"LA PRISON DE TSHIKAPA: UN MOUROIR" DANS RAPPORT DE MISSION EFFECTUEE A TSHIKAPA PAR LE PRESIDENT ADMINISTRATEUR DU RJMP

Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix » Network «Youth in the World for Peace”

ONG des Droits Humains - « RJMP » - Human Rights-NGO –
Personnalité Juridique : Arrêté Ministériel № 042/CAB/MIN/J/2006 du 15 mars 2006
PRESIDENCE DU CONSEIL
RAPPORT DE MISSION EFFECTUEE DU 23 AU 26 MAI 2007 DANS LA VILLE DE TSHIKAPA PAR LE PRESIDENT ADMINISTRATEUR DU RJMP ET PRESIDENT PROVINCIAL DE LA SOCIETE CIVILE DU CONGO, MONSIEUR EDEL MARTIN KABUTAKAPUA NANSH’A TSHIBUABUA.

Conformément à l’ordre de mission n° RJMP/3269/OM-FR/06/07 du 22 mai 2007 du Secrétaire Général du RJMP, j’ai séjourné à Tshikapa du mercredi 23 au samedi 26 mai 2007. Ce voyage s’inscrivait dans le cadre d’une mission conjointe MONUC -Société Civile du Kasaï Occidental sous la conduite de Mademoiselle Veronika HILBER, Chef de la Division Droits de l’Homme de la MONUC -Kananga. La délégation mixte partie de Kananga était composée de :
• Deux délégués de la Division Droits de l’Homme/MONUC ;
• Un délégué de la Division des Affaires Civiles/MONUC ;
• Un délégué de la Section Protection de l’Enfant/MONUC ;
• Un délégué de la Radio Okapi de la Division de l’Information Publique/MONUC ;
• Un Officier militaire népalais accompagné d’un interprète/MONUC ;
• Un Officier de la Police Civile/MONUC (CIVPOL) ;
• Le Président de l’Union Nationale de la Presse Congolaise, Section du Kasaï Occidental ;
• Le Président Provincial de la Société Civile du Congo –SOCICO- et Président Administrateur du Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix » -RJMP- ;
• Quatre militaires Casques Bleus du Contingent sénégalais.

Le présent rapport retrace l’essentiel de notre mission du départ au retour de Kananga. Il comporte les points ci-après :
• Départ de Kananga et arrivée à Tshikapa
• Installation de la délégation
• Méthodologie de travail
• Brève présentation de la Ville de Tshikapa
• Rencontres et activités réalisées
• Conclusion
• Recommandations
• Annexes : 1. Copie de la convention entre la Société AMB Mining Investements et le Groupement de Bakua Tshipanga ; 2. Appel du RJMP aux partenaires pour soutenir son travail sur terrain.

I. Du départ de Kananga et de l’arrivée à Tshikapa.
C’est par un Hélicoptère de la Mission des Nations Unies au Congo –MONUC- que nous sommes partis de Kananga à 9 heures locales pour atteindre Tshikapa après une heure de vol soit à 10 heures.
De l’aéroport de Tshikapa, nous avons été embarqués dans une voiture louée par la Mairie de Tshikapa pour être conduits à l’Hôtel TSHIOKA I.

II. De l’installation de la délégation.
Après notre arrivée à l’Hôtel Tshioka, l’installation des autres membres de la délégation n’a pas été facile à cause du changement de prix des chambres.
En effet, lorsque la délégation était encore à Kananga, il lui a été communiqué le prix de 10 $ par personne et par nuit. Mais arrivés sur place les propriétaires ont majoré ce prix à 25 $ par personne et par nuit. Il fallait négocier ce tarif, ce qui a pris encore un peu de temps.

III. De la méthodologie de travail.
Pour la réussite de notre mission, notre travail sur terrain à Tshikapa a été guidé par les techniques et stratégies ci-après :
• Rencontres avec les différentes couches dont les autorités politico-administrative et les responsables des structures de la société civile (visites, audiences, formation, etc.);

• Scission et ou répartition de la délégation selon les objectifs particuliers de chacun dans cette mission ;
• Visites sur terrain (interviews et observation directe) ;
• Documentation (exploitation des archives et documents existants) ;
• Et sondage (questionnaire).

