LA NON VIOLENCE ACTIVE : QUID ?

LA NON VIOLENCE ACTIVE : QUID ?
Compte tenu des certains égarements constatés de fois lors des manifestations, marches … le groupe chrétien d’appui aux orphelins et vulnérables pour la promotion de la paix (GAO asbl) présente quelques notions liées à la non violence active.
Introduction
Les violences de tous ordres vécues partout constituent un défi certain pour notre monde Dans un contexte socio politique de lutte pour la promotion des droits de la personne et de la démocratie, où les droits fondamentaux sont tout le temps bafoués, comment s’en sortir sans aller de violence en violence ? C’est ce défi que l’on doit relever. La passivité et la contre –violence n’en finissent pas avec la non violence puisqu’elles restent dans la logique même de l’oppresseur.
Comment briser alors la logique du système violent, destructeur de l’homme et de la société ? C’est à cela que répond la non violence.

1. Notions.
Le mot « non- violence » est un mot qui semble fort ambigu. Il soulève des suspicions. Pour certains, la non violence se confond avec la naïveté et la lâcheté. Pour d’autres, elle est une perte de temps convaincu qu’on ne peut faire des omelettes sans casser les œufs. Il ya ceux qui , très pressés à voir finir la violence , assimilent la non-violence à la complicité dans le mal.
La non violence ne se confond pas non plus avec certains courants tels que le pacifisme et l’anti militarisme. Ces derniers croient s’attaquer aux causes de la violence et principalement aux causes de la guerre en cherchant à détruire les moyens par lesquels les hommes se battent . Aussi pensent-ils que l’abolition de l’armée et la destruction des armes conduisent à la paix, oubliant qu’il existe des violences entre les individus et les personnes et des violences structurelles qui n’utilisent pas d’armes.
Si la non violence n’est ni lâcheté , ni naïveté, si elle ne se confond pas avec la complicité dans le mal, si elle n’est pas contre violence, qu’est – elle alors ?
D’après les précurseurs de la non – violence ( Ghandi) , elle est :
- Ahimisa : c'est-à-dire ne vise ni tuer, ni semer la haine (pas détruire l’homme)
- Satyagraha : Satya (vise la vérité) graha (une force indéfectible de témoigner jusqu’à la fin)

2. Objectifs.
L’objectif, la finalité de l’action non – violente se résume en :
- La conversion de l’adversaire (d’ennemi en ami, du mauvais en juste, d’un tyran en dirigeant honnête et généreux). D’où viser sa conscience. Cela oblige donc de combattre non pas la personne mais l’injustice ou le mal en sauvant la personne.
- La réconciliation des parties opposées.
Les principes de la non-violence se confondent avec les principes de droits de l’homme : Egalité, dignité, liberté, fraternité et aspiration au mieux-être. Ils partent du fondement biblique relatif à la dignité humaine bien explicité dans le projet de Dieu de créer l’homme à son image et à sa ressemblance ( genèse 1,27) . Ils se fondent sur le fait que :
• L’être humain a une valeur suprême parmi toutes les créatures.
• L’être humain a une conscience.

3. Caractéristiques.
- La lutte non-violente demande une conversion permanente, un changement de mentalité, de cœur. Le non – violent s’efforce de prendre conscience de sa propre violence et évite tout esprit de domination , de discrimination, de supériorité sur les autres.
- La non – violence est une lutte contre le violent pour créer des conditions favorables au dialogue en établissant un rapport de force qui oblige à me reconnaître comme un interlocuteur nécessaire , si non valable.
Une action non – violente n’est pas une démonstration d’amour, elle est une démonstration de force mais une force de vérité, de justice.
- En principe, nous avons spontanément peur et c’est normal. Dans la non violence, il n’est question de refouler ou d’ignorer la peur mais d’en prendre conscience et de tenter de l’assumer. Il s’agit de maîtriser sa propre peur, ce qui en même temps, permettra de maîtriser sa propre agressivité et maintenir sa combativité d’une manière permanente et déterminée à ne pas s’arrêter avant d’avoir atteint son but. En effet, le violateur cherche toujours à faire peur ; ainsi maitriser sa propre peur est une première arme qui désarme l’adversaire.
- La lutte non violente ne se mène pas en solitaire mais en solidaire, on cherche à s’unir aux autres. Le non violent ne cherche pas à nuire , à tuer l’adversaire ( l’ennemi) , au contraire il est prêt à lui sauver la vie, à mourir pour les autres , y compris son ennemi.
- L’action non violente est créatrice : il n’existe pas de formule toute faite pour combattre l’injustice. Il s’agit d’inventer pour chaque situation des nouvelles formes d’actions appropriées, adaptées.

