Les amis des pygmées dénoncent la timidité des réactions enregistrées

Face à la situation de l’Ituri

La situation qui prévaut à l’est de la République démocratique du Congo, plus précisément dans le territoire de Mambasa, district d’Ituri dans la province Orientale, continue à défrayer la chronique tant nationale qu’internationale. La dernière réaction enregistrée est celle d’une Ong «Amis des pygmées», dirigée par Bibi Njuma Ekwandanayo, également présidente et membre de l’instance permanente auprès de Nations Unies sur les peuples autochtones.

Lors d’une conférence de presse animée le 23 janvier à l’Institut des aveugles, Mme Bibi Njuma, qui parlait au nom du peuple «Mbuti», premiers occupants de la forêt d’Ituri, a tenu à dénoncer l’attitude passive, indifférente et inexplicable de la société civile, des partis politiques, du procureur général de la République et des organisations des droits de l’homme face aux actes de cannibalisme et autres violations des droits de l’homme perpétrés dans cette partie de la Rdc.

Les «Amis des pygmées» n’arrivent pas à comprendre la faible mobilisation nationale et la timidité des réactions enregistrées au sujet de ce drame, contrairement à la campagne orchestrée à propos du dossier des pillages des ressources naturelles de la Rdc. Cette attitude reflète, pour eux, une discrimination qui fait croire que les pygmées sont des «moins hommes, bons à être exterminés et mangés». C’est ainsi que les «Amis des pygmées» s’inscrivent en faux contre certaines réactions des hommes politiques et des responsables, directs ou indirects, de cette tragédie qui exigent que si on doit juger les crimes commis en Ituri, qu’on juge également tous les autres massacres des populations enregistrées en Rdc depuis 1960. Comme si un massacre pouvait en justifier un autre…

Néanmoins, ils reconnaissent le geste posé par le gouvernement en saisissant le Conseil de sécurité des Nations Unies pour demander l’institution d’un Tribunal pénal international.

Les «Amis des pygmées» en appellent ainsi à la cessation immédiate de ces actes de barbarie tendant à manger la chair humaine comme si «le Congo était devenu un brusque désert où il n’y a rien d’autre à manger que les hommes créés à l’image de Dieu».

L’appel est également lancé à la communauté internationale à conspuer ces actes et accroître la pression pour l’application immédiate de l’Accord de Pretoria. Ils invitent le secrétaire général de l’Onu à doubler d’ardeur pour résoudre la crise en Rdc, cause immédiate et occasion des massacres dans l’Ituri principalement, et dans d’autres coins du pays encore non révélés.

L’occasion faisant le larron, un député de Beni, qui a été dans cette localité en juillet dernier et régulièrement en contact avec sa population, a déclaré que la cité de Mambasa qui comptait 30.000 habitants, n’en a plus à ce jour que 300. Le reste ayant fui les atrocités. De même que Mgr Paluku qui a dénoncé ces actes, serait en danger de mort puisque recherché par les hommes de l’opération «effacer le tableau». Selon lui, il y aurait en circulation une liste de quinze personnes «mangées», une preuve de plus de cette anthropophagie.

A. L.
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Edition n°2733 du lundi 27 janvier 2003