Le rôle des Femmes dans l'Economie Sociale de Marché

Le rôle des femmes dans l’Economie Sociale de Marché

Après avoir fui son village natal Idjwi sur le Lac Kivu, Madame Charlotte arrive à Kinshasa en 1996 et décide très vite d’aider à l’autonomisation de la femme. Elle suit plusieurs formations sur le développement communautaire, notamment une en Israël. Elle se rend compte du fossé entre les hommes et les femmes et veut lutter contre ce phénomène.

En 1999, elle créée une ONG qu’elle nomme « Initiatives pour le développement de l’entrepreneuriat féminin » (IDEF). L’objectif est de sensibiliser les femmes sur leurs droits et de les former à différentes activités pour améliorer leur situation. Madame Charlotte évoque les trois exclusions principales dont est victime la femme au quotidien en RDC :
- exclusion culturelle qui définit la femme comme étant inférieure et sans droits ;
- exclusion économique qui empêche la femme d’accéder aux savoirs et aux bénéfices, exemple de la maraîchère qui n’a ni accès à la terre ni aux outils face à son mari, son frère, son père ou son oncle qui détient tout ;
- exclusion sociale qui relève d’une éducation sélective au profit des garçons et qui a un impact générationnel. La majeure partie du pays n’a pas accès à l’électricité donc n’a ni radio ni télévision pour s’informer. L’homme est alors considéré comme ayant la légitimité pour donner l’information.

Aujourd’hui, en février 2015, l’ONG existe toujours et Madame Charlotte continue à se battre avec d’autres pour former les femmes à différents travaux et leur permettre ainsi d’avoir un rôle premier au sein du foyer familial.

Couture, esthétique, informatique, maraichage, pâtisserie, commerce, alphabétisation, un centre de formation en plein cœur de la Commune Lemba (une des plus pauvres de Kinshasa) permet à toute fille ou femme qui le souhaite de venir suivre des cours gratuitement. Le concept est simple : principalement en session de 6 mois suivi de 2 à 3 mois de stage, les formateurs viennent enseigner deux fois par semaine tandis que le centre reste ouvert du lundi au samedi de 9h à 15h pour permettre aux filles de venir s’entraîner à n’importe quel moment.
A chaque fin de session, la coiffeuse-esthéticienne prend les filles en stage dans son propre salon pour leur permettre de pratiquer puis de trouver un travail sur place ou dans un autre salon. Celles qui suivent les cours de couture sont parfois envoyées en atelier pour travailler ou se lancent elles-mêmes dans la production. Celles qui ont choisi l’informatique sont ensuite capables de gérer une boutique de saisie et d’impression.

L’alphabétisation est également essentielle car même dans ces domaines techniques, il est primordial de savoir compter, lire et écrire. Mais ce qui est important pour Madame Charlotte, c’est de lier le théorique au pratique. Savoir seulement lire n’est pas utile pour les filles, mais comprendre que la lecture peut leur permettre d’exercer leur métier rend la leçon plus intéressante et plus productive.

Sensibiliser les femmes à leurs droits est aussi un objectif premier de l’association. La déclaration universelle des droits de l’Homme est traduite dans les quatre langues nationales (lingala, swahili, kikongo, tshiluba) et est distribuée aux femmes. Afin d’éveiller les femmes à la discrimination qu’elle subisse depuis leur naissance et leur permettre de changer leur perception, les intervenantes illustrent leurs propos à l’aide de dessins. Par exemple, pour montrer que les hommes sont plus nombreux à étudier, l’image représente une femme isolée au milieu de garçons ou assise seule au fond d’une salle de classe. Sur la question de l’inégale répartition des taches, le dessin présente une femme portant des marchandises sur sa tête et son enfant dans le dos à côté de son mari qui marche tranquillement. Quant à la question de la planification familiale, le dessin met en scène des femmes entourées d’une multitude d’enfants en bas âge.

L’ONG connaît des périodes de crises depuis sa création mais arrive toujours à les surmonter. Madame Charlotte le confie, la situation était vraiment complexe avant l’ouverture du centre. Elle ne trouvait plus de financement, luttait contre les tracasseries du loyer, n’arrivait plus à voir les bienfaits de son travail face à une pauvreté accrue. Un jour de détresse, elle imagine même tout arrêter. Et puis vient la rencontre qui redonne foi : une mama la reconnaît dans la rue, lui demande des nouvelles de l’ONG, lui raconte combien les formations qu’elle a suivi sur la création du chikwangue lui permet aujourd’hui de nourrir ses enfants, de les envoyer à l’école et de les soigner, ce qu’elle ne pouvait pas faire auparavant. En apprenant les doutes de Madame Charlotte, la mama lui dit que c’est impossible d’arrêter les actions maintenant alors qu’elle a redonné confiance à des dizaines de mères filles et lui donne sans hésiter dix dollars pour contribuer aux œuvres. Madame Charlotte est émue jusqu’aux larmes et reprend force.

En sortant du centre et après avoir moi-même découvert l’ampleur de leur travail, Madame Charlotte et ses collègues évoquent encore ces problèmes de financement.
De 2003 à 2010, l’IDEF est financée par la Fondation belge André Ryckmans puis de 2010 à 2013 par l’association Le Monde selon les femmes. Depuis, rien.

Tout fonctionne, les formateurs sont bons, les filles prêtes à apprendre, les témoignages encourageants, mais un petit portefeuille pourrait permettre d’acheter les tissus, le matériel pour l’esthétique, de meilleurs livres d’apprentissages et surtout de payer au moins les transports aux formateurs, tous bénévoles. Le doute semble remonter chez chacun des acteurs. Et puis une mama passe et remercie Madame Charlotte pour les formations dont elle a bénéficié et qui lui permettent d’être indépendante aujourd’hui.

Et de telles réussites sont nombreuses. L’ONG a offert l’an dernier une machine à coudre à deux femmes qui s’unissent à la fin d’une session pour produire ensemble : draps et culottes courtes pour enfants, robes, pagnes, etc. Une des deux femmes est veuve et peut maintenant assurer le quotidien de ses cinq enfants.

Tout le monde se pose la même question, pourquoi le gouvernement congolais n’aide pas ces associations alors qu’elles participent chaque jour au développement du pays ? Si ce n’est pas lui, d’autres doivent pouvoir le faire. Alors si vient l’envie à quelqu’un d’aider une ONG déjà lancée et qui fait ses preuves chaque jour, n’hésitez pas à contacter Madame Charlotte.

Contact Madame Charlotte.
Téléphone : 09 99 94 56 07
Email : idef_org@yahoo.fr