AMP et alliés, UN et le 2ème tour des présidentielles

Chers toutes et tous,

Le peuple –souverain primaire- a imposé un double tour des élections, à l’Assemblée nationale –chambre basse- du parlement, puis à l’élection présidentielle. Le deuxième tour à l’Assemblée nationale a eu lieu. La seule différence est qu’à la chambre basse du parlement, ce sont les députés élus, qui ont «voté», par un jeu d’alliances au deuxième tour, pour élire une majorité absolue. Des le départ, les stratèges de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) et du Regroupement des Nationalistes Congolais (RENACO) avaient annoncé la couleur : ratisser le plus largement possible pour constituer une mega-coalition. Le deuxième tour a la chambre basse s’est soldé par la victoire de l’AMP et alliés qui comptent plus de 300 députés sur 500 ; largement au dessus des 251 sièges requis pour avoir la majorité absolue a l’Assemblée nationale (voir section : l’AMP obtient une mega plate-forme et gagne le deuxième tour a l’Assemblée nationale).

Le 29 octobre 2006, les électeurs éliront le premier président de la Troisième République, mais aussi les députés provinciaux, qui a leur a leur tour, éliront les gouverneurs des provinces et désigneront les sénateurs nationaux, qui siègeront au Sénat –chambre haute- du Parlement. Les deux mega-coalitions AMP et alliés et l’Union pour la Nation (UN) se jettent dans la bataille, avec comme objectif ultime : obtenir la majorité absolue au Sénat. Même si la RDCongo reste -plus ou moins- un Etat Jacobin, la forte décentralisation et la péréquation financière, qui en découle, donne aux provinces des moyens autonomes : le gouvernement rétrocédera 40% des ressources aux provinces (en fait, les 40% des recettes fiscales seront retenues à la source).

Le deuxième tour de l’élection présidentielle, ne sera pas une simple extrapolation linéaire, du type additif encore moins multiplicatif. Les stratèges de l’AMP et alliés peuvent se dire le président sortant Joseph Kabila Kabange (JKK) a fait 44.8% au premier tour. Il n’y a qu’ajouter l’apport du Patriarche Antoine Gizenga, de Nzanga Mobutu et d’autres et le compte est fait. Les stratèges de l’UN peuvent se dire, il n’y a qu’ajouter les 30% des abstentionnistes aux 20% du vice-président sortant Jean-Pierre Gombo Bemba (JPGB), plus l’apport des ex-candidats présidentielles du premier tour, qui ont rejoint l’UN et le compte est fait.

Pas si simple et c’est un euphémisme. D’abord, parce que le report des voix ne se fait jamais intégralement a 100%. Ensuite, parce que tous les abstentionnistes, ne voteront pas- quelque soit la consigne de vote- comme un seul homme pour un seul candidat. Leurs voix vont se partager entre JKK et JPGB, reste à savoir, qui de nos deux finalistes s’attirera le plus grand nombre de ces électeurs. Enfin, quelques électeurs qui avaient voté pour soit JKK, soit JPGB peuvent changer d’avis au deuxième tour.

Les jeux restent ouverts eu regard aux nombreux aléas impondérables : les abstentionnistes, le report des voix, les « switch » électeurs et les thèmes de campagne électorale. Ces aléas impondérables peuvent bouleverser la donne, déjouer tous les pronostiques, bousculer les schémas pré-établis et confondrent les oracles des instituts de sondage (voir section : Les aléas du deuxième tour des présidentielles).

A propos des abstentionnistes, un spectacle insolite à la limite du ludique a remué tout le pays. L’UDPS (L’union des Démocrates pour le Progrès Social) a été très sollicitée et courtisée. Malgré les diverses sollicitations et pressions –de deux camps (AMP et alliés, UN), mais aussi de la communauté internationale- le « Sphinx de Limete », reste marmoréen et cardinalice.

Mercredi 4 octobre, la sentence tombe : L’UDPS ne donnera pas de consigne de vote. La fille aînée de l’opposition, opte pour la neutralité en renvoyant dos à dos le président JKK et le vice-président JPGB. On comprend aisément les angoisses futiles et les agitations fébriles frôlant des fois l’apoplexie, dont ont fais montre certains stratèges et experts électoraux de deux camps. On comprend aussi le dépit des quelques stratèges qui pensent avoir été piqués par la tarentule de l’illusion.

La presse internationale –surtout latine et Anglo-saxonne- a évalué les thèmes de campagne électorale du premier tour des présidentielles (voir

Quatrième alea : les thèmes de campagne électorale). Et la presse internationale n’est pas tendre. Pour la presse occidentale, la « congolite », qui

n’est qu’une copie conforme de l’ « ivoirite » (voir section : L’Ivoirite et ses effets deleteres), n’est pas une quête ou recours identitaire, mais plutôt

une opération dilatoire, d’écarter un candidat jugé imbattable, une argutie sémantique qui cache mal une volonté cynique de manipulation, un

concept dévoyé qui porte les ingrédients d’exclusion, de haine, d’intolérance de la xénophobie et de partition du pays. La résurgence des identités

de terroir, l’extraordinaire importance accorder aux antécédents familiaux et claniques, aux lieux de naissance, renforcent cette délimitation des

frontières internes et peut donner lieu –si on n’en prend garde- a l’émergence des pratiques d’exclusion et de persécution dont on peut craindre

qu’elles ne débouchent sur de véritables pogroms, comme ce fut le cas, lors des génocides au Burundi et au Rwanda.

