<< La vision de la Société Civile du Congo sur le rôle joué par la Presse ouest-kasaienne dans la situation politique du moment

« La vision de la Société Civile face à la situation politique du moment au Kasaï Occidental et les perspectives des prochaines échéances électorales » ?

Par Edel Martin KABUTAKAPUA Nansh’a Tshibuabua

Mesdames et Messieurs les chevaliers de la plume,
Bonjour, Moyo wenu, Betuabu, Sangayi wabo.

« La vision de la Société Civile face à la situation politique du moment au Kasaï Occidental et les perspectives des prochaines échéances électorales » est le sujet qui m’a été confié par les organisateurs de cet atelier pour le développer à votre attention.
En cherchant les concepts clés (vision, Société Civile, Situation Politique, perspectives, échéances électorales) et la compréhension globale du sujet placé dans le contexte de l’atelier (bénéficiaires = journalistes, objectif global ou but = la remise à niveau des journalistes) je me suis posé mille et une questions sur le contenu et l’impact de mon discours sur un tel thème? Car, la situation de « la situation politique du moment au Kasaï Occidental » (je suppose ici que les organisateurs font allusion à la crise au sein de l’Assemblée Provinciale du Kasaï Occidental et la collaboration entre les différents membres de cette Institution et l’Exécutif Provincial ). Si ma supposition est confirmée et que la vision ou mieux l’analyse de la SOCICO/Kasaï Occidental a déjà été démontrée tant dans sa référée N° SOCICO/KOCC/MEK/04/09 du 20 février 2009 (adressée à l’Exécutif et au Législatif du Kasaï Occidental avec pour objet : Lettre ouverte, Mauvaise Presse) que dans les émissions et une interview organisées à ce sujet respectivement par la CMB et la RDD, je me pose alors les quelques questions ci-après :
• Qu’est-ce qui reste encore à dire à ce sujet ?
• Est-ce mes auditeurs qui sont des journalistes ignorent cette situation ?
• N’est-ce pas eux qui nous informent et créent des émissions à ce sujet ?
• Alors, quelle sera la valeur, quel sera l’impact de ma communication sur les informateurs du peuple !

Ces questions m’ont convaincu de la nécessité de la reformulation du sujet afin d’avoir une information à donner, quelque chose à dire sinon une interpellation des journalistes du Kasaï Occidental sur leur rôle joué dans la situation politique actuelle et le rôle qu’ils doivent jouer lors des prochaines échéances électorales.
Le sujet reformulé, je vous informe que j’en avais déjà reçu la permission du Président de l’OMEC/Kasaï Occidental, est libellé « La vision de la Société Civile du Congo sur le rôle joué par la Presse ouest-kasaienne dans la situation politique du moment et le rôle à jouer lors des prochaines échéances électorales ».

Mesdames et Messieurs les chevaliers de la plume,

A tout seigneur tout honneur, dit-on. Avant de vous livrer les grandes lignes de ma communication permettez-moi de m’acquitter d’un lourd devoir : celui de remercier sincèrement les organisateurs de cet atelier pour avoir pensé à ma modeste personne. Chers organisateurs, veuillez recevoir ici l’expression de ma gratitude tant pour la confiance que vous avez placée en moi que pour l’occasion offerte à moi afin de sensibiliser les faiseurs de l’opinion. Je vous appellerai « collègues » pour les simples raisons que j’ai fait des études universitaires en communication, j’ai passé mes stages de graduat et de licence à la RTNC/Kasaï Occidental, j’ai travaillé comme animateur et journaliste à la Radio Kasaï Horizons, … C’est vous dire que, même si aujourd’hui je fais ce que je fais, je ne suis pas loin de vous.

Pour mieux le sujet reformulé, à savoir « La vision de la Société Civile du Congo sur le rôle joué par la Presse ouest-kasaienne dans la situation politique du moment et le rôle à jouer lors des prochaines échéances électorales », j’ai pensé l’articuler autour des quatre points ci-dessous et ce, hormis la petite introduction que je viens de faire:
1. Le rôle joué par la Presse du Kasaï occidental
2. Le travail biographique comme préalable aux perspectives d’avenir
3. La vision de la SOCICO sur le rôle à jouer par la Presse lors des prochaines échéances électorales
4. La conclusion.