IV. Brève présentation de la Ville de Tshikapa
Tshikapa est la deuxième ville de la Province du Kasaï Occidental. Cette Ville est située au Sud –Ouest et à ± 275 Km de la ville de Kananga. Elle est le chef-lieu du territoire qui porte le même nom et qui fait frontière avec la Province de Bandundu et la République Populaire d’Angola.
Cette ville a une population hétérogène estimée à plus ou moins un million et demi et dominée par les tribus Pende, Tshokwe, Bindji et Luba.

V. Des rencontres et activités

V.1. Rencontre avec le Maire de la Ville de Tshikapa

Après une installation difficile nous avons été reçus à 11H44 par le Maire de la Ville de Tshikapa, Monsieur Albert José MUTOMBO MUAMBI, dont le bureau se situe à quelques mètres de l’Hôtel TSHIOKA.
Prenant le 1er la parole, le patron de la ville de Tshikapa a souhaité la bienvenue et un bon séjour de travail à la délégation, tout en lui présentant ses excuses pour les désagréments connus lors de son installation ( logement à l’Hôtel Tshioka).
La deuxième personne à prendre la parole était Madame Veronika, en sa qualité de Chef de la délégation. Elle se présenta d’abord avant de demander à chacun de ses collègues de s’auto-présenter et de communiquer sa mission particulière dans cette visite conjointe.
Le Maire de la ville est revenu à la charge pour présenter sa population et sa situation générale qui :
- du point de vue sécuritaire, se trouve être calme bien que, beaucoup de crimes aient été perpétrés et enregistrés lors des fêtes de Noël et de Nouvel An suite à la rareté du diamant, de l’argent et de marchandises ou de produits de première nécessité. Pour parer à cette criminalité et à la suppression des barrières comme exigé par le gouvernement, le Conseil de Sécurité urbain de Tshikapa organise le système de patrouille sur cinq axes réputés dangereux ;
- du point de vue humanitaire, la situation est très préoccupante :
a. Le taux élevé de VIH/SIDA, dont un échantillon révèle 12 personnes atteintes sur 22
b. Il faut signaler aussi la présence de la varicelle.
Malgré l’existence et la présence de trois zones de santé (Kalonda, Tshikapa Dibumba et Kanzala) avec plusieurs complexes sanitaires, le manque de médicaments est très criant.
c. La présence de beaucoup d’enfants dits « shegués » ou enfants de et/ou dans la rue.
d. Des mariages précoces : des filles sont mariées de 12 à 13 ans à cause de la misère de leurs familles.
e. Plusieurs prisonniers logés dans un bâtiment vétuste sont abandonnés à eux-mêmes et meurent presque chaque semaine à cause de la faim. Ceux condamnés à 20 ans ou plus ou encore à perpétuité tentent toujours de fuir.
f. Plusieurs cas de violations de Droits de l’homme sont enregistrés et viennent de policiers. Ces derniers causent beaucoup d’ennuis à l’exécutif urbain.
La criminalité et l’insécurité dans la ville de Tshikapa sont dues aussi à la présence de démobilisés ( ± 400) qui n’avaient pas rendu leurs armes, et la position géographique de cette ville (ville frontière avec l’Angola qui avait chassé plus de trois cents militaires).

V.2. Rencontre avec les Organisations Non Gouvernementales des Droits de l’Homme

Cette rencontre a eu lieu au siège de la structure DEDQ (Détective Expert pour les Droits aux Quotidiens).
De cette rencontre il se dégage ce qui suit :
- La mauvaise administration de la justice par les inspecteurs judiciaires trop lents dans le traitement des dossiers et qui accordent beaucoup d’importance à la corruption et au clientélisme :

- Plusieurs cas de violence sexuelle commis par les hommes en uniforme, les trafiquants et les autres membres de la communauté ;
- La prostitution très poussée (des filles âgées de 12 à 14 ans cherchent une maison à louer, et cette maison peut abriter plus de dix filles de 11 à 15 ans se livrant à la prostitution.
- Mariages précoces sont une monnaie courante à Tshikapa. En effet, ce n’est pas le mariage au vrai sens de mot, car les hommes, après avoir atteint leurs objectifs cachés, répudient ces filles ;
- Les activistes des Droits de l’Homme dénoncent aussi les arrestations et détentions arbitraires de la part du parquet ( au niveau du parquet) : sans mandat d’amener ni PV de comparution/ d’audition, la personne est vite envoyée en prison et peut y faire 1 mois sans qu’on le sache. En vérité, la prison est devenue le cachot du Parquet de Tshikapa. C’est-à-dire que depuis que le cachot du Parquet a été démoli par la foudre, ce dernier cette instance utilise la prison en lieu et place du cachot ;
- D’autres tracasseries de la population viennent du comité de lutte contre la drogue, « l’exagération de la part de la police ». Ce que les activistes des Droits de l’Homme ont appelé « problème très compliqué pouvant engendrer une guerre civile à Tshikapa » ;
- Les « cinq axes dangereux » dont parlait le Maire de Ville sont des postes de contrôle autrement dit des barrières, où se commettent plusieurs exactions de passants ou de voyageurs.

