ET SI LA MONUC N’ETAIT QU’UNE MONTAGNE QUI ACCOUCHE D’UNE SOURIS

Une foule estimée à plus de deux milles personnes a manifesté dans la cité de Kiwandja au Rutshuru (Nord-Kivu), ce 24 juin 2008, pour exprimer son mécontentement contre l’occupation par les troupes de la MONUC du no men’s land séparant les positions des FARDC et celles des troupes du CNDP aux environs de la localité de Mutabo.

Rapportant l’événement, le quotidien progouvernemental L’Avenir souligne que : « … Le comportement de la MONUC exacerbe la tension à l’Est de la RDC. … La population de Rutshuru ne supporte plus le jeu de cache-cache auquel la MONUC s’adonne. Elle joue au chat et à la souris avec les éléments du CNDP d’une part et avec les FARDC d’autre part. … La MONUC qui crie sur tous les toits être dans cette partie du pays pour protéger la population est incapable de dire d’où sont venues les balles qui ont fauché ces manifestants. Cela s’appelle usage abusif d’armes à feu contre une population ne disposant même pas d’armes en bois … ». Fin de citation

Au niveau du NPDAC/ONG, nous pensons que ces derniers événements de Kiwandja méritent une attention particulière de la société civile et appellent à l’ouverture d’un débat de fond sur le rôle de la MONUC en tant que mission onusienne de maintien de paix.

En effet, il nous semble du devoir des élites congolaises, indépendamment des bords politiques, de s’interroger sur l’opportunité d’une présence de la MONUC assortie de multiples prolongations des mandats pérennisant ainsi la présence des troupes étrangères en sol congolais. L’opinion congolaise a droit aux explications sur des défaillances opérationnelles dont n’ont cessé de faire montre les troupes onusiennes tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays, malgré des moyens logistiques et financiers colossaux dont elle dispose.

Le fait que la charge financière de l’engagement de la MONUC, la mission onusienne la plus chère au monde avec son budget annuel de l’ordre d’un milliard de dollars américains, ne soit pas directement imposable aux contribuables congolais n’empêcherait pas aux citoyens du monde que nous sommes de réfléchir à haute voix sur ce qui parait de plus en plus comme un parfait gaspillage des ressources de la communauté internationale. .

Bien plus, à l’instar de la population de Kiwandja dans le Nord-Kivu, il nous parait tout à fait légitime pour les Congolais et expatriés ayant choisi le Congo comme leur seconde patrie de s’interroger sur la criante disparité entre l’imposant arsenal (avions, hélicos, chars, véhicules blindés, radars sophistiqués etc.) dont dispose la mission onusienne en RDC d’une part ; et de l’autre, de très maigres résultats que celle-ci a produit au bout de huit ans de son existence.

En effet, que nous disent les textes qui fondent l’actuelle intervention onusienne en RDC ? Qu’est-ce que la MONUC a déjà pu faire au regard de toutes ces dispositions ? Que peuvent encore attendre de la MONUC les Congolais et la communauté internationale en termes de contribution dans la consolidation de la paix dans le pays ?

Par Résolution 1341 du 22 février 2001, le Conseil de Sécurité demandait aux belligérants en présence en RDC de désengager leurs effectifs militaires, tout en accordant à la MONUC le mandat de surveiller le respect du cessez-le-feu, de suivre le redéploiement des belligérants, de faciliter le travail des humanitaires, et d’assurer un appui diplomatique et logistique au Dialogue inter congolais . Nous savons tous que dans le cadre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, la MONUC était autorisée à user des moyens militaires à sa disposition pour « protéger son personnel, ses installations et du matériel des Nations Unies, et garantir la sécurité et la libre circulation des civils se trouvant en zones de conflit ».

En effet, rapportant la situation qui prévalait au Congo au lendemain de l’implication de la MONUC, Muriel Devey parle « …des régions ravagées notamment à l’Est, des déplacements massifs des populations, des exactions de toutes sortes, des viols en pagaille, des milliers des combattants à démobiliser et un pillage organisé des ressources minières par les groupes rebelles et leurs appuis étrangers … ». Bien plus, le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies No S-2001-1072, adressé au Président du Conseil de Sécurité épinglait la présence sur le sol congolais de plusieurs groupes armés étrangers dont les ADF, le West Nile Bank Front, l’UNITA, le Front de Libération de l’Enclave du Cabinda, les FDD, le FNL et des rebelles Hutus rwandais composés des ex-FAR et autres Interhamwes se réclamant des FDLR et de l’ALIR.

Dès lors, qu’avons-nous pu constater sur le terrain jusqu’à ce jour, soit huit ans après la création de la MONUC ? Des membres des groupes armés qui combattaient jadis dans le Kivu et en Province Orientale continuent à y occuper des positions militaires et à en interdire allégrement l’accès aussi bien aux troupes de la MONUC et aux FARDC qu’aux employés des organismes humanitaires. Nous pensons ici notamment aux éléments des FDLR et de la LRA qui y occupent de véritables zones tribales oū ils se permettraient même de s’adonner au trafic des armes et des matières précieuses avec les mêmes troupes de la MONUC.