4. Les étapes de l’action non – violente.

- 1ère étape : la préparation.
Il n y a pas d’actions non violente sans préparation. Elle comprend :
• L’analyse de la situation.
Découvrir la nature de l’injustice, ses causes, les acteurs (protagonistes), les victimes ; connaître les piliers (forces) internes et externes qui la supportent et sa propre responsabilité ( collaboration) , ne serait – ce que par son silence.
On doit savoir en fait pourquoi les gens qui s’opposent à vous continuent à appuyer ce mal ? Quels intérêts ont-ils ? Quelles valeurs défendent-ils ? Et ainsi savoir quels sont les pièges tendues , connaître les possibilités qu’on a , avec quels acteurs , quels sont les facteurs positifs ou négatifs ?
• Elaboration des stratégies.
C’est-à-dire l’attitude qui doit être adoptée par vos acteurs.
• La préparation des équipes.
1) La préparation psychologique : être convaincu de défendre une cause juste, éveiller la conscience et l’agressivité des membres, les membres doivent être liés ; ils doivent accepter le risque et être prêt à rencontrer l’adversaire.

2) Préparation intellectuelle : On doit avoir une réflexion nourrie car les acteurs doivent maîtriser leurs instincts.

3) Préparation morale : Celle-ci permettra de tolérer l’agresseur et l’opprimé ; d’être discipliné , d’avoir la maîtrise de soi, de supporter les sacrifices et d’être capable de répondre de ses actes.

- 2e étape : les actions.
a) Dialogue et négociation.
Pourquoi dialoguer ? Il faut dialoguer pour découvrir les faiblesses de l’autre, reconnaître ce que l’adversaire a de juste , de vérité , ses valeurs .
En effet, la diabolisation est une autre forme de violence, l’autre n’a pas que du mauvais. On ne peut d’ailleurs dialoguer qu’avec l’être humain, non avec un animal ou le diable. Il ne faut pas confondre la personne du mal qu’il commet et il faut toujours chercher à toucher sa conscience, à le convaincre plutôt qu’à le vaincre.
D’ autre part, on doit laisser à l’adversaire de vous dire votre propre erreur, car si l’autre a 90% d’erreur, vous-mêmes en avez peut-être 10%. En fait, la vérité est un glaive qui pénètre dans la conscience et le cœur de l’homme.
b) L’action directe.
- La dénonciation publique : Pour conscientiser l’opinion publique et obtenir une grande solidarité.
- Exercer une influence morale directe et politique croissante sur les groupes responsables et élargir le nombre d’engagés.
Parmi les formes d’action directe, on peut relever les informations par les médias , tracts, graffitis, manifestations, vigiles, marches silencieuses, théâtre de rue, sit-in, processions, actes liturgiques, lettres ouvertes, pétitions…
Dans cette action, il faut se demander « quels sont les moyens les plus adéquats pour communiquer avec les passifs et pour les gagner à la lutte ».
c) Le jeûne et la prière.
Afin de faire son introspection et se donner plus d’élan pour l’action future.
d) La non coopération et la désobéissance civile.
C’est le refus collectif de se soumettre à des lois et ordres injustes et à assurer les conséquences de cette attitude pour lui enlever de continuer à fonctionner.
Note : A chaque pas qu’une action ait du succès ou non, elle doit être évaluée dans tous les cas. Les fautes et les échecs peuvent nous instruire, nous aider à avancer en changeant de stratégies.
- 3e étape : Alternance constructive.
La lutte non – violente veut aboutir à un changement. D’où l’on ne vient dialoguer les mains vides. On doit proposer une alternative constructive fondée sur la justice, l’amour et la vérité et ne pas laisser le violateur seul trouver la situation de rechange.