Scepticisme autour d'un nouveau medicament contre la malaria

Pour l’IMT d’Anvers: "la pilule miracle contre la malaria menace la sante publique" (De Morgen)
Jeudi dernier, la VRT annoncait a grand son de trompes une primeur mondiale: une societe de Turnhout avait invente une pilule qui guerit la malaria en un jour. Samedi encore, les remous souleves par cette nouvelle dans la presse
flamande n’etaient pas encore retombes. Entre-temps, le scoop prend des allures de coups d’epee dans l’eau, voir de coup dangereux. D’apres le professeur Bruno Gryseels, directeur de l’Institut de Medecine Tropicale d’Anvers, ce medicament ne serait pas exempt de danger pour la sante publique.
Jeudi, l’histoire semblait simple et geniale a la fois. Le traitement standard prone par l’OMS pour la malaria dure trois jours et comporte l’absorption de 24 pilules. La petite societe pharmaceutique Dafra Pharma de Turnhout compresse let out en trois pilules qui guerissent la malaria en un jour. Dans un delai d’un an, l’ouverture du marche africain allait permettre a cette entreprise flamande de sauver le monde de la malaria.
Le « coup » publicitaire aupres de la presse etait reussi, mais la pilule elle-meme semble l’etre beaucoup moins. Bien plus : la pilule de Turnhout constitue une menace pour la sante publique.
"Combattre la malaria devient de plus en plus difficile du fait de sa resistance a la medication classique", dit Bruno Gryseels. "Voila pourquoi le traitement standard, recommande par l’OMS consiste a administrer l’artesunate, combine avec d’autres substances medicamenteuses existantes, pendant trois jours. Cette combinaison est importante. Administrer l’artesunate seul augmente aussi la resistance a ce medicament. Si cela se produit, nous aurons
perdu notre derniere substance active efficace et la malaria deviendra une catastrophe du genre de l’HIV, contre lequel nous n’avons encore aucun medicament."
Malgre cela, depuis quelques temps la societe pharmaceutique Dafra Pharma de Turnhout, commercialise, en contradiction avec toutes les injonctions de l’OMS
de l’artesunate pur. "Cette societe en distribue des millions de doses et controle, de son propre aveu, de 20 a 40 % du marche", declare Bruno Gryseels. "Cela represente un grand danger pour la sante de la population mondiale."
La nouvelle 'wondermalariapil' cadre bien dans ce tableau. "Il s’agit bien d’une combinaison d’artesunate avec d’autres composant actifs, seulement cette combinaison n’est pas nouvelle et la possibilite en a meme ete ecartee a la suite de tests scientifiques", dit le directeur de l’IMT. "En outre, le medicament que l’on ajoute a l’artesunate est bien connu pour ses graves effets secondaires, qui peuvent parfois etre mortels, et il ne peut etre utilise que sous le controle medical le plus strict. L’absorption du traitement en un jour ne vaut pas mieux que le reste. L’artesunate n’est actif que pendant un temps tres court et il faut donc en prendre pendant trois jours pour obtenir un effet. Les etudes sur lesquelles l’entreprise pretend se baser sont introuvables, et inconnues meme a l’OMS. De plus, il faut repeter ce genre d’experience a plusieurs endroits, alors que le societe admet elle-meme que ses seules experiences ont toute eu lieu en Cote d’Ivoire."
Un tel medicament n’aurait aucune chance d’etre enregistre en Belgique ou en Europe, mais ce battage aide la societe a l’introduire sur le marche dans quelques pays d’Afrique a “organes de regulation faibles'. La societe en question n’hesite meme pas, selon le professeur Gryseels a s’adresser par lettre aux ambassadeurs de >Belgique et a faire du lobbying politique pour qu’on lui facilite l’acces au marche.
"Cette societe ne peut mettre en avant aucune qualification quant a la qualite de ses produits. Ce n’est donc pas un hasard, si c’est au Congo d’abord qu’ils decident d’apparaitre sur le marche."

© De Morgen – Tom Cochez, 16.11.05 traduction francaise Guy De Boeck, pour CongoForum.