RAPPORT DE MISSION :ETAPE DE KISANGANI DANS LA PROVINCE ORIENTALE

INTRODUCTION
Du Mercredi 26 février au lundi 3 mars 2003, Le Secrétaire Exécutif National du RECIC-N effectué une mission de suivi et d’accompagnement à Kisangani en Province Orientale.
Cette mission qui s’est réalisée dans le cadre de l’accompagnement de la mise en route des réseaux provinciaux d’éducation civique se passait dans un contexte différents de celui des six provinces visitées avant elle. C’est la première province visitée parmi celles qui ne sont pas sous contrôle du Gouvernement. Cette visite a été facilité par Christian Aid qui nous intégré dans la mission de suivi de son partenaire Fondation Femmes Plus.

La mission avait pour objectifs :
- Faire l’état des lieux de l’éducation à la citoyenneté en Province Orientale, identifier les intervenants et lancer un linkage entre eux en prélude à un linkage plus grand dans toute la province
- Assurer le suivi des résolutions du deuxième atelier National d’éducation civique et faire connaître le RECIC National ;
- Avoir des échanges fructueux avec le noyau de coordination provincial déjà installé et les animateurs d’éducation civique déjà agissant sur terrain ;
Pour atteindre ces objectifs nous avons procédé de la manière suivante :
- Rencontre avec les principaux intervenants sur le terrain
- Réunion avec les responsables des associations ayant dans leurs programmes l’éducation civique
- Concertation avec les membres du RECIC PO
- Intervention à la radio Okapi et RTAE
- Conférences publiques
- Visites des organisations et des projets
- Rencontre avec les autorités de la place
- Observation de l’environnement social et politique
- Analyse des documents et programme du RECIC PO

Organisations et personnes rencontrées
- Benjamin Wahren, Chef de sous –délégation CICR
- Nestor Yombo-Djema, Assistant humanitaire de terrai ,OCHA
- Valantin Angongolo, représentant Yacoub Effagha, chef de sous - bureau PAM
- Docteur BATINA,GTZ
- Une équipe de 8 personnes représentant le Groupe LOTUS
- Les associations membres du RECIC(liste en annexe)
- Justice et libération
- Groupe Lofalanga
- Bernadette Mulelebwe, Directrice National FFP
- Une équipe de 6 personnes, Femmes actives
- Lisa Mbele-Mbong, Chargée des droits de l’homme,Monuc
- Abbé Badidike, responsable du Symposium international pour la paix
- Flory ASIANI, Le Vice gouverneur de la province chargé de l’administration et des affaires sociales
- Bernard DIBENGE, Responsable des Ong pour le RCD
Cotexte du Milieu:
La ville de Kisangani est la troisième ville de la RDC après Kinshasa et Lubumbashi en terme d’importance économique et urbaine. Elle constitue, grâce à sa position géographique, un point géostratégique déterminant dans le pays. Il va donc de soit que pour la Monuc et le RCD cette ville est ultra stratégique car de là peut se contrôler tout le pays à travers le fleuve qui est navigable jusqu’à Kinshasa, l’aéroport et les routes qui ouvrent sur des grands étendu du territoire. Cela explique sans doute l’important dispositif qu’y déploient le RCD/Rwanda et la Monuc.
Le RCD, mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, la contrôle au prix des nombreuses morts. Morts occasionnés, non seulement par sa conquête mais aussi et surtout par les deux guerres que s’y sont livré les forces Rwandaises et Ougandaises.
Le contexte est donc ici fort mouvementé.
