L'Intégration Sociale des Personnes Vulnérables du site INSS Mont-Ngafula à Kinshasa

Secteur « INTEGRATION SOCIALE » de la BOR

Introduction

Evoquer « l'intégration sociale » sous-entend au départ une exclusion. Celle-ci peut avoir plusieurs causes : la guerre, la mauvaise gouvernance, la mauvaise distribution du travail, bref le dysfonctionnement de la vie nationale.

Toutes les conférences qui se tiennent sur le racisme ont un seul objectif : réduire ou lutter contre toutes les formes de racisme, d'exclusion, d'ethniscisme, de tribalisme, de régionalisme, de collinisme, de divisionnisme, etc. Cette chaîne est à la base de ce que nous avons connu ou entendu sous les vocables: Traite négrière, Esclavagisme, Exclusion/extermination ethnique, ... Et souvent le tout s'est soldé par des guerres appelées aujourd’hui « génocidaires ». Et comme si cela n’était pas suffisant, l’homme pousse plus loin jusqu’à atteindre l’anthropophagie ou le cannibalisme.

Le Secteur Intégration sociale de la BOR

La BOR, à travers son secteur de l’Intégration, est parmi les organisations qui ont pris la ferme décision de se battre pour que soit ouvert un espace de convivialité pour une autre Afrique des Grands-Lacs. La BOR pense donc que la RDC peut être, compte tenu de sa grandeur et de sa position stratégique, le bouton détonateur de la paix en Afrique.

L’Afrique est malade de sa pauvreté et du sous-développement. Malgré l’abondance de ressources naturelles, en dépit de sa richesse culturelle et démographique, on est tenté de penser que rien de l’intérieur même du continent, ne semble pousser à un optimisme affiché. Bien au contraire, la diversité de populations, au lieu d’être un facteur de dynamisme au service du développement économique et social, se vit aujourd’hui comme une véritable catastrophe.

De la Casamance à la Corne de l’Afrique en passant par le Nigeria , la Côte d’Ivoire; du Soudan au Zimbabwe en ricochant sur la sanglante Sierra Leone et le bourbier des Grands Lacs, le continent est déchiré par des conflits inutilement destructeurs : Au nom d’une identité par ici, à cause du racisme ou de la xénophobie par là, à moins qu’il ne s’agisse d’un intérêt religieux ailleurs.

Dans la Région des Grands-Lacs Africains, l’horreur de la folie humaine a été inaugurée par le génocide du Rwanda en 1994, au nom d’une ethnie. Depuis lors l’ethnicité embrase tout dans cet espace socioculturel qui comprend l’est de la RDC, le Rwanda, le Burundi et dans une certaine mesure, l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya à cause des vagues successives des myriades des réfugiés qui y errent. Aujourd’hui, il y a des situations qui ne gênent plus des bonnes consciences, au delà d’une simple moue d’indifférence, voire de condescendance : des idéologies, des armées, des Etats au service ou contre des ethnies ou des tribus.

Parmi les conséquences, il y a d’abord les luttes armées, qui sont elles-mêmes un frein au développement. Le phénomène est si dramatique que nous joignons notre voix à celles de la multitude qui considère que malgré les rancœurs sans cesse exacerbées par le fait des uns et des autres, il est possible d’ouvrir un espace de convivialité dans la Région des Grands Lacs Africains.

Cela, sous certaines conditions seulement :
- isoler au préalable les causes de ces conflits, les mêmes à chaque rebondissement,
- arrêter les mécanismes qui permettent d’en briser le cycle et d’offrir de voies d’issue alternatives qui font de l’altérité des groupes un ferment propice pour vivre ensemble dans une société pour tous, grâce à l’effort de tous.

Pour les cas des pays des Grands-Lacs, notamment le Rwanda et le Burundi, les causes de ces conflits sont presque connus de tous et plongent leurs racines dans l'histoire récente de la colonisation. Ce qu'on apprenait du Rwanda, du Burundi et même de l'Ouganda comme histoire du génocide hier se vit en RDC en cette nouvelle année 2003 avec une nouveauté en plus: l'anthropophagie ou le cannibalisme, termes que la jeunesse congolaise comprennent à peine loin de leurs dictionnaires. Etrange non !

Ce faisant, nous nous refusons ici de jouer au juge. Ne prenant en compte que la soif de paix nous ne nous préoccupons pas de savoir qui a tort et qui a raison dans un domaine qui est comme la connaissance de Dieu.

C’est pourquoi, notre souhait est que cette réflexion participe à ouvrir des nouvelles pistes dans le processus du retour vers une société africaine et même mondiale intégrée en s’ouvrant aux éclairages et aux enrichissements d’autres idées autrement plus fouillées, plus élaborées et plus éprouvées, mais toutes vers l’émergence d’une autre Afrique des Grands Lacs.

