GOMA: EN MARGE DE L`HISTOIRE OFFICIELLE.QUE TROQUERONS_NOUS CONTRE "L`ACCORD DE PAIX" CONCLU AU FORCEPS ?

Goma: en marge de l’histoire officielle. Que troquerons-nous contre "l’accord de paix" conclu au forceps?
le fameux accord de paix signé à Goma a bénéficié des pressions occidentales. Colette Braeckman, présente sur les lieux de la conférence, écrit ce qui suit: " Les trois facilitateurs étaient MM. Roeland van de Geer, envoyé spécial de l’Union européenne, Alan Doss, représentant spécial des Nations unies, et l’Américain Tim Shortley. Pour lever le dernier blocage ces trois hommes passèrent, mercredi matin encore, plus de 45 minutes en communication directe avec Laurent Nkunda qui n’est pas apparu à la conférence." (Lire Le Soir du 24 janvier 2008).
Bizarre ! Les représentants des pays "officiellement" en guerre contre le terrorisme peuvent passer 45 minutes au téléphone avec un terroriste, un seigneur de guerre dont les miliciens tuent, pillent, violent, volent! Ce fait ne peut être mieux saisi qu’en marge de l’histoire écrite officiellement par "les maîtres du monde et leurs supplétifs". Au début du mois de janvier, Colette Braeckman nous l’expliquait le plus simplement du monde. Dans un article intitulé Des appels teintés de sang, elle notait: "Le coltan, le monde n’en manque pas: le Canada, l’Australie en détiennent des réserves, mais c’est en Afrique centrale qu’il se révèle le moins cher. Et pour cause: cette poussière grise est ramassée à la main dans les collines du Kivu par des femmes et des enfants qui gagnent ainsi un dollar par jour. Des négociants, associés aux chefs de guerre de la place, entassent les sacs de "matière" sur les aéroports de Goma et de Bukavu, d’où des petits porteurs ou des Antonov les amèneront au Rwanda, avant de gagner l’Allemagne, la Suisse, le Canada, la Belgique…" Que ces pays aient "des facilitateurs" à Goma se comprend facilement dans ce contexte où ce qu’ils appellent officiellement leurs intérêts signifie l’exploitation sauvage et le vol des ressources naturelles des pays africains au mépris total de la dignité humaine. Pour sauvegarder "ces intérêts", ils sont disposés à marcher sur les cadavres des populations humiliées et asservies par les seigneurs de guerre. Pour sauvegarder "ces intérêts", ils tombent facilement dans le cynisme et créent les alliances avec "les terroristes".
Ce secret de polichinelle est en train d’être effacé de notre mémoire collective et de l’écriture de notre histoire officielle. Le Ministre des Affaires Etrangères du Congo a déclaré officiellement que le Rwanda n’était pas notre problème. La conférence de Goma ne l’a pas abordé. L’UDPS, par respect pour "la realpolitik" l’a rayé de ses dernières analyses. Sa prise de position officielle sur les travaux et la conclusion de la Conférence de Goma n’y fait même pas allusion! Grave!
Heureusement qu’il y a eu cette autre conférence nationale de Kinshasa -dont on parle très peu! A Kinshasa, un lien a été établi entre les conflits, l’insécurité dans les Kivu, le génocide Rwandais, Nkundabatware et le pillage des ressources naturelles du Congo par les multinationales et les transnationales.
Le prétexte éternel de Kagame
Goma a falsifié notre histoire en avalisant le prétexte éternel de Kagame selon lequel les forces négatives rwandaises installées à l’Est du Congo menacent la sécurité du Rwanda. Cette thèse fait du Rwanda agresseur "visible" du Congo l’agressé. Et pourtant, "au cours de la guerre d’agression (1998-2003), les troupes rwandaises ont occupé et contrôlé la région pendant cinq ans. Durant cette période, on n’a même pas commencé à désarmer les milices. Au contraire: le Rwanda en a créé bien d’autres encore afin de déstabiliser la région." (Lire T. BUSSELEN, Une nouvelle escalade militaire au Congo?, dans http://stopusa.be/scripts/print.php?id=23306). Avec le RCD ou avec Nkunda, "la véritable raison de la décision de Kagame d’envoyer l’armée rwandaise au Congo est qu’il est en train de perdre le contrôle politique, économique et militaire sur la riche région qu’est l’Est du Congo. Et c’est précisément ce contrôle qui constitue la base de sa position de force."(Ibidem) Avec l’accord de paix de Goma, ce contrôle lui est assuré par ses supplétifs et il peut, à son tour, mieux jouer son rôle de supplétif du "nouveau désordre mondial".
