en sa manière, un emboîtement de pas aux autres ?
A l’évidence, il est clair de rappeler que l’idée visant à valoriser sa culture et sa langue était déjà gravée dans la mémoire du peuple mukongo qui, non seulement se souviendrait de l’idée d’un thème politique sur l’unité du peuple mukongo fondée sur la langue kikongo et sur l’histoire du royaume Kongo dia ntotila qu’esquissa dans son manifeste ,l’Association des Bakongo(ABAKO) du feu Joseph KASA VUBU ,aux premières heures de sa création ;mais aussi ,devrait saluer les actions quasi-semblables ,souvent réprimées que ne cessent de mener au jour d’aujourd’hui quelques reclameurs avertis que sont le Bundu dia Kongo(BDK),l’Association Culturelle Kintuadi(ACK),l’Association des Bakongo(ASSBAK),et autres groupes des réflexions Ne-Kongo qui retracent les grands principes de leurs philosophies en cette langue.
La langue par définition, est l’ensemble des signes vocaux ou graphiques ,qui constitue l’instrument de communication d’une communauté donnée. C’est donc un élément de son identité culturelle .(dictionnaire hachette ,édition 2003,p.905).Dés lors qu’un élément visant à identifier un peuple se voue à la disparition ,c’est tout un peuple qui s’en trouve perdu.
Le peuple mukongo est entrain de connaître le malaise de la déperdition éventuelle de sa langue kikongo. Quels en sont les facteurs ,parmi tant d’autres en causes ?
Les facteurs en causes semblent être connus de tout le monde qui les conçoit de différentes manières .Il suffit d’observer et de questionner l’histoire socio-politique de la province du Bas-congo pour s’en convaincre.
Les trois décennies de la dictature de Mobutu n’avaient donné aucune chance au Bas-congo de s’administrer convenablement.
Souvent les grandes fonctions de responsabilités n’avaient jamais été occupées par les fils originaires de cette province. Cette loi de marginalisation et de minoration tant dénoncée, amenuisait déjà les chances d’un certain progrès culturel qu’affichait le peuple mukongo.
Les quelques initiatives de valorisation de la culture et de la langue que semblaient mener certaines associations culturelles, n’étaient pas prises de bonne humeur par les autorités provinciales non originaire de l’époque .Et, ces actions souvent interdites ,faisaient subir des réprimandes à ses auteurs les contraignant ainsi à poursuivre clandestinement leurs activités .
Dans un semblant d’élan patriotique, le régime du feu Laurent Désiré KABILA ,ramena ,par un certain mode de scrutin spectaculaire que tout le monde se rappellera ,le fils originaire du Bas-congo aux affaires de la province. Cette remise du pouvoir aux autochtones semblait porter un brun d’espoir au peuple mukongo qui devrait saisir l’occasion pour rattraper les retards que le régime précédent venais de causer à sa culture et sa la langue .Saisir l’occasion ,bien sûr, mais hélas ! A quel prix ?
Ce régime dit du 17 mai 1997,en continuation d’exercice aujourd’hui ,bien accueilli en libérateur ,n’a pas tardé aussitôt à se livrer aux actes liberticides qui n’ont pas épargné la province du Bas-congo dont les officiels mis à sa disposition ,semblent jouer parfois en Pilate dans certains de ces actes qui touchent un peu tous les secteurs de vie de la province.
Les matadiens se rappelleront de la vague d’arrestations des déclarants en douane au port international de Matadi, ordonnée par le ministre de l’intérieur ,opérée farouchement dans la semaine du 06 au 12 novembre 2000,par un officier de haut rang des services spéciaux de la police venu de Kinshasa, et qui avait emporté à son passage ,prés de 62 jeunes actifs de la ville portuaire(cité africaine n°584 du 17 novembre 2000), dont certains libérés par une certaine courageuse protestation des officiels de la province qui n’ont tout de même pas pu arracher, de mains de cet officier de la police ,une vingtaine d’entre eux ,ligotés et déportés à Kinshasa, à bord du train express le matin du 12 novembre 2000.
Engagé dans un profond travail de refondation de sa culture ,le peuple mukongo connaîtra plus d’une série d’actes de frustration qui fait couler d’encre jusqu’à l’heure actuelle.
