Uvira, la cité des meurtres aux auteurs inconnus

Des corps inertes retrouvés à Uvira

Depuis le mois de décembre 2010 jusqu’à ce jour, plusieurs cas des corps humains inertes sont en train d’être recensés dans la cité d’Uvira. La plupart sont retrouvés dans un état de décomposition avancée de façon que cela coupe court à toute velléité d’identification des victimes. Les spéculations de toutes sortes vont bon train autour des circonstances qui entourent ces tueries.

Voici dans les lignes qui suivent quelques cas qui ont été retenus.
1. Le corps de monsieur Marius Byamungu a été ramassé le 18/01/2011 très tôt le matin à l’endroit où la rivière Mulongwe se jette dans le lac Tanganyika, sur l’avenue Lenge. Le corps portait un sous-vêtement seulement. Il y avait une cicatrice sur le front. C’est comme si la victime avait été étranglée. Ses habits ont été retrouvés à une distance de l’endroit où gisait la dépouille mortelle. La culotte et les chaussettes étaient par terre. Le pantalon était suspendu sur un palmier à huile. Dans les narines, il y avait encore du sang. Le corps a été acheminé à la morgue de l’hôpital général de référence d’Uvira. Des annonces ont été faites. Les proches de la victime sont venus de Bukavu. L’enterrement a été fait à Uvira même.

Les parents de monsieur Marius Byamungu vivent dans la cellule Muhungu, quartier Ndendere en commune d’Ibanda dans la ville de Bukavu. Il est né le 17/05/1985. Son père s’appelle Maheshe et sa mère Cibalonza. C’est un étudiant en deuxième année de Licence en Relations Internationales à l’Université de Goma dans la province du Nord-Kivu. Il serait en train de préparer son voyage pour l’Afrique du Sud. Il aurait déjà réuni la somme de 4000 $US à cet effet. Il en aurait retiré la somme de 500 $US puis il est parti pour Uvira en compagnie d’un autre jeune homme dont l’identité n’a pas été révélée. Le reste de cet argent aurait été laissé à Bukavu entre les mains de sa grand-mère. Le voyage Bukavu-Uvira a été effectué dans des circonstances non encore élucidées. Peu avant sa mort, l’infortuné a dû alerter ses parents au téléphone qu’il se trouvait dans une mauvaise passe à Uvira et que tout laissait penser qu’il allait être tué dans les instants qui suivraient. Il a fait cet appel à deux reprises et après il n’a plu appelé. C’est à la suite de cet appel pour le moins pathétique que sa mère, accompagnée d’autres proches, s’est rendue à Uvira mais hélas, c’était trop tard.

2. Monsieur Blaise Namulapo, fils de Masika Namulapo et de madame Cécile, âgé de 15 ans est porté disparu depuis le 19/12/2010. Ce jeune garçon vivait à Kigali dans la capitale rwandaise où il faisait la deuxième année secondaire dans l’une des écoles de la place. Selon des sources contactées sur place, la famille de Blaise vivait à Uvira avant. Quand cet enfant a atteint l’âge de 5 ans, ses parents ont émigré à Kigali dans la capitale rwandaise. 10 ans après, Blaise est revenu à Uvira pour assister aux cérémonies de mariage de sa tante répondant au nom de Godelive Kabera vivant à Kamembe au Rwanda. Il a été accueilli dans la famille de sa tante maternelle, Madame Chantal Kalenga, domiciliée sur avenue du Congo, quartier Kimanga au numéro 54 à Uvira.

Seulement voilà : au lendemain desdites cérémonies de mariage, pendant que les femmes qui ont travaillé à la cuisine lavaient les ustensiles qui ont été utilisés lors de la fête, une de ces dames a constaté le vol de son téléphone portable. Après enquêtes, il s’est avéré que c’est Blaise qui en était le présumé voleur. Une fois appréhendé, le jeune garçon a avoué les faits et a même restitué ledit téléphone à la propriétaire. Comme la carte SIM faisait défaut, il a été sommé de la remettre aussi. Mais craignant, selon nos sources, un éventuel châtiment de la part de son père lorsqu’il serait mis au courant de cet incident, l’enfant en a profité pour prendre fuite. Depuis ce jour-là, toute la famille s’est mobilisée pour le chercher à Uvira, au Burundi et à Bukavu mais en vain. La famille est sur le point d’accréditer la thèse d’un meurtre.

3. Vers le 27/12/2010, un corps d’un homme âgé d’environ 25 ans et ligoté à l’aide d’une moustiquaire a été retrouvé dans un bois se trouvant entre deux pans de la rivière Mulongwe. Le corps venait de faire 5 jours à cet endroit. Comme c’était un non circoncis, nos sources nous ont dit que la victime serait un étranger. Les bourreaux n’ont pas été identifiés. Alertées, les autorités locales ont autorisé l’enterrement de cette dépouille mortelle.