Sur le plan politique et sécuritaire:
- Difficulté de percevoir le vrai détenteur d’un pouvoir qui semble partagé mystérieusement entre nombreuses autorités tant congolaises que rwandaises( le gouvernorat, les services de sécurité et les militaires) ;
- Affaiblissement manifeste du pouvoir judiciaire qui est réduit au rôle d’interface au pouvoir en place ;
- Nombreuses barrières érigées par les militaires et les policiers : 42 barrières sur le tronçon entre Opala et Kisangani, il faut payer 20fc par barrières pour éviter d’être torturer ; 15 barrières sur le fleuve et obligation de payer 100fc par barrière , cette situation asphyxie la ville car les villageois l’approvisionnent normalement n’ont pas l’argent pour passer toutes ces barrières ;
- Les troupes Rwandaises et ougandaises sont de nouveau en friction et un affrontement est de nouveau probable ;
- Insécurité du au faut que les militaires ne sont pas payés et organisent des vols à mains armées : trois défenseurs des droits humains ont étés visités dans le seul mois de janvier,
- Complicité probable des autorité militaires dans les vols à main armés car les voleurs sont toujours relâchais sous prétexte d’évasion;
- Presse muselée : une ligne éditoriale oriente toutes les interventions dans la presse officielle, personne ne peut s’en écarter sans être sanctionné , la presse libre est également surveillée, elle doit dire du bien du RCD;
- Friction entre ex Faz et combattant du RCD à causes des grades attribués arbitrairement selon les affinités avec le décideur Rwandais ;
Sur le plan économique et commercial
- Multiplication des taxes
- Monopole du diamant confiée à AMED du comptoir Kivu, Victoria Diamant, qui impose son prix aux négociants ;
- Plusieurs zones monétaires, Bafwasende par exemple est une zone monétaire différente de Kisangani, entre les deux ont traverse une frontière avec ce que cela entraîne comme frais,
Sur le plan Social

- Faiblesse du pouvoir d’achat ;
- Les approvisionnement viennent de Kampala ou de Kigali par avion, ce qui rend les produits fort chers
- Une population presque à 100% fonctionnaire est paupérisée car impayée et incapable d’entreprendre la célèbre débrouille dans une ville complètement enclavée ;
- Les gens sont soumis à un régime de survie ;
- Un taux élevé de mortalité dans tous les âges ;
- Une déperdition scolaire approchant de 50%, les jeunes garçons sont obligés de faire le taxi- vélo-toleka pendant que les jeunes filles se déversent dans la prostitution ;
- Vente des produits pharmaceutique périmés ou sous dosés venant de Kampala ;
- Commerce ou exploitation économique des enfants avec comme seul paiement, un petit repas par jour ,
- Persistance et aggravation du phénomène enfants soldats
Sur le Plan Humanitaire
10 agences onusiennes( BM/UNOPS, FAO, MONUC, OCHA, OMS, PAM, PNUD/UNOPS, UNICEF, UNMAS/UNOPS, UNSECOORD) et 12 Ong internationales(ATLAS LOGISTIQUE, CARITAS, CICR, COOPERATION INTERNATIONAL BELGE, FONDATION DAMIEN, HANDICAP international - B, IRC, LWF, MEDAIR CONGO, MSF - Belgique, OXFAM-GB, SANRU) interviennent dans la province, la plus part sont concentré à Kisangani.
Elles interviennent dans divers domaines dont la santé, la sécurité alimentaire, la réhabilitation des écoles et des hôpitaux ainsi que des déminages, etc.
On observe un renforcement de la lutte contre le Sida avec la conjonction des efforts des quelques organisation dont la Fondation Femme Plus, La GTZ, L’IRC,… Ces organisations rendent disponibles des tests pour le dépistage qui permettent de réaliser une sécurité transfusionnelle mais qui ne permettent pas l’annonce avec certitude des résultats. La collaboration entre ces organisations permettra certainement l’identification des malades pour être pris en charge et des non malades pouvant contribuer à offrir du sang pour la banque de sang en constitution.
Il faut noter la contradiction entre l’importation des nourriture par le PAM de fort loin alors que la province regorge des aliments qui pourrissent à quelques Kilomètre de Kisangani.
Opinions sur les grandes questions de l’heure
Rapport d’experts de l’Onu sur l’exploitation illégales des richesses Congolaises
La plus part des animateurs rencontrés déclarent avoir lu le rapport sans pouvoir être sûr que les autres membres de la communauté l’ont lu ;
Ils confirment la véracité de ce qui est dit dans le rapport en eu apportant des nuances sur la globalisation
Processus de paix
Les éléments dominants dans l’opinion sur le processus de paix sont :
- La guerre a trop duré
- aspiration de la population à la paix
- Les belligérants ne sont pas à la recherche de la paix, leurs discours et leurs agissement dénotent du contraire de ce qu’ils affirment rechercher ;
- La naissance des nouvelles rébellions alors qu’on déclare vouloir la paix(UPC avec le Rwanda, rébellion du chef Kawa avec l’Ouganda) ;
- Les avancées dans le processus de paix étant le fait de la pression extérieure, ne semble pas repondre aux attentes des belligérants,
- Le processus de paix ne tient pas compte du passé politique du pays ;
- Même si l’accord venait à être signé, il y aura besoin d’une grande pression pour qu’il soit appliqué ;
- Les belligérants auront un grand mal à fonctionner dans un régime démocratique car craignant pour les crimes qu’ils ont commis ;
A la question de que faire, une grande partie des personnes interrogées pensent qu’il faille soutenir le camp le plus proche des aspirations du peuple et finir les divisions au sommet de l’état.
