« RAPPORT PAIX ET JUSTICE : LES DILEMMES DANS LES NÉGOCIATIONS DE PAIX »

« RAPPORT PAIX ET JUSTICE : LES DILEMMES DANS LES NÉGOCIATIONS DE PAIX »
Par Edel Martin KABUTAKAPUA Nansh’a Tshibuabua

Auguste Assemblée,

Au nom du Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix » -RJMP- et de son partenaire Pax Christi International –PCI- que je représente en ce moment et en ce lieu, je voudrais d’abord m’acquitter d’un devoir agréable, celui de remercier les organisateurs de cet atelier (MONUSCO/Kananga et Unité de Médiation) qui ont accepté de bousculer leur programme et nous accorder un petit espace afin d’échanger avec vous sur ce sujet profond : « Dilemmes dans les négociations, rapport entre Justice et Paix ».

En ce début de 21ème siècle l’humanité continue, malheureusement, d’être confrontée à des défis immenses et sans frontières résultant pour la plupart des conflits mal gérés, lesquels entraînent des guerres civiles, des affrontements sanglants et meurtriers, des violations massives des Droits de l’Homme, des déplacements forcés, des violences sexuelles et viols à l’égard des femmes, des pillages et des incendies d’écoles et d’autres édifices d’utilité publique, de pertes et égarements d’enfants, etc.

Toutefois, il est cependant reconnu que
• Le conflit est inhérent à tout groupe humain et que, depuis les âges, les hommes ont toujours été en conflit. Par conséquent, il serait absurde d’affirmer l’éradication totale et définitive de conflits sur la terre ;
• Le conflit n’est ni bon ni mauvais mais c’est la façon de le résoudre qui lui donne une conotation soit négative (lorsque le conflit est mal géré et qu’il se trouve à la base du déclin ou de la perdiction d’une communauté) soit positive (quand le conflit est bien résolu et qu’il constitue un facteur de développement).

C’est le premier aspect (conflit négatif et mal géré) qui présente le contexte actuel du Grand Kasaï. Conflit inter-provincial, conflits entre les territoires de deux provinces, conflits entre les territoires d’une même province, conflits entre les groupements d’un même secteur, conflits entre les localités de deux groupements différents, conflits entre les localités d’un même groupement, conflits entre les membres d’un même clan, conflit entre les membres d’une même famille : conflits miniers, conflits coutumiers, conflits limitrophes, conflits champêtres, etc.
Lors de l’atelier tenu par PCI et partenaires à Strasbourg, en mai 2010 au Rassemblement mondial triennal, sur Impunité, Justice transitionnelle et Commissions de Vérité, l’invitation à offrir réflexions et commentaires sur le rapport Paix et Justice nous a été faite.
En effet, à cette occasion, un document exposant la vision de PCI sur « Paix et justice : les dilemmes dans les négociations de paix » fut présenté. Fruit d’une discussion plus large sur les principaux dilemmes rencontrés entre justice et paix dans les négociations de paix, ce document est basé sur des exemples tirés d’expériences menées en Ouganda et en Colombie. Nous relevons ici ces principaux dilemmes :
• L’interrelation et même la dichotomie perçue entre justice et paix : sans justice, pas de paix durable, mais dans l’établissement de la paix, la poursuite de la justice est parfois perçue comme un obstacle. Souvenons-nous, chez nous en RDC, la situation qui oppose le Gouvernement Congolais à la Communauté Internationale et Structures de la Société Civile au sujet de l’extradition du Général Bosco NTANGANDA.
• Le caractère immoral inacceptable de l’impunité : si la paix a préséance sur la justice, l’impunité envers des agresseurs s’avère un outil indéniable, mais est-ce acceptable moralement, et par qui ?
• Paix juste ou « un semblant de paix » : la seule absence de la violence peut parfois être relativement facile à atteindre, mais elle ne donne aucune assurance que la violence ne pourra réapparaître jusqu’à ce que les agresseurs aient été punis et les victimes restaurées.
• Justice distributive vs justice réparatrice : si la première (ex. justice internationale) est un obstacle à la paix ou aux négociations de paix, la justice réparatrice (telle qu’on la trouve souvent dans les systèmes traditionnels de justice) peut être un moyen de trouver un accord. Toutefois la justice réparatrice, en mettant moins d’emphase que l’autre sur la punition des agresseurs, peut conduire à l’impunité.
• Accorder ou non l’amnistie : l’amnistie peut conduire à la paix, mais aussi miner la justice.

