Triste spectacle dans les hôpitaux kinois

Les consultations sont désertées, les médecins débordés et les rares malades encore soignés dans les hôpitaux publics de Kinshasa se sentent "abandonnés", après un mois de grève des personnels de santé.
En grève depuis le 10 janvier pour réclamer une "prime de risque" accordée aux médecins en décembre dernier, le personnel de santé de la capitale - qui compte près de 12.000 salariés, dont 5.000 infirmiers - n'assure même pas un service minimum.
A Kalembe-Lembe, le plus grand centre pédiatrique de la ville, des cadenas ont été placés sur les portails et des malades évacués vers des centres de santé privés ou renvoyés chez eux, faute de personnel.
Les cliniques universitaires et d'autres formations médicales spécialisées de la capitale ne sont pas mieux loties.
A l'hôpital général de Kinshasa, le plus important établissement de la République démocratique du Congo (RDC) avec une capacité de 2000 lits, les pavillons sont désertés et les rares malades qui arrivent encore se sentent abandonnés.
"Je suis obligée de faire appel à un infirmier privé de l'extérieur pour les piqûres de mon fils, qui a le tétanos", raconte Marie, qui veille son fils depuis plus d'un mois au pavillon 9 de l'hôpital général.
"Nous implorons le gouvernement de régler au plus vite la situation du personnel de santé", ajoute cette mère de famille, épuisée.
Une infirmière explique, sous couvert de l'anonymat, que les stagiaires appelés en renfort sont incapables d'assurer l'intérim des personnels grévistes.
"Il y a des problèmes dans le dosage des perfusions, dans l'administration des traitements en général. Un jour, un infirmier stagiaire a piqué vingt fois l'avant-bras d'un petit garçon avant de trouver la veine", explique-t-elle.
Cette situation a "sans doute fait augmenter les taux de décès dans les hôpitaux publics", car même si certaines urgences sont traitées, les malades ne bénéficient ensuite d'aucune prise en charge, estime un syndicaliste infirmier s'exprimant également sous couvert de l'anonymat.
Le personnel de santé - infirmiers, anesthésistes, techniciens et administratifs - touche un salaire mensuel moyen de 15.000 francs congolais (33 dollars). Il estime avoir droit à la même prime que les médecins, puisqu'il "partage les mêmes risques, au contact des malades".
"Par solidarité, parce que nous faisons partie du même corps, nous avons inclus le personnel administratif dans nos revendications", a précisé un syndicaliste.
"Nous n'arrivons pas à comprendre que l'Etat ait mis près d'un mois pour donner une solution à notre revendication, en dépit de la situation déplorable des malades", s'indigne une syndicaliste, infirmière à l'hôpital général de Kinshasa.
Des négociations entre gouvernement et grévistes, entamées tardivement, ont abouti en début de semaine à un "accord de principe", l'Etat s'engageant à débloquer 15,5 millions de dollars pour le paiement de primes.
Mais la grève se poursuivait mercredi soir, en attendant l'issue d'ultimes pourparlers sur les modalités de répartition des primes promises.


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