Le clivage Est-Ouest a été exploité par la presse internationale –occidentale et asiatique mais aussi africaine- offrant une vision manichéenne et

étroite aux millions des téléspectateurs, auditeurs ainsi qu’aux lecteurs : en RDCongo –lors des élections de premier tour des présidentielles- l’Est

a voté massivement JKK et s’oppose ainsi a l’Ouest qui a massivement soutenu JPGB. Un tel clivage –selon la presse occidentale-n’augure rien

de bon et menace la concorde nationale et l’intégrité territoriale de la RDCongo, prélude a l’inévitable balkanisation. La

hantise d’une probable répétition du drame passé (sécessions des années 60s, le récent démembrement du pays éclaté en trois zones :

gouvernemental, MLC et RDC) a déterminé les comportements et nourri les réflexions et analyses des Leaders RDCongolais. Ceux qui ont ralliés

le président JKK, expliquent leurs choix par le souci de Préserver l’intégrité territoriale et le rejet de la « congolite », estampillée comme source de

discorde.

La presse internationale –a montré avec beaucoup de délectation- le spectacle triste de la Zambie (voir section: Zambie : Lusaka brûle mais pas les

villes des provinces et la campagne). Il y a eu élection présidentielle et parlementaire dans ce pays. Ils étaient cinq candidats a l’élection

présidentielle : Levy Mwanawasa (Président sortant), Michael Sata, Hakainde Hichilema, Godfrey Miyenda et Winright Ngondo.

Le grand favori des élections présidentielles, est des le départ, le président Levy Mwanawasa (toujours la fameuse prime du sortant), talonné par

son challenger Michael Sata. Pendant toute la campagne, Michael Sata, peindra le président sortant Levy Mwanawasa, comme le candidat de la

communauté internationale. Il cogne dur et devant les cameras de CNN et TV5, Michael Sata s’insurge :

« J’attends de la communauté internationale, qu’elle nous respecte, comme nous la respectons. Personne ne devrait venir ici, nous dicter notre

conduite. Nous ne sommes pas une province de la communauté internationale. La Zambie a besoin d’un président, pas d’un gouverneur de province

à la solde de la communauté internationale ». Dans tous ses meetings, Michael Sata, accuse son adversaire, Levy Mwanawasa, d’être un président

potiche soumis aux pressions des pays occidentaux.

Dimanche soir 1 octobre les électeurs zambiens attendent la proclamation officielle des résultats. Mais bien avant ça, les résultats officieux

circulent et donnent Michael Sata largement en tête. Des fuites en direction de la presse sont organisées. CNN, BBC et TV5 reprennent

l’information mais prennent bien soin de préciser, qu’il s’agit des tendances officieuses.

Les premiers résultats officiels arrivent mais au compte goûte. Sur les 25% des bulletins dépouillés, Michael Sata arrive largement en tête. Dans

son QG, ses nombreux partisans explosent de joie et hurlent : « Sata president, Mwanawasa go home !». Mais au fil de dépouillement, Michael

Sata perd du terrain. Il est relégué à la troisième place, puis à ladeuxième. Le président sortant Mwanawasa creuse l’écart que son redoutable

challenger ne peut plus rattrapé. Son avance est telle qu’un deuxième mandat ne pouvait plus lui échapper. La question n’était plus, si

Mwanawasa était relu, mais plutôt quelle sera l’ampleur de la victoire. La joie change de camp.

Les nombreux partisans de Michael Sata, groggy et désarçonnés, ne comprennent pas la chute de leur candidat. Point de doute, la communauté

internationale est responsable. Elle a organisé le hold up électoral pour faire le lit de son protégé Mwanawasa. Les partisans de Michael Sata

envahissent les rues de Lusaka. Jet des pierres, voitures incendiées, magasins pillés et postes de police attaquer. Plusieurs

centaines de ces partisans harcèlent les forces de l’ordre, cherchant visiblement la confrontation.

Dépité, un muzungu de Lusaka, fustige la schizophrénie sordide et le masochisme Morbide des partisans de Michael Sata et verse dans l’ironie

mordante : « They are crazy. They are not harming the international community, they are only harming themselves. Tomorrow, they will be

unemployment. Sata is not going to feed them ». « Ils sont fous. Ils ne font pas du mal à la communauté internationale, ils se font mal eux-mêmes.

Demain, il y aura du chômage. Sata ne va pas les nourrir ».

Par contraste, le Brésil ne brûle pas. Ce dimanche 1 octobre, le scrutin des urnes vient de rendre son verdict. Le président Luiz Inacio Lula, porté

par le mythe du « président ouvrier », qui a battu en brèche toutes les adversités (origine sociale très pauvre –qui des son jeune age était cireur des

chaussures pour aider sa mère et ses nombreux frères-, ancien ouvrier tourneur et fraiseur dans la métallurgie, ancien syndicaliste, autodidacte),

puissamment soutenu par l’intelligentsia de gauche et humaniste, les artistes et les leaders de la théologie de la libération, « demi-dieu »des

habitants des favelas (quartiers pauvres du brésil), chouchou da la presse internationale, vient de manquer son pari : se faire élire des le premier

tour. Il récolte 48% des voix soit 2 points en déca des 50% fatidiques. Tout était bien parti pour Lula, la presse internationale distillait en boucle, le

« succes story » de Lula, qui a brillamment réussi la ou beaucoup des présidents brésiliens ont échoué. Pour la presse, Lula fera d’une bouché, son

concurrent Geraldo Alckim, brocardé souvent comme terne et sans charisme.

