Invasion du siège de la Télévision Tropicana Tv à Kinshasa : OLPA indigné par l’instrumentalisation de la police nationale congolaise par les particuliers

L'Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique (OLPA), réseau africain d’experts juristes et journalistes volontaires pour la défense et la promotion de la liberté de la presse en Afrique, est très indigné par les méthodes utilisées par les Services spéciaux de la Police nationale congolaise (PNC), après l’invasion du siège de Tropicana Tv, chaîne privée de télévision émettant à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, par plusieurs policiers, le 31 mars 2006.
En effet, plusieurs éléments de la police sous les ordres d’un capitaine nommé Thierry, non autrement identifié, accompagnés de deux musiciens du groupe musical Les Makoma ont assailli mercredi 31 mars 2006 dans l’avant-midi, le siège de Tropicana Tv, situé à l’immeuble Botour à Kinshasa/Gombe, terrorisant journalistes, techniciens et autres visiteurs trouvés sur le lieu.
Ils ont interpellé, au même moment, Diego Mfisia, rédacteur en chef de cette chaîne de télévision qu’ils ont préalablement soumis un mauvais traitement avant de le conduire manu militari au bureau des Services spéciaux situé à l’immeuble Kin-Mazière à Kinshasa/Gombe. Il a été gardé à vue pendant plus de deux heures avant d’être relâché.
Les policiers se sont transportés sur le lieu suite à la requête des membres du groupe musical les Makoma qui accusent Tropicana Tv d’avoir diffusé les 30 et 31 mars le clip vidéo du nouvel album de l’orchestre encore sous embargo. Une allégation rejetée par Tropicana Tv qui affirme que le producteur du groupe avait remis ce clip à la journaliste Hienriette Kanjinga dans le cadre promotionnel du disque qui sera bientôt largué sur le marché.
Après s’être rendu compte du tort causé à Tropicana Tv, les Makoma ont tenté en début de soirée de présenter des excuses à la rédaction de Tropicana Tv par le truchement des services de l’Ambassade de Pays-Bas.
Eu égard à ce qui précède, OLPA condamne fermement cette invasion qui semble inaugurer les méthodes de l’Etat policier décriées au cours de cette époque. Il déplore, en outre, l’instrumentalisation des agents de police par des particuliers dans le but de nuire ou préserver certains intérêts.
Cette invasion constitue une violation grave de la liberté de la presse garantie par la Constitution du 18 février 2006 et les instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’homme.
Par conséquent, OLPA exige que des mesures urgentes soient prises au niveau de la PNC en vue de sanctionner des policiers qui ont agi par abus et par excès en troublant manifestement l’ordre public tout en voulant donner l’impression la rétablir.
OLPA réitère une fois de plus son souhait de voir le gouvernement congolais et la Monuc sécuriser les journalistes sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo pendant les périodes électorale et post-électorale.