Les citoyens de kinshasa ne veulent pas participer s'enroler

POURQUOI LES KINOISES ET KINOIS NE VEULENT PAS S’ENROLER

A près d’une semaine de la fin de l’opération de la révision du fichier électoral démarrée depuis le 7 Mai 2011, la Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI en sigle, constate avec amertume que la ville-province de Kinshasa est à 2.436.165 enrôlés, soit 68%, le taux le plus faible du pays. Bien qu’elle lance, ce samedi 25 Juin 2011, sous l’égide de son Président, Révérend Pasteur NGOY MULUNDA, la campagne de sensibilisation des Kinoises et Kinois à la révision du fichier électoral, la question « Pourquoi les Kinoises et Kinois ne veulent pas se faire enrôler » reste au centre de la préoccupation de l’organe de gestion des élections 2011-2013 en RD Congo. La CENI comprend que les raisons de cette situation ne sont pas à découvrir à travers les réflexions faites dans ses bureaux, mais plutôt en questionnant les acteurs de terrain, c’est-à-dire, ceux qui travaillent avec les communautés de base.
Faisant sienne cette question fondamentale, le RECIC a réuni ses sensibilisateurs pour obtenir les réactions de la population recueillies sur terrain lors de la sensibilisation. Il sied de rappeler que le RECIC a déployé depuis trois semaines près de 300 sensibilisateurs bénévoles qui travaillent à l’information et la mobilisation de population à la révision du fichier électoral. Ceux-ci ont adopté une approche de proximité consistant à animer dans des points chauds et à faire le porte-à-porte.
Il ressort de cette rencontre de suivi avec les sensibilisateurs, des nombreux constats et considérations techniques, psychologiques, sociales et politico-juridiques, dont l’essentiel se résume en ce qui suit :
1. Sur le plan technique ou logistique
- L’éloignement des Bureaux d’inscription dans certaines communes : les habitants de Gombe Lutendele, par exemple, doivent effectuer une distance de 15 kilomètre à pied pour atteindre le centre d’inscription le plus proche situé à Mbudi (il reste un préalable important à prendre en compte : c’est que les Kinois vivent au jour le jour et que le temps leur est une contrainte importante pour le gagne pain) ;
- La lenteur du service offert par les agents électoraux au niveau des bureaux due à des problèmes techniques des machines ; ceci décourage les foules qui attendent nombreuses à longueur des journées et s’en désintéressent définitivement ;
- Désordre dans la distribution des jetons par les agents des Bureaux d’inscription : l’ordre d’arrivée des requérants non-suivi (conduit au découragement) ;
- Certains Bureaux ont été délocalisés à cause du fait que les locaux qu’ils occupaient initialement devaient être utilisés pour la passation des épreuves d’Etat du 20 au 23 Juin dernier (ce qui a été difficile pour les requérants surtout les femmes à passer des temps pour les retrouver) ;
- Des nombreuses cartes d’électeurs émises sont porteuses d’erreurs : absence d’empreintes digitales et autres données, différence de signature (voir liste des cartes sans empreintes en annexe. Il en existe plus de 200 cas dénombrés dans les centres d’Inscription de ITC MUKALI et PERE DAMIEN, à titre d’exemple),
- Faible suivi contrôle de la part des autorités de la CENI, etc.

2. Sur le plan social : observations inhérentes au comportement des agents électoraux
- Le non payement des émoluments des agents électoraux et de ceux commis à la sécurité des Bureaux d’Inscription. Ceci est à la base des nombreuses conséquences notamment :
- La corruption : la vente des jetons d’entrée moyennant 1000 à 1500 Fracs Congolais par les agents électoraux, les requérants payent 500 à 1000 Fc pour être servis à temps, exigence d’une contribution par les agents électoraux à titre de collation du jour aux requérants avant de se disponibiliser à leur service et ne sont servis au plus vite que ceux qui obtempèrent, vente des attestations de perte de pièce par les policiers de la sécurité à l’entrée, exigence de 1000 FC également aux sans identités, etc. (Cette corruption se fait en connivence entre policiers et agents électoraux dont les recettes constituent une cagnotte qui sert de collation de l’équipe à la fin de la journée),
- Les Agents électoraux débutent l’opération souvent en retard vers 10h et parfois avec des pauses de 12H à 16H ;
- Certains Présidents des Centres d’Inscription ne sont pas très disponibles, parce que partagés entre leurs responsabilités scolaires et tâches du bureau, etc.

