Bukavu est tombé, mais les Bukaviens sont débout !

Le Bukaviens sont débout grâce au soutien, exprimé de plusieurs manières, dont ils ont bénéficié de la part de leurs compatriotes, à travers le pays et le monde.

En octobre 1996, arrivés à Bukavu avec Laurent Désiré Kabila, les Rwandais espéraient soumettre les Congolais. Ils ont usé des toutes les formes de terrorisme, d’actes de mépris et de sabotage avec l’espoir que les congolais allaient se soumettre. Arrivé à Kinshasa, ils ont usé la frappe systématique des congolais en faute : c’était la chicote du néo-colonisateur. Tout cela n’a pas eu d’effet. Mais dans l’entre temps, les congolais les observaient attentivement.

En août 1998, des Rwandais de l’AFDL avaient fui Kinshasa d’eux-mêmes. Cela a fait que les Congolais de l’Ouest les découvrent un peu. Aujourd’hui, les Rwandais sont connus de tous les Congolais. Avec certains membres du RCD-Goma, les Rwandais viennent en plus d’étaler à la face du monde leur limite dans la volonté de cohabitation pacifique avec les Congolais. Au moment où le processus de paix évoluait lentement mais sûrement, au moment où les travaux préparatoires de la Conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans la Région des Grands-Lacs avançaient, pendant que les nouveaux animateurs de la territoriale prêtaient leur serment à Kinshasa, les éléments armés du RCD-Goma ont délibérément décidé de casser « leur pays ». C’est inacceptable.

Prétendant venir à la rescousse des « Banya-Mulenge » en danger d’extermination, Jules Mutebutsi a pris les armes pour les protéger comme si cette tâche lui était seulement dévolue. Ce sauveur des « Banya-Mulenge », ces gens qui se veulent Congolais par les armes, lui qui est respectueux des droits de la personne humaine « son cheval de bataille » se met, depuis mercredi 2 juin à 3h00’ à zigouiller les notables du Sud-Kivu. Ce n’est pas la MONUC, grande observatrice qui nous contredira. Les personnalités visées sont : les juristes, les médecins, les professeurs, les abbés, les opérateurs économiques, les pasteurs, les religieuses, les leaders politiques et de la société civile, les animateurs des ONGD locales.

Les fouilles se font nuitamment de maison en maison. Ce sont les congolais à la solde du Rwanda et membre du RCD-Goma qui en sont les éclaireurs. A la tombée du jour, les Rwandais entre dans la maison marquée, demande les dollars américains aux occupants de la maison. En plus des dollars, on arrache tous les appareils de communication, les appareils électroménagers, les radios, les télévisions et les autres objets de valeur. S’il n’y en a pas, c’est la fusillade directement. Les femmes et les filles sont systématiquement violées en présence de leurs époux et parents. Des cas sont internés dans les hôpitaux de la place et la MONUC-Bukavu le sait très bien.

Pendant tout ce temps et cela depuis le mercredi 2 juin 2004, le Général Mbuza Mabe s’est replié quelque part en attendant la réaction du gouvernement de salut public.

La population gomatracienne, attend son tour. On sait que pour arriver à Bukavu, le Général Laurent Nkunda est venu de Goma en passant par Kalehe et Masisi où sont cantonnées les milices de Eugène Serufuli. Ce gouverneur reconduit à la tête du Nord-Kivu se trouve être la plaque tournante du clivage de cette province du reste du pays. Il n’est pas étonnant que les étudiants qui ont manifesté à Goma contre la MONUC aient été cruellement dispersés par les militaires du Rwanda parmi ceux-là même qui ont occupé l’aéroport de Goma et qui ont failli prendre la délégation gouvernementale en otage du mardi 1er au mercredi 2 juin 2004.
Consécutivement à la manifestation de la jeunesse congolaise contre la MONUC, ce vendredi 4 juin 2004 a été marqué à Kinshasa par trois situations très remarquables:

1. l’action initiée le jeudi 3 juin a été regardée différemment par les congolais. Les uns, et c’est l’écrasante majorité, l’ont saluée tandis que les autres l’ont jalousée. Ces derniers ont regretté ne pas s’en approprier. C’est ainsi que très tôt le matin du vendredi 4 juin, ils ont largué des jeunes désœuvrés, les « shegé » et autres inciviques sur la rue avec comme objectifs : perturber la circulation en plaçant des barrières sur la route ; rançonner les conducteurs des véhicules au niveau des barrières de fortune; descendre en ville, dans les chambres froides, dans des dépôts et au grand marché pour le pillage ; désavouer le gouvernement en place, le schéma 1+4 et les institutions de la transition.
2. Toute la journée, et cela depuis le matin, la ville était survolée par les hélicoptères de la MONUC qui ont effectué plusieurs rotations entre les différents point de chute de l’ONU et la base aérienne de la MONUC située à l’aéroport de N’Djili. En effet, avec les barrières érigées sur le boulevard Lumumba qui mène à l’aéroport, les onusiens ne pouvaient pas accéder facilement à leur base aérienne pour leur évacuation de la ville. En tout cas, ils auraient quitté la ville en grand nombre.
3. A l’initiative du journaliste Zacharie Bababaswe, créateur de l’émission musicale « Feux verts », l’Antenne A, une télévision privée, émettant à Kinshasa, a drainé du monde de 9h00’ à 18h00’ et de 23 à 1h00’. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas de la musique seulement. Il s’est agi d’une véritable mobilisation populaire, toutes les catégories confondues. Nous avons vu défilé des ministres, des membres des partis politiques, des parlementaires, des étudiants, des mélomanes, des responsables sportifs, des musiciens, etc. Les temps forts de cette émission spéciale qui s’est axée sur l’action spontanée des étudiants, étaient :
a. la démobilisation des jeunes qui perturbaient la circulation en vue d’aller piller et s’attaquer à d’autres compatriotes au nom des étudiants.
b. La sensibilisation à l’action S.O.S. Bukavu est une initiative du même Bababaswe et son Excellence Vital Kamere, ministre de la Presse et porte-parole du gouvernement. Cette action est une collecte de l’aide en faveur de la population du Sud-Kivu qui croupit sous les bottes des agresseurs rwandais.

N’en déplaise certaines personnes qui auraient aligné l’initiative de Zacharie dans la mouvance présidentielle, une bonne opinion a aprécié la mobilisation ainsi que les résultats auxquels elle a abouti. En réalité, l’impact de l’émission Feux verts s’est vérifié. Les jeunes se sont démobilisés alors qu’effectivement les scènes de pillage avaient déjà commencé dans certains coins de la capitale. On a même déploré 6 morts.

Séance tenante, l’action S.O.S-Bukavu a produit 105300 et 20 sacs de riz. Offerts respectivement comme suit : le compatriote Monsieur Didy Kinwani. Cet homme a compati aux malheurs qui frappent les Sud-Kivutiens en leurs offrant 100.000 dollars américains. Les administrateurs gestionnaires de la télévision Antenne A ont compati aussi aux malheurs des Sud-Kivutiens en offrant 5000 dollars américains. Les dames Vice-gouverneurs honoraires de la ville de Kinshasa et du Sud-Kivu ont offert 300 dollars. Deux autres grandes dames ont offert chacune 10 sacs de riz à la population du Sud-Kivu. Une cellule de crise est située au bureau de l’Antenne A (AA) de Kinshasa pour recevoir de l’aide en nature comme en espèce. Agir ainsi, c’est contribuer à extirper le mal de notre pays ; c’est aller au front avec les FARDC ; c’est aider les Congolais à se prendre en charge ; c’est perpétuer la lutte de Patrice Emery Lumumba ; c’est marcher avec Laurent Désiré Kabila ; c’est prier pour la paix avec Messeigneurs Christophe Munzihirwa et Emmanuel Kataliko ; c’est honorer la mémoire de tous les combattants qui sont partis pour notre survie.

Après les manifestation de la jeunesse congolaise le Général Laurent Nkunda a déclaré à la MONUC qu’ils retirerait ses hommes de la ville de Bukavu : « Je suis prêt à me retirer sur ordre de Kinshasa. (...) Je suis prêt si de nouvelles autorités militaires sont nommées pour le Sud-Kivu, qui s'engagent à protéger la population Banya-Mulenge. (...) Le chef suprême de l'armée, c'est le président Joseph Kabila. Après ma mission ici, je suis à disposition du chef suprême des armées. (...) Je suis un rwandophone, j'ai été un officier rwandais dans la lutte des Rwandais en 1990-1994. Ce sont mes frères. Je reconnais le gouvernement de transition mais il doit nommer un nouveau commandant de la 10ème région militaire ayant autorité sur la région de Bukavu. (...)

