LA VIE POLITIQUE DE NELSON MANDELA : UNE INTERPELLATION POUR LE POUVOIR EN PLACE A KINSHASA

L’inhumation de la dépouille mortelle de Nelson Mandela dans le caveau de sa famille, dans son village natal de Quunu dans le Transkei, a constitué l’acte final de très émouvantes funérailles ayant eu à mobiliser la quasi-totalité totalité du genre humain, un fait sans précédent dans
l’histoire de l’humanité. Ces obsèques du très illustre ancien Chef de l’Etat sud-africain ont offert à de nombreux hommes politiques à travers la planète, à l’instar de certaines élites congolaises, une opportunité de s’adonner à une apologie sur les mérites politiques et qualités humaines d’un homme qui fut capable de pardonner sincèrement ceux qui, en plus du fait qu’ils eurent à le torturer dans son âme et dans sa chaire pendant plus de vingt-sept, étaient responsables de pires souffrances physiques et nombreux assassinats de ses compatriotes.

Cependant, une bien triste et assez occultée réalité de la classe politique congolaise est qu’aucune d’actuelles autorités de Kinshasa ne pourrait à juste titre prétendre, à l’instar de Barack Obama, qu’il avait bien intériorisé une philosophie politique de Nelson Mandela qui se fondait essentiellement sur sa très forte propension à pardonner sincèrement ses anciens ennemis pour le seul bénéfice de la sauvegarde de la paix et de la promotion de la concorde nationale.

En effet, autant l’actuel locataire de la Maison Blanche avait marché sur les traces de Madiba en pardonnant réellement ses deux anciens challengers aux primaires du Parti Démocrate Joe Biden et Hilary Clinton, qui venaient pourtant de le vilipender très copieusement quelques semaines plus tôt, au point de leur confier respectivement les deux très stratégiques postes de Vice-Président et de Secrétaire d’Etat, autant très peu d’hommes politiques congolais sont capables de faire montre de ce genre de grandeur d’âme qui constitue l’un des secrets de succès politique en matière d’accomplissement de la réconciliation nationale et de promotion de la paix.

Lorsque les gens reviennent, de temps à autre, sur une expérience politique mobutiste ayant permis au Zaïre de connaitre plus de trois décennies de paix et d’une unité nationale sans faille, ils ne soulignent pas toujours suffisamment cette vérité historique que le Maréchal Mobutu n’hésitait pas à pardonner sincèrement ses pires opposants et à les convier à la gestion de la République pour le seul bénéfice de la réconciliation et concorde nationale. D’ailleurs, il se disait que la meilleure façon de chercher à se faire nommer ministre par Mobutu était de le vilipender.

Mais hélas, une bien triste réalité de l’actuelle classe politique congolaise est que les gens sont tellement réfractaires à l’octroi du pardon qu’ils ne peuvent que se contenter de se placer à la limite du ridicule en adoptant une rhétorique politique constituée de très beaux concepts comme la « révolution-pardon », l’ « Accord global et inclusif », la « cohésion nationale » qui ne sont en réalité que de slogans creux destinés à voiler à l’opinion cette bien déplorable réalité que l’homme politique congolais est encore bien loin de tirer profit de cette morale politique que Nelson Mandela vient de léguer à l’humanité en démontrant que pardonner sincèrement et aimer son pire ennemi d’hier était une arme de loin plus efficace que les missiles les plus sophistiqués du monde.

Les actuelles élites politiques congolaises doivent savoir que si le « conglomérat d’aventuriers » de l’AFDL avait réellement pratiqué une « révolution-pardon », l’armée nationale congolaise n’aurait pas connu tous ces très humiliants déboires au regard de la haute qualité des ressources humaines militaires que le régime Mobutu avait léguées à la patrie, si la plupart des ténors du régime Mobutu n’étaient pas exclus de la vie politique nationale par les « libérateurs » afdéliens à leur arrivée au pouvoir en 1997, les rebellions du RCD et du MLC n’auraient très probablement pas vu jour, si le pouvoir kabiliste avait mis en place une véritable commission vérité et réconciliation qui aurait épargné Thomas Lubanga d’un bien évitable transfèrement à la CPI, Laurent Nkunda n’aurait certainement pas eu d’arguments pour créer son CNDP dont le M23 n’était qu’une simple émanation, si les libérateurs kabilistes n’avaient pas pris l’option de pratiquer toute une culture d’exclusion de la vie nationale assortie de quelques débauchages des originaires de l’Equateur, l’insurrection des Enyeles n’auraient pas du tout eu sa raison d’être, si la force publique kabiliste ne s’était pas comporté comme en terre conquise dans le Bas-Congo, l’affaire de Bundu-dia-Kongo n’aurait très probablement pas connu le même très sanglant dénouement, la liste de ce genre d’expériences n’est pas exhaustive.

