BARRAGE D'INGA EN DANGER !!! (Potentiel)

Seulement 6 turbines sur 14 fonctionnent. De graves perturbations économiques et sociales pointent à l’horizon. Mais en toile de fond se profile un montage maffieux pour la vente ou la privatisation de l’entreprise publique
Kinshasa , 20.11.2003 | Economy
Depuis 72 heures, le moteur de la turbine 7 de Inga II est grippé. Il est bloqué et, donc, hors d’usage. Il faut absolument le remplacer. Ce qui porte à 6 le nombre des moteurs en panne sur les huit que compte la partie Inga II.
En effet, les moteurs 1,2,3,4,5 et 6 de Inga II ont cessé de fonctionner depuis belle lurette. Le moteur 8 tourne mais très péniblement. Les techniciens s’emploient chaque jour à le remettre laborieusement en état de fonctionnement. Mais, plus pour longtemps, estiment les milieux proches de la Société nationale d’électricité (Snel). Et partant, au niveau de Inga II, il n’y a plus que deux turbines sur huit qui demeurent encore en service.

En ce qui concerne Inga I, quatre machines sur les six continuent à tourner. Elles ne sont cependant pas à l’abri des ennuis techniques qui vont précipiter leur arrêt, l’une après l’autre. Ce qui réduirait davantage la capacité de production de l’ensemble du barrage électrique d’Inga. La première conséquence serait la mise hors d’usage de la ligne très haute tension Inga-Shaba.

SITUATION PREOCCUPANTE

Informé de la situation ci-dessus décrite, Le Potentiel s’est activé à se pénétrer du dossier. Il s’avère que les milieux intéressés de la Snel jugent la situation préoccupante si des mesures urgentes et adéquates ne sont pas prises aux fins de parer à la dégradation d’Inga qui risque d’affecter la vie nationale.

Déjà, à cause de la ligne Inga-Shaba qui n’est plus rentable, les usines installées au Katanga sont ravitaillées par l’énergie électrique produite localement. Et les pays de l’Afrique australe sont désormais branchés sur les centrales hydroélectriques de la province cuprifère.

Certes, la puissance énergétique fournie par ce qui reste d’Inga, avec l’appui du barrage de Zongo, permet de desservir Kinshasa, Bas-Congo et Brazzaville. Or, s’il arrivait que Inga II s’arrête, il faudrait alors revoir toute la stratégie.

Mais, quoi qu’il en soit, de graves perturbations d’ordre économique et social pointent à l’horizon. Déjà, par ces temps qui courent, la Snel a du mal à satisfaire la clientèle, qu’elle soumet à des coupures intempestives et à des délestages fréquents. Si aucune mesure de sauvegarde n’est entreprise dans l’immédiat, on imagine des acrobaties qu’il faudra faire pour alimenter Brazzaville et, en même temps, soutenir les usines locales, grands contributeurs du fisc et gros employeurs de la main d’œuvre nationale. C’est encore le pays qui perdrait de son prestige alors qu’il se remet difficilement d’une longue guerre qui l’a privé du gros de ses ressources.

Quant à la Regideso, privée de l’énergie électrique, son activité aura brusquement cessé. La population sera alors contrainte de recourir à l’eau brute des marécages ou des ruisseaux. Le Congo va ainsi retourner à l’ère préhistorique. Comme dans un cercle vicieux, l’on assistera à la résurgence des maladies d’origine hydrique. La suite est facile à deviner : la détérioration de la santé des populations et l’augmentation du taux de mortalité.

DES MILLIONS DE DOLLARS

Face à la situation, que la Snel reconnaît préoccupante, le gouvernement devrait, toutes affaires cessantes, intervenir dans les meilleurs délais afin de prévenir le pire. Il nous revient, du reste, qu’un détaillé et circonstancié a déjà été transmis aux autorités compétentes. Ces dernières, cependant, donnent l’impression de traîner les pieds. C’est en raison de cette léthargie que le barrage d’Inga ne compte plus aujourd’hui que 6 turbines sur les 14 installées. Parler de catastrophe apparaît des lors comme un doux euphémisme.

Il serait de bon aloi que, sur base du Programme multisectoriel d’urgence pour la réhabilitation et le redressement (Pmurr), le gouvernement se saisisse de cette opportunité offerte par la Banque mondiale pour poser la question de la relance de la Snel, à travers le barrage d’Inga. Pour cela, l’Exécutif devait déployer toutes les stratégies afin de convaincre les bailleurs de fonds à mettre la main à la poche. Car, selon des estimations, personne n’ignore que la réhabilitation d’Inga vaut des centaines de millions de dollars, dont ne dispose pas le gouvernement congolais.

QUE DIRE DES FONDS PROPRES DE LA SNEL?