RESULTATS DE LA MISSION
1. Etat des lieux de l’éducation civique en Province Orientale
La situation se présente de la manière suivante :
Un certain nombre d’association travaillent dans le domaine de l’éducation civique. Parmi ces organisations il faut compter les trois associations de droits de l’homme qui sont les plus visibles : Groupe LOTUS, Justice et Libération ainsi que les Amis de Nelson MANDELA. Il y a également des associations spécialisées dans l’éducation civique parmi les quelles, il y a lieu de citer le CIM, groupe Lofalanga ,le SYPA, SIPA. Le CIM (congo en image fait un travail extraordinaire, son responsable, Monsieur Réné SILEKI vient d’être engagé à Care international mais cette organisation devrait jouer un rôle clé dans l’érection d’un RECIC fort dans la province.
Le noyau du RECIC PO était constitué de 14 associations à notre arrivée. Ces noyau a déjà pris contact avec certains réseaux existants déjà et redigé un programme d’éducation civique en Province Orientale. Ce noyau s’était doté d’un noyau de comité de coordination provisoire pour lancer accompagner la mise en réseau des éducateurs civiques dans la province. Ce comité a rencontré les difficultés liées au fait qu’on le trouvait un peu renfermé sur lui même et proche d’une seule tendance de la société civile. On lui reprochait également d’avoir tendance à monopoliser la question de l’éducation civique alors que d’autres mouvements outillés en la matière sont gardés en dehors du dits comité.
Le noyau du comité provisoire est ainsi composé :
- Coordonnateur : Dr BEN BOLA de LADH
- Secrétaire Jean Faustin SIMBA du CEFOD
- Membres : Ben LOMBALE de Aljaid DDH, Edo PONEA de Action Laïque pour la PAIX, Madame MANESA de FPFP, Madame ZERO de Asadho
Ce noyau qui se réunit une fois chaque semaine,a déjà réalisé des actions de sensibilisation avec les étudiants et à travers la radio OKAPI. Il a déjà élaboré un programme pour la finalisation duquel il cherche des moyens. Il souhaite réaliser un atelier de programmation pour être sûr que tout le monde est impliqué dans l’élaboration.
2. Suivi des résolutions du deuxième atelier National d’éducation civique et faire connaître le RECIC National ;
Le Recic PO s’installe conformément aux résolutions de l’atelier National. Si ailleurs il a rencontré des problèmes posés par des projets préexistants, ici le problème majeur semble être celui de rassembler tous les intervenants en la matière dans un même réseau.
La question du recensement des éducateurs civiques à travers la province est plus complexes dans cette province qui connaît encore la guerre et qui est sous le contrôle des divers mouvements. L’ampleur de cette complexité est heureusement diminuée du fait que les trois districts de la Province sont dotées des organisations ou des représentations des organisations qui peuvent faire le relais.
Le plan National d’éducation civique est encore fort peu connu et devrait faire l’objet d’une plus grande vulgarisation. Il semble que cette vulgarisation pourrait aller avec la mise en réseau .
3. Echanges fructueux avec le noyau de coordination provincial déjà installé et les animateurs d’éducation civique déjà agissant sur terrain ;
Malgré les quelques difficultés évoquées ci haut, le Réseau d’éducation civique est en train de s’installer dans la Province Orientale. On y observe un dynamisme grandissant soutenu par des associations estudiantines et des groupes d’enseignants universitaires.
Il serra important de travailler dans la province sur plus d’harmonie dans la société civile qui semble céder progressivement au démon de la division à l’instar de celle de Kinshasa.