4. Le 01/01/2011, à la tombée de la nuit, le corps de M. Bitebe Kabati âgé de 35 ans, fils de M. Amidon Kabati, résidant sur avenue Nakyoya, quartier Kakombe à Uvira a été retrouvé dans un ravin non loin de chez lui. Il était déjà marié.

Selon des informations concordantes, il revenait d’une fête dans un débit des boissons en compagnie de ses parents. Il était suffisamment ivre. Son père aurait précédé. Le jeune homme cheminait lentement avec sa mère. Mais avant d’arriver à la maison, il a précédé, laissant lui aussi sa mère en arrière. On ne sait trop comment il a pu poursuivre sa route jusqu’à se retrouver dans le ravin et mourir sur-le-champ. Meurtre ou accident ? Mystère. Lorsque les deux parents se sont retrouvés à la maison, ils se sont aperçus de la disparition de cet homme. Il ont alors jugé utile d’entreprendre des recherches. C’est dans ces conditions qu’ils ont retrouvé le corps gisant dans l’endroit précité, sans vie. L’entourage de la victime a accrédité la thèse selon laquelle l’homme serait simplement tombé à l’endroit précité sous l’emprise de l’ivresse de façon que la mort s’en est suivie.

4. Après les festivités de Nouvel An 2011, un autre corps a été ramassé à l’abattoir de Mulongwe. La victime pouvait avoir un âge oscillant entre 30 et 35 ans. Le corps était dans un état de décomposition très avancé. La langue était déjà ressortie de la bouche. A l’époque, on a cru que c’était le corps du journaliste Kalonzo, correspondant local de la radio Maendeleo émettant de Bukavu en province du Sud-Kivu. Ce qui a coupé court aux spéculations, c’est que Kalonzo est petit de taille tandis que le corps dont il est question ici était grand de taille. La victime aurait été tuée par étranglement.

Pour la petite histoire, ce journaliste vit actuellement dans la clandestinité à la suite de sa participation à une émission radio diffusée sur les ondes de la Radio Mitumba d’Uvira en décembre 2010 sous la houlette de monsieur Robert Shemahamba qui en est, de surcroît, le directeur. On reprocherait aux personnes qui ont participé à cette émission d’avoir fait offense au Chef de l’Etat congolais et des critiques négatives sur la personne de l’Administrateur assistant du territoire d’Uvira autour de la gestion de sa juridiction.

5. Un squelette décapité a été ramassé dans le lac Tanganyika vers Kalundu en janvier 2011. Personne n’a su son sexe ni son identité. Ce squelette a dû être enterré à Kalundu même.

6. Un autre corps a été ramassé durant la même période dans la concession du chef de l’Etat congolais, vers Kabimba toujours là à Uvira. C’est un élément de la garde républicaine qui en a informé les autorités locales. Vu son état de décomposition avancée, lui non plus, n’a pas été identifié avant son enterrement.

Bref, selon le Procureur de la République près le parquet d’Uvira, beaucoup de corps humains inertes ont été ramassés à Uvira au mois de décembre 2010, surtout depuis la veille des festivités de Noël 2010 et de Nouvel an 2011 jusqu’à ce jour. Les causes de cette multiplicité des cas ne nous ont pas été révélées. C’est un mystère. Il en est de même du choix d’Uvira comme terrain de prédilection en cette triste matière.

Pour l’Administrateur du territoire d’Uvira, la plupart des victimes auraient été abattues en dehors de la cité d’Uvira mais les bourreaux de ces dernières seraient venus jeter leurs corps dans cette cité pour brouiller les pistes. Ou encore ces victimes ont été tuées loin d’Uvira puis jetées dans le lac Tanganyika dont les eaux les auraient charriées jusqu’à hauteur de la rive jouxtant Uvira.

Ces assassinats et/ou meurtres prouvent à suffisance qu’un escadron de la mort serait opérationnel, soit à Uvira même, soit ailleurs de façon qu’il est en train de jeter les corps des victimes dans la cité d’Uvira. Ces actes constituent des violations flagrantes des droits de l’homme dans la mesure où ils violent le droit à la vie reconnu par les textes juridiques nationaux et internationaux.

C’est pourquoi, l’asbl Héritiers de la Justice invite toutes les autorités locales et provinciales à ne ménager aucun effort pour démanteler le réseau de ces présumés assassins, surtout ceux de l’étudiant Marius Byamungu et traduire ces derniers en justice, le cas échéant.

Bukavu, le 22/01/ 2011


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