Occupation de Bukavu par les Rwandais : le ras-le-bol de la jeunesse congolaise.

A l’annonce ce mercredi matin, 2 juin 2004, de l’occupation de la ville de Bukavu, chef lieu de la province du Sud-Kivu, par les militaires mutins appuyés par les Rwandais, les réactions ne se sont pas fait attendre. Celles des étudiants des Instituts Supérieurs et des Universités à travers le pays ont attiré l’attention de l’opinion tant nationale et qu’internationale. Qu’est-ce qui s’est passé au juste au regard des hésitations complices du porte-parole de la MONUC, en rapport de l’occupation de Bukavu par les Rwandais ?

Déjà le mardi 1er juin 2004, les nouvelles concordantes en provenance de Bukavu faisaient état de l’entrée imminente à Bukavu des militaires mutins et quatre bataillons des militaires Rwandais, conduits par le Général Laurent Nkunda en provenance du Nord-Kivu et à la rencontre des hommes de Jules Mutebutsi. Alors que le Général Mbuza Mabe croyait que l’aéroport de Kavumu était sous contrôle de la MONUC, et que le gros des hommes de Jules Mutebutsi était dans leur caserne, le Commandant des FARDC et ses hommes se sont vite retrouvés pris en sandwich entre l’aéroport de Kavumu et la ville de Bukavu envahie par quatre autres bataillons des militaires Rwandais venus de Cyangugu au Rwanda. Mbuza Mabe et les siens étaient pris dans un traquenard, mieux un entonnoir entre Jules et Laurent et dont l’unique issue était la périphérie de la ville. Peut-on supposer que la MONUC ne le savait pas ?

Déçus et blessés dans leur amour propre pour leur chère patrie, face au comportement des éléments de la MONUC livrant ainsi la population de Bukavu aux tueries et au néo- esclavagisme des Rwandais, les étudiants de la capitale, réunis sous le Rassemblement des Etudiants Congolais (REC) décideront, le mercredi 2 juin en début d’après-midi, de descendre à la MONUC pour déposer leur mémorandum soulignant la trahison et la vente manifestes de la RDC aux Rwandais par de cette mission onusienne. Cette descente des étudiants n’a pas été sans dégât matériel : quatre véhicules UN incendiés et plus d’une vingtaine autres sérieusement endommagés. Et le nouveau rendez-vous était pris pour le lendemain au cas où la MONUC ne s’impliquerait pas visiblement dans la libération de la ville.

Au cours de la journée du mercredi 2 juin 2004, certaines personnes continuaient à croire que le Général Mbuza Mabe ferait des miracles. Dans ses informations du soir, il était normal que ça soit la RFI qui confirme que la ville de Bukavu était tombée sous le contrôle du Général Laurent Nkunda en jonction avec le colonel Jules Mutebutsi. C’était le désespoir doublé d’un soulèvement général de la jeunesse qui avait compris le message du REC.

A 6 heures du jeudi 3 juin, ce sont les chants et cris des étudiants et autres jeunes désœuvrés qui ont réveillé les Kinois. Toutes les rues de la capitale étaient inondées par des marées humaines, toutes se dirigeant vers les intérêts de la MONUC : quartier général, dépôt logistique et les résidences.

IL est difficile de décrire exactement les événements tels qu’ils se sont passés à cause de leur complexité dans le temps et dans l’espace. Au moment où les étudiants se rendaient au centre ville, celle-ci était déjà prise en partie par les enfants de la rue, communément appelés « shege » à Kinshasa. Ce sont ces enfants qui, très tôt le matin réglementaient la circulation sur le boulevard du trente juin. Seuls les véhicules des congolais passaient. Tous les blancs étaient considérés comme étant membres de la MONUC et étaient malmenés. C’est dans cette débandade que les étudiants atterriront en ville, destination : quartier général de la MONUC. Et là, les agents de la MONUC qui étaient de service n’ont trouvé mieux que de se terrer dans leurs bureaux situés à l’étage laissant la Police d’Intervention Rapide (PIR) contrecarrer la foule indomptable et très hostile à son excellence W. Swing, représentant du Secrétaire Général de l’ONU et Chef de la MONUC. D’autres véhicules de la MONUC et même ceux de la police nationale ont été calcinés et complètement saccagés.

