L’Etat congolais tue silencieusement sa population: Les FARDC dépourvues vivent aux dépens des civils

Les habitants de la province du Sud-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo, principalement ceux des zones rurales, ne cessent de fustiger les supplices que leur font subir des éléments des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) notamment. En ville comme en campagne, l’on signale au quotidien des rafles des biens sur les passants, l’humiliation de ces derniers, des incursions nocturnes dans les domiciles soldées par des vols et parfois des assassinats. Des militaires réduits à la mendicité sont en errance. Des récoltes destructives effrénées des champs des paisibles paysans par des hommes de troupe font l’objet de nombreux rapports.

En effet, des sources associatives et confessionnelles dans les huit territoires de la province stigmatisent l’acharnement des militaires congolais sur les biens des populations sous leur protection. A la base de ce comportement éhonté se trouve incontestablement l’indifférence de l’Etat face aux conditions de vie des militaires traduite par l’impunité dont jouissent ces derniers. Il n’est un secret pour personne que la solde mensuelle irrégulièrement payée aux FARDC s’élève à 5.000 Francs congolais par individu, soit environ 10$. Dérisoire, ce montant est appelé “ cinq minutes ” par les bénéficiaires dont la plupart ont une charge familiale considérable.

Pour survivre, les militaires congolais aux prises avec une impécuniosité accrue n’hésitent guère de moissonner les champs des civils. A plusieurs endroits, sans être fermiers, les hommes de troupe et leurs épouses sont devenus des fournisseurs de taille des produits agricoles et forestiers tels le manioc, le haricot, les bananes, la tomate, la patate douce, la pomme de terre, le maïs, les agrumes et autres fruits, … Des étangs piscicoles sont aussi vidés nuitamment de leurs poissons par des éléments de l’armée nationale.

Dans le but de collecter plus de vivres, les militaires entretiennent partout des barrières sur les axes routiers et les sentiers qui conduisent aux marchés et/ou aux champs. Les paysans sont contraints de donner à chaque arrêt une partie de ce qu’ils transportent. Et comme les barrières sont multiples, souvent le pauvre paysan arrive à destination avec moins de la moitié de la quantité du départ.

Aussi, la plupart des efforts de reboisement consentis par des particuliers dans les territoires où la déforestation est déjà avancée ne sont-ils pas actuellement en moule à la suite de l’abattage d’arbres par des soldats en quête des sticks pour construire leurs cabanes et surtout pour la fabrication de la braise destinée à la vente. Cette destruction de l’environnement porte en lui de graves conséquences sur le rythme des saisons et, se combinant à d’autres facteurs anthropiques résultant du manque d’une politique cohérente d’aménagement du territoire, elle rend plus désolant, après les pluies, le visage des localités situées dans ces régions.

A ce titre, l’action négative des FARDC en cours sur le tapis d’arbres résiduels ou en régénération après la présence massive, entre 1993 et 1996, des réfugiés rwandais et burundais serait prise comme un des actifs germes importants des multiples pertes en vies humaines et matérielles enregistrées chaque fois après les pluies diluviennes, notamment dans la Plaine de la Ruzizi en territoire d’Uvira.

Ainsi nombreuses entités jadis considérées comme des greniers de la province et de la région des Grands Lacs et où les habitants prenaient des mets variés plusieurs fois par jour, connaissent aujourd’hui des carences alimentaires aiguës. Les familles qui mangeaient au moins deux fois, trouvent difficilement un repas de valeur nutritive faible par jour. Des enfants, des femmes et des vieillards, en nombre sans cesse croissant, accusent des marasmes nutritionnels. Pire encore, les humanitaires pouvant palier à cette situation carentielle éprouvent parfois d’énormes difficultés pour apporter l’assistance voulue à cause de l’incertitude sécuritaire sciemment entretenue par les pêcheurs en eau trouble qui pullulent. Nombreux sont alors des villageois qui, ne produisant plus suffisamment, vivent péniblement la période de soudure entre deux saisons culturales, ne disposent plus de réserves des semences et parfois consomment ou vendent simplement les semences éventuellement leur offertes par les ONG caritatives. La faim et la poursuite de l’appropriation par les plus forts du fruit du labeur paysan l’expliquent grandement. Il n’est donc plus étonnant d’entendre des cultivateurs énervés de diverses localités se questionner instamment sur le bien fondé de continuer les travaux de la terre pendant que ce sont d’autres qui jouissent de la sueur de leur front.

Nous ne nous lasserons jamais de le décrier, un soldat non payé et aux ordres demeure un danger public permanent. En plus, cet état de dénuement élevé des soldats ne peut qu’expliquer pourquoi l’armée nationale semble assister impuissante aux sévices inouïs imposés aux populations par les milices étrangères conglomérées à des Congolais véreux particulièrement dans les territoires de Walungu , de Kabare, de Mwenga et de Shabunda.

Sans être un prophète de malheur, il y a lieu d’estimer que l’inquiétante situation de violation des droits civils, économiques et sociaux des habitants de quasiment tous les territoires de la province est susceptible de déboucher, dans un bref avenir, à une explosion sociale lourde de conséquences. Cela serait légitimement mis sur le compte du gouvernement congolais de transition qui répond par une indifférence coupable aux cris de détresse lui lancés à plusieurs reprises par les populations victimes, les organisations nationales et internationales, ainsi que la communauté internationale soucieuses de voir la RDC sortir définitivement d’une situation de la jungle.

Agir vite et efficacement pour la prise en charge des militaires doit être aujourd’hui la priorité des priorités du gouvernement de transition de peur que son peuple ne continue à périr à petit feu ou de se voir désavoué par la population lors des élections qui couronneront cette période de gestion collégiale du pays.

L’association des droits de la personne Héritiers de la Justice pense que ce comportement entretenu par des militaires devrait être interprété comme un message fort destiné au Président de la République en sa qualité de Commandant suprême des forces armées (Art 72 de la Constitution de la transition) qui ont un mandat de protéger les personnes et leurs biens (Art 178).

Héritiers de la Justice et d’autres observateurs avertis craignent que les populations civiles meurtries par de longues années de guerre ne développent un complexe du désespéré. Ce comportement les pousserait à mettre sur pied des mécanismes d’auto-protection et d’auto-prise en charge à l’instar des groupes extrémistes connus sous d’autres cieux. Ce qui ne serait guère une bonne affaire, ni pour la RDC, ni pour l’humanité.

Fait à Bukavu, le 27/05/2005

Héritiers de la Justice


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