Mais la campagne électorale de Lula a battu de l’aile à une semaine des élections. Grandement affaiblie par des scandales successifs de corruption

et d’attaques tout azimuts des adversaires, elle n’a pas pu protéger le président Lula. Le refus du président Lula de répondre à ces accusations, le

renvoi tardif (a quatre jours de la fin de la campagne) de son directeur de campagne, envoient des signaux contradictoires au peuple de gauche et de

centre gauche. Désabusé, une partie de cet important électorat est restée à la maison au lieu d’aller voter. La proclamation des

résultats n’a donné lieu à aucun incident. Le deuxième tour est prévu pour le 29 octobre. La presse internationale donne de nouveau de la voix. Ce

qui est arrivé à son candidat favori Lula n’est qu’un éclair dans un ciel bleu. Lula conserve intacte ses chances de rempiler pour un deuxième

mandat.

Le 29 octobre, le regard de la presse internationale sera braqué sur deux grands pays –géographiquement- : le Brésil et la RDCongo. Mais la

RDCongo aura un bonus : le regard très intéressé du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Depuis les trois journées tragiques du 20 au 22 Août –

les Trois Douloureuses- les résolutions et déclarations de Conseil Sécurité se multiplient mais ne se ressemblent pas. Au fil des jours, le ton monte

d’un cran, la radicalité des propos augmente et la menace se précise. La dernière déclaration du CS des NU ne donne pas dans la dentelle. Elle

s’est faite menaçante a l’endroit des leaders RDCongolais qui –avant, pendant et après les élections présidentielles- appelleront a la haine

ethnique, a l’exclusion et a la violence. Des sanctions pourraient être envisagées à l’ encontre de ces personnes.

Tour d’horizon sur le deuxième tour des présidentielles, décidément sous haute surveillance……

L’AMP obtient une mega-plate-forme et gagne le deuxième tour à l’Assemblée nationale

Des l’annonce des résultats des élections législatives, quelques évidences sautent aux yeux. Comme indiqué dans mon précèdent article (PPRD, MLC, PALU, CODECO et le deuxième tour de l’ élection présidentielle), la cartographie de la nouvelle Assemblée nationale –chambre basse du parlement- est une curieuse transposition des résultats présidentielles du premier tour. Pas de majorité absolue lors du premier tour de l’élection présidentielle, pas de majorité absolue aussi a la chambre basse du parlement, même si L’AMP (Alliance pour la Majorité Présidentielle) du président sortant Joseph Kabila Kabange (JKK) a une longueur d’avance sur le RENACO (Regroupement des Nationalistes Congolais) de son challenger, le vice-président sortant Jean-Pierre Gombo Bemba (JPGB).

Si dans l’ensemble le rapport de force est resté le même, il y a eu quelques exceptions. Par exemple –au premier tour des présidentielles- le vice-président JPGB était arrivé largement en tête à Kinshasa –ville province- mais le MLC n’a eu que 8 députés sur les 58 députés que compte la ville province, contre 4 députés PPRD. Tout comme au Bas-Congo, ou le vice-président JPGB avait ratissé large lors du premier tour de l’élection présidentielle, le PPRD a obtenu deux fois plus des députés que le MLC. Au Bandundu, les deux grands partis du pays, le PPRD et le MLC ont fais piètre figure (en terme de nombre des députés élus). Il est vrai que la stature emblématique, presque quasi-mystique, du patriarche Antoine Gizenga, leur a fait de l’ombre. La cause est sans appel. Manifestement, au Bas-Congo, Bandundu et Kinshasa, il y a eu un « découplage », une « désynchronisation » entre les performances de JKK et JPGB aux présidentielles et celles des candidats PPRD et MLC a la députation aux législatives.

Comme pour les élections présidentielles, le peuple –souverain primaire- a imposé le deuxième tour à l’Assemblée nationale. La seule différence est qu’à la chambre basse du parlement, ce sont les députés élus, qui ont «voté», par un jeu d’alliances au deuxième tour, pour élire une majorité absolue. Des le départ, les stratèges de l’AMP et du RENACO avaient annoncé la couleur : ratisser le plus largement possible pour constituer une mega-coalition.

Les stratèges de l’AMP attaquent les premiers en annonçant que leur plate-forme avait déjà dépassé le seuil fatidique de 251 sièges : la barre symbolique de la

majorité absolue.Cette annonce aiguise les appétits, dope les ambitions, échafaude les stratégies et pousse les différents partis structurés et députés indépendants

de se déterminer. Puis les choses s’accélèrent. Tout le pays bruisse des rumeurs, fantaisistes pour les uns, fantasme pourles autres et certitude pour certains. Mais

on quitte très vite le virtuel pour rejoindre le réel., avec les différents ralliements qui s’annoncent, souvent surmédiatisés pour frapper les esprits.

La plus inattendue, spectaculaire est le ralliement de Nzanga Mobutu qui apporte dans l’escarcelle de l’AMP son UDEMO et ses 9 députés. Puis, le PALU du patriarche Gizenga, signe des accords avec l’AMP, un allié de poids, qui pèse lourd ; 34 députés. Le rythme s’accélère avec l’arrivée du PDC, de la CFD-Cofedec et de l’UNADEF et des quelques autres députés indépendants. Le deuxième tour a la chambre basse s’est soldé par la victoire de l’AMP et alliés qui comptent plus de 300 députés sur 500 ; largement au dessus des 251 sièges requis pour avoir la majorité absolue a l’Assemblée nationale.

Tous ces partis structurés et députés indépendants n’ont pas rejoints l’AMP, ils ont plutôt conclus un partenariat et se sont mis d’accord sur un programme de gouvernement. Ils gouverneront ensembles avec l’AMP. Ces partis pèseront sur le programme du premier gouvernement de la Troisième République et élaboreront et voteront les lois en harmonie avec les partenaires de la mega-coalition. L’AMP et alliés s’engage a assurer la victoire de JKK au deuxième tour et se mettent d’accord sur un contrat JKK-peuple, qui s’articule autour des quatre lignes directrices : La consolidation de la paix, la restauration de l’Etat et de son autorité a travers tout le pays, la relance de l’économie et la lutte contre les inégalités sociales.