I. Le rôle joué par la Presse du Kasaï occidental : la SOCICO l’interpelle

Il y a lieu de mentionner ici que notre procès à intenter à la Presse prendra en considération le travail abattu par celle-ci avant et durant les échéances électorales de 2006 ainsi que le rôle joué lors de la crise actuelle que tout observateur averti condamne avec la dernière énergie.
Dans la lettre susmentionnée, la SOCICO reproche aux animateurs de deux institutions provinciales l’usage abusif de la Presse en ces termes :
« Au nom des Structures membres de la SOCICO/Kasaï Occidental et au nom des Forces Sociales du Kasaï Occidental que celles-ci représentent, j’ai le regret de vous adresser cette lettre ouverte relative à la mauvaise presse, à l’usage abusif de la Presse, à l’image négative que certaines personnalités publiques laissent dans l’esprit de ceux que vous représentez, que vous dirigez et qui vous ont donné leurs suffrages…
Les populations du Kasaï occidental, qui luttent pour la réduction de la pauvreté et le développement sous l’impulsion du Gouvernement, attendent des acteurs politiques provinciaux des débats constructifs basés sur la puissance des argumentaires plutôt que le spectacle des boxeurs ou des catcheurs auquel nous ont conviés tout récemment les députés pugilistes. Ne dit-on pas que la démocratie est une discussion ?...
Il est amer de constater qu’au moment où les autres Provinces font des avancés significatives et profitent de la décentralisation, le Kasaï Occidental lui ne fait que reculer sans faire même au moins du surplace. Au lieu d’apprendre qu’une motion ou une question orale a été soulevée par un de leurs représentants se souciant de sa misère, du manque même d’une goutte d’eau au robinet il y a maintenant plus de trois semaines, des détournements ou des licenciements abusifs de leurs filles et fils de leur service, les populations du Kasaï occidental n’assistent qu’à des critiques destructives, à des injures et n’enregistrent que des comportements obscènes de la part de leurs élus et de leurs dirigeants ! Alors que, ailleurs, la seule coupure d’eau au robinet durant quelques minutes seulement fait l’objet de préoccupation et l’actualité respectivement des dirigeants et de la presse, la Presse ouest-kasaienne consacre sa manchette et se complait à reporter longuement les images et les propos injurieux tels d’un groupe de mamans à l’endroit d’un élu, d’un chargé de mission contre Madame le Maire de la Ville et certains élus, d’une frange des députés discourtois contre le Président de l’Assemblé caricaturé sur la place publique, d’une conférence de Presse du Président de l’Assemblée pleine d’injures à l’égard de ses collègues députés opposés à sa vision, etc. » Fin de citation.
Si il a été reproché aux responsables de deux institutions provinciales le mauvais usage de la Presse, l’occasion est à présent offerte à la SOCICO pour épingler les responsabilités de la Presse dans la situation qui prévaut actuellement au Kasaï Occidental.
En effet, la République Démocratique du Congo aspire à devenir un Etat de droit. La démocratie naissante dans notre pays ne pourra se consolider sans l’existence d’une presse libre et professionnelle.
Commençons au commencement :
Que nos élus se comportent aujourd’hui en souverains autoproclamés ou comme des responsables nommés qui n’ont de comptes à rendre qu’à ceux qui les avaient désignés, que plusieurs plénières de la législature provinciale ne soient réservées qu’au traitement de conflits internes et aux élections de nouveaux membres pour remplacer certains membres du bureau, que les questions primordiales du peuple (manque d’eau potable, l’état de nos routes même en ville, la prolifération des érosions, l’insécurité alimentaire et nocturne, etc.) soient reléguées au second plan, cela nous amène à conclure que le choix de 2006 n’a pas été bien opéré et par conséquent la presse n’avait bien joué son rôle. Cela veut dire que si, aujourd’hui, nous condamnons le comportement de nos élus c’est que le choix porté par notre population sur eux lors des échéances passées n’a pas été mûr et responsable ; et si le choix des électeurs n’a pas été bon c’est que ces derniers n’ont pas été suffisamment informés sur les candidats et leurs programmes de société, sur le pourquoi et le comment voter. Le moyen le plus efficace d’information du peuple sur les élections et les choix politiques est constitué par les médias.
Dans la situation actuelle, la SOCICO pense que le manque d’objectivité, d’impartialité, de professionnalisme et d’équité dans le chef de certains médias du Kasaï Occidental aurait contribué grandement à la consolidation du comportement que nous déplorons. Que certains acteurs politiques obtiennent plus de temps d’antenne (parfois exagéré et pour une propagande gratuite) que les autres, que dans les questions posées à ces hommes politiques on n’ait pas de la peine à découvrir le fanatisme du journaliste à l’endroit de ses invités ou ses visiteurs, qu’aucune mesure ne soit prise pour censurer le passage des propos haineux et injurieux (tel que le député X danse comme la dame Y à côté de votre Studio, il est venu de son village de BANANES PLANTINS pour casser les chaises achetées par Z, etc.), qu’aucun souci de recherche de deux sons de cloche sur une question politique opposant deux familles politiques opposées, que des gens soient arbitrairement arrêtés ou détenus et qu’aucune chaîne de Radio de chez n’en parle, que les acteurs de la Société Civile n’obtiennent pas même une minute d’antenne pour des questions d’intérêt communautaire ou que leurs analyses éclairées sur lesdites questions ne passent pas parce qu’ils n’ont pas donné de l’argent à certaines chaînes qui ne font aucune différence entre l’information, la publicité et la propagande, cela nous amène à conclure que ces medias là sont tendancieux ou qu’ils manquent du professionnalisme dans la collecte et le traitement des informations.
Bref, la diffamation, la dérive, la malveillance, la corruption et autres antivaleurs enregistrées chez certains journalistes ouest-kasaïens freinent l’essor de la démocratie et enlèvent la confiance du peuple souverain en sa presse qu’il veut voir libre et être un canal par lequel passe son droit (du peuple) à s’exprimer.
Clôturons ce procès contre la presse avec Robert H. ESTABROOK, ancien correspondant à l’étranger du Washington Post qui, en parlant de droits et obligations d’une presse libre, déclare, je cite :
« Bien entendu, un journal peut honorer les normes les plus élevées en matière de conduite morale et voir sa réputation souillée par le comportement de quelques membres de la rédaction. Les journaux doivent se garder de toute ingérence abusive dans la vie privée des personnes sur lesquelles ils enquêtent. La photo d’une personne qui saute du haut d’un bâtiment ou plonge dans le feu peut se révéler spectaculaire, mais les rédacteurs doivent prendre le temps de discuter sérieusement sur le point de savoir s’ils ne violent pas, en la publiant, les droits ou la dignité de quelqu’un. La publication de cette photo sert-elle un propos légitime qui sera compris par les lecteurs ? Ou quelqu’un en use-t-il indignement pour satisfaire une curiosité malsaine ? » (Robert H. ESTABROOK : 36).