Au niveau du dépôt logistique de la MONUC situé dans le quartier Kingabwa, se rendant compte du débordement, les casques bleus ont tiré à bout portant sur les manifestants après avoir constaté que la cellule faisant office de bureau de réception s’enflammait déjà. C’est là qu’on a pu dénombrer 7 morts : 5 manifestants abattus par les hommes en armes (MONUC et PIR) et deux policiers Congolais qui auraient été tués par leurs collègues pour s’être insurgés contre les manifestants inoffensifs. L’une des 5 victimes civiles, un jeune homme, la quinzaine à peine, a été descendu par une jeune dame casque bleue qui lui a arrosé une pluie des balles à la nuque. Pour la tueuse, surnommée Lydie England au Congo pour la circonstance (en faisant allusion à l’américaine qui a terrorisé les prisonniers irakiens), le jeune homme voulait escalader le mur de la clôture de la MONUC. Les 4 autres civils auraient été tués par les éléments de la PIR.

Tout au long de la marche, par-ci par-là, l’on pouvait bien entendre des slogans très hostiles à la MONUC et aux institutions de la transition : la MONUC doit partir ! L’ONU n’existe pas ! Elle est formée par un petit groupe de grandes puissances qui se réjouissent de la misère des autres ! Les casques bleues, voleurs et impudiques ! Nos papas et nos mamans ont beaucoup souffert à cause de la guerre orchestrée par l’ONU ! La MONUC a trahi le Général Mbuza Mabe ! Monsieur W. Swing doit partir ! Le gouvernement de transition doit démissionner ! Joseph Kabila donnez-nous les armes ! Nous devons marcher sur le petit rwanda ! Trop, c’est trop ! Le gouvernement est composé des Congolais, des mi-Congolais et des non-Congolais ! Le Gouvernement n’a pas envoyé des armes et munitions à Mbuza Mabe ! Le schéma 1+4 a montré ses limites ! 1+4=0. La MONUC a 48 heures pour demander aux Rwandais de quitter notre pays, si non !

Au cours de cette manifestation, on a observé des dégâts matériels non moins importants : les sièges de FONUS et du MLC ont été complètement saccagés et rien n’a été emporté : chaises, tapis, ordinateurs, bureaux, tout le matériel a été consumé par le feu ardent allumé à l’extérieur. « Ils ont pillé, ils sont pillés », criait un jeune Kinois devant cette scène d’une colère indescriptible. Nonobstant le fait que les étudiants aient donné le mot d’ordre, celui de ne pas endommager les biens privés, ni les biens publics, l’on a constaté que les scènes de destruction qu’on a observé par ci par là ont été dû au manque d’encadrement des manifestants, à l’infiltration des autres jeunes qui n’avaient pas la consigne de la manifestation, à l’immixtion des militants de partis politiques absents dans les institutions de transition et surtout du manque d’écoute des autorités de la MONUC auxquelles les messages de la jeunesse étaient destinés.

Au quartier Limete, la résidence des officiers de la MONUC, la maison du ministre de l’économie, une station de carburant ont été détruites. Sur toutes les routes principales, des véhicules des certaines autorités ont été soit brûlés , soit cassés tout simplement. Les ministres de transport et des affaires étrangères, voulant jouer aux leaders ont été récupérés par les manifestants. Dieu merci, le premier s’en est sorti seulement avec une blessure au front alors que le deuxième a été obligé d’exhibé quelques pas de marche commandés par les manifestants. Ceux-ci lui ont même fait tenir une branche d’arbre qu’il était obligé de secouer au rythme de la marche. L’ambiance était générale.

