La diplomatie belge au secours de Kagame?

Il y est dit: "La Belgique aurait mieux fait ... de convoquer une reunion en ... avec ses trois anciennes colonies". Eh bien, juste rappeler que seul le Congo Belge fut une colonie belge. Le Rwanda et le Burundi, anciennes colonies allemandes, devinrent des États sous mandat des Nations Unies administrés par la Belgique. L'administration de ces deux États fut sous surveillance des Nations Unies jusqu'aux indépendances.

C'est ainsi que le programme d'implantation des populations rwandaises (à Masisi essentiellement, d'où la défunte chefferie du Kishali ("Gishari") et burundaises (plaine de la Rusizi, d'où la fameuse chefferie de la plaine de la Rusizi aujourd'hui) étaient organisé en consultation avec les Nations Unies qui assuraient la surveillance des implantations.

C'est pour cette raison que la RDCongo, en rappel des obligations fiduciaires de l'État colonial, la Belgique, ne peut manquer d'en appeler également aux Nations Unies, donc aux États centraux de l'organisation, dans la réparation des maux causés à la RDCongo à la suite de ces implantations... Le comportement ambivalent de l'État belge qui ne s'affiche pas directement aux côtés de son ex-colonie pendant que celle-ci est plusieurs fois agressée par les puissances anglo-saxonnes est bien regrettable et incompréhensible.

Ci-après, quelques extraits(PKagame, RSpitaels, CNewbury, MMitima) , pour vous:

Rwanda | Exclusive: Kagame’s historic speech in Parliament
Le 4 octobre 2012, le president Kagame délivrait un discours dit historique pour les uns et quelque peu arrogant pour les autres. C’était devant le parlement rwandais et le corps diplomatique établit dans ce pays.

En ce qui a lieu avec l’implantation des populations “rwandophones” en RDCongo, il a dit:

Tous nos efforts n’ont pas empêché quelques juridictions étrangères de ne pas bien nous comprendre, spécialement quand arrive le moment de construire nos pays ou notre continent. En fait, ceci s’applique aux pays en développement en général.
Tant et aussi longtemps que l’Afrique ou le Rwanda en particulier est concerné, il est difficile de savoir si ce qui s’applique relève de la politique ou de la justice : il est difficile de séparer les deux domaines…

En anglais il y a ce qu’on appellee la politique de la carotte et du bâton. Quelques fois on vous donne de la carotte, mais plus tard cette carotte devient un bâton qu’ils utilisent pour taper la personne. Quand la justice internationale s’applique à nous, il n’y a pas de carotte et de baton. Il n’y a que le baton; un baton politique qu’ils utilisent pour conduire les africains dans la direction de leur choix. Un jour ils utilisent la justice internationale pour vous conduire où ils veulent et un autre jour ils utilisent l’aide. (…)

Cette region était appelé Congo-Belge-et-Ruanda-Urundi comme s’il s’était agit d’un seul pays, vous vous en rappelez. Quelques personnes pensent qu’il en est toujours de même ; ce ne l’est pas. Le Rwanda d’aujourd’hui est totalement différent du Rwanda de l’alors Ruanda-Urundi-et-Congo-Belge.

Ceux qui ont cause les problèmes actuels du Congo se connaissent eux-mêmes. Ils ont causé ces problèmes aux derniers siècles. Maintenant, curieusement, ils veulent que le Rwanda prenne la responsabilité de l’existence des Rwandophones au Congo. Ceux qui ont pris les Rwandophones pour le Congo devraient être tenus responsables pour ces problèmes (…).

La loi de la jungle veut que « qui casse, paie ». Mais pour eux, ils passent à côté pour la faire dire “Je casse, mais vous payez”. Nous n’allons pas en prendre la responsabilité. Malgré vos menaces de tous les jours, menace de couper l’aide, menace de tout genre selon la liste que vous disposez, nous ne ferons pas les frais de vos actions peu importe vos menaces. Nous rwandais sommes mieux de résister contre cette attitude d’intimidation. (...)

Spitaels, R., « Transplantation de BanyaRwanda dans le Kivu-Nord – Commissaire de District, Chef de la « Mission immigration BanyaRwanda ».