Les cinq postes sont les suivants :
1. Kabeya Lumbu (axe Tshikapa-Kananga, situé à ± 20 km de Tshikapa),
2. Tshimbinda (axe Tshikapa-Luebo, via Ndioko Mpunda, à 15 kilomètres de la Ville de Tshikapa,
3. Mukuandianga, dit Ramona (axe Tshikapa-Kamonia), considéré comme raccourci et situé à 30 km de la ville de Tshikapa,
4. Lunyanya (axe Tshikapa-Kamonia),
5. Poste dans le village de Kangodia- sur l’axe Tshikapa- Lunyeka, situé au niveau de la bifurcation allant vers la Centrale de Lungudi (à droite) et vers Mayi Munene.
Installés dans le but de lutter contre la criminalité et donc de sécuriser la population, ces postes sont devenus les lieux de calvaire de la population : payement de 1000 Fc par un piéton et de 2000 Fc par un cycliste, exécution de travaux forcés tels puiser de l’eau, faucher de l’herbe, … remise de kilos de fretins, de maïs et d’autres produits transportés par les passants sont le lot quotidien de toute personne qui passe par ces postes . Des cachots souterrains (puits) sont signalés au niveau de la barrière poste de Mukuandianga. La nuit du 21 au 22 juin, un camion venant de Kamonia vers Tshikapa y a laissé un passager disposant d’une somme de 600 $ (dollar américain six cents), détenu à ce poste faute de pièce d’identité. L’on ne connaît pas le sort de ce passant malheureux.
Nous déplorons aussi les barrières érigées au niveau des ponts Kasayi et Tshikapa en pleine Ville de Tshikapa, où les militaires et les policiers font payer de l’argent à la population jour et nuit. Et parfois ce sont les roulages affectés à ces ponts qui, dès 5 h 30’, se mettent sur la route pour exiger de l’argent auprès des passants.
Nous avons aussi été informés de l’exploitation du diamant par la Société AMB (Mining Investment) dans le Village de BENDAYI (grand poste situé sur l’axe Tshikapa-Secteur Kambayi/Tshikapa-Luebo). Ce village est devenu un grand poste où atterrissent plusieurs avions. La Société AMB avait fait emprisonner le chef de Groupement Tshindemba et ses administrés du Groupement de Bakua Tshipanga. Dans sa convention à Tshindemba le 25 février 2006, le Directeur Administratif, Monsieur Orlando DONZINGA convenait d’octroyer une bêche traditionnelle soit deux bennes de graviers au Groupement de Bakua Tshipanga à la fin de chaque mois. Cet octroi devait se faire dès le début de l’exploitation, soit au mois de juin 2006, et prendre fin à la fin de l’exploitation du diamant par cette société. Dans sa communication avec nos membres sur place, le Chef TSHINDEMBA Mutombo Bululu démontre le droit qu’il avait de traduire la Société AMB en justice et se plaint contre les services judiciaires de Tshikapa qui le méprisent chaque fois qu’il passe pour déposer sa plainte. Une copie de la convention entre le chef Tshindemba et la société AMB ainsi que celle de la déclaration du Chef à nos membres nous ont été transmises pour preuve. Peut-on comprendre ici pourquoi la Société AMB, qui exploite du diamant jour et nuit avec des moyens modernes, avait fait arrêter et emprisonner le Chef TSHIMBOMBO ensemble avec un Commandant de la Police Nationale Congolaise et un certain nombre de creuseurs de ce village au motif qu’ils avaient pénétré dans sa concession ! Parmi les creuseurs détenus dans la Prison de Tshikapa, un avait une plaie suite à la morsure des chiens de la Société AMB et refusait la liberté provisoire leur accordée.