Pour accroître l’impact et le bénéfice de la mise en réseau, un effort de rassemblement a été fourni pour mettre ensemble toutes les associations implantées réellement sur terrain. C’est ainsi que le 27 février 2003 a eu lieu dans la salle de réunion de « Femmes actives », dans la commune de Makiso une réunion regroupant un grand nombre de ces associations pour faire le point sur le sens et la mission du RECIC PO. A l’issue de cette réunion ces associations ont décidé :
- De se mettre en réseau pour échanger les expériences, les méthodes, les outils pédagogiques et les informations ;
- De s’ouvrir à toute sorte d’ associations ayant l’éducation civique dans leurs activités ou pouvant faciliter ces activités ;
- De faire en sorte que ce réseau d’éducation civique débouche sur un véritable mouvement citoyen capable de se mobiliser ;
- De considérer le programme d’éducation civique proposé par le noyau de coordination qui est en place comme une base pour l’élaboration d’un travail d’ensemble à réaliser bientôt ;
- Distribuer les textes réglementaires à tous de façons à favoriser un même niveau d’information ;
- De mettre tout en œuvre pour recenser tous les éducateurs civiques en vue de se mettre en réseau avec eux ;
- D’impliquer les médias à tous les niveau d’éducation civique ;
- De travailler dès maintenant à la préparation des élections même si les belligérants ne se mettaient pas d’accord ;
- De trouver des voies et moyen d’agir aussi dans les milieux où la sécurité n’est pas encore garantie ;
- De faire le maximum pour que les églises soient impliquées fortement ;
Cette réunion qui a connu la participation du Représentant de Christian Aid en RDC, lui a permis de faire savoir à l’assistance les objectifs et les axes de travail de son organisation.
Les organisations qui n’ont pas pu être présentes à cette réunions ont étés visitées dans leurs bureaux de manière que toutes les tendances sont à présent d’accord de se mettre en réseau dans le cadre du RECIC PO.
Conférence publique au Campus de Kisangani
Nous avons donné une conférence publique dans l’amphithéâtre de l’université de Kisangani sur la lutte contre le sida et la recherche de la Paix en RDC. Cette conférence nous a donné l’opportunité de présenter au monde le RECIC, ses objectifs et ses connections en Province.
L’usage de la presse
Trois émissions ont été enregistrées avec la RTAE, une avec la Rtnc et deux avec la radio Okapi pour vulgariser davantage les conclusions des échanges avec les éducateurs civiques de la RDC.
Une réunion avec des animateurs des émissions de sensibilisation à la radio et à la télévision a eu lieu le soir du dimanche 2 mars 2003 à la terrasse Riviera pour analyser les voies et moyens de réaliser des compagnes de presses en fonction des thèmes définis au niveau national et/ou régional.
Rencontre avec les responsables politiques
Un certain nombre des responsables avec qui j’ai été à l’université ont accepté de discuter avec moi les voies et moyens de faciliter le travail du Recic en Province oriental. Au paravent nous avons conféré avec le vice gouverneur, M. ASIANI Floribert, une fois à son bureau et une autre fois à son domicile. Nous avons ainsi obtenu l’accord de principe pour que les travaux du RECIC se passent sans interdictions et pour que cela ne soit pas de la politique.
Les grandes et les petites associations
Une des reproches faites à la coordination du RECIC PO est qu’il regroupe des petites associations. Cela me pousse à m’interroger sur cette notion de petites et grandes associations.
Cette notion de classification des association en grande et petite est fréquente durant mes missions. Je ne crois pas qu’elle soit toujours objectivement démontrable. Sont grandes organisations celles qui ont un support financier extérieur ou celles qui ont le plus d’impact sur terrain ? Il me semble que les deux doivent se compléter. Celles qui bénéficient de la solidarité internationale ont l’obligation d’impliquer celles qui sont capables d’agir là ou et comme il ne peuvent pas agir.
Société civile
Il semble que la division n’a pas épargné la société civile en PO. On a parlé de la société civile de l’Abbé Badidike, plutôt proche des églises et celles du Dr ABISA mais comme je ne me suis pas spécialement penché sur la question je ne fais que signaler cette piste de réflexion.
CONCLUSION
Kisangani est une ville qui peut reprendre son dynamisme rapidement. Les actions d’éducation civique y sont plus vivaces que dans un certain nombre des provinces visitées. Cette vivacité découle de celle d’une société civile assez diversifiée mais malheureusement un peu divisée. La présence des nombreuses institutions universitaire donne à la société civile de Kisangani un atout supplémentaire.