LE CONGO-ZAIRE ABRITAIT DEJA EN 1973 UN CENTRE NUCLEAIRE INSTALLE PAR DES SAVANTS NATIONAUX (Chronique de la NPDAC).

Le fait que le Congo-Zaïre soit aujourd’hui l’une de nations du monde comptant un grand nombre d’érudits dans plusieurs domaines de la science et des arts n’est pas un fait du hasard. L’histoire de l’enseignement universitaire et recherche scientifique du pays du physicien atomiste Malu, du philosophe et essayiste Mudimbe, du génie du droit canonique Monsengwo, de l’immunologue Lurhuma et du musicologue Ray Lema nous renseigne que, déjà en 1926, il y fut crée, sous les auspices de l’Université Catholique de Louvain, un institut d’enseignement médical supérieur dénommé Fondation Médicale de l'Université de Louvain au Congo, dont la mission était de former des infirmiers congolais et de mener des recherches en médecine tropicale. Six ans plus tard, toujours sous l’égide de l’Université Catholique de Louvain, fut implanté, dans la localité de Kisantu, dans l’actuelle Province de Bas-Congo, le Centre Agronomique de l'Université de Louvain au Congo chargé de la formation des agronomes congolais. L’implantation de ces deux extensions universitaires belges, une première en Afrique subsaharienne, constitua les prémisses de la création, en 1954, de l’Université Lovanium, l’actuelle Université de Kinshasa. Comme quoi, la colonisation belge ne nous avait pas apporté seulement la chicotte.

Cependant, ce qui pourrait échapper au commun des mortels est que, en reconnaissance au fait que la victoire des Alliés lors de la Deuxième Guerre Mondiale avait fondamentalement résulté du largage de deux bombes atomiques que les Etats Unis fabriquèrent sur base de l’uranium extrait des mines de Shinkolobwe, situées vers la source du fleuve Zaire dans l’actuelle Province du Katanga, la Faculté Polytechnique de l’Université Lovanium se fit gratifier, dès sa création, par l’Administration américaine et la Fondation Rockfeller, d’un centre nucléiaire dénommé TRICO (la pile nucléaire TRIGA installée au Congo).

Dans le cadre de sa chronique destinée à la sensabilisation aussi bien des fils et filles du Congo-Zaire que des Afro-congolais de l’Afrique et de l’Amérique, ainsi que d’autres citoyens du monde sur cette réalité que le pays de Simon Kimbangu ne mérite pas son actuel statut de la risée de l’Afrique auquel le contraint la médiocratie pseudo-kabiliste, notre modeste personne a opté de solliciter ici votre aimable attention sur ce haut fait scienntifique que le Congo de l’Afrique disposait déjà au début des années 70, d’un centre de recherches nucléaires qui faisait de lui la seule nation du continent, à part l’Afrique du Sud de l’Aparthied, à abriter ainsi un réacteur nucléaire qui, soit dit en passant, était installé et geré avec beaucoup de dexérité par des savants nationaux.

D’ailleurs, les performances du Centre TRICO furent telles que l’Organisation de l’Unité Aafricaine décida de l’ériger au statut d’un Centre Regional de l’Energie Atomique que dirigeait avec brio par un fils du pays, ancien diplomé de l’Université Lovanium et physicien de rénommé international, nous avons cité le Prof. Felix Malu wa Kalenga, décédé en 2011 dans un triste dénuement et une totale indifférence du pouvoir pseudo-kabiliste.

Il y a lieu de noter en passant que, en plus du fait qu’il siégait au Conseil Scientifique de l’Organisation de l’Unité Africaine, à l’Académie Africaine des Sciences, au Centre International de Physique Théorique de Triste-Miramane (CIPT) et au Comité Consultatif de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, cet enfant chéri du Président Mobutu eut à assumer également les fonctions de Chef des Services d’Etudes à la Présidence de la République et du Commissaire Général à l’Enérgie Atomique de la République du Zaïre. C’est lui qui, en 1970, prit l’initiative qui amena le Gouvernement zaïrois de doter le centre TRICO, entre temps rebaptisée TRIGA suite au changement du nom du pays, d’un autre réacteur plus neuf appelé MARK TRIGA II. Pour la petite histoire, il est à noter que certaines pièces de l’ancien réacteur MARK TRIGA I étaient tout simplement cédées à une université sud-africaine qui n’avait pas les mêmes moyens que la Faculté Polytechnique de l’Université de Kinshasa.