V.3. Rencontre avec le Maire de la Ville et les Forces Vives de la Ville de Tshikapa.
En notre qualité de Président Provincial de la Société Civile du Congo –SOCICO/Kasaï Occidental- nous étions obligé, à 16H30’, de laisser notre délégation continuer la réunion avec les ONGDH et de rejoindre de nouveau le Maire de la Ville qui, cette fois-ci, était en réunion avec les forces vives de sa Ville.
A cette occasion, l’honneur nous a été fait par l’autorité urbaine qui nous a présenté aux représentants des différentes structures réunis en son bureau tout en nous accordant la parole pour nous adresser aux forces vives. Cette adresse avait pour nous un caractère purement protocolaire : prise de contact avec les forces vives et la communication du motif de notre visite à Tshikapa.
Il était déjà 17H30’ et notre cœur était gros, car nous n’étions pas encore arrivé à l’endroit prévu pour notre logement. C’est ainsi que parmi les forces vives venues à la réunion, le Maire de la Ville nous a confié quelqu’un qui devait assurer notre transport de Tshikapa Centre à la Paroisse Saint Joseph Budikadidi. C’est le Révérend Père Louison KUENDA qui, avec sa moto, nous a aidé à effectuer la distance de plus ou moins 6 KM qui sépare Tshikapa Centre de la Paroisse Saint Joseph où notre logement et notre restauration étaient prévus.

V.4. Rencontre avec les membres du Comité de Gestion du Complexe Scolaire Budikadidi.
Cette rencontre a eu lieu de 20 à 22 heures et avait pour motif la prise de contact avec les membres du Comité de Gestion du Complexe Scolaire Budikadidi auprès de qui nous avons été recommandé par le Curé de la Paroisse Saint Joseph Budikadi, le Révérend Père NTUMBA Muena Mwanza, resté à Kananga en train d’assurer ses enseignements à l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses de Kananga.
Le repas nous a été servi aussitôt après notre arrivée à la Paroisse tandis que la chambre pour notre logement nous a été déjà désignée par la Révérende Sœur Agathe KUMPELE, Mère de la Congrégation des Sœurs de Saint Vincent de Paul de Tshikapa. C’est à 23 heures que nous avons pris possession de notre chambre pour nous reposer après une journée de travail surchargée, journée commencée depuis 5heures pour préparer le voyage!

2ème Journée : jeudi le 24 juin 2007.
Cette journée a commencé avec le réveil à 6 h00’ et notre participation à la messe matinale de 6h30’ à 7h00’. Le petit déjeuner nous a été servi à 7h30’, après quoi nous nous étions mis en route pour atteindre le Centre Ville et donc rejoindre les autres membres de notre délégation et ce, à pieds faute de moyen de transport.

V.5. Formation des OPJ (du District de la PNC).
C’est donc après plus d’une heure de marche que nous sommes arrivé au Centre Ville de Tshikapa, précisément dans la Salle du District de la PNC où se déroulait la formation des OPJ. Certains membres de notre délégation s’y trouvaient déjà.
Le contenu de cette formation était basé sur la justice juvénile, la loi sur les violences sexuelles et les droits de la personne arrêtée (l’arrestation et la détention). Cette formation qui a duré jusqu’au-delà de 13 heures a été animée par les collègues Me Jean MUZAME et André KABASELE respectivement Officier à la Section Protection de l’Enfant et Assistant à la Division des Droits de l’Homme de la MONUC/Kananga.

V.6. Visite à la Prison Centrale de Tshikapa.
C’est à 14H4’ que notre délégation habituelle a été reçue par la direction de la Prison Centrale de Tshikapa avec à sa tête Monsieur KALALA Kingombe, Gardien Responsable de la Prison.
Notre rencontre avec la direction de la prison nous a révélé l’effectif de 13 personnes affectées à cette prison :
• Un gardien responsable,
• Un secrétaire de la prison,
• Un chargé de greffe en général,
• Une dactylographe,
• Cinq policiers,
• Trois militaires
• Un infirmier, mais qui n’est pas permanent

