La Chefferie des Kaliko-Omi : De la « Chefferie indigène » à la « Chefferie décentralisée » (I)

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La Chefferie des Kaliko-Omi : De la « Chefferie indigène » à la « Chefferie décentralisée » (I)

Le décret du 05 décembre 1933 relatif à l’administration de la Colonie définit pour la première fois les deux concepts : Chefferie et Secteur. Selon l’article 19, la Chefferie est un groupement traditionnel organisé sur la base de la coutume en circonscription administrative. L’article 20 du même décret définit le « Secteur » comme étant une circonscription administrative formée par la réunion de groupements indigènes numériquement trop faibles pour se développer harmonieusement dans tous les domaines (Bulletin Officiel du Congo Belge 1933, p. 1012). L’article 3 de la Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006 cite la Chefferie et le Secteur comme Entités Territoriales Décentralisées sans les définir, mais renvoyant à une loi organique.

La loi organique telle qu’annoncée par la Constitution du 18 février 2006 fut promulguée le 07 octobre 2008 sous le n° 08/016 portant composition, organisation et fonctionnement des Entités Territoriales décentralisées et leurs rapports avec l’Etat et les Provinces. Elle définit les deux termes comme suit :
- Le Secteur : selon l’article 66, est un ensemble généralement hétérogène de communautés traditionnelles indépendantes, organisées sur base de la coutume. Il a à sa tête un Chef élu et investi par les pouvoirs publics…
- La Chefferie, selon l’article 67, est un ensemble généralement homogène de communautés traditionnelles organisées sur base de la coutume et ayant à sa tête un Chef désigné par la coutume, reconnu et investi par les pouvoirs publics…:

L’histoire nous renseigne que les colonisateurs fixèrent les frontières des Etats africains contemporains lors de la Conférence de Berlin sans se soucier de sauvegarder les solidarités et les divisions politiques ou culturelles traditionnelles.
En 1885, en accord avec l’Allemagne, l’Etat Indépendant du Congo (E.I.C.) fixa sa frontière orientale – où se trouvait éparpillée la population actuelle de la Chefferie des Kaliko – au niveau du 30e méridien à l’Est de Greenwich. Celle-ci suivait ledit méridien jusqu’à son intersection avec le parallèle 1°20’ au Sud de l’Équateur et de là, elle suivait une ligne droite jusqu’à l’extrémité Nord du Lac Tanganika. L’EIC englobait ainsi une partie du Sud-Ouest de l’actuel Ouganda, et une importante bande de terres à l’Ouest du Rwanda actuel. Le Lac Kivu, la rivière Ruzizi, ainsi que toute la chaîne des volcans faisaient partie dudit Etat. Le Lac Albert se trouvait entièrement dans l’EIC. Ce qui justifie encore aujourd’hui la présence de quelques groupements Kaliko/Madhi au Soudan et en Ouganda.

L’article 2 du décret du 03 juin 1906 donne droit à n’importe quel village de devenir une Chefferie pourvu que le Chef dudit village fusse reconnu et investi par le Commissaire du District. Dans toutes les parties du Congo sur lesquelles le colonisateur exerçait un contrôle réel furent subdivisées en Chefferies et l’investiture à titre de « Chef indigène » fut accordée à de nombreux patriarches auxquels la tradition ne reconnaissait pas d’autorité politique.

Le décret précédent fut suivi d’un autre du 02 mai 1910 qui autorisait cette fois-ci le Commissaire de District ou le Chef de Zone de prescrire, en accord avec le Chef autochtone, le déplacement d’un village pour le motif d’hygiène et de déterminer son nouvel emplacement. Au terme de son article premier, il est stipulé : Les indigène du Congo et ceux des colonies limitrophes qui résident au Congo sont répartis en Chefferies dont les limites territoriales sont déterminées par le Commissaire de District et conformément à la coutume.

Suite à ce décret, l’Administrateur du Territoire des Lugwarets, Monsieur Grégoire, transmit en date du 25 novembre 1919 un Rapport à Monsieur le Commissaire du District du Haut-Uélé à Niangara. Dans ce Rapport, il identifia les Kaliko et les Madhi comme deux groupes indépendants, mais qui se ressemblaient par leurs coutumes et langues. Toutefois, ils étaient proches des Logwara et des Logo.. Le troisième groupe, qui était entièrement libre se trouvait entre la rivière Iri, affluent de droite de la rivière Nzoro, qui jadis était dirigeait par le le Chef Ogi.

Grâce au rapport de l’AT Morkes du 04 août 1921 sur les coutumes des Kaliko Madhi les différenciant d’autres groupes ethniques, le colonisateur reconnut d’abord 4 grands groupes ethniques, dont trois omi et un Kaliko Madhi (1924 – 1929).
Le 21 juin 1933 fut signé l’arrêté de la création et de la reconnaissance de la « Chefferie de l’Unité Kaliko-Omi ». C’est celle qui existe jusqu’aujourd’hui, avec Mado comme Chef-Lieu et Djamba Aloma Auzi comme Chef coutumier.

Entre 1960 et 1979, l’Etat congolais avait découpe plusieurs fois le territoire national en vue de la décentralisation, peut-être sans le dire, pour tâcher de rapprocher les gouvernants des gouvernés. En ces occasions, et dans tout le pays, 343 Chefferies et 523 Secteurs furent créés et reconnus.

Nous pensons que cette fois-ci les Chefferies et les Secteurs auront réellement leur autonomie de gestion. Mais toujours est-il qu’ils doivent se battre pour la mériter, bien que la Constitution leur ait donné ce droit, car en RD Congo,les vautours sont encore vivants et très forts.
La DECIDI continuera de les encadrer et de les défendre, afin que leur droit soit respecté.
Fait à Kinshasa, le 25 novembre 2008
Pour la DECIDI

Honorable Bha-Avira Mbiya Michel-Casimir