LE BEL AVENIR DE CITOYEN MOUSTIQUE

J'habite un Quartier populaire d'un pays du Sud. On y chante, on y danse, on y jubile à longueur de journée au son de la guitare et au battement du tam-tam. Ce Quartier bouillonne d'animation, et de commerce, de joie de vivre et de chaleur humaine. Mais, hélas! Il est déserté par sa jeunesse. Une jeunesse fuyant la folie de Citizen Mosquito et cherchant des banlieues du « Nord développé » ou des ghettos du « Sud profond » déjà libérés de cette folie meurtrière.
Face à cet exode juvénile massif et intensif;
Face à l'inexistence de budgets conséquents de lutte contre Citizen Mosquito dans les pays du Sud;
Face à la montée des élans xénophobes et au triomphe électoral des leaders racistes dans les pays développés du Nord, que faire?

Face à tout cela, certains querelleurs de mon Quartier insalubre disent qu'on peut faire asseoir Citizen Mosquito autour d'une table de négociation et inscrire une seule question orale à son endroit. Cette question est celle-ci :

Est-il bon ou mauvais de transmettre le paludisme aux paisibles dormeurs sains de nos quartiers insalubres?

D’autres polémistes estiment pour leur part que pour que Citizen Mosquito cesse de piquer les enfants de la rue, les jeunes mal logés, les femmes enceintes et d'autres personnes vulnérables de nos bas quartiers insalubres, il faut simplement le surprendre en pleine piqûre et l'écraser. Sans autre forme de procès.

Voilà deux points de vue inattendus que j'ai souvent surpris dans les discussions animées des jeunes et des paisibles dormeurs de mon quartier qui connaissent assez souvent des interruptions brusques de sommeil lorsqu’ils sont piqués.

Si nous admettons que ces points de vue ont une certaine logique et si nous allons jusqu’au bout de cette logique, nous nous rendrons compte que dans l’hypothèse où nous réussissons à nous saisir de Citizen Mosquito et que nous comprenons non pas sa langue mais son langage, nous pouvons tout aussi bien négocier avec lui ou l'écraser. Sans autre forme de procès.

S’agissant de la solution qui consiste à négocier avec Citizen Mosquito.

Personnellement, je persiste à penser que la tâche de négocier avec Mosquito, peut-être confiée aux brigades sanitaires et autres professionnels de la santé formés en cette matière. Ils peuvent,eux, faire asseoir Citizen Mosquito, l'interroger, comprendre son cahier de revendications, et signer des accords pour une paix durable - à défaut d’être éternelle - entre lui, Mosquito, et les paisibles dormeurs de mon quartier insalubre.

S’agissant de la solution qui consiste à écraser Citizen Mosquito.

Personnellement, je persiste à penser que la solution qui consiste à écraser Mosquito ne résoudra pas le problème en profondeur. Au contraire sa mort le rendra encore plus célèbre et plus vivant. Car bien que mort, son auréole continuera à briller de mille feux. Et les moustiques-orphelins qui lui survivront, se réorganiseront, se choisiront un nouveau Stratège souvent plus jeune, et donc plus dynamique, plus revendicatif, et plus vindicatif.
Leurs actions prendront des formes plus subtiles et plus ravageuses. Et donc, au fond, rien n'aura vraiment été réglé. Et nos quartiers insalubres n'arrêteront pas de compter les pertes en vies humaines liées aux actions de Citizen Mosquito et de ses troupes.

S’agissant de la mondialisation de ce combat inégal.

Comme l’humanité veut maintenant recourir à la magie de la mondialisation pour gagner cette lutte. Personnellement, je persiste à penser ceci. Comme la lutte contre le paludisme (je dis bien contre le paludisme, et non contre Mosquito) est devenue mondiale ; et comme la date du 25 avril qui était jusque là une "journée africaine" de lutte contre le paludisme, à partir de l'an 2008, cette date est proclamée et programmée "journée mondiale" de lutte contre un fléau réputé tropical. Je trouve cela génial.

C'est génial, vraiment génial !

Mais, attention ! Pour ce qui est de mon quartier insalubre, que peut-il concrètement attendre de la journée planétaire du 25 avril ?

Quels chantiers le « Monde » va-t-il ouvrir dans mon quartier chantant, dansant et jubilant au milieu d'une insalubrité omniprésente et triomphante ?

Pourquoi s'agissant de mon Quartier, on ne négocierait pas d'abord et avant tout avec le Citizen Mosquito qui fait rage dans mon quartier au lieu de chercher à émouvoir le « Monde » sur un fléau tropical qui, en fait, n'est qu'une conséquence lointaine des attaques de ses troupes et de l'activité inconsciente et incivique des complicités internes de nous, gens qui habitons les quartiers insalubres et des Services publics qui nous gèrent et gèrent nos quartiers ?