La surveillance de la prison est assurée par les gardes tandis que la dactylographe s’occupe aussi des problèmes relatifs aux femmes arrêtées.
L’effectif des pensionnaires dans cette prison est de 159 prisonniers dont 54 condamnés (parmi lesquels une femme, quatre policiers et 29 militaires) et 102 prévenus (parmi lesquels deux femmes). Aucun mineur n’est en prison.
Les principales préventions pour les militaires sont les assassinats, associations de malfaiteurs, viol (pour lequel deux militaires sont condamnés et un prévenu), détention illégale d’armes de guerre et dissipation de minutions, meurtre et violation des consignes. Les autres prisonniers sont détenus pour vol à mains armées, vol simple, vol qualifié, adultère et abandon de toit conjugal, et injures publiques.
Le gardien rassure qu’avec l’effectif de cinq à huit agents de sécurité (policiers et militaires) la situation sécuritaire de sa prison est calme. Toutefois, les prisonniers qui sont condamnés de 5 à 20 ans ne sont pas tranquilles : ils cherchent toujours à s’évader et arracher des armes aux militaires. Il a signalé le cas de deux détenus méchants qui, tous prévenus pour vol qualifié, avaient tenté de s’évader le 24 avril 2007 vers 15H15’ ; les militaires avaient tiré et l’un nommé KALOMBO Lusamba (âgé de 35 ans) avait été atteint par une balle dans la cuisse tandis que l’autre nommé MBUYI Mukenge avait réussi à s’évader.
La question de la nourriture à la Prison de Tshikapa est une équation très difficile ! Le gardien responsable de la Prison nous a dit que la nourriture est fournie seulement par l’ASBL « ACAS » deux fois par mois soit le 15 et le 30 tandis que certaines Eglises et Assemblées chrétiennes apportent rarement à manger aux prisonniers. Il ajoute qu’une semaine voire un mois peut se passer sans que les détenus mangent quelque chose ! Avant notre passage et à cause de la faim, deux prisonniers sont morts respectivement le 13 et le 15 mai 2007, et un jour après notre passage à la prison, soit le vendredi 25 mai 2007, un autre prisonnier est mort !
Autre chose à souligner : ces prisonniers sont presque torses nus. A notre question de savoir ce que le gouvernement apporte comme contribution, ce que lui-même fait pour que les prisonniers mangent et pourquoi les prisonniers sont presque tous nus, le gardien responsable de la prison à répondre respectivement :
• Le gouvernement ne fournit rien ;
• A son niveau il fait la sensibilisation auprès des autorités politico administratives et de la population (les hommes d’affaires) mais il ne récolte rien ;
• La nudité des prisonniers s’explique par le fait que soit les détenus utilisent leurs habits pour allumer le feu devant leur servir à cuire à manger, soit qu’ils échangent leurs habits contre la nourriture !

« Une image vaut dix mille mots », dit-on. Voyons sur les trois photos ci-dessous la situation des détenus dans la prison de Tshikapa : ils sont presque nus, ne mangent pas et n’ont droit à aucun loisir ni distraction, et ils passent toute la journée dans une salle situé à l’étage, salle malpropre où il fait encore très chaud.

