Évaluation des activités de l’ONG CAREO (Centre des abandonnés et réintégration des enfants orphelins) dans le Kasaï Oriental et dans le Nord- Kivu.

I. INTRODUCTION

Comme dans toutes les provinces de la RDC, les problèmes de l’enfant sont quasi –similaires excepté quelques particularités inhérentes à l’environnement, aux mœurs et coutumes qui font la spécificité de chaque entité Géoculturelle.

L’enfant qui fait partie de l’une des couches parmi celles vulnérables peut être catégorisé à peu près comme suit : orphelins, déplacés (de guerre, un refoulé du Katanga…) enfants de la rue, enfants dits sorciers, enfants associés aux groupes armées etc….
Les contextes dans lesquels évoluent ces enfants à savoir longues et multiples périodes de guerre, instabilité politique, insécurité de tout genre, éruption volcanique, …ne sont pas de nature à Contribuer au bonheur de l’enfant. Et la raison saute aux jeux, tous ces contextes ci - haut évoqués ont pour conséquence : pillage, destruction des infrastructures locales, déplacements massifs, chômage, pauvreté, viol, infection, enrôlement des enfants dans les groupes armées etc…

II. OBJECTIFS

L’objectif dans cette démarche est de renforcer les capacités de L’ONG CAREO à mieux prendre en charge les enfants vulnérables sous sa garde de manière à recueillir les informations nécessaires pour :

- Augmenter sa capacité d’accueil
- Améliorer l’état nutritionnel
- Améliorer les aptitudes des adolescents pour lutter contre le VIH/SIDA.
- Avoir un personnel qualifié (formation du personnel)
- Implication dans les programme DDR
III. PRESENTATION DE L’ONG

Ø CAREO est une ONG crée le 23 Juillet 1992 à GOMA dans le Nord-Kivu et agréer par arrêté ministériel le 15 Novembre 1995. Elle a été crée suite à la situation socio-économique que traverse la RDC aux conséquences multiple et complexe, empirée par les différentes guerres à l’Est.
Elle poursuit comme objectifs :
- Apporter de l’assistance et la Promotion sociale aux enfants en situation difficile et s’occupe du bien être d’autres groupes vulnérable.
- Promouvoir la culture de la paix, la démocratie, Droits Humains.
- Développement agro pastoral.

Ø Les enfants en situation difficile et les autres vulnérable (vieillard, handicapé physique, réfugiés, déplacés de guerre et autres catastrophe, ….)
Ø CAREO compte à son actif plusieurs réalisations dont encadrement des ENA des réfugiés Rwandais pendant le génocide en 1994 ; des enfants de la rue et dit sorcier, alphabétisation et rattrapage scolaire, réunification et médiation familiale, plaidoyer, activiste dans l’encadrement et prise en charge des orphelins de Sida.
Ø Organisation structurel.
- Président National
- 4 départements : programme, technique, Administration et Finance, Communication et Relation publique.

Ø CAREO est une organisation non gouvernementale qui est représentée dans 6 provinces de la R D C :

Kinshasa (Maluku)
Nord-kivu (Goma)
Sud-kinu (Bukavu)
Kasai-oriental (Mbujimayi)
Kasai- occidental (Kananga)
Province-orientale (Kisangani)

IV. Les Centres Careo du Kasai Oriental

La ville de mbujimayi connaît comme toute autre ville de la RDC la situation des Enfants en situation difficile.
La particularité de Mbuji Mayi est que les activités commerciales et l’exploitation artisanale du diamant prédominent et la majorité des parents s’y adonnent beaucoup plus délaissant ainsi les enfants à eux même sans encadrement adéquat.

Ce qui dérange le plus est que les enfants ne sont pas épargnés par ces activités car ils sont utilisés dans l’exploitation artisanale de diamant. Cette situation reste dramatique pour les jeunes filles quoi sont utilisé aux activités connexes ainsi elles sont déscolarisées, abusées sexuellement et utilisées pour des travaux ménagers.

Cette situation va l’encontre des conventions internationales qui stipulent que tout les enfants ont le droit de vivre dans un environnement sain, qui le protège de tout traitement inhumain, des habit des tout genre et de l’exploitation, ils ont droit à la vie, à la survie, au développement, à l’éducation et à la protection.

Centres de MBUJI MAYI

A ce jour Mbuji mayi compte 2 Centres : Centre de TSHIBOMBO à Lupatapata et le centre de MATEMPU .