Depuis la deuxième République, la Snel figure parmi les entreprises publiques qui constituent la vache laitière de différentes autorités : gouvernementales et de l’entreprise. L’argent, dit-on, est prélevé à la source pour servir à des fins privées, maquillées le plus souvent sous le prétexte « d’effort de guerre ». A en croire certaines sources concordantes, un ancien dirigeant de la Snel s’était organisé pour s’exiler avec toutes les recettes de la Snel, en devises, à l’approche de l’Afdl. Depuis, il est rentré au pays, jouant au Ponce Pilate.

Un autre dirigeant avait monté une société fictive pour fournir des équipements à la Snel. Il s’arrangeait pour importer du matériel qu’il faisait transiter par Lubumbashi, au Katanga, et le dédouanait aux frais de la Snel. Pour autant qu’il avait la signature, il autorisait des sorties de fonds fabuleux qui saignaient l’entreprise.

Il y a peu, un ancien cadre de la Snel, M. Lushima Ndjate, a affirmé dans plusieurs journaux de la place que la Snel perdait annuellement 60 millions de dollars à cause d’une mauvaise organisation de sa tarification. S’il est vrai que cette information a suscité une polémique dans les milieux intéressés, il n’en demeure pas moins qu’elle constitue une piste de recherche en ce moment où cette entreprise traverse une situation plus que préoccupante.

Ce sont là quelques exemples parmi tant d’autres qui démontrent la gestion scabreuse de la Snel. Ainsi privée de ressources financières qui lui auraient permis de disposer des fonds nécessaires à la réhabilitation de son outil de travail, la Snel à toutes les chances de devenir bientôt un éléphant blanc. Ce qui serait une véritable catastrophe nationale. D’où notre alerte pour Inga!

L’ADG DE LA SNEL PROMET DE FIXER L’OPINION CE JEUDI

Contacté mercredi soir par Le Potentiel pour donner son point de vue sur cette situation de la détérioration de la société nationale pourvoyeuse de l’énergie électrique, l’Adg de la Snel a refusé de répondre à nos préoccupations et promis de fixer l’opinion au cours d’un point de presse qu’il tient ce jeudi dans la matinée. Démarche infructueuse également du côté du directeur responsable du site d’Inga au Bas-Congo.

Dans un premier temps, ce dernier a prié notre rédaction de s’en référer à la direction générale à Kinshasa avant de dire quoi que soit. Ce qui a été fait. Ensuite, il a indiqué qu’il n’était pas autorisé par sa hiérarchie à faire des déclarations à la presse. Au Potentiel, notre vœu le plus ardent est de voir le numéro un de la Snel éclairer la lanterne d’une opinion plus que jamais préoccupée par la situation qui prévaut actuellement à la Snel.

S.O.S.: LE REVERS DE LA MEDAILLE

Le S.O.S que nous lançons procède également d’un montage maffieux qui serait en voie d’être conclu pour la vente ou la concession du barrage d’Inga à des filières des multinationales non autrement identifiées. Nos sources parlent de l’implication de plusieurs personnalités tant du gouvernement que de la Snel, motivées toutes par le souci de gagner des commissions dans cette vaste opération qui pue de gros sous à mille lieues. Toutes les difficultés que l’on vient de relever ici auraient été entretenues à dessein par ces groupes maffieux afin de laisser pourrir la situation et mettre le gouvernement devant un fait accompli: se retrouver dans les bras des acheteurs ou concessionnaires éventuels qui brandissent des capitaux frais.

Dans le langage spécialisé, cela s’appelle la « stratégie du charognard », qui consiste à laisser les sociétés publiques tomber en faillite, afin d’agiter celle-ci pour justifier leur privatisation. A la manière dont les charognards laissent pourrir leur proie pour en consommer le cadavre putréfié.

En effet, les tireurs des ficelles sont conscients du fait que le Pmurr ne saurait pas résoudre la question du relèvement du barrage d’Inga. Aussi piaffent-ils d’impatience. Une question triture les méninges de beaucoup d’observateurs en ce moment précis. Qu’il s’agisse d’une vente en bonne et due forme ou d’une concession-privatisation, la préoccupation est celle de savoir si le moment s’y prêterait. En plus, l’on se demande ce que l’Etat congolais gagnerait dans cette opération lorsque l’on sait l’état dans lequel se trouve l’ouvrage convoité.

Par ailleurs, a-t-on oublié que l’endettement de la République vis-à-vis des institutions est en grande partie du à la construction du barrage d’Inga ? Tout ceci se passe à l’insu de la population, particulièrement l’Assemblée nationale et le Sénat, qu’on ne veut jamais consulter et qui continue à broyer du noir. Pendant que des individus, organisés en réseaux maffieux, s’enrichissent sur son dos et en son nom. D’où notre S.O.S. : Inga ne doit pas être vendu. Le gouvernement doit trouver d’autres formules pour relever le barrage d’Inga et la Société nationale d’électricité.

| Le Potentiel