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Le gardien responsable de la prison qualifie les hommes d’affaires de Tshikapa, dont ceux dits « Ambassadeurs de la paix », de gens de mauvaise foi, et il a émis le vœu de voir être transférés à la prison centrale de Kananga les deux condamnés à mort et un à perpétuité.
Dans un quartier dit « quartier général » de cette prison sont logés : un capitaine de force navale, un commandant, un général, trois adjudants et un sous-lieutenant.
Parmi les prisonniers 17 sont malades, dont trois dans un état très grave. A voir ces malades qui ne faisaient que gesticuler seulement par la bouche pendant que les autres clamaient « libérer !libérer ! », ce sont des morts-vivants qui ne pouvaient ni manger, ni bouger mais curieusement gardés dans la prison au motif que si on les envoie à l’hôpital ils vont fuir et toute l’affaire reviendrait sur le dos du gardien responsable de la prison !
A notre sortie de la prison nous avons surpris les gardes de la prison exiger de l’argent aux membres de familles de certains prisonniers qui avaient apporté la nourriture. Faute de remettre la somme d’argent exigée, l’accès à la prison leur était interdit. A nous de nous demander pourquoi cela et qui doit payer ces gardes ? Pourtant dans notre causerie avec la direction de la prison il nous avait été dit qu’on n’exige aucun frais pour accéder et apporter la nourriture aux prisonniers.
Nous avons aussi trouvé les prisonniers en train de boire l’eau puisée à la rivière Kasayi et gardée dans un récipient malpropre et non couvert !
Notre dernier mot sur cette visite c’est que la situation des détenus dans la prison de Tshikapa est plus que préoccupante. Les prisonniers sont des êtres humains et ils doivent être traités avec humanité. Cette prison est un mouroir au lieu d’être un centre pénitentiaire dont le but est de rééduquer plutôt que de détériorer la santé ou de tuer même les prévenus et tous ceux qui ne sont pas condamnés à mort.
Nous condamnons les conditions des détenus de la Prison de Tshikapa regard des normes juridiques nationales et internationales qui stipulent que :
• « Les prévenus ont le droit de communiquer avec le monde extérieur, de recevoir la visite des membres de leurs familles, et de communiquer en personne et en privé avec un conseil juridique » (Art.18 –paragraphe 3) et 19 –par. 3, 4 et 5) de la Constitution de la République Démocratique du Congo ; Art. 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; Art. 14 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques ; Principes 15, 17-19 sur la détention ou l’emprisonnement ; et Règles 92 et 93 de l’ensemble des règles minima sur le traitement des détenus).
• « Les locaux de détention doivent répondre aux exigences d’humanité et être conçus de façon à préserver la santé des prévenus ; ceux-ci doivent disposer d’eau, d’un local décent, de vêtements, de services médicaux et des articles nécessaires à leur hygiène personnelle » (Art.18 –paragraphe 5) de la Constitution de la République Démocratique du Congo Paragraphe 1 de l’Art. 120 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques ; Principes 1, 22, 24-26 de Principes sur la détention ou l’emprisonnement ; et Règles 9 à 14, 15 à 26, 66, 82 à 83, 86 à 88 et 91 de l’ensemble des règles minima sur le traitement des détenus).
• « Les croyances et les convictions religieuses des détenus doivent être respectées » (Art.22 –paragraphes 1 et 2) de la Constitution de la République Démocratique du Congo Principe 3 des principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus sur la détention ou l’emprisonnement ; et Paragraphe de la règle 6 et règles 41 et 42 de l’ensemble des règles minima sur le traitement des détenus).

V.7. Réunion interne et consultation des emails.
La fin de notre visite intervenue à 17 heures moins, nous nous sommes retrouvés à l’Hôtel TSHIOKA où étaient logés les autres membres de notre délégation pour échanger sur les activités réalisées par chacun et surtout sur la situation précaire et déplorable de la Prison de Tshikapa.
Par la suite nous nous sommes rendu dans un Cyber commercial de 18H30’ à 21H00’ pour lire et envoyer nos emails avant que le Père Louison KUENDA ne vienne nous chercher avec sa moto pour nous déposer à la Paroisse Saint Joseph Budikadidi. Malheureusement pour nous, ce transport ne se fera qu’à mi-chemin, car la moto du Père Louison a connu une crevaison. Nous nous sommes vu dans l’obligation d’effectuer les quatre kilomètres qui restaient dans l’obscurité et sans maîtrise ni des avenues ni de la route qui menaient à la Paroisse ! Ramassant tout notre courage, nous n’avions cessé de demander et de nous faire guider par les personnes rencontrées sur le chemin. Finalement nous sommes arrivé sain et sauf aux environs de 22 heures à la Paroisse où nous étions logé. Là nous avons pris notre bain, notre repas du jour et échangé avec certains paroissiens qui nous attendaient toujours ! A 23 H30’ nous sommes allé nous reposer dans notre chambre.

3ème Journée : vendredi le 25 mai 2007
Cette journée a commencé par notre participation à la messe matinale de 6H30’ à 7H00’ avant de prendre notre bain, faire la lecture de la matière à dispenser aux activistes des droits de l’homme de la Paroisse, prendre notre petit déjeuner et d’accorder les audiences à quelques personnes qui les désiraient.

V.8. Quelques audiences.
Nous avons reçu et échangé avec le Représentant Légal-Adjoint de l’Eglise de la Promesse de Jésus-Christ au Congo, le Révérend MUAKUIDI KENABISAMBA TSHIMANGA wa NKONGOLO. Notre causerie a tourné sur la situation des droits de l’Homme à Tshikapa et sur la formation qui allait être dispensée ce jour à la Paroisse Saint Joseph Budikadidi.
Par la suite nous avons conféré avec certains gestionnaires du Complexe Scolaire BUDIKADIDI et de la Paroisse Saint Joseph dont Messieurs NTUMBA CHAYI, MULAMBA NKOLE et SHABANGI AMBAYI MULUMBA. Avec ces derniers notre échange a porté sur les modalités pratiques de la formation et de l’installation de la Section RJMP de Tshikapa.

