Journée mondiale de la liberté de la presse : OLPA, deux ans au service d’une liberté essentielle

L’humanité célèbre ce mercredi 3 mai 2006, la 16ème journée mondiale de la liberté de la presse. Le thème retenu pour cette année est « Médias, développement et éradication de la pauvreté ».
Ce grand jour coïncide avec le second anniversaire du démarrage des activités de l’Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique (OLPA) sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo (RDC). Voici donc deux ans jour pour jour que ce réseau d’experts juristes et journalistes bénévoles défend et fait la promotion de cette liberté essentielle, à leurs risques et périls, dans un pays où l’exercice du métier de journaliste est plus que jamais périlleux.
Sans financement institutionnel, les volontaires de l’OLPA disséminés à travers les provinces de la RDC surveillent jour et nuit l’exercice du droit d’informer et d’être informé, mettant en danger non seulement leur propre sécurité, mais aussi celle de leurs proches. Ils ne cessent non plus d’approcher les professionnels de la presse pour exhorter ces derniers à exercer ce noble métier en toute responsabilité.

OLPA tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de la liberté de la presse au Congo-Kinshasa

Le Comité exécutif de l’Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique saisit cette occasion pour tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation de la liberté de la presse en RDC pendant cette période cruciale, durant laquelle le peuple congolais se préparent à participer aux élections qu’il souhaite « libres, démocratiques et transparentes », et dont le premier tour est prévu au 30 juillet prochain.
OLPA constate, avec amertume, que l’enquête judiciaire sur l’assassinat le 3 novembre 2005 du journaliste Franck Ngyke Kangundu du quotidien « La Référence Plus » et de son épouse Hélène Mpaka ne semble pas avancer comme on s’y attendait. Six mois après cet acte odieux, l’affaire n’a été fixée devant aucune juridiction de l’ordre judiciaire congolais. Ce qui pousse à croire que les auteurs matériels et intellectuels de cet assassinat vont jouir de la totale impunité, alors que la justice est de plus en plus sollicitée pour donner de la lumière sur ce dossier.
La situation de la liberté de la presse n’est guère reluisante au courant de ce premier semestre de l’année 2006, OLPA observe la recrudescence de certaines pratiques qui constituent une sérieuse menace pour l’avenir de la presse congolaise. En cinq mois seulement, OLPA a enregistré plusieurs interpellations et incarcérations des journalistes en RDC. En ce jour du 3 mai 2006, deux d’entre eux croupissent encore dans les geôles du Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK). Il s’agit de Patrice Booto, directeur du journal « Le journal » détenu depuis l’année dernière, et de Kazadi Kwambi Kasumpata, correspondant à l’hebdomadaire Lubilanji Expansion. Il est privé de liberté depuis le 22 avril 2006. Hormis ces journalistes emprisonnés, OLPA constate que plusieurs attaques enregistrées au cours de ces derniers mois ont eu pour cible privilégiée les professionnels de la presse et les installations de stations de télévisions et radios. Plusieurs journalistes et collaborateurs des médias ont subi des traitements cruels, inhumains et dégradants à l’intérieur de la RDC tout comme dans la capitale Kinshasa. Leur seul tort a été le fait d’avoir cherché à informer leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs.
Des maisons de presse ont été l’objet d’actes de sabotage, entre les mois de mars et d’avril 2006, dans les provinces du Nord Kivu, Katanga et le Kasaï. Il en est ainsi de Canal Congo Télévision (CCTV), Radio télévision nationale congolaise (RTNC), Radio télé Groupe l’Avenir (RTGA), Digital Congo, et tant d’autres. Les auteurs de ces actes commis avec préméditation sont parfois bien connus et identifiés par des autorités policières et judiciaires. Hélas, ils jouissent d’une totale impunité, car les enquêtes sont menées qu’aux bouts de lèvres, sans qu’on ait la suite.
Ce tableau sombre de l’exercice du droit d’informer et d’être informé ainsi que la résurgence des pratiques criminelles contre les médias inquiètent OLPA qui ne trouve aucune garantie pour la sécurité des journalistes pendant les périodes électorale et post-électorale en RDC.
Eu égard à ce qui précède, OLPA demande aux autorités de la RDC, à la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) ainsi qu’à la Force de l’Union Européenne (Eurofor) qui sera bientôt déployée, d’inscrire parmi leurs priorités la sécurisation des journalistes et des organes de presse pendant et après les élections.
Conscient des maux qui rongent la justice congolaise, OLPA exhorte néanmoins celle-ci à se dépasser et à mettre fin à la culture de l’impunité en RDC laquelle réconforte les bourreaux des professionnels de la presse nourris des espoirs de jamais avoir maille à partir avec la justice après leurs forfaits. Il en est aussi de l’examen des dossiers des journalistes détenus actuellement au CPRK.
Quant aux professionnels de la presse, OLPA les invite à exercer leur métier en toute responsabilité, dans le respect de la législation en vigueur, à diffuser la vérité quel qu’en soit le prix à payer, et ne pas se laisser intimider par qui ou quoi que ce soit.