L’une des conclusions du document voulait que quelque soit l’importance des dilemmes en regard d’une paix durable, le plus important est d’inclure les citoyens et les communautés dans la recherche de la paix. Leur inclusion doit précéder l’action touchant les dilemmes tant au niveau local, national que régional, car ces acteurs sont la pièce maîtresse en contexte de conflit. Ils sont, après tout, ceux qui vont vivre avec les effets des résolutions et accords de paix. En outre, divers conflits exigent diverses approches, chacune s’adressant à un angle particulier de la situation.
Dans ce même contexte, le débat académique sur paix et justice a cours présentement en milieu académique à travers les cinq continents où est implanté PCI, le RJMP a ce programme pour le Kasaï Occidental.
Il y a lieu de rappeler qu’en théorie, les deux concepts semblent se compléter, mais en pratique ils se contredisent fréquemment. Les intellectuels demandent souvent ce qui est premier : devrait-on établir la paix d’abord et, quand elle est rétablie, arrêter les agresseurs, ou devrait-on commencer par les arrêter et les citer en cour de justice, pour ensuite établir la paix ? Beaucoup de gens, des civils surtout qui sont une cible, pensent que la paix est le premier but à atteindre en situation de conflit. On devrait alors rétablir la paix avant d’obtenir justice pour les victimes. Or on oublie qu’il est possible de voir la justice comme un facteur de paix et de réconciliation, parce que dans un processus judiciaire la vérité est reconnue, la culpabilité admise, et la réconciliation peut alors commencer. En ce sens, la justice peut être un instrument pour établir la paix. En conséquence, il ne faut pas concevoir justice et paix comme des processus indépendants mais plutôt complémentaires l’un de l’autre. Cependant la justice n’est pas seulement un complément de la paix car elle peut aussi nuire aux pourparlers de paix, vu que les négociations de paix deviennent impossibles si un leader est traduit en cour au moment où il faut justement établir la paix.
La relation ambiguë qui existe entre paix et justice est un obstacle au rétablissement de la paix et de la justice en zone de conflit. Le débat théorique semble glisser d’une vision partielle des rapports entre paix et justice vers une approche holistique qui réunit paix et justice en se concentrant sur un résultat favorable à la société civile. En pratique, toutefois, la contradiction subsiste souvent parce qu’une organisation qui essaie de résoudre les questions de paix et justice est soit une organisation dédiée à la paix, soit une instance nationale ou internationale dédiée à la justice, de sorte qu’il est vraiment difficile de concilier les deux.
Pendant que de nombreux débats ont lieu en milieu académique, des expériences de terrain pourraient avantageusement fournir une compréhension plus nuancée et plus complète des dilemmes identifiés.
Voilà le bien fondé et la démarche de notre intervention à cet atelier provincial sur l’élaboration d’une stratégie provinciale en matière de résolution pacifique, de gestion et de prevention des conflits au Kasaï Occidental.
Comme contribution de notre part, nous avons pensé non seulement vous sensibiliser à ces dilemmes mais aussi vous inviter à une réflexion en profondeur basée sur le contexte propre de notre province, de chaque district/ville, de chaque territoire/Commune, etc. Nous invitons l’auguste assemblé composée des cadres universitaires et des praticiens, à discuter des enjeux et dilemmes auxquels nous sommes confrontés dans notre pays et dans notre province.

Fait à Kananga, le 05 janvier 2010

=/= Edel Martin KABUTAKAPUA=/=
Coordonnateur National du RJMP

Nos adresses de contact (RJMP/ONGDH) :
1) Bureau National: 23, avenue SHABUNDA -ex Macar- (Réf. Immeuble Tshiebue Mulomba/croisement des Avenues Noëla de Roover et Shabunda , C. de Kananga/Province du Kasaï Occidental en RDC
Email : rjmp_3269@yahoo.fr, edm_kanatshi@hotmail.com; Téléphones : +243 997 406 289/+243818 831 743
Web : www.societecivile.cd/node.php?id=1257, www.paxchristi.net
Représentants à Kinshasa : a) Me Florent KAKULE Matembela, Av. Colonnel Ebeya N° 1454 (Réf. Galerie Pacha en face de l’Hôtel Memling, 2ème Etage/Local 16 ; Tél. : +243 815 991 147/+243 990 141 484

Réseau « Jeunes dans le Monde pour la Paix Young Network in the World for Peace

ONG des Droits de l’Homme – « RJMP » - Human Rights NGO
Personnalité Juridique : Arrêté Ministériel N° 042/CAB/MIN/J/2006 du 15 mars 2006

QUESTIONS AUX CARREFOURS

1. Selon vous, quels sont les points communs et de divergence entre les concepts justice et paix ?
2. En regardant de plus près la nature des conflits enregistrés dans votre milieu et la méthodologie suivie jusqu’ici pour les résoudre, quelle voie pensez-vous être la meilleure pour le retour d’une paix durable ?
3. Un conflit minier opposant deux groupements d’un même secteur vient de faire des victimes lors de l’affrontement. Les deux groupements concernés vivent aujourd’hui à couteaux tirés et un chef d’un groupement a été arrêté après que plusieurs responsabilités soient établies à sa charge. Comme médiateur, vous tentez de reconcilier les populations de ces deux groupements sœurs mais la population dont le chef se trouve aux arrêts pose comme préalable la libération de son chef. Comment allez-vous procéder ?
4. A votre retour de cet atelier, après avoir écouté attentivement l’exposé sur les dilemmes entre la justice et la paix dans la négociation de paix, quelle méthodologie pensez-vous adopter pour privilégier une voie (celle de la justice ou de la médiation) au détriment d’une autre ?
Fait à Kananga, le 05 janvier 2010

=/= Edel Martin KABUTAKAPUA=/=
Coordonnateur National du RJMP et Représentant de Pax Christi dans les Grands Lacs

Nos adresses de contact (RJMP/ONGDH) :
2) Bureau National: 23, avenue SHABUNDA -ex Macar- (Réf. Immeuble Tshiebue Mulomba/croisement des Avenues Noëla de Roover et Shabunda , C. de Kananga/Province du Kasaï Occidental en RDC
Email : rjmp_3269@yahoo.fr, edm_kanatshi@hotmail.com; Téléphones : +243 997 406 289/+243818 831 743
Web : www.societecivile.cd/node.php?id=1257, www.paxchristi.net
Représentants à Kinshasa : a) Me Florent KAKULE Matembela, Av. Colonnel Ebeya N° 1454 (Réf. Galerie Pacha en face de l’Hôtel Memling, 2ème Etage/Local 16 ; Tél. : +243 815 991 147/+243 990 141 484