V.9. Formation des activistes des Droits de l’Homme et Installation de la Section RJMP/Tshikapa
C’est à 10H5’, dans la Salle des réunions de la Paroisse Saint Joseph Budikadidi et par le chant d’ouverture dit « hymne de Budikadidi » (Budikadidi signifie liberté) qu’a débuté cette formation. Elle a connu la participation de 46 personnes parmi lesquelles les chefs coutumiers.
Les buts de la formation ont été le renforcement des capacités des activistes des droits de l’homme et l’installation des Comités de la Section du RJMP/Tshikapa avec les membres formés et élus démocratiquement.
La matière dispensée au cours de cette formation a porté sur :
• Les notions des droits de l’Homme (définitions et sortes des Droits de l’Homme) ;
• La différence entre abus et violations des Droits de l’Homme ;
• La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ;
• Les Droits de la Femme et de l’Enfant ;
• Le Monitoring des Droits de l’Homme.
Il s’en est suivi un échange fructueux au cours duquel les participants ont posé plusieurs questions relatives aux fréquentes et multiples violations des Droits de l’Homme dans la Ville de Tshikapa. Parmi les questions posées figurait celle de la Révérende Sœur Responsable de l’Hôpital de Budikadidi relative à l’implantation non loin de l’Hôpital d’une antenne de communication de la Société TIGO, sans tenir compte des conséquences fâcheuses (scientifiquement démontrées) sur la santé tant des malades, des enfants et leurs mamans à la maternité que des populations environnantes. La lumière et certaines orientations ont été données à toutes les préoccupations soulevées.
A l’issue de cette formation ont eu lieu des élections démocratiques qui nous ont permis d’installer officiellement les organes de la Section du Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix » dans la Ville de Tshikapa. Le Comité installé a reçu entre autres missions celle de sensibiliser et d’installer les sous sections et cellules tant partout en ville qu’à l’intérieur du territoire afin de fournir au Réseau l’information de cette contrée où la santé des Droits de l’Homme est déplorable
Les conseils pratiques et une documentation appropriée ont été donnés aux membres du Comité de coordination de la Section.

4ème Journée : Samedi le 26 mai 2005.
Cette journée a commencé par le réveil et la messe habituels. Au cours de celle-ci une intention particulière a été adressée à Dieu pour qu’Il nous garde et nous protège durant notre voyage. Un mot d’au revoir a été fait en notre honneur.
Ne voulant pas rater notre vol, nous n’avons pas pu prendre le petit déjeuner et nous nous sommes mis en route à 7h30’ pour arriver à l’aéroport à 9h30’ : nos pieds nous ont servi de transport !

III. De la fin de notre mission à Tshikapa et du retour à Kananga
« Tout est bien qui finit bien » dit-on. Notre mission à Tshikapa s’est déroulée sans incidents. C’est dans le calme et la sécurité que nous avons organisé et réalisé les différentes activités prévues à notre programme. A ce stade nous avons l’obligation de remercier sincèrement toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont rendu possible et fructueuse notre mission :
• Les membres du Comité Urbain de Sécurité de Tshikapa par le biais de son Président, Monsieur Albert José MUTOMBO Muambi pour le calme et la sécurité qui a régné durant notre séjour dans cette ville ;
• Les ONG locales des Droits de l’Homme pour leur collaboration à notre mission ;
• La Paroisse Catholique Saint Joseph BUDIKADIDI par le biais de son Curé, le Révérend Père NTUMBA MUENA MUANZA, pour le logement, la restauration et les autres soins à notre endroit.

C’est à 10 heures locales que l’Hélicoptère de la MONUC venu nous reprendre a décollé de l’aéroport de Tshikapa pour arriver à l’aéroport de Kananga à 11 H 05’.