1) Centre de Tshibombo

a) Situation Géographique

Ce centre est situé à une dizaine de Km de la ville de Mbuji mayi. Il est opérationnel depuis le 17 juillet 1994 avec pour mission de récupérer les enfants orphelins des refoulés du Katanga (enfants non accompagnes spécialement).

b) Réalisations

En collaboration avec Médecins sans frontières (MSF), CAREO a récupéré 72 enfants orphelins à partir de Luputa et a installé ces enfants dans son centre de TSHIBOMBO. Sur les 72 enfants orphelins, on comptait 38 filles et 34 Garçons.
Depuis 1994, il a réintégré 10 enfants dans les familles d’accueil, a fait marier 3 filles, 4 enfants ont déserté et sont devenus soldats, 4 sont décédés et 10 ont déserté le centre pour une destination inconnue. A ce jour, il ne reste que 35 enfants orphelins des refoulés dans le centre. Le centre a érigé un centre d’éducation non formelle où il a récupéré 17 enfants abandonnés et orphelins et cela a amené l’effectif de la population du centre à 52 orphelins aujourd’hui.

La spécificité de cet orphelinat est qu’il regroupe diverses catégories d’enfants : orphelins des refoulés et déplacés de guerre, enfants mal nourris et de rue et autres vulnérables. Depuis 1998, le centre accueille de plus en plus d’enfants et des familles de déplacés fuyant les atrocités de la guerre. Aujourd’hui la plupart de ces déplacés ont été évacués par la MONUC et parmi eux il y avait des veuves que CAREO utilise aujourd’hui pour l’encadrement des enfants. Présentement, le centre est entrain d’être réhabilité avec le financement du Bureau Central de coordination (BCECO) en vue de l’exécution du programme de réinsertion socioprofessionnelle de 40 enfants dits sorciers.

c) Perspectives

Projet d’érection d’un centre de formation professionnelle moderne sur un terrain de 5 hectares acheté sur fonds propre de l’organisme.

d) Difficultés

Ce Centre est confronté à plusieurs difficultés dont les principales peuvent se résumer en ceci :

· Le manque quasi-total de l’eau potable ;
· Le manque d’infrastructures scolaires dans un rayon de plus au moins 30 Km ;
· L’inexistence d’un centre de santé avec ce que cela a comme conséquences ;
· L’inadaptation des infrastructures sociales aux besoins et à la demande de la population bénéficiaire ;
· L’inexistence pas d’un marché adapté aux transactions et au milieu.

2) Centre de MATEMPU

Présentation

Un centre se trouvant dans le périphérie du polygone minier de la MIBA dans le territoire de lUPATAPATA dans les mines de MATEMPU
Ce centre existe depuis 1990 avec l’exécution du programme d’alphabétisation suivi quelque temps après de celui de l’éducation non formelle avec l’aide de l’UNICEF.

Ce centre a encadré plus de 500 enfants qui ont réintégré le circuit formel grâce au programme d’éducation non formelle.

Mais malheureusement depuis l’an dernier le centre a été fermé suite à une épidémie de choléra dans le milieu et le chef de quartier en connivence avec l’autorité locale y avait installé les enfants mis en quarantaine.

Ceci a fait que les parents, même après l’épidémie, n’étaient plus disposés à y envoyer leurs enfants. Ainsi ces enfants ont été abandonnés à eux-mêmes et ont repris le chemin des carrières (mines). Cet incident a relancé aussi la prostitution des jeunes filles ainsi que le phénomène de la paternité ou la maternité précoce. Il sied de signaler que cette situation se localise tout autour du polygone minier de la MIBA où il n’y a ni école, ni centre de santé et les enfants prennent facilement goût à l’exploitation du diamant bafouant ainsi la convention collective relative aux droits de l’enfant ainsi que le code de travail congolais.

V. CENTRE DE GOMA (Nord-Kivu)

1. ETAT SANITAIRE

Dans ce secteur, c’est le désastre ; les maux qui rongent cette couche sociale avec beaucoup d’acuité sont la malnutrition et les infections diverses dont le VIH/SIDA. Les enfants encore plus vulnérables dans ce contexte sont en majeure partie les orphelins, les enfants séparés des parents, les enfants de la rue ou ceux dans la rue.

2. ACTIVITES

Nous avions mis à profit notre séjour dans le grand Kivu en visitant tour à tour les sites CAREO ci-après : GOMA, MUGUNGA, MINOVA. En dehors de sites CAREO, nous avions aussi été voir le Centre Nutritionnel de l’Hôpital Général de GOMA, le CEPLANUT(Programme National de la Nutrition ), le Programme National de lutte contre le SIDA ( PNLS) et le Centre d’élevage des fretins qui se trouve à Bukavu.

