LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Kinshasa, le 30 avril 2003
N/Réf. : 022/SP/2003
A Son Excellence Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo et Président du Comité National de Suivi
à KINSHASA/GOMBE
Objet : Vives préoccupations des femmes congolaises
Excellence Monsieur le Président de la République
Au nom de tous les membres du Comité National Femme et Développement (CONAFED) et à celui de toutes les Congolaises réunies au sein des réseaux et des associations engagées à la promotion ainsi qu’au respect de l’égalité de chances entre l’homme et la femme, nous nous adressons très respectueusement à votre très haute Autorité, surtout en votre qualité de Président du Comité National de Suivi, pour vous transmettre une préoccupation qui reste très ancrée en la Femme Congolaise, celle d’être valablement représentée au sein des Institutions de la transition.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Au terme d’un mois de consultations au sein de différentes parties et entités au Dialogue Intercongolais, et au moment où ces structures commencent à envoyer au Comité National de suivi les listes de leurs représentants dans les différentes Institutions de la Transition, les Femmes Congolaises sont plus que préoccupées par l’expression manifeste des hommes de se servir eux seuls. A ne prendre que les étonnantes « batailles » qui ont caractérisé la nomination au niveau des postes de Vice-Présient de la République et de ceux des membres du Comité National de Suivi, tout le monde s’accorde par dire que les hommes ont continué à s’arroger la prétention de penser qu’ils sont les seuls en mesure de gérer la chose publique. Bien plus, la courbe a été garantie par le seul mouvement polico-militaire (le MLC) qui a déjà envoyé les noms de ses délégués au Gouvernement de transition. Sur les onze représentants, il n’y a qu’une femme.
Excellence Monsieur le Président de la République et Président du Comité National de Suivi,
Nous, les Femmes Congolaises, restons fort stupéfaites face à un tel comportement alors qu’au cours des moments difficiles qu’a connus la République pendant près de cinq années de guerre d’agression, nous avons payé le lourd tribut de ces confrontations meurtrières en étant soit violées, agressées de diverses formes, soit privées de nos maris et de nos enfants, soit contraintes à nous déplacer dans des contrées arides et hostiles, soit tout simplement enterrées vivantes comme à Mwenga (Sud-Kivu).
Nous, les Femmes Congolaises, pendant les laborieuses négociations politiques intercongolaises, nous avons été des partenaires avec les hommes afin que le processus parvienne à des acceptations consensuelles. Aussi bien au moment de fortes tensions que des accalmies relatives, les Femmes Congolaises sont parvenues à démontrer leur SAVOIR, SAVOIR-FAIRE et SAVOIR-ETRE. Dans ce cadre, des actions mémorables ont été menées par diverses structures comme le CAUCUS DES FEMMES, le WOPPA/RDC, la CAUSE COMMUNE, la COALITION DES FEMMES POUR LA PAIX, le CONAFED …
Excellence Monsieur le Président de la République et Président du Comité National de Suivi,
Certes, il n’est nullement de notre intention de prendre en otages les décideurs de différentes parties et entités au Dialogue Intercongolais. Cependant, Nous, les Femmes Congolaises, adressons la présente lettre au Comité National de Suivi afin que cette Institution prenne également en compte nos préoccupations dans ses délibérations.
Faut-il rappeler aux uns et aux autres que la République Démocratique du Congo, en sa qualité de membre de l’organisation des Nations Unies a souscrit librement à la résolution 1325, adoptée par le Conseil de Sécurité en l’an 2000 ?
Dans ce document, de très haute importance et qui a comme thème « Les femmes, la paix et la sécurité », il est expressément recommandé aux Etats membres de protéger les femmes et les enfants contre les actes de violence en période de conflits armés.
Par ailleurs, et ceci les Femmes Congolaises ne cesseront de le souligner, cette résolution enjoint les Etats membres de l’ONU de « faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décision dans les institutions et mécanismes nationaux, régionaux, la gestion et le règlement des différends » (Art. 1er ).
Faut-il enfin rappeler que notre pays a également souscrit au principe d’accorder au moins 30 % de sièges aux Femmes dans toutes les Institutions nationales ?
Excellence Monsieur le Président de la République ?
Au nom de toutes les femmes Congolaises, le Comité National Femme et Développement (CONAFED) est déjà assuré que les préoccupations soulevées dans la présente seront partagées par les Distingués Membres du Comité National de Suivi.
Il saisit cette opportunité pour vous réitérer, Excellence Monsieur le Président de la République, ses sincères félicitations pour votre prestation de serment en qualité du Président de la République Démocratique du Congo.
Elise MUHIMUZI
Secrétaire Permanente