IV. Conclusion et recommandations.
IV.1. Conclusion :
A cause de l’état de la Prison, des routes et avenues de Tshikapa, des érosions, de la pauvreté de la population, Tshikapa n’est une ville que de nom. Il reste beaucoup à faire si l’on tient à permettre aux compatriotes de Tshikapa à tous les niveaux de vivre comme des êtres humains.
Plusieurs contrastes nous ont amené à conclure que Tshikapa est une ville à paradoxes. En effet, comment peut-on comprendre l’état très critique de la Prison de Tshikapa, des routes et des avenues, des érosions et la pauvreté de la population avec toutes les conséquences (la faim, les maladies, la mort, les mariages précoces, etc.) sur une terre non seulement qui compte plusieurs comptoirs et sociétés exploitant son diamant mais aussi dont le diamant en quantité considérable et de bonne qualité est fourni au monde ? Comment comprendre aussi le tribalisme très poussé, visible et audible entre les différents peuples habitant Tshikapa en général et entre les habitants de Dibumba (partie à majorité pende) et ceux de Kele (partie à majorité lulua/autres tribus) en particulier? Comment, sur une terre si riche et avec à côté d’eux des rivières, les habitants de Tshikapa doivent être interdits de chercher de la caillasse, du sable et de l’eau pour la construction de leurs maisons ? Comment et où, sans eau courante au robinet, ce peuple doit-il aller puiser de l’eau parce que, grâce aux différents contrats obscurs et léonins, les rivières Tshikapa et Kasayi sont devenus des propriétés de certaines sociétés qui ont maintenant le droit de faire arrêter et emprisonner tout celui qui pénétrerait dans leurs concessions ? Nous pouvons nous demander finalement « A qui profite la richesse de Tshikapa » ?
Les mariages précoces que nous avons déplorés sont dûs à la pauvreté des parents et ils doivent être considérés comme une nouvelle forme d’esclavage.
Nos questions ne doivent pas être interprétées comme un dénigrement de la ville de Tshikapa. Notre seule intention est de présenter un ensemble de défis à relever pouvant servir de cahier de charges pour les députés nationaux et provinciaux de la circonscription de Tshikapa et de cahier des priorités pour les gouvernements provincial du Kasaï Occidental et national de la République Démocratique du Congo.

IV.2. Recommandations.
De ce qui précède, nous proposons ce qui suit pour améliorer la situation des Droits de l’Homme à Tshikapa :
1) Au gouvernement Provincial :
• De réhabiliter rapidement la prison de Tshikapa et faire tout pour qu’elle réponde aux normes d’arrestation et de détention;
2) Au gouvernement central :
• De revoir rapidement les contrats miniers signés avec les Sociétés exploitant les mines dans le Territoire de Tshikapa de manière à faire profiter à la population locale, aux gouvernements provincial et central cette importante ressource ;
• De revoir rapidement les lois foncières avec les sociétés minières installées à Tshikapa afin de libérer la population de l’esclavage dans lequel elle se retrouve sur son propre sol ;
• De prendre des mesures efficaces pour mettre rapidement un terme au tribalisme et à la prostitution des mineures sous toutes leurs formes ;
• D’user de tout son pouvoir pour le fonctionnement harmonieux de la justice, le respect des Droits et libertés fondamentales de la personne humaine et le règne de la sécurité dans cette partie de la République ;
3) A la Communauté Internationale :
• D’apporter une aide alimentaire d’urgence (forage puits d’eau, maïs, riz, haricots, sel, sucre, huile, médicaments, etc.) à la Prison Centrale de Tshikapa ;
• D’appuyer sincèrement le gouvernement de la RDC dans ses efforts pour éradiquer le pillage de ses richesses et, partant, d’éradiquer la pauvreté ;

Fait à Kananga, le 18 juin 2007.

LE PRESIDENT ADMINISTRATEUR,

=/= Ass. Edel-Martin KABUTAKAPUA=/=
Relationniste et Para Juriste

Nos adresses de contact : « RJMP »1) 5ème Porte,-2ème Niveau de l’Immeuble TSHIEBUE MULOMBA- Avenue Macar n° 23/Commune de Kananga/République Démocratique du Congo.
2) E-mail : , edm_kanatshi@hotmail.com; 3) Téléphone: + 243 997 406 289/+243 851 327 965
http : www.societecivile.cd/node.php?id=1257é
1. Représentants à Kinshasa :Me Florent KAKULE Matembela, Av. Colonel Ebeya N° 1454, Cabinet Avocat, Local 16/Galeries Pacha, 2ème Etage (en face de l’Hôtel Memling), Tél. +243 815 991 147/+243 990 141 484
2. Jacques MUAMBA (147, AV.KITEGA/C.Kinshasa ; Tél. +243 851 391 025/+243 999 498 010