Des différentes visites effectuées par-ci, par là, nous nous arrêtons d’abord sur les sites CAREO pour constater que bien que fonctionnant avec le fonds propre, cette ONG, dans ses sites :
· de GOMA (4m/8m) encadre les enfants pour des petits Job (Cordonnerie, Boutique, Cantine du personnel), offre 1 repas/jour à des enfants qu’elle héberge, dispose d’un restaurant public dont les revenus aident au fonctionnement des activités. La grande préoccupation ici demeure la promiscuité dans laquelle logent ces enfants et les frais inhérents à leur santé et surtout à leur formation.

· De MUGUNGA (3m/20m) site délimité avec les pierres de lave volcanique uniquement sans bâtisse pour protéger les pensionnaires des intempéries. Ici, les enfants reçoivent une ration de bouillie tous les 2 jours alors qu’ils ont besoin d’une ration journalière et régulière.

Ce qui frappe amèrement est de voir les enfants d’un an marcher sur les pierres des laves pour venir chercher eux-mêmes leurs rations de bouillie (voir image). Malgré leur pauvreté, les encadreurs par humanisme, prennent d’autres enfants en charge alors qu’elles sont elles même nécessiteuses.

· de MINOVA, impossible de dire avec précision les visiteurs n’ayant pas accédé au site à cause de l’insécurité qui y prévalait,

Après les sites CAREO, nous nous sommes entretenus avec les tiers dont le CEPLANUT, le responsable du site d’élevage de fretins…
Au CEPLANUT, il s’est agi principalement de l’utilisation des farines des fretins pour la réhabilitation tandis qu’au Centre d’élevage des fretins, il était question d’intensifier la coopération et voir comment utiliser cette potentialité pour résoudre la question de la malnutrition.

VI. DIFFICULTES DES DIFFERENTS CENTRES

Elles peuvent se résumer en ceci :

- L’enclavement du milieu pose problème surtout la communication par téléphone ou internet (ex : sur internet 1 minute coûte 150 Fc plus ou moins 0,5$) ;
- L’impraticabilité des routes d’accès au centre ;
- Le manque d’approvisionnement en eau potable et en électricité ;
- Les enfants encadrés ne disposent pas de tuteurs ou parents capables d’honorer leurs frais d’études ;
- Le manque d’intérêt des enfants qui viennent au centre affamés ;
- Les supports didactiques et objets classiques insuffisants ;
- L’accès difficile aux soins de santé et le manque des latrines viables ;
- Le désœuvrement qui conduit à la débauche et expose ces enfants aux diverses infections notamment le VIH/SIDA ;
- Le manque de sensibilisation sur les MST.

VII. REMARQUES

Dans tous nos sites et même tous les centres où nous sommes représentés, un grand problème se pose et sort du lot, c’est celui de la malnutrition. Aussi, sur proposition de notre pédiatre et en accord avec certains nutritionnistes, avions-nous jugé utile de mettre sur pied un aliment qui pourrait combattre la carence en protéines animales, principale base de la malnutrition. Un produit à base de farine de poisson est actuellement en chantier. Les recherches se font sur fonds propre ; mais beaucoup reste encore à faire pour que l’expérience profite à tous les malnutris. Et c’est ici que nous requérons l’intervention des tiers (bailleurs des fonds). Ceci est l’une des missions qui a motivé la mise sur pied de cet aliment miracle à base de farine de poisson est celle effectuée au mois de Février dernier dans nos représentations dans le grand Kivu (Goma, Minova, Keshero, Bukavu) par le Docteur Madame KAPEPELA pédiatre de son état. Ainsi, elle qui y travaille depuis un certain temps peut nous en faire des amples détails

VIII. PROPOSITIONS

Elles sont aussi nombreuses mais elles reposent sur ces grandes lignes :

- L’implication des parents dans les efforts d’alphabétisation des enfants et leur scolarisation ;
- La conscientisation des enfants et adultes sur la sexualité responsable, les infections sexuellement transmissibles et l’abus sexuel des enfants ;
- Equipement du centre en matériels didactiques et fournitures scolaires ;
- Construction des latrines viables ;
- Doter le centre de réservoir d’eau et puits ;
- Doter le centre d’un quota mensuel de vivres pour les enfants alphabétisés (cantine scolaire) ;
- Le recyclage des encadreurs sur le programme d’éducation non formelle ;
- Le moyen de transport pour permettre de mieux diriger les activités dans les différents sites.