Depuis toujours les conflits surgissent à l’intérieur des Etats au Rwanda, au Burundi et en RDC et impliquent des relations au delà des frontières. C’est depuis 1994 que ces conflits des Grands Lacs connaissent une dimension, on en peut plus régionale. La RDC n'a pas échappé à la vague de la diabolisation de l’autre et les affrontements sanglants du Rwanda et du Burundi. Cette situation malheureuse naîtra en RDC à partir de 1996 avec la coalition des armées du Rwanda, du Burundi, de l'Ouganda et l'AFDL contre l’armée de ex-FAZ.

Mais chez les congolais, à l'instar des conflits historiques de leurs voisins, on ne peut pas oublier si tôt leur lot de conflits tribaux sporadiques et passagers ailleurs, répétitifs à l’est. C'est le cas en 1960, après les élections générales et municipales, des affrontements de Lubumbashi entre les populations d’origine kasaïenne et les katangais ainsi que les troubles sanglants survenus entre les Baluba et les Lulua au Kasaï. En 1965, la guerre dite « kanyarwanda » partie du Masisi pour s’étendre à d’autres contrées du Nord-Kivu. Toutes les guéguerres connues de 1990 à 1995, dans le contexte du vent de la démocratisation amorcée le 24 avril 1990 et de la convocation de la Conférence Nationale Souveraine, de tous les enjeux liés à la nationalité au Nord et Sud-Kivu, un des prétextes de l'agression de la RDC déclenchée en septembre 1996 et en août 1998. Ces deux guerres qui ont consacré la régionalisation des conflits des Grands Lacs mais dont la question ethnique reste incontestablement le détonateur : le retrait de la nationalité congolaise aux populations d’expression kinyarwanda, la proximité des réfugiés Hutu par rapport à la frontière Rwanda-RDC entre autres.

Les affrontements en Ituri entre Hema et Lendu en 1999, attisés par les ougandais, est une suite logique des conflits de 1996. Aujourd'hui, comme si le génocide du Rwanda et du Burundi ne suffisait pas, à la place du génocide congolais, le cannibalisme voit le jour !

En attendant la résolution de tous ces conflits, il est impérieux de venir au secours des populations en difficultés quelle que soit leur nationalité. C'est le cas des minorités qu'il faut, au regard de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, protéger.

La BOR et les Personnes vulnérables

Après qu'un accord-cadre de partenariat se soit mis en place entre le Ministère des Droits humains de la République démocratique du Congo et la l’ONG de développement Base de l’Observatoire pour la République, BOR, - accord concernant, pour l’essentiel, la promotion et la protection des Droits de l’Homme, ce qui implique, dès que possible, l’encadrement et la prise en charge sur le plan juridique, social, économique et logistique des « Personnes Vulnérables », - les animateurs de cette ONGD ont pris la nette résolution d’entrer en contacts avec les personnes vulnérables, pensionnaires du site de INSS/ Mont Ngafula à Kinshasa.

En collaboration avec le Comité de ces Personnes, dont le nombre varie entre 300 et 350 en ce début de l'an 2003, la BOR exécute le mandat qui découle de cet accord-cadre. Voilà pourquoi son Bureau Directeur, organe de planification, d’exécution et de gestion de l’organisation, a décidé d’initier le Projet d’Apprentissage d’un métier en prévision de l’intégration sociale des concernées.

Du milieu et de la justification du projet

Le site appelé INSS est un Centre de formation de l’Institut National pour la Sécurité Sociale situé au quartier Maman Mobutu, à Mont Ngafula, une des Communes de la ville de Kinshasa. Le site avait été réquisitionné en 1999 par le Ministère congolais des Droits Humains, en collaboration avec la Direction des Nations Unies aux Droits de l’Homme, le Comité International de la Croix Rouge et la Nonciature Apostolique pour héberger et protéger les personnes prises pour cible comme des collaborateurs des auteurs de la guerre contre la République Démocratique du Congo en 1998.

A la suite des événements de la guerre d’août 1998 déclenchée de manière manifeste avec le soutien du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, une Commission mixte formée par le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme / Direction de Kinshasa, le Ministère des Droits Humains, et la Nonciature apostolique fut mise en place et fit bénéficier du statut de « Personnes Vulnérables » à ces personnes de nationalité congolaise, rwandaise, burundaise, ougandaise et même kenyane parmi lesquelles nombreux sont des hybrides des mariages interethniques.

En 1999, consécutivement à ce statut, la Commission mixte en collaboration avec l’Organisation Internationale pour la Migration (OIM) réussit à évacuer sur les Etats-Unis d’Amérique via le Cameroun, une bonne partie de ce groupe qui sera, plus tard, rejoint en 2000 par un autre, ce qui mettra fin à l’opération de l’OIM. Dès lors les initiateurs de ce mouvement privilégièrent l’évacuation individuelle moyennant une prise en charge d’un membre de famille qui serait à l’étranger. Cette nouvelle stratégie ne pouvait satisfaire tout le monde.