Même si la victoire de L’AMP et alliés a la chambre basse, ne conduira pas mécaniquement a la victoire de JKK au deuxième tour des présidentielles, une réalité tangible et palpable s’impose. Le RENACO et alliés, n’ayant pas obtenu la majorité a l’Assemblée nationale, JPGB est contraint de battre campagne pour la cohabitation. C’est-à-dire gagner l’élection présidentielle et cohabiter avec un gouvernement et une Assemblée nationale dominé par ses adversaires. En cas de victoire de JPGB, présidera-t-il par décrets ? Dissoudra-t-il l’Assemblée nationale et provoquer des nouvelles élections ? L’élection de JPGB va-t-elle remettre en question les alliances actuelles à la chambre basse, les substituant par d’autres alliances, évitant ainsi la cohabitation et la probable dissolution ?

Le vice-président JPGB et sa plate-forme, le RENACO organise la contre offensive. Une mega-coalition est crée : l’Union pour la Nation (UN). Des personnalités politiques de premier plan, rejoignent l’UN. Une équipe de campagne est annoncée dont la mission sera de présenter le projet de société de l’UN, les propositions concrètes et chiffrées, au souverain primaire- et assurer la victoire du candidat JPGB au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Les aléas du deuxième tour des présidentielles

Le président sortant JKK et le vice-président JPGB seront confrontés –au deuxième tour- a quelques aléas impondérables, qui peuvent déjouer tous les pronostiques, bousculer les schémas pré-établis et confondrent les oracles des instituts de sondage.

Premier alea : les abstentionnistes.

Si on s’en tient au taux de participation, on peut assumer que le taux d’abstention –lors du premier tour- se situe entre 20% et 30%. Il y a entre 5.0 a 7.5 million d’électeurs qui ne se sont pas rendus aux urnes au premier tour des présidentielles. Qui sont-ils, ces abstentionnistes ? Personne ne pourra répondre à cette question avec exactitude.

Mais quelques indications fiables existent. Une partie des abstentionnistes sont des combattants de l’UDPS. Malgré, le mot d’ordre de boycott du parti, certains combattants se sont quand même enrôlés. Pas par défiance au mot d’ordre du parti, mais simplement pour obtenir une «carte d’identité» pour éviter des tracasseries administratives de tout ordre. Ces combattants munis de leur carte d’électeurs se sont abstenus au premier tour, respectant scrupuleusement la consigne du parti. Ces combattants de l’UDPS détenteurs de carte d’électeurs existent bel et bien. Ceci n’est pas une platitude frivole, encore moins une fiction. Dans ce contexte, une consigne du «lider maximo» Etienne Tshisekedi wa Mulumba, était tour a tour redoutée et espérée par les deux camps (AMP et Alliés et l’UN). Malgré les diverses sollicitations et pressions –de deux camps mais aussi de la communauté internationale- le « Sphinx de Limete », reste marmoréen et cardinalice.

Mercredi 4 octobre, la sentence tombe : L’UDPS ne donnera pas de consigne de vote. La fille aînée de l’opposition, opte pour la neutralité en renvoyant dos à dos le président JKK et le vice-président JPGB. On comprend aisément les angoisses futiles et les agitations fébriles frôlant des fois l’apoplexie, dont ont fais montre certains stratèges et experts électoraux de deux camps. On comprend aussi le dépit des quelques stratèges qui pensent avoir été piqués par la tarentule de l’illusion.

Une autre partie de ces abstentionnistes, n’appartient a aucun parti, et n’a pas voté, soit parce qu’elle ne s’est pas retrouvée dans les thèmes de campagne du premier tour, soit par indécision, soit par dégoût. La campagne électorale du premier tour était pétrie de caricature, de raccourcis et surtout d’amalgame ou certains candidats furent brocardés et livrés en pâture à une partie de l’électorat.

L’impact des abstentionnistes lors du deuxième tour envoie à deux certitudes et une hypothèse. Première certitude : tous les 5.0 a 7.5 million n’iront pas votés, il subsistera un taux d’abstention. Deuxième certitude : ceux qui décideront d’aller aux urnes ne voteront pas tous un seul candidat. Leurs voix se partageront entre JKK et JPGB. Hypothèse fiable : La coalition AMP et alliés ou l’UN, qui mobilisera et motivera la plus grande proportion de ces abstentionnistes -qui vont votés- assurera la victoire de l’un ou de l’autre.

Deuxième alea : le report des voix.

Les deux mega-coalitions, l’AMP et alliés et l’UN ont bénéficiés de l’apport des députés de leurs alliés à la chambre basse. Mais les différents dirigeants des partis qui ont rejoints les deux mega-coalitions, ont une mission ultime : faire élire soit JKK pour l’AMP et alliés, soit JPGB pour l’UN. Le report des voix est un véritable casse-tête, parce que, on ne sait pas comment réagira la base. Entrera-t-elle en résistance qui se muera en fronde, avec comme conséquence la désobéissance à la consigne ? Ou la base ne « mouftera » pas et suivra a la lettre la consigne de vote.

Les enquêtes post-électorales dans les pays européens renvoient à trois enseignements forts utiles. 60% des électeurs suivent la consigne du parti. 25% votent pour le candidat du camp adverse et 15% ne votent pas et vont grossir les rangs des abstentionnistes. La clé de la réussite de la consigne de vote, est la discipline des militants du parti concerne. En Europe les militants de l’extrême-droite et de la droite sont plus disciplinés que ceux des partis de gauche et du centre.