Après avoir personnellement dirigé de très délicats et complexes travaux d’installation du nouveau réacteur Triga Mark II, le Prof. Malu wa Kalenga s’impliqua par la suite dans des recherches sur l’utilisation de l’énergie atomique à de fins de développement au Zaïre et en Afrique qui, n’ayant pas laissé indifférents les responsables du Conseil Scientifique de l’Organisation de l’Unité Africaine, motivèrent la décision de hautes instances de l’organisation panafricaine de créer le Centre Régional d'Etudes Nucléaires de Kinshasa (CREN-K) dont le physicien atomiste zaïrois assumait la direction. A partir de la fin des années 70, le modique budget du CREN-K n’étant plus à mesure de supporter des coûts assez onéreux de ses programmes de recherche ; le Prof. Malu obtint du Maréchal Mobutu, en 1983, que le CREN-K soit transformé en un Commissariat Général en Energie Atomique (CGEA) dépendant directement de la Présidence de la République. C’est à cette occasion que la nouvelle institution reçut également des titres de propriétés d’un certain nombre d’immeubles situés dans le quartier Righini à Kinshasa pour le logement de son personnel et de ses visiteurs.

Des travaux menés ou supervisés par le Prof. Malu dans le cadre du Commissariat Général en Energie Atomique de la République du Zaïre portaient notamment sur des études comparatives des systèmes d'énergies renouvelables dans le contexte développemental du continent africain, des problématiques d'appréciation de la demande d'énergie dans les pays du Tiers-Monde, des questions posées par des interactions entre la science, la technologie et la société et d’autres aspects épistémologiques liés au paradigme de l’évolution de la science dans les contextes des pays en développement. Le CEAG du Prof. Malu promouvait également la recherche atomique appliquée en agriculture, plus précisément des études nucléaires pour la production des semences améliorées. C’est ce qui l’amena par la suite à bénéficier d’une très substantielle attention de l’Agence internationale de l’Energie atomique où il siégea très longtemps.

Selon une noble vision du Prof. Malu wa Kalenga que soutenait sans réserve le Maréchal Mobutu lors de sa création, en 1983, en tant que l’un de deux centres-pilotes (l’autre en Afrique du Sud) qui existaient dans le continent, le Commissariat Général en Energie Atomique de la République du Zaïre n’était pas moins à la fois un instrument de puissance régionale et une très capitale sources des devises dans la mesure où il était appelé à servir de structure régionale de référence, de renforcement des capacités et d’une exportation de l’expertise zaïroise en matière de contrôle de radioactivité des activités minières et industrielles, ainsi que du développement de l’agriculture et du recours aux énergies renouvelables dans les processus de développement de pays africains.

Mais hélas, c’était sans compter avec les soubresauts de la démocratisation qui ébranlèrent le pays, à partir de la Conférence Nationale, en 1990, jusqu’à la chute du régime Mobutu et la venue du pouvoir en place. Comme il fallait s’y attendre, la médiocratie pseudo-kabiliste n’ayant que faire d’un Commissariat Général en Energie Atomique dont elle ne pouvait que naturellement ignorer le bien-fondé, ce qui intéressa le plus les différents successeurs du Prof. Malu à la tête de cette très vitale institution était de boutiquer des programmes de location-vente de ses villas et concessions de Righini à Kinshasa, de détourner aussi bien certaines subsides accordées par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique que des redevances sur le contrôle de la radioactivité des produits de leurs exploitations que des sociétés minières versaient ; et surtout d’envisager les voies et moyens de liquider carrément ce fleuron de la recherche scientifique en Afrique.

Certaines instances de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, des Nations Unies et de l’Union Africaine ne cachent plus leurs vives préoccupations face à ce qu’elles considèrent à juste comme une criminelle spoliation du patrimoine d’un centre nucléaire de portée régionale. De toutes les façons, ayant déjà démontré ses capacités de destruction méchante du patrimoine national en bradant pour d’abjectes raisons politiciennes le pétrole du littoral atlantique et du Lac Albert, ainsi que de très précieuses concessions minières au Katanga au profit des prédateurs internationaux, tout porte à croire que le pouvoir en place liquidera incessamment le Centre Régionale de l’Energie Nucléaire de Kinshasa. Voilà une raison de plus qui milite en faveur d’une inévitable alternance de 2016 dont dépend la réhabilitation nationale et internationale du grand Congo-Zaïre.

Faustin BOSENGE
Chercheur et essayiste
Coordonnateur de la NPDAC