II. Le travail biographique comme préalable aux perspectives d’avenir

Un principe stipule :
« « Si on fait de nous ce qu’on veut c’est parce que nous avons oublié qui nous sommes » ; « Si vous vous rappelez qui vous êtes réellement, vous allez découvrir que vous êtes un grand homme, le chef, la démocratie = Fils du peuple, du Roi »

Ce principe rejoint le philosophe appelé Socrate, ce fils d’une sage femme qui, en comparaison au travail de sa mère, avait institué une méthode dite maïeutique et appelait chacun de ses interlocuteurs à se connaître. « Connais-toi toi-même ». Découvre le bien qui est en toi.
Avant de passer au dernier de mon exposé je répète ce message de Socrate d’il y a plusieurs siècles passés en conseillant le travail biographique comme exercice à faire par tous les journalistes présents à cet atelier voire à ceux absent non seulement pour évaluer leurs forces et faiblesses mais aussi pour découvrir leurs responsabilités respectives dans telle ou tel autre drame public déploré.
En effet, le travail biographique est donc un travail durant lequel l’homme ou la femme se regarde comme dans un miroir. Il s’agit d’un travail en profondeur de réflexion et de découverte de soi. Avec ce travail vous allez constater que nous passons beaucoup de temps et nous dépensons beaucoup d’énergie à connaître les autres, à résoudre les problèmes des autres sans pour autant se soucier de notre propre connaissance ni nous occuper aussi de nos propres problèmes.
Il s’agit d’une approche qui permettra à chacune et à chacun de se connaître soi-même et de connaître les autres. Le but de cette approche sera aussi de déterminer les sentiments vécus et le rôle joué dans la naissance, le développement et la résolution de conflits vécus dans notre environnement proche. Il s’agira en fait d’une connaissance de soi, des autres et de la communauté, laquelle connaissance permet à chacune/chacun d’avoir un esprit de dépassement et d’ouverture, d’être juste envers soi-même et envers les autres, d’avoir l’esprit d’écoute et la patience dans le but de promouvoir la paix, la démocratie et le développement humain durable.
Je vous invite à faire ce travail à quatre niveaux ou quatre étapes à savoir : la méditation avec soi-même (moi avec moi-même), moi avec toi, nous avec vous et enfin nous tous ensemble (travail en petits groupes de quatre). Avant l’échange à deux et en petits groupes de 4 personnes, le travail biographique doit être principalement un travail personnel, un travail de découverte ou mieux de redécouverte de sa vie où l’individu médite, réfléchit, s’interroge ou voit sa propre image par lui-même. Il cherche à comprendre réellement qui il est, pourquoi est-il comme cela, pourquoi agit-il et réagit-il toujours ainsi, pourquoi est-ce qu’il se comporte de cette manière et pas de telle autre manière ?