Cette immigration ne doit pas être considérée comme définitive. Notre action est, en effet, basées sur la plus complète liberté. L’immigrant qui n’est pas satisfait de son sort au Kivu est, nous l’avons dit, libre de retourner au Rwanda et cela arrive régulièrement, mais pas fréquemment. Les populations transplantées gardent d’ailleurs des relations suivies avec parents et amis restés au Ruanda.
Notre œuvre de transplantation de populations Banyaruanda apparaît comme une grande œuvre humaine et il nous plaît de rappeler que M. Laurentie, délégué français auprès de la « Mission de visite de l’ONU » au Ruanda-Urundi, a déclaré, en 1948, après avoir examiné sur place les données du problème, qu’il serait heureux de voir recommander à la Belgique de mettre au point l’émigration d’une partie de la population du Ruanda-Urundi au Congo belge.

Newbury, Catherine, The Cohesion of Oppression. Clientship and Ethnicity in Rwanda 1860 – 1960, Columbia University Press, New York 1988, 322 p.

Nous avons plus d’information concernant les immigrants au Kinyaga des régions qui étaient ou allaient devenir part du Rwanda. Une immigration significative des régions faisant partie du Rwanda aujourd’hui ont commencé depuis les règnes de Rujugira et de son fils Ndabarasa au 18e siècle et continuèrent fermement pendant la première moitié du 19e siècle. (p. 27)
En plus des immigrants internes au Rwanda d’aujourd’hui, d’autres immigrants sont venus au Kinyaga des régions Havu, Shi et Fulero à l’Ouest et d’autres du Sud (Burundi). Pour les mêmes raisons. (p. 34)
Les immigrants Shi se sont souvent établis sur les collines le long de la rivière Rusizi et sur quelques presqu’îles de la rive est du lac. À l’intérieur des terres, le petit royaume du Bukunzi était l’attraction majeure des immigrants Shi. La famille royale du Bukunzi revendiquait les mêmes origines Nyindu autant que les autres grands bami Shi et gardait des liens de mariage avec ceux-ci. Avec des gens venus du Rwanda, d’autres des non-rwandais, la population du Kinyaga était hétérogène. (p. 35)
Jusqu’à la prise du pouvoir par Rwabugiri (1860-1895) dans le Rwanda central, les habitants du Kinyaga jouissaient d’une autonomie certaine. (p. 38)
Le statut séparé du Bukunzi et du Busoozo représentait l’exemple de cette autonomie. .. Les bami de ces deux entités avaient reconnu le mwami Rwabugiri du Rwanda mais sans perturber les structures administratives locales. (p. 39)
Quelques habitants du Kinyaga ont directement résisté aux exactions des chefs envoyés par Rwabugiri ; d’autres ont fui à l’Ouest. Les descendants des éleveurs qui ont quitté le Kinyaga vivent dans les montagnes à l’Est d’Uvira où ils ont préservé la culture et la langue kinyaRwanda. (p. 48-49)
En 1914, les Allemands forment les soldats rwandais appelés « Indugaruga ». Mais les Belges, avec la force publique composée de congolais les battent et les Allemands se retirent dès 1916. (p. 127-128)
La vie « pattern » de la période précédente continua dans les années 1930 alors que les chefs utilisaient des mesures politiques coloniales (corvées, recrutement pour d’autres projets y compris l’émigration au Zaïre) a leurs faveurs. Quand le projet de transplantation des populations rwandaises au Congo aux années 1930, le rationnel donne au Rwanda pour le programme était « le besoin de réduire la surpopulation ». Cependant, la vraie raison était plutôt le fait que « l’établissement important des la population rwandaise dans cette région moins habitée allait assurer une main d’œuvre et de la nourriture moins chère aux colons européens installés dans la région de Gishari ». Ainsi, en 1938, l’administration coloniale au Rwanda monta une campagne vigoureuse pour encourager à l’émigration à tel point que l’évaluation annuelle des chefs de collines dépendait du succès de trouver des candidats… ils ne doivent négliger aucune opportunité d’en parler aux natifs Hutu et leur présenter les avantages qu’il y avait à s’installer au Gishari ». (p. 143) Dans une note explicative à la page 274, on peut lire :