Sur le boulevard du trente juin, un groupe des manifestants a surgi avec le drapeau du Zaïre et un vieil effigie du Maréchal Mobutu. Ils ont même chanté la Zaïroise. Ce groupe des nostalgiques du MPR parti-Etat, scandait : « si Mobutu était encore là, il mettrait sa casque sur la tête et irait visiter Mbuza Mabe. » Ils ont, en effet, décrié la passivité de Joseph Kabila. Sans ambages, ceux qui ne portent pas Joseph dans leur cœur ont estimé que le Président de la République, à côté des occidentaux, serait complice de la balkanisation du pays. C’est à cette occasion que l’on se pose la question de savoir pour quelle raison, le Président, le numéro 1 des FARDC, traîne à réunifier l’armée en faisant essentiellement appel aux anciennes factions belligérantes. L’armée du RCD-Goma à côté de l’APR, ne peuvent pas faire face à toutes ces forces mises ensemble, pour l’intérêt de la nation. C’est question de les soumettre à des conditions requises à toute armée d’un grand pays comme la RDC. Ne pas le faire, et le plus vite, serait trahir davantage le pays. Tous les animateurs de la transition sont interpellés.

Plus tard dans la soirée du même jeudi 3 juin, nous apprendrons que cet élan de nationalisme s’est fait aussi sentir spontanément et avec la même vigueur à Kisangani, à Lubumbashi, à Beni-Butembo, à Uvira et à Goma. Et partout, la jeunesse s’est insurgée contre le comportement de traîtrise de la MONUC. Mais, la plus surprenante réaction est celle que nos correspondants du Kivu nous ont fait parvenir : à Idjwi-Nord, sur cette île apparemment abandonnée dans les eaux du lac Kivu, les élèves ont manifesté leur ras-le-bol, face au RCD-Goma qu’ils considèrent comme complice de l’agression et la tangibilité du territoire congolais par les éléments de l’APR qui ont trouvé cette île congolaise comme étant leur pont privilégié pour s’attaquer aux territoires de Kalehe, de Kabare et à la ville de Bukavu. Au cours de leur marche de colère, effectuée sur plusieurs dizaines de Kilomètres couvrant les groupements Kihumba, Bugarula et Bunyakiri, ils ont déclaré : « ... nous n’avons qu’un seul gouvernement, celui de Kinshasa ! Nous dénonçons la traîtrise de la MONUC ainsi que la complicité du RCD dans la tentative du délabrement de notre pays ! Nous considérons les Congolais qui sont engagés dans l’actuelle guerre comme des traîtres et répondront de leurs actes ! Ils n’engagent qu’eux-mêmes dans leur traîtrise ! » Cette jeunesse insulaire, attend le moment venu, faire parvenir au gouvernement de transition leur desiderata au sujet de leur auto-prise en charge au cas où la situation perdurait.

Des commentaires faits de la manifestation de Kinshasa, nous avons noté une large satisfaction de toute la population. En effet, les étudiants ont exprimé, à travers leur réaction, la volonté et le souhait de la majorité de la population. En même temps que les uns qualifient le gouvernement d’amorphe et d’incompétent, les autres ont dit clairement que la population s’est exprimée à travers sa vaillante jeunesse.

Quant à la MONUC, au lieu de se décharger sur les militaires du RCD-Goma qui lui avaient empêché d’observer la violation des frontières congolaises à Bugarama par l’armée rwandaise ; au lieu de tirer sur les hommes de Laurent Nkunda qui lui avaient fait front à Kalehe jusqu’à lui arracher un de ses éléments ; au lieu de s’intercaler entre les mutins et l’armée régulière à Bukavu; au lieu d’empêcher les viols, les tueries et les pillages à Bukavu ; les éléments de la MONUC ont bien trouvé d’appliquer leur fameux chapitre 7, en abattant comme dans une brousse, et à l’arme automatique et cela impunément les paisibles manifestants. Oui, comme si les lanceurs des lacrymogènes ne suffisaient pas, les casques bleus de la MONUC ont sorti leurs chars de combat en voyant les étudiant venir ! Les étudiants congolais étaient-ils devenus des animaux nuisibles !

Jeudi 03 juin 2004.
La Bor,