Finalement, j’incline à penser qu’Il vaut mieux donc faire asseoir Citizen Mosquito pour lui faire comprendre que s’’il veut vivre en paix avec le « Monde » en général et mon Quartier en particulier, il a intérêt à mettre fin à ses attaques, et à cesser d'utiliser les bassins paludéens de mon quartier comme infrastructures d’où partent ses troupes

Finalement, j’incline à penser qu’Il serait bon aussi que nous, habitants des quartiers insalubres, reconnaissions en notre âme et conscience
Que Citizen Mosquito n'est ni propriétaire, ni gestionnaire des infrastructures d'où partent ses unités combattantes.
Que les vrais propriétaires sont inconscients de leur implication dans la perpétuation de ce fléau tropical dont ils deviennent par l'ironie du sort les premières victimes.
Et que donc, c'est une lutte préventive et anticipative qu'il nous faut privilégier, en lieu et place des émotions tardives et passives, et des appels à l’aide mondiale.

Oui, voler au secours des familles pauvres, des femmes enceintes, des réfugiés, et autres sinistrés en leur distribuant moustiquaires imprégnés, insecticides, comprimés d'artesunate et d'amodiaquine; perfuser les malades atteints de malaria plus-plus, tout cela n'est pas mauvais. Dès lors qu'il s'agit de prendre en charge une humanité clouée au lit pour cause de malaria plus plus.

Mais, étant un stratège Citizen Mosquito sait très bien qu’à la journée planétaire du 25 avril, le "Monde" ne se mettra jamais d'accord sur la meilleure organisation de l'âpre combat à mener dans les Quartiers sous son contrôle, et sur la meilleure affectation des moyens conséquents à mettre en jeu pour le déloger de ces Quartiers, ou pour démanteler les infrastructures qu'il utilise pour lancer ses attaques.

Mosquito sait très bien que le "Monde" préfère faire du commerce sous le couvert du social ou de l'humanitaire.

Mosquito sait que le "Monde" préfère investir dans la fabrication de nouveaux produits pharmaceutiques plutôt que dans l'assainissement des Quartiers pauvres en équipements urbains

Mosquito sait aussi que le « Monde », le vrai « Monde » c’est le « Nord développé » et que le reste, on l’appelle d’ailleurs justement « Reste du Monde » , « Tiers Monde » au moment où il constitue les « Trois-quarts du monde »

Connaissant tout cela, Mosquito est très à l'aise dans les Quartiers sous son contrôle.

Il est très fier de sa silhouette filiforme et de l'activité joyeuse et ravageuse de ses troupes. Sûr, de sa victoire, Citizen Mosquito pourrait être tenté de faire échouer toute négociation. Si négociation, il y aura.

Faut-il désespérer ? Non, je crois que non !

Si les négociations que j’appelle de mes vœux échouent, Je crois qu’il faut plutôt :

Que le "Monde" se mette enfin d'accord sur l'assaut final contre non pas la personne de Citizen Mosquito, mais contre les infrastructures qu’il utilise; Il faudra donc

Que les plans et schémas de l'assaut final soient mis au point par mon Quartier, dans mon Quartier et pour mon Quartier ;

Que les programmes et calendriers y relatifs soient enfin élaborés dans mon Quartier, par mon Quartier et pour mon Quartier ;

Et que les budgets y relatifs soient enfin votés et financés dans mon Quartier, par mon Quartier et au profit de mon Quartier ;

Ce n’est pas tout.

Parallèlement à cela, il faudra que, d’ores et déjà, le « Monde » laisse ma Commune initier des projets de construction des « Quartiers libérés de la terreur de Citizen Mosquito ». Quitte à financer leur construction.

Peu m’importe que ce soit des micro, ou des macro-projets, des méga, ou des giga-projets. L’important c’est que de tels projets puissent quitter le domaine de l’utopie pour se réaliser.

Concrètement !

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Pour recevoir mensuellement directement dans votre boîte électronique les "Belles Aventures" de Citizen Mosquito (Mosquito_stories) veuillez manifester votre intérêt en écrivant à dicky.mamputu@gmail.com .

Le recueil complet comprend 36 belles aventures (version numérique) consacrées à celui que l’on désigne sous le nom de :
- Ngungui-Moustique à Kinshasa, Brazzaville, Luanda …
- Citizen Mosquito à Lagos, Accra, Naïrobia, Dar-es-Salam, Lusaka …
La livraison mensuelle d’une « belle aventure» coûte 0,50 dollar US. Nous acceptons le règlement anticipatif du recueil complet.

Comment vont se terminer ses belles aventures ? Seul l’avenir nous le dira et seuls ceux qui auront souscrit à la lecture du recueil complet connaitront la fin de ces belles aventures.