« Resident to all A.T.’s No 1252 AIMO, 6 May 1938. Les Hutu étaient particulièrement encouragés d’émigrer quand bien même des Tutsi étaient également admissibles. Des avantages cités dans la lettre adressée aux candidats à l’émigration au Congo étaient :
1. L’abondance des terres fertiles, quelques produits agricoles comme au Rwanda mais avec plus de production.
2. Un excellant pâturage qui demeure vert même en période de saison sèche.
3. Présence de 730 familles BanyaRwanda prêtes à assister les nouveaux à s’installer.
4. Gishari est une province dirigée par le chef Bideri, un MunyaRwanda; pas d’interférence possible avec les chefs Bahunde.
5. Exemption complète de toutes les taxes et de toutes les corvées pour deux ans; puis quatre ans de taxes réduites.
6. Liberté absolue de retourner au Rwanda quand ils le veulent, car ils demeurent sujets du Mwami.
7. Les BanyaRwanda qui vont au Gishari sont sous l’administration de M. Golinet, un ancien administrateur au Rwanda qui connaît les accointances et la culture du Rwanda.
8. Les Bahutu liés par le régime ubugaragu peuvent obtenir la fin de ce contrat et partir avec leurs vaches propres.
Dans la note précédente (81), see R. Spitaels… : 110-116; et J. Kajiga… 6-65. Quelques années auparavant, un projet similaire avait été décidé pour le Katanga. L’Union minière avait prévu un projet d’offrir des carrés (plots) agricoles aux ex-travailleurs des mines venus du Rwanda et du Burundi, pour ainsi demeurer dans la région. Cette organisation sociale a été pensée en détail au point de spécifier que des chefs tutsi seraient prévus et pourvus de vaches et d’autres biens pour qu’ils ne se mettent pas à l’activité agricole eux-mêmes. Le projet n’a pas été complété.

Murairi MITIMA, Jean-Baptiste, Les Bahunde aux pieds des volcans virunga (R.D. Congo), Études africaines, Ed. L’Harmattan, Paris 2005
« Les autorités belges, frappées du fait (migration saisonnière à partir du Rwanda), essayèrent de drainer ce flot de main d’œuvre vers le Congo ». (p. 162, M. Willaert)
Contrairement aux affirmations devenues monnaie courante, cette « Enclave » appelée un moment « chefferie du Gishari », est de création relativement récente : on peut la dater de 1936 ou de 1939 (p. 163, De Kishali à Gishari).
Notons :
. 1939 : Décret du Gouverneur général autorisant le ‘drainage’ de la population excédentaire du Rwanda et ordonnant de « créer une chefferie appropriée ».
. 1940 : visite officielle du roi Mutara Rudahigwa du Rwanda dans l’Enclave de Gishari, à l’invitation de M. Spitaels, Commissaire de District-Assistant, Chargé de l’Immigration.
. 1941 : Reppel au Rwanda du chef Bideri et son remplacement par un autre chef, M. Buchanayandi, mandé par le mwami Mutara Rudahigwa du Rwanda, sans consultation des autorités locales baHunde.
. 1944 : Élevation du Gishari au rang de « Chefferie Autonome » et investiture de Buchanayandi comme « chef autonome », par Décret nº 1/44 de M. Spitaels, devenu entretemps le Commissaire de District du Nord-Kivu. La population du « Gishari », officiellement recensée, s’élève à 6050 familles en 1944 et à 6173 en 1945, soit 24450 habitants.
. 1945 : Le « Gishari » est considéré comme « saturé ». Le Pouvoir colonial décide d’orienter ailleurs – dans le reste de Masisi, ainsi qu’à Musali et au Bwito – les autres émigrants rwandais, lesquels seront gérés par la ‘Mission d’Immigration des BanyaRwanda’ (M.I.B.) instituée en 1948 et devenue opérationnelle en 1949.

