Bukavu : Kisangani, Kenge ne tomberont pas ! (Kengo wa Dondo, mai 1997.) L’aéroport de Kavumu ne tombera pas ! (MONUC, 30 mai 2004)

Le samedi 29 mai 2004, tous les espoirs étaient permis aux naïfs. Et la population est prise pour naïve, malheureusement. L’ultimatum de la MONUC a été respecté : les éléments dissidents de Jules Mutebutsi ont rejoint leur caserne ; le courant et l’eau sont rétablis dans la ville de Bukavu; on a vu Mutebutsi non loin de la frontière Ruzizi; la MONUC s’interposera entre le groupe Mutebutsi et les militaires loyaux ; il ne faut pas lier cette situation aux ethnies ni aux nations car, c’est une affaire congolo-congolaise ; on jugera et punira les coupables après enquête ; la délégation gouvernementale doit descendre à Bukavu ; etc. De tout ceci, qui dit vrai ? Qui piège qui ? qui drible la population ?

Ce que nous vivons depuis hier au Kivu est le fruit de la distraction dans laquelle Mutebutsi et ses hommes nous ont flanqués.

Jeudi 27 mai 2004 : Jules Mutebutsi avait déjà fait appel au renfort de Kigali qui devrait arriver en RDC par l’aéroport de Goma et le lac Kivu par le lac Kivu. Les troupes rwandaises sont conduites par Xavier Chiribanya, l’ancien gouverneur du Sud-Kivu, devenu général de l’armée du RCD-Goma.

Le vendredi 28 mai 2004 : le colonel Byamungu, le colonel Birindwa et leurs hommes auraient rejoint les milices de Eugène Serufuli (l’actuel gouverneur du Nord-Kivu) cantonnées en territoire de Kalehe. Avec les troupes du colonel Laurent Nkunda en provenance de Goma, tous ces hommes se sont rassemblés à Nyamukubi.

Samedi 29 mai 2004 : Après avoir traversé sans résistance aucune les centres et village Bushushu, Rambira, Muhongoza et la paroisse catholique d’Ihusi à Kalehe Centre, ils se heurterons à la position des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) dans la vallée de Luzira. C’est au cours des affrontements de Luzira que l’élément Fidèle de la MONUC, dont l’état major était à Ihusi, trouvera la mort.
Ce même samedi, tard dans l’après-midi, une présence inquiétante des éléments rwandais est signalée sur l’île d’Idjwi en provenance de la préfecture rwandaise de Kibuye.
Fait symptomatique, au même moment que la MONUC annonçait le calme à Bukavu, le courant et l’eau ne sont pas encore rétablis sur toute la ville mais aussi cette même MONUC continue à évacuer seules les populations congolaises dites « Banya-Mulenge » en territoire rwandaise.

Dimanche 30 mai 2004 : 15 000 éléments de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) lourdement armés ayant traversé par le lac Kivu atterrissent à Katana. Ils pillent le centre de Katana avant de se diriger vers Kavumu. A Idjwi, ce dimanche au matin, aucun cheveux d’un militaire rwandais n’est perceptible.
Après les affrontements de Luzira, les hommes du général Mbuza Mabe se sont vus vite envahis par les renforts venus du RCD-Goma, de Kigali et de Kibuye. Les FARDC n’ont trouvé mieux que de se replier vers l’aéroport de Kavumu à côté des éléments de la MONUC.
Dans l’entre-temps, le lac Kivu est abondamment patrouillé par une myriade des hors-bord blindés en provenance de Gisenyi, Kibuye et Kamembe, préfectures rwandaises. Ces bateaux militaires chargés des bombes contrôlent le lac Kivu de Bukavu à Goma, en contournant l’île d’Idjwi. Ils constituent la base arrière des troupes rwando- RCD qui sont cantonnées à Katana et Kavumu.

Notre lecture des faits : toute cette tactique est exactement celle appliquée en 1996 par les troupes rwandaises alliées à l’AFDL. Ce qui est intriguant, c’est cette attitude des autorités tant nationale que celle de la MONUC Goma et Bukavu qui, comme Léon Lobich Kengo en 1997, continuent à lancer des communiqués contradictoires : Kavumu ne tombera pas alors que cet aéroport est occupé par les troupes de Kigali et celles du RCD-Goma. L’aéroport international de Goma n’est pas fermé alors que la délégation gouvernementale aussitôt arrivée dans cette ville n’a pas réussi de rentrer sur Kinshasa aussitôt que les menaces de l’agression pesaient sur le Nord-Kivu. L’aéroport de Goma n’est pas tombé alors qu’il est contrôlé par des troupes venues de Kigali. Le général Obed Rwibasira, commandant de la 8e région militaire en poste à Goma dit que Goma est calme quand le vice-président Ruberwa et sa délégation ont fui leur hôtel pour s’abriter au quartier général de la MONUC-Goma par crainte des hostilités qui s’annoncent imminentes. Qui peut encore croire au Vice-président de la RDC et Président du RCD-Goma, Me Azarias Ruberwa lui qui qualifie ce qui se passe au Kivu de « crise locale » quand on sait que Paul Kagame a envoyé à son mouvement militaire des hommes et des minutions pour couper le Kivu de la RDC ?

En même temps que la MONUC clamait le retour du calme sur la ville de Bukavu le samedi passé, elle évacuait à bord de ses camions des populations « Banya-Mulenge » vers le territoire rwandais. Cette évacuation a coïncidé avec l’arrivée du renfort militaire (hommes, armes et minutions) venu du Rwanda, l’entrée en danse des officiers du RCD-Goma Byamungu, Birindwa, Mwendanga, Xavier Chiribanya, Laurent Kunda et consort.

L’incident de Bukavu n’entamera en rien le processus de paix en cours en RDC dit le Président de la République. Très bien. Mais où sont les garanties de protection contre les agresseurs d’aujourd’hui que le Chef de l’Etat fait accompagner ces paroles qui ne sont que balancées à la télévision et à la radio nationales, par une voie qui n’atteint même pas les bukaviens terrés sous les lits sans boire, sans manger et sans dormir, mais en pleurant sans larmes et sans voix.

En attendant que le Vice-président Me Azarias Ruberwa Manwa convainque ses sujets et son allié le Rwanda de déposer les armes pour la paix et de retirer définitivement ses militaires de la RDC, nous encourageons la population à la base d’amplifier la vigilance et la résistance dans la non violence et la légitime défense.

31 mai 2004.

La Bor.