Rappelons une fois de plus qu’à cause de l’opinion exprimée par le chef spirituel NE MUANDA NSEMI,sur les injustices commises en République Démocratique du Congo envers les Bakongo, et de l’organisation des festivités de la célébration du 40 ême anniversaire de la province du Bas-congo, les adeptes de Bundu dia Kongo étaient massacrés et arrêtés ,leurs maisons et écoles incendiées par les éléments de l’armée gouvernementale en date du 20 et 22 juillet 2002 à Luozi et Mouanda ,et leurs activités suspendues sur toute l’étendue de la province du Bas-congo.(citaf du 15 novembre 2002)
Les répressions de ce genre n’ont pas aussi épargné l’Association Culturelle Kintuadi(ACK)de Matadi qui ,voulant organiser une marche libre et pacifique au profit de sa ville qu’elle estime libérer de l’oppression des ténèbres ,a vu son quartier général assombri par la présence des hommes en uniforme de l’armée et de la police qui disperseront dans la nuit du 30 et 31 décembre2002 ,soit quatre jours avant l’organisation de la marche ,les patients et autres personnes en quête d’une « spiritothérapie » éventuelle à leurs diverses maladies ,détruiront le local servant des bureaux à l’association ,et arrêteront dans des conditions inhumaines plusieurs personnes.(Alternative jeunesse for human right)
Dans cette série déplorable de répressions ,s’ajoute aussi l’ enlèvement en date du 24 mars 2003 ,vers 21h30’ du président de l’Association des Bakongo (ASSBAK) de Kinshasa, Monsieur Bernard NSEKA MAKINU .
Cet enlèvement opéré dans sa résidence de la cité maman Mobutu par sept hommes en arme (dont 4 en tenue militaire ) à bord d’une jeep sans immatriculation, était sans doute consécutif à l’organisation d’un culte œcuménique commémorant le 34ême anniversaire de la mort du premier président de la république démocratique du Congo ,le feu Joseph kasa vubu qu’allait organiser avec autorisation préalable ,l’association des Bakongo (ASSBAK).(société civile ,le 27 /03/2003)
Aussi, déplorons enfin une chose non mois négligeable dans ce contexte réel des faits. Depuis le temps ,la province du Bas-congo n’a cessé d’être victime d’un ‘KINSHASALISME’(passez-moi le terme) pour ne pas dire un centralisme à outrance de Kinshasa qui ,non seulement entrave les principes de base d’une administration correcte ,mais aussi ,hébergeant en son sein la majorité des secteurs d’activités économiques et d’attractions, attire l’attention de la population rurale qui, souhaitant s’y rendre ,occasionne ainsi le phénomène d’exode rural qui est à la base du dépeuplement des nos villages ,pépinières de notre culture.
Peut-on ainsi se permettre de constater que ces actes de répressions et ce système inadéquate de gestion de la chose publique et de l’administration du pays que les régimes politiques en succession en République Démocratique du Congo sont auteurs, sont mis à contribution pour conduire le peuple mukongo dans un univers de peurs et de frustrations ,bloquant ainsi le progrès de la culture Kongo et de la langue kikongo , et le développement du pays dans l’ensemble.
Tous ces vaillants filles et fils mukongo qui mènent déjà ,par les biais de leurs associations ,d’incessantes luttes consistant à perpétuer la culture Kongo(dans toutes ses diversités),avec comme élément d’expression ,la langue kikongo, ne devraient qu’être ,d’une manière ou d’une autre, "ralliables" dans la mesure où l’on estimerait incontestablement vraie, la déperdition à laquelle cette langue est entrain de faire face et que l’on souhaiterait y engager le débat.
Impliqués dans cette lutte ,nos frères et sœurs font malheureusement les frais de leurs actions réprimés ,voire interdites dans la terre qu’ils héritent de leurs ancêtres.
Si l’autorité provinciale interpelle aujourd’hui le peuple mukongo ,en lui conviant à s’impliquer dans la lutte contre cette déperdition qui lui fait perdre sa culture ou mieux son identité, ce serait pour elle une façon d’emboîter ,peut-être inconsciemment ,le pas aux chefs spirituels et présidents des associations culturelles dont les membres avaient été arrêtés pour avoir mené des actions consistant, entre autres, à préserver l’identité de la culture Kongo, et les activités suspendues par elle.
S’inscrivant dans cette logique, il est fort curieux de constater une certaine convergence dans laquelle semblent se diriger, institution et associations. Si tel est le cas, l’autorité provinciale, connaîtrait-elle, comme les autres ,ces actes liberticides ? serait-elle arrêtée, suspendue de ses fonctions ?;si non, pourquoi alors ces atrocités en l’endroit du peuple meurtri ???

Sé Adrien DIMBI TSHUNGINI

Reçu de Congo Sécours, le 13/06/2003.