Par la suite, le rapatriement avait été proposé aux étrangers parmi les personnes restantes. C’est ainsi que nombre d’entre elles choisirent de se rendre au Rwanda. Certaines personnes ont préféré aller à Kigali avec l’espoir d’y trouver une issue rassurante. Malheureusement leur espoir s’est avéré vain. Elles sont encore sur un des sites sous la protection et la responsabilité alimentaire et sanitaire du CICR. Un autre groupe parti du site, se trouve aujourd’hui à Brazzaville à la recherche des meilleurs conditions sécuritaires et matérielles. Récemment, d’autres personnes ont souscrit pour la réinsertion au Kivu notamment à Goma. D’autres encore attendent pourvu que certaines garanties matérielles leur soient assurées. En effet, elles y vont reprendre leur vie à zéro dans des zones balayées par cinq ans de guerre.

Sur le site de l’INSS Mont Ngafula, ces personnes, dont le nombre varie selon qu’une partie est évacuée ou rapatriée et qu’une autre y entre, vivent dans une oisiveté qui a été à peine interrompue pour certaines, par une activité maraîchère sous l’encadrement du Comité International de la Croix Rouge (CICR) profitant ainsi du petit espace vert disponible au sein de l’enclos qui délimite la concession de l'INSS.

Quels que soient les moyens qu’on mettrait à la disposition des personnes à réinsérer (par évacuation comme par rapatriement), il s’avère important que cette opération soit accompagnée d’un autre volet beaucoup plus important : l’intégration sociale. En effet, comme le disait Sa Sainteté, le Pape Jean-Paul II,
« un chômage prolongé provoque l’insécurité, le manque d’initiative, la frustration, l’irresponsabilité, la méfiance envers la société et envers soi-même ; les capacités de développement personnel s’atrophient ; ainsi se perdent l’enthousiasme, l’amour du bien ; surgissent les crises familiales, les situations personnelles désespérées et on s’abandonne alors facilement -surtout les jeunes- à la drogue, à l’alcoolisme et à la criminalité. Il serait trompeur de considérer cet angoissant problème, désormais à l’état endémique dans le monde, comme le résultat de circonstances passagères ou comme un problème purement économique ou socio-économique. Il s’agit en réalité d’un problème éthique, parce qu’il est le symptôme d’un désordre moral qui intervient dans la société quand on renverse l’ordre des valeurs ».

C’est pour lutter un tant soi peu contre tous ces maux et briser la léthargie qu’ils provoquent, que les personnes vulnérables, par l’intermédiaire de notre Organisation, se tournent vers les gens de bonne volonté pour solliciter une aide surtout matérielle afin d’apprendre un nouveau métier, à l’instar du CICR qui les a initiées au jardinage.

Ce projet s’inscrit donc dans une politique de préparation des personnes vulnérables du site de l’INSS, à bien s’intégrer socialement d’ici la première moitié de l’année 2003 conformément à la décision du Ministère qui gère le site et en fonction de l’évolution politique du pays vers une paix durable.

Tenant compte des réalités liées à leur état de vulnérabilité ; vue la structure d’accueil qu’est les installations de l’INSS Mont Ngafula ; en concertation avec ces personnes vulnérables pour le choix des petits métiers pouvant les aider à court terme à générer des petites économies dans leur nouvelle vie communautaire, nous avons retenu les activités suivantes :
- L’apprentissage des programmes de base en informatique et des notions d’Anglais, apprentissage particulièrement sollicité par la plupart des hommes et des jeunes filles et garçons, du site.
- Le tricotage, la coupe et couture, la transformation du lait, la pâtisserie et la saponification, choix opérés par la majorité des femmes et des jeunes filles.

Objectifs de ce projet

A court terme
- Former les personnes vulnérables au métier manuel en prévision de leur intégration sociale.
A moyen terme
- Mettre à la disposition de ces personnes, par famille, des outils et matériels de base pouvant leur permettre de pratiquer les connaissances acquises / outils de démarrage de leur propre initiative en vue d’une petite unité de production pour leur autosuffisance.

A long terme
- Les insérer dans la société selon leur choix et dans le respect strict des normes internationales y afférentes (activité réservée au groupe dit de contact et aux gestionnaires du site).

Ce projet qui vise essentiellement l'intégration de ces personnes après leur insertion en RDC, soit par rapatriement, soit par évacuation est disponible à la cellule des Projets du Bureau Directeur de la BOR. C'est en prévision de la paix chez nous chez vous, que nous vous invitons à joindre vos efforts aux nôtres pour sauver ces quelques vies humaines de la régression psychosomatique, ce dont nous vous remercions d'avance.

Les thèmes qui nous intéressent

Au sein de ce secteur, nous nous proposons de traiter des sujets tels que :
1. Paix durable et prévention des conflits
2. Paix durable et résolution des conflits
3. Eradication des antivaleurs et du racisme
4. Lutte contre la marginalisation et l’exclusion sous toutes ses formes :
- Réhabilitation psychologique et
- Insertion et intégration sociales des déplacés des guerres, des réfugiés congolais, des personnes vulnérables (exclus sociaux), des personnes de troisième âge ;
5. La question de la nationalité congolaise à l’est de la RDC.
6. La démobilisation des enfants soldats et leur insertion psycho-socio-
économique

La Bor.