En RDCongo, l’électorat du PALU du patriarche Gizenga est réputé discipliné. Tout comme l’électorat de l’UDPS du « lider maximo » Etienne Tshisekedi. Ceci ne veut pas dire que tous les militants ou combattants suivent la consigne de report des voix, d’une manière intégrale. Comme l’UDPS observe la neutralité en parfait unisson avec sa position du départ (le manque de crédibilité des élections), les électeurs du PALU, UDEMO, PDC, CFD-Cofedec, l’UNADEF qui soutiennent JKK et ceux des partis (RCDN, Fonus, CRD, FCN, RNS, MPR/Fait privé, MD) qui ont appelé à voter JPGB, seront âprement sollicités. Les responsables de ces différents partis –conformément aux engagements pris- « travaillerons » leur base, pour faire élire le candidat de leur coalition. Une partie de l’électorat suivra la consigne. Mais quelle en sera la proportion ? La taille de la proportion de ces électeurs, fera pencher la balance dans un sens comme dans l’autre

Troisième alea : Les « switch » électeurs

Il y a une nouvelle « race » des électeurs qui ont souscris une « assurance paix » en votant pour l’adversaire de leur candidat préfère. Ils ont en fait voté contre la guerre post électorale. Contrairement a ce que d’aucuns pensent, le peuple RDCongolais est très mature et très informé. Beaucoup d’électeurs craignent que la guerre éclate, juste après la proclamation des résultats du deuxième tour des présidentielles.

Il faut reconnaître que la campagne électorale exécrable du premier tour des présidentielles, les appels répètes a l’ordre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les mis-en-garde de beaucoup des ONG, des medias occidentaux et des imminents instituts de recherche en géostratégie et géopolitique préviennent : « si ça continue et que rien ne fait, il faut alors craindre le pire».

Le pire, c’est justement ce que les «switch» électeurs veulent à tout prix éviter. Ils ne veulent pas entendre parler de cette prochaine guerre annoncée et programmée. Alors ils ont trouvé l’astuce, ingénieuse : votez pour le candidat qui représente la menace de la reprise de la guerre. Dans sa livraison du 31 Juillet 2006, page A3, le journal New York Time, sous le titre « Congo Votes in Its First Multiparty Election in 46 Years », relate un fait poignant: “Mr. Mabuisi, the 80-year-old voter who has lived through it all, said he voted for Mr. Bemba because he was worried about what would happen if Mr. Bemba lost”, “M. Mabuisa, 80 ans, qui a beaucoup vecu, a dit qu’il a vote pour M. Bemba parce qu’il ne sait pas ce que ce dernier fera, s’il venait de perdre les elections”. Papa Mabuisi a voté à Kinshasa et voulait normalement voter pour JKK au départ.

On retrouve des « switch » électeurs dans les provinces touchés par la guerre et dont les populations portent encore des stigmates. Apres les élections du 30 Juillet. BBC a promené ses cameras et micros a l’Est et a l’Equateur. On apprend des choses édifiantes. A l’Est, quelques électeurs qui voulaient voter leur candidat préfère JPGB changent d’avis le jour de l’élection et votent pour JKK, pour éviter que la guerre reprenne. A l’Equateur, même témoignage. Quelques partisans de JKK ont voté JPGB, pour préserver la paix. Tous affirment qu’ils n’ont pas agi sous contrainte, mais librement, en toute conscience. Les «switch » électeurs –à ne pas confondre avec les indécis- ont votés pour la paix, en choisissant le candidat –selon eux- qu’il la menaçait. Combien sont-ils ces «switch» électeurs ? Comment les deux candidats à la magistrature suprême, peuvent récupérer leurs électeurs, qui les avaient abandonné lors du premier tour des présidentielles ?

Quatrième alea : les thèmes de campagne électorale

Les thèmes électoraux du premier tour des présidentielles ont montré leurs limites. Ils ont mobilisé certains électeurs et ont laissé d’autres – au mieux indifférents et au pire outrés. Ces thèmes étaient unidimensionnels en complète inadéquation avec la sociologie politique du pays. Les attentes des électeurs étaient et restent a géométrie variables. Ce qui est prioritaire a l’Est du pays l’est nettement moins au centre où a l’Ouest. « Paix et Sécurité » pour JKK et « Congolite », dont le slogan de campagne « mwana mboka » ou « soso » de JPGB ont mordu dans certaines provinces et échoué dans d’autres.

La presse occidentale –surtout Anglo-saxon- s’est emparée de ces thèmes de campagne et en font leurs choux gras. La presse occidentale écrite et audio-visuelle,

a évalué les incidences de ces thèmes sur les électeurs. D’une manière unanime, la presse occidentale attribue le vote massif de l’Est, au thème mobilisateur « Paix

et Sécurité » : «Si l’Est a massivement voté le président Joseph Kabila et votera encore pour lui, c’est parce que le président Kabila surfe sur la vague d’émotions

et de rage, suscité par les affres de la guerre, notamment le nombre élevé des morts, des viols, les humiliations. Dans l’imaginaire collectif, le président Kabila est

l’homme qui a mis fin à ces atrocités. Il est le seul rempart contre une autre guerre. En parfaite communion mentale, avec ses confreres Anglo-saxon, New York

Time affirme : “…and many people said they voted for him because they thought he was the only person powerful enough to unite Congo and prevent another

relapse into war”: beaucoup des électeurs disent qu’ils ont voté pour lui parce qu’il est le seul capable d’unir le Congo et éviter une autre guerre».