3. Sur le plan politico-juridique
- Refus de certaines identités des réquérents par les Agents électoraux : carte d’élève, d’étudiant, etc.
- Refus d’accepter les cinq témoins présentés par les réquérents sans identités ;
-Certains bureaux font remplir les fiches d’identité des réquérents par les policiers à partir de l’entrée, souvent moyennant des frais (voir par exemple, centres ITC Mokali et Père Damien) ;
- Insuffisance d’information sur les procédures dans le chef des agents électoraux ;
- Certains partis politiques, surtout ceux représentés au gouvernement, mobilisent les enfants de 10 à 15 ans moyennant une somme de 1000 Fc à s’enrôler. Ceci a été observé dans les communes de Kimbanseke, Ngaba, etc.
- D’autres députés, toujours des partis au gouvernement, achètent les cartes d’électeurs auprès des jeunes et femmes moyennant 70$US ; ceci s’observe dans la commune de Bandalungwa. A Kimbanseke, on utilise le porte à porte pour acheter les cartes d’électeurs des individus à 50$US.Ces cartes sont garder pour que d’autres votent à la place de leurs propriétaires
- On assiste à une déportation temporaire massive par bus des populations vers les provinces où elles vont obtenir des cartes d’électeurs pour le compte de leurs parrains, députés et ministres, au prix de 50$US par personnes. Ceci s’observe surtout dans le territoire de Masimanimba dont les bureaux ont reçu des Kinois à s’enrôler massivement pour soutenir un candidat de cette circonscription.
- Un parti politique implanté à Kingasani délivre des attestations de perte de pièce aux requérants à condition de les enregistrer comme membres du parti ; celui-ci les accompagne, de ce fait, à s’enrôler pour récupérer leurs cartes d’électeurs moyennant un peu d’argent ;
- Dans quelques quartiers des communes de Kimbanseke (Sakombi, Mfumu Nkento, Mokali, Kibunda, etc.) et Ngaba (Bulambemba, Mateba et Luyi), les femmes regroupées au sein de « Conseil Local de la Femme » sous l’égide d’un membre du gouvernement actuel, circulent dans les ménages pour récupérer les numéros des cartes des personnes enrôlées au profit de ce dernier qui envisage de poser sa candidature à la députation. Le même membre du gouvernement a facilité l’enrôlement massif des habitants de Mpasa dans la commune de N’sele dans le centre d’inscription de Ngwanza (commune de Kimbanseke) en leur accordant comme adresse physique « Maison Blue » (située sur le boulevard Lumumba après l’entrée N’djoko en allant vers l’aéroport), afin de constituer un électorat garanti à son profit, etc.

Tous ces abus persuadent les Kinois et Kinoises que le processus électoral est déjà entaché de la fraude, tricherie ; bref, pas de transparence ni de crédibilité. Car, pour nombre de personnes, le vote sera encombré de tant de fraudes perpétrées par les politiciens au pouvoir dont les jalons sont déjà posés pendant l’opération de la révision du fichier électoral. Les tracasseries sus évoquées ont des répercussions sur l’enrôlement des femmes dont le taux, il faut se rassurer, pourrait être très faible.

4. Sur le plan Psychologique

- La population est déçue de la prestation des élus de 2006 qui n’a pas tenu à ses promesses. Cela constitue un motif de démotivation à devoir voter de nouveau des dirigeants qui ne feront nullement attention à sa misère ;
- La population Kinoise conteste les résultats des élections de 2006. Pour elle, ceux qui étaient effectivement votés n’ont pas été proclamés élus. Il y a donc eu tricherie.
- La modification de la constitution en termes de « Election à un seul tour » présage la fraude et un arrangement pour que les mêmes dirigeants reviennent au pouvoir. Il est ainsi inutile de voter parce qu’il n’y aura pas de changement.
- L’identité politique attachée au Bureau de la CENI n’inspire pas confiance à la population quant à la transparence des élections. D’où autant ne pas voter, car le résultat du vote est déjà connu.
- Les populations intellectuelles touchées par la sensibilisation manifestent un profond désintéressement aux élections parce qu’elles sont persuadées qu’il n’y aura pas de transparence, ni crédibilité.
- Les cartes d’électeurs obtenues ne garantissent pas la participation au vote.
- Pour d’autres, les cartes d’électeurs obtenues en 2005 et 2009 sont encore valides.

5. Sur le plan de l’éducation
Les sensibilisateurs sur terrain relevent un problème criant de sous information de la population en matière de la révision du fichier électoral et des élections en général.

SUGGESTIONS FAITES PAR LES SENSIBILISATEURS
- Suivi contrôle permanent de l’opération par la CENI et appliquer des sanctions exemplaires à l’endroit des agents électoraux ;
- Renforcement de la sensibilisation et mobilisation de la population à s’enrôler en insistant sur l’importance des élections. Il faut donc une actions intensive de proximité devant impliquer les acteurs étatiques des entités locales et les acteurs de la société civile ;

- Réduction à 500 FC le montant pour l’obtention de la perte des pièces et mettre des mécanismes de transparence et de suivi d’exécution efficaces ;
- Penser au payement des agents électoraux dans le meilleur délai, afin d’éviter une éventuelle grève qui se profile à l’horizon ;
- Penser éventuellement à la prolongation de l’opération à Kinshasa.

Fait à Kinshasa, le 27 Juin 2011
Pour le RECIC KINSHASA
GERARD BISAMBU
Secrétaire Exécutif


Brève description du lien

Réseau d’Education Civique au Congo 24 bis, 7ème rue industriel commune de LIMETE B.P. 372 Kinshasa I, Gombe Tél. 0992213831, 0999993127 E-mail : recickin02@yahoo.fr GERARD BISAMBU Secrétaire Exécutif