Assurer le contrôle du Congo et de l’Afrique
A plusieurs reprises, évoquant Michel Collon, nous avons soutenu que la guerre est une tactique commerciale. Dans Bush le cyclone, Michel Collon écrit ce qui suit: "Les trois grands blocs (Etats-Unis, Europe, Japon) mènent la guerre chaude, froide ou tiède, contre les peuples du tiers-monde. Mais ils se font aussi la guerre entre eux pour savoir qui va dominer le monde et ses richesses. La guerre économique bien sûr. Mais aussi la guerre politique et, dans certaines conditions, militaire. Quand le rapport de forces change entre les grandes puissances, quand une superpuissance veut en remplacer une autre, ou simplement la priver de l’accès à certaines matières stratégiques, cela se règle aussi par la violence. Soit directement, soit indirectement par l’intermédiaire d’Etats ou de mouvements contrôlés. La guerre est le moyen fondamental pour repartager les richesses du monde, c’est-à-dire les sources du profits." (p.20-21)
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le CNDP de Nkunda passe, à travers son chef, 45 minutes de téléphone avec les représentants de ces grandes puissances. Et que quelques jours après, Bernard Kouchner passe par-là pour être sûr que la France, combattue hier par les anglo-saxons en Afrique Centrale, n’est pas exclue de ce repartage. Il arrive même que l’une des puissances crée des alliances asservissantes avec les autres pour assumer un rôle de premier plan. Alain Badiou l’a compris en définissant le contenu de la rupture prônée par Sarkozy comme étant "l’obéissance sans réserve aux exigences des potentats du capitalisme mondialisé. La situation militaire est l’affaire des Américains, la situation intérieure celle des grands financiers, etc." (A. BADIOU, De quoi Sarkozy est-il le nom?, Paris, Lignes, 2007, p.106. En effet, les Etats-Unis intéressés par l’Afrique sont inquiétés par une présence accrue de la Chine. Pour les experts américains du Council on Foreign Relations, "la Chine a modifié la situation stratégique de l’Afrique. Sur tout le continent, elle est en quête de richesses naturelles, elle dame le pion aux entreprises occidentales dans les grands travaux d’infrastructure, elle fournit des prêts avantageux." (T. BUSSELEN, Matières premières. Les Etats-Unis à nouveau très intéressés par l’Afrique, dans http://stopusa.be/scripts/print.php?id=2573).
Eu égard à cela, les Etats-Unis prévoient d’installer en Afrique, pour fin septembre 2008, un commandement africain de leur armée, l’African Command, "un chaînon central du contrôle militaire de l’Afrique, mais aussi celui du contrôle politique et économique du continent." (Ibidem). Et quels sont les alliés des Etats-Unis dans cette expansion militaire? Il y a entre autres l’Ouganda, le Rwanda, la Belgique et l’Afrique du Sud. N’ont-ils pas déjà installés leur Consulat à Goma? Les gouvernants congolais ne leur ont-ils pas confié les bases de Kitona et de Kamina? Voilà des signes qui ne trompent pas. Leur intervention à Goma signifie que contre l’accord de paix, nous troquons, avec les gouvernants actuels, notre désir d’autodétermination et notre souveraineté. En fait, en tant que supplétifs du "nouveau désordre mondial", ils auront accompli leur "besogne" au grand dam de nos populations. Donc, la conférence de Goma aura été une manœuvre de diversion que le Parlement des laudateurs appuiera prochainement en votant une loi d’amnistie pour tous les crimes commis au Congo. La rhétorique officielle sur les crimes imprescriptibles veut simplement dire que "les tireurs de ficelle", "petites mains du capital", n’accepteront jamais que leurs supplétifs soient payés en monnaie de signe en comparaissant devant les cours et les tribunaux. Au besoin, ils sacrifieront "les petits poissons".
Ainsi va la démocratie du marché…
Donc, avec nos gouvernants actuels, notre histoire officielle risque de continuer à s’écrire à partir de Kigali, Pretoria, Kampala, Bruxelles, Paris, Londres et Washington. Pour combien de temps? Il appartient aux résistants congolais de répondre à cette question. Car c’est à eux qu’il appartient d’assumer le courage de transformer l’impossible renversement de rapports de force en Afrique centrale en général et au Congo en particulier en impuissance. Résister doit devenir pour eux, chaque jour, un devoir citoyen.