Dada Adeline Diambu Binda : « La femme doit se lever pour lutter davantage contre la discrimination et se libérer des contraintes »
Coordinatrice d’une œuvre sociale dénommée projet social « Petite flamme », Dada Adeline Diambu Binda est une pédagogue de formation. En 1978, elle décroche son diplôme d’Etat, option pédagogie au lycée Motema Mpiko. Après ses humanités, elle obtient son inscription à l’Institut supérieur pédagogique de la Gombe où elle est trois ans plus tard diplômée de graduat en pédagogie appliquée, option biologie-chimie. Elle interrompt momentanément ses études pour les cours de langue dans un grand centre de la ville de Kinshasa Une année d’apprentissage de la langue anglaise a suffi pour faire d’elle, quelques temps après, une réceptionniste bilingue à l’ambassade d’Ethiopie à Kinshasa.
Passionnée par les études, elle abandonne son emploi pour faire le second cycle à l’Institut pédagogique national de Kinshasa (Ipn). Avec une licence, elle n’hésite pas, pendant une année, à toucher la craie blanche en tant qu’enseignante. En 1996, elle est engagée au centre de rééducation et récupération projet social « Petite flamme » où elle assure la coordination jusqu’à ce jour.
Selon elle, le projet social « Petite flamme » , est une idée conçue par l’association pour l’économie de communion (Aecom, asbl). Un centre de récupération qui encadre des enfants en difficulté ( enfants de la rue ou ceux dont les parents sont démunis). Ces enfants sont, selon le cas, à récupérer, à réinsérer dans le système classique de l’enseignement. Ce projet consiste également à former pour des métiers et organiser un enseignement spécial pour les enfants aveugles. Concrètement, il s’agit de l’enseignement maternel et primaire jusqu’au niveau de 3è, d’un centre de récupération de tous les enfants ayant abandonné l’école par manque de moyens financiers et un centre de rééducation et réadaptation des personnes handicapées visuelles. L’instruction de ces enfants est assurée gratuitement.
Créé en août 1996, le projet social « Petite flamme » comprend actuellement quatre sites dans les différentes communes de Kinshasa, notamment à Masina, Kimbanseke, N’Djili et Ndolo. « Petite flamme » est constituée également de seize écoles « sous l’arbre » dans plusieurs quartiers des communes de la ville de Kinshasa. A sa création, le centre ne comprenait que vingt-cinq enfants. Actuellement, on dénombre huit cent vingt-cinq enfants inscrits régulièrement.
Outre l’éducation, le centre assure également la nutrition et les soins de santé primaire à ces enfants.
Pour une scolarité gratuite de l’enfant
En tant qu’éducatrice, Dada Diambu affirme que la situation de l’enfant en République démocratique du Congo reste regrettable et déplorable. L’enfant n’a plus la même considération qu’auparavant. Ses droits à l’éducation et à la santé, notamment les soins de santé primaires, ne lui sont plus garantis.
C’est à peine, poursuit-t-elle, qu’on lui reconnaît sa place dans la société. Pour la coordinatrice du projet social « Petite flamme », une part de responsabilité revient à l’Etat congolais. Ce dernier, selon elle, a le devoir et l’obligation d’assurer le bien-être de sa population, notamment celui des enfants. Ces derniers, étant des personnes vulnérables, doivent bénéficier d’un enseignement primaire gratuit, a-t-elle martelé.
D’autre part, elle pense que si le gouvernement réussissait à résoudre le problème de rémunération des agents de l’Etat, l’encadrement des enfants serait une mince affaire. « Peu importe le niveau d’instruction des parents, un enfant qui est sur le banc de l’école emmène la révolution dans une famille », dit-t-elle. C’est pourquoi l’éducation d’un enfant est un besoin majeur dans la mesure où elle contribue au développement d’une nation.
Evoquant le phénomène « enfant de la rue », Dada Diambu a d’abord invité le gouvernement, particulièrement le ministère des Affaires sociales à œuvrer ensemble pour sauver la vie de ces victimes. Ce phénomène, selon elle, doit interpeller la conscience de tous. Elle déplore, cependant, le fait qu’un bon nombre d’enfants aient pour « berceau » la rue. Cela, poursuit-t-elle, constitue un danger pour la société.
Pour remédier à cette situation déplorable, le gouvernement congolais doit revaloriser le travail, créer des emplois et revoir le salaire des fonctionnaires, souligne-t-elle avant d’indiquer que c’est de cette manière que ce phénomène n’aura plus d’ampleur .
La femme congolaise doit se connaître
La situation de la femme en Rdc, indique Mlle Diambu, reste un sujet très délicat, car la femme subit des contraintes morales ou sociales aussi bien au foyer qu’à son lieu de travail. Les contraintes subies par la femme congolaise sont également d’ordre coutumier. Pour se libérer de toutes ces contraintes, la femme, elle-même, doit être déterminée en sachant bien ce qu’elle veut. Elle ne doit pas attendre tout de son mari. Elle doit user de son intelligence et se mettre au travail. Avant de chercher sa liberté ou revendiquer ses droits.
La femme congolaise doit se connaître. D’autre part, elle note qu’ il est difficile de parler de l’émancipation de la femme en général. L’émancipation, selon elle, dépend d’une femme à une autre.
La femme, ajoute Mlle Diambu, joue un rôle important dans la société. Elle a, à sa charge, l’éducation des enfants. Elle veille au maintien de son foyer. Pour cela, elle invite la femme congolaise à se lever pour lutter davantage contre la discrimination qui lui est faite. Elle doit, insiste-t-elle, se débarrasser de tous les préjugés. En tant que chrétienne catholique, elle croit que la femme congolaise ne sauvera son foyer qu’avec le secours divin.
La coordinatrice de l’œuvre sociale « Petite flamme » regrette le fait que certaines femmes passent des journées entières dans des « églises », négligeant leur foyer. Pour elle, ces femmes doivent faire la part de chose.
S’agissant de la situation politique en Rdc, la coordinatrice du projet social « Petite flamme » déclare que la classe politique a perdu beaucoup de temps pour futilités. Mlle Diambu insiste sur l’esprit d’amour et d’intérêt commun qui doivent animer les hommes politique de la Rdc. « Les politiciens congolais doivent acquérir une maturité politique », a-t-elle dit avant de rappeler que la nation congolaise est un bien qui appartient à tous et non aux simples individus. C’est pourquoi, il est indispensable de veiller au bien-être de toute la population. La population congolaise, déclare Mlle Diambu, est fatiguée de toutes les promesses faites par les politiciens congolais. Par ailleurs, elle souhaite vivre une transition pacifique aboutissant aux élections. Le grand problème, selon elle, réside dans le respect de l’Accord global et inclusif.
Espérance Tshibuabua