La Résolution 1533 Conseil de Sécurité du 15 mars 2004 disposa sur le renforcement de l’embargo sur les armes à l’Est du Congo et donna lieu à une majoration des effectifs militaires de la MONUC à 10800, dont des unités d’infanterie et de génie, un corps logistique, un corps médical, une unité fluviale et des hélicoptères. Malgré cette gigantesque infrastructure opérationnelle de la MONUC, la partie orientale de la RDC continue jusqu’à ce jour à être le centre d’un intense trafic d’armes permettant aux groupes armés étrangers et certaines milices ethniques locales réfractaires à la paix de toujours se ravitailler en « armements neufs et plus sophistiqués que les FARDC » .

Disposant de toute une division chargée du DDR et du DDRRR, à partir de 2003, la MONUC avait impliqué ses « experts » dans un appui technique et logistique du processus de désarment des groupes armé et étrangers et autres forces négatives présentes à l’Ets du pays .

Avec le recul de temps, il s’avère aujourd’hui que le résultat de ces très coûteuses opérations autrefois hautement médiatisées est quasi nul. A l’image de fameux « brassages » et «mixages »n, l’ensemble du processus DDR et DDRRR a lamentablement constitué un raté, et cet échec a eu comme conséquence logique la survivance des forces négatives et la persistance de l’insécurité et de la violence de sang à l‘Est du pays.

Pendant le processus électoral, alors qu’elles donnaient l’impression de tenir des zones de sécurité avec chars et blindés dans certaines coins des rues de Kinshasa dans le cadre de la protection des autorités de transition, les troupes de la MONUC furent plutôt très promptes à s’évanouir dans la nature lorsque commencèrent les très meurtriers affrontements qui opposèrent les troupes gouvernementales à la garde rapprochée d’un ancien vice-président en pleine capitale.

L’implication de la MONUC depuis 2003 dans la reforme du secteur de sécurité congolais n’a pas empêché International Crisis Group de publier en février 2007 un rapport soulignant que : « … La Police congolaise n’a jamais été capable d’assumer un minimum d’ordre, de garantir l’application de la loi… Certaines forces spécialisées comme la Police de l’immigration, l’ANR et la Garde Républicaine constituent des structures parallèles échappant aux chaînes de commandement traditionnelles... L’Armée est toujours faible et pourrait encore s’effondrer rapidement devant une menace sérieuse. Bien que la plupart des anciens belligérants qui forment l’actuel gouvernement de transition et soutiennent officiellement la nouvelle armée, certains combattants (et brigades) ignorent parfois les ordres de la hiérarchie militaire s’ils ne contreviennent aux intérêts de leurs factions respectives… ».

Comme si ce constat sombre de l’International Crisis Group ne suffisait pas, par sa Résolution 1756 de juin 2007, le Conseil de Sécurité recommandait au Gouvernement congolais de mettre à profit ses partenaires internationaux, en commençant certainement par la MONUC, pour assumer la charge de la résolution de l’équation sécuritaire congolaise. Ce fut un peu à la manière d’un enseignant qui demandait à un étudiant de relire ses cours alors qu’il était déjà en train de corriger sa copie d’examen.

En effet, une question serait de savoir ce que le Gouvernement congolais et la MONUC peuvent encore réussir aujourd’hui en termes de consolidation de la paix et de restauration de l’autorité de l’Etat qu’ils n’ont pas pu pendant les huit ans du processus de paix ? Quel aura été le bilan de la MONUC en RDC ?

Avant de trouver des réponses à ces questionnements, retenons que la même International Crisis Group très impliquée dans les analyses sur la situation en RDC soulignait en juin 2006 que : « … Les élections auront lieu, pas grand-chose ne changera et cinq ans plus tard, les combats reprendront parce que les causes de la guerre n’auront pas été réglées… ».

Or, il n’est pas encore cinq ans depuis que les élections ont eu lieu, le Kivu est déjà en train de redevenir un brasier. Et si le feu s’étendait de nouveau en Province Orientale et à l’Equateur ? Et si la MONUC n’était qu’une montagne qui accouche d’une souris ? A suivre.

Références et notes :
1)Joachim Diana, Groupe L’Avenir, juin 2008.
2)www.monuc.org, 2004.
3)Afrique Magazine No 245, avril 2006, Paris, p.54.
4)Intervention radiodiffusé du Vice-Président Azarias Ruberwa, 2005..
5)Swarbrick P., Political dynamics and linkages, in Challenge of Peace implementation, The UN Mission in Democratic Republic of Congo, Institute for Security Studies, Pretoria, 2004, p.164