III. La vision de la SOCICO sur le rôle à jouer par la Presse lors des prochaines
Si dans les points précédents la SOCICO a décrié le rôle joué par la Presse, dans le présent point elle voudrait que les tirs soient rectifiés et que les erreurs du passé corrigées. Ne dit-on pas chez nous que « TSHIPEPELA TSHIA KUMPALA NTSHIAKAMPOTESHA, TSHIA LELU TSHIOTSHIO TSHILUA NDI NSUIKA MUKILA KU MUTSHI » (traduction de « c’est le premier vent qui s’est joué de moi ou qui m’a emporté, si celui de cette fois vient je vais attacher ma queue à un arbre »).
Lorsque j’étais entrain d’hésiter de mettre sur votre dos la responsabilité dans le déroulement des élections antérieures et à venir, le Président de l’OMEC, M. Polydor F. Muboyayi Mubanga est venu m’encourager avec la lettre de l’OMEC où il affirme lui aussi, je cite :
« Pour les professionnels des médias, l’organisation des élections implique des responsabilités particulières car c’est de la qualité des informations qu’ils livrent aux électeurs que dépend le choix libre et transparent des dirigeants. Ces informations touchent aux sujets aussi divers que les projets de société des partis politiques, les candidats eux-mêmes, leurs programmes, etc. » Fin de citation

Auguste Assemblée des journalistes du Kasaï Occidental,
Qu’à ce jour on retrouve encore à Kananga des hommes et des femmes qui passent des journées entières à critiquer les autres, à attendre le teeshirt ou un verre de sel, à recevoir finalement 200 Francs congolais après avoir pris un verre de bière qui leur a été offerte, j’estime pour ma part que le chemin de la démocratie et du développement est encore très loin et votre tâche reste encore lourde, prenez de l’avance pour sauver notre province.
Parler des échéances électorales prochaines c’est viser les élections locales, municipales et urbaines (dont le vent commence déjà à tourner) sans oublier les élections de 2011. A cette occasion, la SOCICO/Kasaï Occidental sollicite votre entière implication pour doter cette Province des animateurs soucieux du développement communautaire, respectueux des autres, ayant de la considération du peuple souverain primaire, etc.
Le droit du peuple à s’exprimer grâce à une presse libre est une caractéristique de la démocratie. La liberté d’expression et celle de la presse sont garanties respectivement par les articles 23 et 24 de notre Constitution et par d’autres instruments juridiques régionaux et internationaux tels la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (Article 19), le Pacte International relatif aux droits civils et politiques (Article 19). Il reste aux journalistes du Kasaï Occidental, dans le respect de leurs limites, de faire valoir ce droit. La liberté ne se donne jamais, elle s’arrache.

IV. La conclusion
Je vais clôture la vision de la SOCICO/Kasaï Occidental en conseillant aux journalistes l’art de diriger le débat, d’éviter la diffamation, de savoir cibler leurs audiences, de protéger les minorités dans la presse et de mieux connaître leurs droits et leurs obligations. Le métier de la presse ne doit pas être celui exercé par n’importe qui ou où l’on retrouve plus des brebis galeuses. N’oubliez pas que vous êtes un pouvoir, une puissance. On dit que la presse constitue le 4ème pouvoir après les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Mais retenez une chose, le pouvoir de la presse en général et des journalistes en particulier est fondé sur la confiance. C’est ce qu’affirme Ted KOPPEL, le présentateur de Nigthline, l’un des plus importants magazines d’information de la télévision américaine :
« Si nous avons une certaine influence, c’est parce que les téléspectateurs estiment que nous ne nous en servons pas à notre profit. Si mon public pense que j’ai un ordre du jour, que je cherche à prouver quelque chose, que je tente de l’entrainer dans une direction ou une autre, mon influence s’évanouira » Fin de citation (P. 66).
Par ailleurs, les retombées politiques que vous journalistes pouvez procurer à notre pays et à notre province dans votre manière de diriger le débat sont démontrées en ces termes par TED KOPPEL
« Les idées doivent pouvoir entrer en conflit les unes avec les autres. Notre système de gouvernement fonctionne mieux quand des thèses opposées peuvent se faire entendre, quand il est possible d’échanger des points de vue différents. De ces débats contradictoires peuvent naître des mesures gouvernementales intelligentes ».
« Kudia buanga buabungi ki kumana bubedi to » (traduction littérale de : »ce n’est pas en prenant beaucoup de médicaments que l’on fera disparaître la maladie »). A un bon entendeur, un seul mot suffit.
Je vous remercie.

Fait à Kananga, le 19 mars 2009