p. 165
. 1944-1955 : Première période de tension entre les leaders BanyaRwanda et les chefs baHunde. Le chef Buchanayandi et ses subalternes font des démarches en vue de faire reculer les frontières du Gishari sur les chefferies voisines – c’est-à-dire d’empiéter sur leur territoire en accaparent un supplément « long de deux jours de marche », soit environ 75 km ! Réaction des Chefs Hundi qui réclament alors la récupération de leurs terres du « Kishali »… Voyage désespéré à Bruxelles du Mwami Kalinda, en juin 1955, qui se soldera pourtant par une victoire après sa rencontre avec le Ministre des Colonies, M. Buisseret.
. 1957 : Gain de cause des ayant-droit baHunde : par Décision nº 22F331/Gishari du 16 janvier 1957 du Commissaire de District-Assistant, M. Thilmany, le Pouvoir colonial supprime la « chefferie Gishari », révoque le sieur Buchanayandi et le renvoie au Rwanda, et rétablit les droits de la Chefferie BaHunde sur ladite « Enclave du Gishari » ! Les immigrés respectueux des lois congolaises ne seront pas pénalisés car ils seront autorisées à y demeurer, mais à condition de reconnaître l’autorité et les droits fonciers des Chefs coutumiers baHunde.

2. L’erreur reconnue en haut-lieu

Bien avant ce voyage chez les « bons Belges », par opposition aux Belges de la Colonie, certaines autorités administratives aussi bien au chef-lieu régional que dans la capitale Léopoldville (Kinshasa) commençaient à reconnaître et même dénoncer à haute voix l’erreur lourde de conséquences de l’Enclave de Gishari. Dès 1949, le gouverneur de la Province du Kivu, M. Liesnard, affirmait :
« La création de la chefferie Gishari a été une erreur politique. Nous ne devons pas répéter l’erreur politique commise au Gishari. Les BanyaRwanda viendront avec leurs notables, mais ils devront dépendre politiquement des Autorités indigènes du Congo Belge. Nous ne pouvons pas spolier les Autochtones de leurs terres, et nous devons tenir compte des droits des Chefs du Congo Belge (…) Quant à moi, mon attitude était dictée par le souci d’éviter de reproduire l’erreur faite à l’occasion du peuplement du Gisahri, en mettant à la tête d’une chefferie indépendante un chef MunyaRwanda, qui peut se voir sous l’obédience politique des Autorités indigènes du Rwanda ».
Et pour leur part, les Services spéciaux de la Province estimaient de la plus haute importance de rappeler en 1958 aux Autorité coloniales la persistance du danger malgré la suppression de cette Chefferie fantôme :
p.166 « L’objectif (de la création du Gishari) était l’expansion rwandaise, et de ce fait, une source d’intrigues entre les uns et les autres (…) Il est utile d’insister sur le danger des intrigues dans les Gishari. Actuellement (en 1958) les anciens sous-chefs de Buchanayandi mènent une propagande sournoise contre l’autorité des BaHunde, tandis que d’autres BanyaRwanda contactent directement le Mwami du Rwanda afin qu’il soutienne les revendications rwandaises sur le Gishari (…) Si les immigrations des BanyaRwanda ont contribué à l’évolution agricole du territoire (de Masisi), on est en droit de se demander si ce (maigre) avantage économique contrebalance les ennuis politiques causés par la présence de ces non-congolais (sic). Il est à craindre que cette réalité ira, un jour, à l’encontre des instructions qui prévoient que les BanyaRwanda doivent être considérés à titre individuel et s’intégrer sous l’autorité des Chefs locaux ».
Plus tard, faisant le bilan de l’action coloniale au Kivu, Maurice Wilaert la résume ainsi :
« Le Kivu mis à la disposition du Rwanda 33.000 Ha (34910 Ha) au Gishari au nord-ouest du lac en territoire de Masisi. Des agriculteurs s’y fixèrent et virent que la terre était bonne : ils y trouvèrent un cadre typiquement rwandais créé pour eux par les Administrateurs du Congo et du Rwanda-Urundi avec l’aide de quelques grands seigneurs tutsi. Mais la double appartenance de ces foyers d’immigrants fit naître, dès l’origine, un malentendu plein de menace (…) Il est clair aussi que les terres du Kivu auraient dû être réservées à ses besoins propres ».

Merci pour l'intérêt que vous portez à la connaissance du Kivu, de la RDCongo!

Par Mastaki Bayange

Lu pour vous par Jeunesse du Monde