Lors de la campagne électorale du premier tour des présidentielles, le vice-président JPGB bataillera fort pour faire comprendre aux électeurs que son adversaire

n’avait pas la partenite exclusive de l’initiative de la paix. La paix est l’œuvre commune des dirigeants RDCongolais, qui décidèrent d’arrêter la guerre et œuvrer

ensemble pour la réunification du pays. Apparemment en vain.

Si le thème « Paix et Sécurité » a cartonné fort à l’Est, mais il a montré ses limitesdans les provinces non-affectées par les affres de la guerre. Le problème est la

séquencedes priorités des enjeux : paix et sécurité dans des provinces ravagées par la guerre et élévation de niveau de vie dans des provinces épargnées par la

guerre. Pendant la campagne électorale du premier tour des présidentielles, JKK a présenté un bilan économique positif (la RDcongo a renoue avec la croissance

économique, inflation maîtrisé, franc congolais fort et stable, orthodoxie financière respectée) . Problème. LeRDCongolais du centre et de l’Ouest, qui – dans son

vécu quotidien- peine a noué les deux bouts du mois, qui n’arrive pas a scolariser ses enfants, qui peine d’accéder aux soins médicaux par manque d’argent, qui est

en bute aux problèmes de transport, de délestage et de manque d’eau, qui a des enfants diplômés mais au chômage et sans perspective de trouver un emploi, ce

RDCongolais moyen, ne se reconnaît pas dans l’embellie économique peinte par JKK.

Surtout que ses adversaires attaquent tous azimuts et pilonnent avec l’artillerie lourde.Son redoutable challenger JPGB revendique lui aussi l’embellie économique

mais se démarque subtilement du manque des retombées de cette embellie économique sur les RDCongolais et promet de soulager la souffrance de la population

une fois élu. Les autres candidats à la présidentielle ne sont pas en reste. Ils mettent en exergue l’insécurité dans certaines villes du pays, stigmatisent la corruption

et fustige –avec un brin du populisme- les nouveaux prédateurs qui pillent le pays pendant que le peuple souffre. Marqué a gauche par son plus sérieux

collaborateur et challenger JPGB et doublé a droite par une multitude des candidats, JKK est tenu seul responsable (le revers de la médaille de la prime de tout

président sortant, et de surcroît grand favori des sondages) du marasme social et sécuritaire ambiant. Les effets deleteres se firent sentir : JKK perdit des voix au

centre et à l’ouest. Même s’il est vrai, qu’au Bandundu, le patriarche Gizenga rafla presque tout le suffrage universel, laissant a JKK et a JPGB,quelques voix

résiduels.

Décidément, la campagne électorale présidentielle, du premier tour, était houleuse, empreinte des joutes oratoires et échanges d’amabilité aux noms d’oiseaux, des

piques assassines et des phrases luffoques, occultant ainsi l’objectif principal de toute campagne électorale : soumettre au peuple –souverain primaire- un projet de

société mobilisateur susceptible d’entraîner une adhésion franche et massive.

La presse occidentale s’est aussi intéressée au thème de la « congolite ». Avec elle, le Conseil de Sécurité (CS) des Nations Unies (NU). Ce thème passe très mal,

débattu au CS des NU et combattue par la presse occidentale internationale –surtout Anglo-saxonne.

Pour la presse occidentale, la « congolite », qui n’est qu’une copie conforme del’ « ivoirite », n’est pas une quête ou recours identitaire, mais plutôt une opération

dilatoire, d’écarter un candidat jugé imbattable, une argutie sémantique qui cache mal une volonté cynique de manipulation, un concept dévoyé qui porte les

ingrédients d’exclusion, de haine, d’intolérance et de partition du pays. La résurgence des identités de terroir, l’extraordinaire importance accorder aux antécédents

familiaux et claniques, aux lieux de naissance, renforcent cette délimitation des frontières internes et peut donner lieu –si on n’en prend garde- a l’émergence des

pratiques d’exclusion et de persécution dont on peut craindre qu’elles ne débouchent sur de véritables pogroms, comme ce fut le cas, lors des génocides au

Burundi et au Rwanda.

Le CS des Nations Unies emboîte le pas. Depuis les trois journées tragiques du 20 au 22 Août –les Trois Douloureuses- les résolutions et déclarations de CS se

multiplient mais ne se ressemblent pas. Au fil des jours, le ton monte d’un cran, la radicalité des propos augmente et la menace se précise. La dernière déclaration

du CS des NU ne donne pas dans la dentelle. Elle s’est faite menaçante a l’endroit des leaders RDCongolais qui –avant, pendant et après les élections

présidentielles- appelleront a la haine ethnique, a l’exclusion et a la violence. Des sanctions pourraient être envisagées a l’encontre de ces personnes.

Le clivage Est-Ouest a été exploité par la presse internationale –occidentale et asiatique mais aussi africaine- offrant une vision manichéenne et étroite aux millions

des téléspectateurs, auditeurs ainsi qu’aux lecteurs : en RDCongo –lors des élections de premier tour- l’Est a voté massivement JKK et s’oppose ainsi a l’Ouest

qui a massivement soutenu JPGB. Un tel clivage n’augure rien de bon et menace la concorde nationale et l’intégrité territoriale de la RDCongo. La hantise d’un

probable répétition du drame passé (sécessions des années 60s, le récent démembrement du pays éclaté en trois zones : gouvernemental, MLC et RDC) a

déterminé les comportements et nourri les réflexions et analyses des leaders RDCongolais. Ceux qui ont ralliés JKK expliquent leurs choix par le souci de préserver

l’intégrité territoriale et le rejet de la « congolite », estampillée comme source de discorde.