Laurent Nkunda prend les Congolais pour des idiots. Après avoir déclaré qu’il se reconnaissait en Azarias Ruberwa, comme président de son mouvement politique et ayant peut être remarqué qu’il avait commis une erreur stratégique qui pouvait faire indexé le Vice-président, le chef des mutins s’est vite récupéré en parlant de Joseph Kabila. Les officiers mutins du RCD-Goma prétendent être venus sauver les « Banya-Mulenge », cette minorité congolaise en perpétuel danger. Après la chute de Bukavu, ces deux officiers n’ont pas protégé un seul Congolais. Ils n’ont rien fait pour empêcher la mise à sac de toute l’infrastructure économique du Kivu. Les « Banya-Mulenge » sauvés, sont-ils des extraterrestres ? Ont-ils été sauvés pour vivre après dans la crasse qu’est devenue la ville de Bukavu ?

Les mutins se retireront pour aller où ? Laurent Nkunda exige un nouveau commandant de la 10e région militaire et des autorités qui protégeront sa communauté. Monsieur Nkunda piétine toutes les institutions de la République, tous les accords et tous les Congolais. Monsieur Nkunda veut un monde congolais à lui. C’est quand même bien révélateur son discours. Il sait très bien que ses conditions ne seront jamais prises en compte par les Congolais. Au moment où l’on signale la présence des militaires Rwandais au côté du général Moustafa Muhikiza de la 1ère Région militaire en Province de Bandundu. Quand on se rappelle des discours contradictoires des responsables politico-militaires du RCD-Goma sur l’occupation de l’aéroport de Goma le lundi 31 mai 2004 ; quand on sait que les membres du RCD-Goma qui étaient à Kinshasa se sont précipités dans les ambassades occidentales et à la MONUC par peur du vindicte populaire imaginaire ; quand il est établi que des militaires Ethiopiens et Erythriens sont impliqués dans l’opération de Laurent Nkunda pour la balkanisation du pays ; alors seulement, il faut comprendre davantage que le pays est en danger.

Nous n’avons pas été surpris d’apprendre qu’une colonne des militaires rwandais occupent les positions stratégiques de la ville en attendant l’éventuelle contre-attaque des FARDC alors qu’une autre colonne s’est engagée sur trois axes : Uvira-Fizi-Kalemie- Nord Katanga ; Walikale-Kindu ; Lubutu Kisangani. Ce schéma présage bien le morcellement de la RDC afin de créer la fameuse République des Volcans.

Les Gomatraciens vivent une psychose sans nom quand à Bukavu, chacun se demande à quand son tour. Toutes les questions qui nous viennent de l’Est, tournent autour de : quand le gouvernement viendra nous libérer ?
Fort de ce qui précède, ensemble avec les hommes justes et épris de paix, la BOR défie l’Union Africaine (UA) qui a dit que les militaires rwandais ne sont pas à Bukavu (TV5, à 0h00’: selon l’UA, les militaires rwandais ne sont pas à Bukavu) à Goma et à travers le pays. Nous défions Monsieur Murigande, ministre rwandais des affaires étrangères, qui prétend aussi que ses frères ne tuent pas les Congolais à Bukavu et que cet après-midi des chars de combat, des auto-blindées, des camions chargés des armés et des hommes en armes n’ont pas traversé la frontière Ruzizi II pour se diriger à l’intérieur de la RDC. Nous défions la MONUC-Bukavu. Les autorités de la MONUC ne peuvent plus nier n’avoir pas vu et observé impuissants tout cet arsenal militaire entrer au Congo et se diriger qui à Uvira, qui à Walikale et à Kisangani.

Les militaires rwandais de l’APR ont pillé les dépôts et magasins du grand marché de Kadutu, les dépôts des l’OFIDA, les Radios Maendeleo, Rehema et Maria, les véhicules qui étaient sous douane, les maisons des particuliers, les habitations des notables de Bukavu dont les listes étaient préalablement dressées, les maisons des officiers Congolais qui ont obtempéré aux ordres du Commandant de la 10e Région militaires. Tous les butins de cette opération ont été acheminés à Kamembe dans les camions de l’APR au vu et au su des officiers de la MONUC. C’est n’est ni les autorités du RCD-Goma, ni le personnel de la MONUC postés aux postes frontaliers de Ruzizi I et II qui nous contrediront.

Le pays est en danger et cette situation énerve davantage la population. Voilà donc un affront qui devrait amener le Chef suprême des FARDC de taper du poing sur la table. L’humiliation a des limites. La non-violence, l’hospitalité, seront comme de coutume de mise, mais elles devront aller de paire avec la légitime défense. C’est ce que les étudiants et la jeunesse Congolais ont compris.

Vendredi, 04 juin 2004.
La Bor