Maintenant qu’il est devenu à la mode d’organiser des émissions télévisées pour se féliciter de la retentissante « victoire » des troupes gouvernementales congolaises face à la rébellion du M23, nos gouvernants semblent tous vouloir occulter cette très dérangeante vérité que les principaux leaders du M23 s’étaient déjà engagés vis-à-vis de la même communauté internationale, au sein de laquelle ils tenaient leurs substantiels soutiens, plusieurs semaines avant le déclenchement de la fameuse offensive des FARDC, de renoncer à la guerre au profit de leur pleine implication dans une logique de résolution politique du conflit. C’est ce que le pouvoir kabiliste ne dit pas au cours de ses incessants points de presse. Dans ce sens, une question très pertinente serait de savoir si l’actuel retour de la paix au Nord-Kivu n’est pas plus le résultat d’une volonté des rebelles du M23 de se soumettre au diktat démobilisateur de la communauté internationale que d’une réelle victoire sur terrain des FARDC ? Si oui, serait-il alors intelligent pour la classe politique congolaise de préférer son actuel triomphalisme infantile à une gestion à la Mandela des retombées du processus de Kampala ?

Il ne faut pas nécessairement être un expert en stratégies pour réaliser que si les M23 avaient été aussi militairement vaincus, les Ban Ki-Moon et autres ne seraient pas autant préoccupés à continuer à appeler les autorités de Kinshasa à jouer le Nelson Mandela pour éviter que le processus de Kampala ne se termine à queue de poisson. C’est ainsi que nous disons qu’il appartient au pouvoir en place à Kinshasa de dire la vraie vérité aux Congolais afin que les gens se départissent de tout comportement irresponsable sur cette très délicate question de la liquidation du M23. A notre humble avis, la réalité de ce qui s’est passé à Kampala et dans les collines du Nord-Kivu pourrait être bien différente de ce qui est officiellement dit.

En revenant sur l’héritage socio-politique de Nelson Mandela, nous commencerions par déplorer l’inattention que tout le monde accuse par rapports à tous ces véritables bombes à retardement que sont ces contentieux nationaux qu’un Jean Pierre Bemba ayant été élu, selon des chiffres officiels, par plus de 40% des Congolais continue encore à croupir dans les geôles de la CPI sur base des griefs très peu fondés, que le député national Mwanda N’semi, le très dynamique leader du Bundu-dia-Kongo, soit toujours interdit de séjour dans son fief électoral de Bas-Congo, que le nommé Ali Odjani alias Litoko, ancien leader des Enyeles, soit toujours privé de la clémence des autorités de Kinshasa, que le très charismatique et populaire Etienne Tshisekedi soit constamment tenu à l’écart de la gestion de la République et que le Pasteur Kutino Fernando n’ait pas toujours bénéficié d’une mesure de grâce au regard de son état de santé.

Face à un tel tableau de vulnérabilité sécuritaire du pays, comment alors parler du succès de dernières « concertations nationales » ou prétendre que la RDC s’est résolument engagée sur la voie de la restauration de la « cohésion nationale » et du retour d’une paix durable ?

Néanmoins, en tant qu’une toute petite organisation de la société civile congolaise, la NPDAC/ONG ne saurait faillir à un devoir patriotique, celui de solliciter ici la bienveillante attention du Président de la République, son Excellence Joseph Kabila Kabange, sur le fait que le Congo gagnerait beaucoup en termes de cohésion nationale et de consolidation de la paix, si et seulement s’il daignait accepter de s’impliquer, dans la mesure du possible, pour que la vraie justice soit faite dans le dossier de Jean Pierre Bemba, que l’honorable Mwanda N’Semi recouvre toute sa liberté de mouvement, et que sa mansuétude personnelle soit accordée aussi bien à Odjani alias Litoko qu’au Pasteur Kutino Fernando et à bien d’autres détenus politiques congolais qui sont encore dans des prisons ou en exil. C’est bien-là le passage obligé vers une véritable réconciliation nationale et le retour d’une paix durable dans le pays.

En effet, à titre personnel, nous disons ici que pour avoir fréquenté les allées du pouvoir mobutiste en ces derniers instants, notre modeste personne est bien placée pour affirmer que tous ces faucons qui fourmillent présentement autour du Chef de l’Etat et l’empêchent constamment de pratiquer une très salutaire politique d’ouverture à l’endroit de ses véritables opposants, à l’instar de ce que fit Nelson Mandela en nommant Frederik De Klerk et le Chef Zoulou Butelezi dans son cabinet et Barack Obama en s’entourant de Joe Biden et d’Hillary Clinton, pourraient être les mêmes à affirmer un jour, haut et fort, que Joseph Kabila était un dictateur qui n’écoutait personne. N’oublions pas que l’histoire a la propriété de se répéter.

Faustin LOKASOLA N’KOY BOSENGE

Coordonnateur de la NPDAC/ONG Chercheur aux réseaux ASSN, CESA et SADSEM
Doctorant en management du secteur de sécurité