Zambie : Lusaka brûle mais pas les villes des provinces et la campagne

Ils etaient cinq candidats a l’election presidentielle : Levy Mwanawasa (President sortant), Michael Sata, Hakainde Hichilema, Godfrey Miyenda et Winright

Ngondo. Le grand favori des élections est des le départ, le président Levy Mwanawasa (toujours la fameuse prime du sortant), talonné par son challenger Michael

Sata.

Les medias internationaux (presse écrite et audio-visuelle) se sont intéressés qu’a ces deux favoris, ignorant les trois autres candidats. TV5 Monde a suivit tour a

tour Levy Mwanawasa et Michael Sata, deux personnalités et deux styles différents. Michael Sata n’a pas été avare des promesses. Moins d’impôts, priorité aux

défavorisés, des arguments chocs et massues, bien accueillis par ses nombreux partisans, qui ne se demandent pas comment leur champion, financera son

programme de baisse d’impôts. Autre élément de la campagne, de l’opposant Michael Sata (Front Patriotique), son admiration du président Robert Mugabe, dont

il partage l’hostilité envers la communauté Internationale.

Devant les cameras de CNN et TV5, Michael Sata s’insurge : « J’attends de la communauté internationale, qu’elle nous respecte, comme nous la respectons.

Personne ne devrait venir ici, nous dicter notre conduite. Nous ne sommes pas une province de la communauté internationale. La Zambie a besoin d’un président

pas d’un gouverneur à la solde de la communauté internationale ». Dans tous ses meetings, Michael Sata, accuse son adversaire, Levy Mwanawasa, d’être un

président potiche soumis aux pressions des pays occidentaux.

Face aux attaques de Michael Sata, le président sortant, prend de la hauteur ne répond pas et mise surtout sur son bilan économique satisfaisant (une inflation

maîtrisée et un taux de croissance de près de 5%). Il appelle les zambiens à poursuivre l’effort, pour redresser le pays, gagner la bataille de la pauvreté et de ne pas

congédier une équipe qui gagne.

Mais, son discours responsable et réaliste, a de la peine a passer, manifestement gêné par le ton populiste et les promesses, que son concurrent déverse a la

population. Les sondages signalent que Michael Sata gagne des points et que le président sortant en perd, même si l’écart est toujours à l’avantage du président

Mwanawasa.

Dimanche soir 1 octobre les électeurs zambiens attendent la proclamation officielle des résultats. Mais bien avant ça, les résultats officieux circulent et donnent

Michael Sata largement en tête. Des fuites en direction de la presse sont organisées. CNN, BBC et TV5 reprennent l’information mais prennent bien soin de

préciser, qu’il s’agit des tendances officieuses.

Les premiers résultats officiels arrivent mais au compte goûte. Sur les 25% des bulletins dépouillés, Michael Sata arrive largement en tête. Dans son QG, ses

nombreux partisans explosent de joie et hurlent : « Sata president, Mwanawasa go home !». Mais au fil de dépouillement, Michael Sata perd du terrain. Il est

relégué à la troisième place, puis à la deuxième. Le président sortant Mwanawasa creuse l’écart que son redoutable challenger ne peut plus rattrapé. Son avance

est telle qu’un deuxième mandat ne pouvait plus lui échapper. La question n’était plus, si Mwanawasa était relu, mais plutôt quelle sera l’ampleur de la victoire. La

joie change de camp.

Les nombreux partisans de Michael Sata, groggy et désarçonnés, ne comprennent pas la chute de leur candidat. Point de doute, la communauté internationale est

responsable.

Elle a organisé le hold up électoral pour faire le lit de son protégé Mwanawasa. Les partisans de Michael Sata envahissent les rues de Lusaka. Jet des pierres,

voitures incendiées, magasins pillés et postes de police attaquer. Plusieurs centaines de ces partisans harcèlent les forces de l’ordre, cherchant visiblement la
confrontation.

CNN, BBC et TV5 Monde montreront ces images ou l’on voit la mise à feu de Lusaka pendant toute la nuit du dimanche et toute la journée de lundi. Gourdins a

la main, l’un des partisans de Michael Sata explose : « Si ce n’est pas Sata, personne d’autre. Surtout pas Mwanawasa, ce candidat de l’étranger ». Un autre

renchérit : « Nous savons tous que notre candidat a gagné, il y a eu tricherie. C’est l’œuvre diabolique de la communauté internationale ». Pendant que Lusaka était

en ébullition, les villes des provinces et la campagne du pays sont restées étonnement calmes.

Dépité, un muzungu de Lusaka, fustige la schizophrénie sordide et le masochisme Morbide des partisans de Michael Sata et verse dans l’ironie mordante : « They

are crazy.

They are not harming the international community, they are only harming themselves. Tomorrow, they will be unemployment. Sata is not going to feed them ». « Ils

sont fous. Ils ne font pas du mal à la communauté internationale, ils se font mal eux-mêmes. Demain, il y aura du chômage. Sata ne va pas les nourrir ».

Lundi soir, la tension baisse. L’armée et les forces de l’ordre quadrillent les quartiers de Lusaka. Les résultats définitifs tombent. Levy Mwanawasa remporte

l’élection présidentielle avec 43.0%, suivit de Michael Sata 29%, Hakainde Hichilema 25%, Godfrey Miyanda et Winright Ngondo ne dépassent pas la barre de

2%. Michael Sata reconnaît sa défaite, appel ses partisans au calme. Il s’engage à faire une opposition constructive pour le bien du pays. Kakainde Hichilema, qui

se positionne déjà à prendre la tête de l’opposition, s’engage lui aussi, d’œuvrer pour le développement de la Zambie.Levy Mwanawasa a prêté serment, mardi

dernier et rempile pour un deuxième mandat. Son parti le MDD a remporté la majorité absolue au parlement.

L’Ivoirite et ses effets deleteres.

Pour la presse occidentale écrite et audio-visuelle –dont les analyses et condamnations ont été des fois reprises par une partie de la presse Africaine- l’ « ivoirite »

est responsable de ce qui se passe aujourd’hui en Côte-d’Ivoire. Le pays –jadis puissance économique de l’Afrique de l’Ouest, créer par le génie du président

Felix Houphouet Boigny (FHB), fierté de toute l’Afrique noire parce que citer en exemple comme miracle économique des années 70s- est divisé depuis quatre

ans. Il n’y a pas de perspective électorale –les élections sont sans cesse repoussées. La situation de ni paix, ni guerre bloque l’unification du pays, prend le peuple

ivoirien en otage et éloigne toute possibilité de reconstruction de ce beau pays. Le désarmement de part et d’autre n’a jamais vu le jour, encore moins l’intégration,

la réunification et la construction d’une armée nationale, apolitique et républicaine.

Jeudi 28 septembre, depuis la Roumanie -pays du sinistre fasciste et despote Nicolae Ceausescu (pendant son règne, 1.5 million des roumains sur les 18 million

que comptait le pays furent massacrés, torturés)- ou se tient le 11eme Sommet de la Francophonie, le président français Jacques Chirac, accorde une interview a la

chaîne de télévision TV5 Monde. Au menu, le Liban, Darfour et la Côte-d’Ivoire. En ce qui concerne la Côte-d’Ivoire, Jacques Chirac cache mal son agacement

et avoue son impuissance : « Je suis désespère, il faut une solution africaine ». Le regard se tourne vers le président Thabo Mbeki (décidément très sollicité ces

jours).

Henri Konan Bédié (président de l’Assemblée nationale) et Alassane D. Ouattara (ancien Premier ministre)- tous deux héritiers de l’Houphouetisme- affichent

leurs ambitions pour concourir aux présidentielles. Les conditions d’éligibilité sont annoncées : « pour être candidat a la magistrature suprême, il faut être de père ou

de mère ivoirien ». Henri Konan Bédié (HKB) et ses stratèges viennent d’inventer l’«ivoirite». Pour les partisans d’Alassane D. Ouattara (ADO), l’« ivoirite » est
un concept galvaudé et dévoyé, conçu essentiellement et exclusivement, pour écarter leur champion. La presse occidentale –surtout latine- s’empare du débat,

présente le conflit en terme de clivage géographique(Nord-Sud), ethnique (baoule-djoula) et religieux (chrétien-musulman), un triple cocktail décapant qui cristallise

les antagonismes et détruira –si on ne fait pas attention- la Côte-d’Ivoire.

Le pays entre en convulsion. « Pas d’armée, pas de coup d’Etat militaire », aimait dire le président Felix Houphouet. Ironie du sort, c’est bien un coup d’Etat

militaire, qu’il s’agit ce 24 décembre 1999, coup d’Etat qui plongera la Cote d’Ivoire dans des cycles des violences, dont le peuple ivoirien portera les stigmates

pendant encore longtemps.. HKB est destitué, part en exil et Robert Guei (RG) dirige le Comité National de Salut Public. Les élections sont prévues pour l’année

prochaine. RG qui nourrit les ambitions présidentielles, annonce sa candidature. Tout comme Laurent Gbagbo du Front Patriotique, qui pendant des longues années

s’opposa au regime de FHB. Les conditions d’éligibilité à l’élection présidentielle se durcissent. RG modifie la version soft de l’ «ivoirite » de HKB et en substitut

une version « hard » : il faut être désormais de «père et de mère ivoirien» pour prétendre a la magistrature suprême. Cette version hard soulève des protestations et

des réprimandes de la presse occidentale qui veuille au grain.

Les élections eurent lieu. Laurent Gbagbo (LG) remporte l’élection présidentielle du 22 octobre 2000, sur fond de confusion, car RG fut proclamé vainqueur de

l’élection, quelques heures plus tôt. Le président Gbagbo n’aura pas le temps d’achever son programme socio-économique. Une tentative de coup d’Etat éclate le

20 septembre 2002, le général Robert Guei sera assassiné et Alassane Ouattara ira en exil.

Depuis 2002, la Côte-d’Ivoire est divisée en deux parties. Entre-temps, les héritiers spirituels –Bédié et Ouattara- de FHB se sont réconciliés. L’ancien premier

ministre Alasssane Ouattara a obtenu son certificat de nationalité ivoirienne et sa candidature a la Magistrature Suprême validée. Les forces nouvelles (ex-rebellion

armee), le PDCI et le RDR font bloc et se passent le mot d’ordre : Tout Sauf Gbagdo (TSG). Ceci ressemble curieusement –quelques années plus tôt, au TSO

(Tout Sauf Ouattara). Mais les temps ont changé, la réconciliation est passée par là.

Pendant ces quatre ans, le peuple frère ivoirien paye un prix lourd : la mort des nombreux innocents, les viols des femmes et des fillettes, la destruction du tissu

socio-économique et la dilapidation de l’héritage du président Felix Houphouet Boigny. Quel gâchis ? Il est vrai qu’en Afrique, la mort est banalisée et la misère la

plus abjecte est normalisée…….

Quatre ans perdus –ou la Côte-d’Ivoire, un pays dont l’immense dotation en ressources naturelles et humaines, ferait bien des envieux et jaloux- aurait pu

consolider ses prouesses économiques et faire profiter ses richesses a des pays frères voisins, comme dans le passé. Quel temps perdu ? Il est vrai qu’en Afrique

le temps n’existe pas…..

Mme Mulegwa Kinja

8 Octobre 2006